BUR
personne qui a de puissans motifs pour rester indécise.
Burldan, né dans l'Artois, vers la fin du treizième siècle, était recteur de l'Université de Paris, et fit un commentaire sur Aristote ; mais ce qui l'a rendu le plus célèbre, est le sophisme dont nous allons parler. Il supposait un âne également pressé de la soif et de la faim , entre un seau d'eau et une mesure d'avoine. Que fera l'âne? demandait le dialecticien. Si on lui répondait : H ne sera point assez bête pour ne boire ni ne manger; donc , reprenait le docteur , il se tournera d'un côté plutôt que de l'autre; donc il a le franc-arbitre. Ce sophisme occupa les plus grands personnages du temps.
M. Pigault-Lebrun , dans son roman intitulé : Une Macédoine y Paris, Barba, 1811, a peint avec beaucoup d'esprit l'embarras d'un homme à bonnes fortunes , qui reçoit deux lettres en même temps.
«Je suis au milieu de mon ottomane, la lettre de Sophie à ma droite, celle de Fanchette à ma gauche. Je les regarde l'une après l'autre; je ne sais laquelle prendre. Si ma main se porte sur la lettre de Sophie, l'autre saisit celle de Fanchette , et je n'en peux lire qu'une à la fois. Celle dont j'ai lu quelques mots s'échappe et retombe auprès de moi. J'essaie de parcourir la seconde, et je reprends la première. Je quitte celle-ci; je tiens celle-là.... Me voici encore entre mes deux lettres.
«Vous riez, monsieur le plaisant? — Hé, monsieur, qui ne rirait pas ? — Il a raison , j'extravague. Mais aussi pourquoi m'écrire toutes deux en même temps! Georges, quand il t'arrivera deux lettres, tu ne me parleras de la seconde que lorsque tu seras bien sûr que j'aurai lu et relu la première. Tiens, emporte celle-ci; tu me la rapporteras quand je sonnerai.... Non, rends-
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moi cette lettre et prends l'autre.... Par grâce, prendsen une, celle que tu voudras, et va- t'en. »
BURON. {^N'avoir ni bure ni)
Ne posséder absolument aucun domaine, pas même une cabane.
L'on appelle encore aujourd'hui en Auvergne les cabanes des bergers, des burons.
BUT. i^Apres grâces Dieu)
Allusion à l'histoire de l'institution de l'Eucharistie, où il est dit (Câpres avoir rendu grâces y Jésus , etc. Ce proverbe s'emploie pour engager quelqu'un à boire un coup après grâces y c'est-à-dire, après la prière qui a terminé le repas.
Buvez, ou allez-vous-en.
Le sens moral de ce proverbe, que nos pères avaient emprunté des Grecs, est qu'on doit s' accommoder a r humeur de ceux avec qui Von vit ^ ou qu'il faut s'en séparer.
C ABRIOLE , OU CaPRIOLE.
Le premier de ces mots est actuellement en usage ; mais dans le seizième siècle on disait toujours capriole; l'un et l'autre viennent de capra, chèvre.
La capriole est un mouvement ou saut de danseur; il devint à la mode à la cour de Catherine de Médicis, d'abord par les gens du métier, ensuite par les jeunes gens de qualité qui se piquaient de bien danser. Enfin il y eut des dames et des demoiselles qui se hasardèrent à faire des caprioles , au grand scandale des graves personnages de l'ancienne cour.
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Cacher.
Cache ta vie.
C'est un des préceptes d'Épicure , dont Plutarque a fait un beau traité.
Heureuse obscurité , que je vous trouve aimable ! Qu'au plus brillant éclat vous êtes préférable ! Vous n'êtes point en butte aux efforts des jaloux; Mais s'ils vous connaissaient, ils n'aimeraient que vous. En vous ils trouveraient tous les biens qu'ils désirent; Et ce parfait bonheur pour lequel ils soupirent, Et qu'ils ne trouvent point dans ce brillant chaos Où l'ambition règne , et n'a point de repos.
(Destouches, l' Ambitieux.)
Pour être heureux n'excitez point l'envie; Le secret du bonheur est de cacher sa vie.
( De La Bouisse. )
Bene qui latuit , bene 'vixit.
CAFÉ. (Prendre son)
S'amuser aux dépens de quelqu'un.
Quoi ! du matin au soir railler , se divertir ,
Rire aux dépens d'autrui ! quel talent ! quel plaisir !
(Collin-d'Harlevili-e, Malice pour malice, se. i.)
Un sot peut tous les jours rire aux dépens d'autrui, Rire même de tel. . . . qui vaudra mieux que lui;
N'est-il pas vrai ?
(CorLiN-D'HAELEviil-E, même pièce , se. 8.)
Cahin CAHA.
Tant bien que mal , inégalement. Corruption du latin : Qità hinc qua hac.
Panard, surnommé par Marniontel, le La Fontaine du Vaudeville, avait fait une chanson dont le refrain était : Et V honneur va caliin calia , qui eut un grand succès. Quand il se fit imprimer, il mit au litre de son livre : Par V auteur de Cahiii ca/ia.
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Caille.
Chaud comme une caille.
Antoine Mizauld , médecin français du seizième siècle, a fait, entre autres ouvrages, un livre de centm'ies, dans lequel il affirme que deux époux vivront en paix, si on recommande au maii de porter le cœur d'une caille mâle , et à la femme le cœur d'une caille femelle.
(Mizauld, Cent. 8, n° i8.)
Caillette.
On donne ce nom aux femmes babillardes, parce que les cailles sont timides et jaboltent sans cesse.
Au lieu de blâmer ce pencbant à la causerie, reconnaissons une des vues libérales de la nature sur le genre humain. Elle confie notre enfance aux femmes. Ce sont elles qui développent en nous les organes de la parole, nous apprennent à former des sons, à lier des mots. Si elles parlaient moins , nous parlerions plus tard et moins bien.
Calepin.
Ce mot, employé proverbialement, vient du Dictionnaire latin d'Ambroise Calepin , qui fut souvent imprimé dans le seizième siècle, et qu'on finit par appeler tout court un Calepin.
Un calepin est un recueil de notes qu'une personne forme pour son usage.
Un autre recueil , qui a du rapport avec celui-ci , est X album; nous avons emprunté ce dernier mot au latin; il signifie livre blanc.
Un album, dans une société, est offert à quiconque à de la réputation, comme peintre, musicien, ou homme
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de lettres. Figurez-vous du français, de l'italien, de l'anglais , de l'allemand , quelquefois du latin ; de la prose, des vers, des dessins, de la musique, tout cela avec la signature des auteurs.
La mode des album n'est venue en France qu'en 1810; c'est un emprunt fait aux Allemands. Depuis près d'un siècle les voyageurs de cette nation portent un livre blanc sur lequel les savans qu'ils visitent sont invités à écrire leur nom , accompagné de la date et d'une sentence.
CALICE. (Doré comme un)
On se servait au treizième siècle de cette expression pour caractériser le luxe des seigneurs de la cour.
Sous Henri m , après que la loi somptuaire eut défendu les étoffes d'or et d'argent, les grands se dédommagèrent en faisant porter à leurs laquais des livrées de soie. Les dames portèrent des robes faites à Milan, du prix de cinq cents écus la façon, sans or ni pierreries.
Pendant ce même règne, on trouva, en révisant le procès des financiers, que l'un d'enlre eux envoyait blanchir de Paris en Flandre douze paquets de chemises à un teston (douze sols) chaque.
CALOTTE. [Jmanta)
Dans ce proverbe, il ne s'agit pas d'un ecclésiastique, mais d'un vieillard amoureux comme les Cassandres de comédies.
Les calottes étaient la ressource des personnes chauves, avant l'invention des perruques.
CAMÉLÉON. (// change comme un) Proverbe fondé sur une vieille erreur.
Nos pères croyaient que le caméléon prenait la couleur des objets dont il s'approchait. Malj^ré les observa-