COM
COLLIER. {Franc du)
Métaphore empruntée des chevaux , de la bonté desquels on juge par l'ardeur ou la lâcheté qu'ils mettent à tirer du collier.
Commencement.
Heureux commencement est la moitié de l'œuvre.
' Dimidium facti , qui coepit, hahet
(HoR. lib. I, cp. a.)
incîpe : dimidium facti est cœpisae
(AusoN.)
Mais on dit aussi :
JS'' a pas fait qui commence.
En campagne, Napoléon Bonaparte disait souvent : « Tant qu'il reste quelque chose à faire , il n'y a rien de fait ! »
COMMISSAIRE. {Chère de)
Repas où l'on sert gras et maigre.
Quand on envoyait dans les provinces des commissaires chargés d'examiner la conduite des gouverneurs, ceux-ci, pour se les rendre favorables, les traitaient de leur mieux; de là le proverbe.
Ce proverbe pourrait bien aussi être du temps où les commissaires huguenots et catholiques s'assemblaient pour tenir des conférences sur les matières qui divisaient les deux partis. On servait les jours d'abstinence du maigre pour ceux qui étaient de l'Eglise catholique , et du gras pour les huguenots ; de sorte que la table , qui était commune , se trouvait servie en gras et en maigre.
COMMÈRE. ( Tout se fait dans le monde par compère et par)
L'abbé Morellet donna, en 1769, un développement
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fort ingénieux à ce proverbe dans un petit écrit intitulé : les Marionnettes. Les rois eux-mêmes , comme il le prouve, ont besoin de compères. « Achille, dit-il , était un brutal, un furieux toujours emporté par les plus violentes passions; cependant son nom est devenu dans toutes les langues synonyme de héros , parce qu'il a eu un excellent compère dans la personne d'Homère. Octave fut un lâche et un tyran ; mais il a eu de si bons compères., que, malgré les proscriptions, on a dit le siècle d'Auguste. Horace et Virgile l'ont sauvé de la haine qui l'attendait dans l'avenir. »
Comparaison.
Comparaison n est pas raison.
Ce proverbe est surtout applicable aux comparaisons tirées de sujets bas. Le P. de Colonia reproche à Tertullien d'avoir dit que le déluge univei^sel fut la lessive de la nature.
Il faut, toutefois, dire en faveur des comparaisons, qu'elles nous aident à réunir les idées sur lesquelles nous devQns fonder un jugement ; et que plus nous avons de sujets de comparaison , de côtés différens sous lesquels nous pouvons envisager un objet , plus aussi nous avons de moyens de le connaître.
COMPLIMENT. ( Rengainer un )
L'abbé Tuet (^Matinées sénonoises) pense que cette expression est de Molière.
Dans le Mariage forcé, Alcidas dit à Sganarelle, eu lui présentant deux épécs : « Monsieur, prenez la peine de choisir, de ces deux épées, laquelle vous voulez. — Sganarelle. De ces deux épées? — Oui, s'il vous plaît. — A quoi bon ? — Monsieur, comme vous refusez d'épouser ma sœur après la parole donnée, je crois que vous ne trouverez pas mauvais le petit compliment que
je viens vous faire. — Comment? — Je viens vous dire civilement qu il faut, si vous le trouvez bon , que nous nous coupions la gorge ensemble. — Voilà un compliment fort mal tourné. — Allons, monsieur, choisissez, je vous prie. — Je suis votre valet , je n'ai point de gorge à me couper. i^apartS) La vilaine façon de parler que voiltà ! — Monsieur, il faut que cela soit, s'il vous plaît. — Eh! monsieur, rengainez ce compliment , je vous prie. »
CONSEIL. {La nuit porte)
Souvent il y a du danger à suivre l'impression du moment , parce qu'elle est trop vive. Le silence , la solitude sont des conseillers avec lesquels il est sage de délibérer.
Dans les ténèbres de la nuit La raison voit plus clair que quand le jour nous luit.
C O iV T E ?r T £ M E N T.
Dans un vieux recueil , intitulé : Thésaurus ridendi et jocandi. Trésor des ris et de la joie, se trouve la question suivante : Recita lœtitiœ gradus ^ Apprendsmoi quels sont les degrés de contentement.
La réponse forme une suite de proverbes : Si vis gaudere per unum diem, radas harbam; si per septimanam, vade ad nuptias ; si per mensem ^ eme pulchrum equum ; si per semestre ^ eme pulchram domum; si per annum, ducas pulchram uœoj-em; si per biennium,Jias sacerdos (1); si semper vis esse lœtus et gaudens, sis sobrius.
(i) Fias sacerdos nous parait devoir s'entendre de la profession dans un ordre religieux : elle avait lieu, autrefois, dès l'âge de seize ans ; et à dix-huit, le développement des passions pouvait changer l'enthousiasme en dépit.
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Si tu veux du cofitentement pour un jour , fais-toi raser ; pour la semaine, va a des noces; pour le mois, acheté un bon cheval; pour six mois ^acheté une belle maison ; pour V année , épouse une belle femme ; pour deux ans , fais -toi prêtre ; pour toute la vie, sois sobre.
Le même sujet a été traité par un poète allemand : « Veux-tu du contentement pour un instant ? bois frais quand tu as soif; pour quelques minutes? mange un bon morceau, regarde un beau cheval qui ne t'appartient pas , un joli minois , un pied mignon , ou un tableau d'un grand maître ; pour une heure ou deux ? assiste à un beau spectacle , lis un bon ouvrage tout nouveau, écoute une symphonie; attends ta belle et jeune maîtresse avec confiance, à un premier, à un second , ou même à un troisième rendez-vous; ou livretoi, couché sur des fleurs, auprès d'une source pure, à de douces rêveries , en contemplant un beau ciel ; pour une soirée? passe-la dans un cercle peu nombreux d'amis choisis et sûrs, que tu voies rarement et que tu aies souvent obligés, et de femmes belles sans y prétendre, raisonnables sans s'en douter, que tu ne fréquentes pas habituellement; pour toute une journée? fais une bonne action en te levant, et projettes-en une autre pour l'après-midi ou pour le lendemain; pour la semaine? va aux noces de l'un de ces amis et l'une de ces amies dont je te parlais tout à l'heure; pour le mois? séjourne dans leur campagne avec eux; chasse, pêche, et voisine ; pour six mois? achète une campagne à côté de la leur, plante, recueille, ou bâtis; pour un an? épouse leur sœur, une beauté que tu aies vue éclore, et que tu idolâtres depuis trois lunes; pour deux ans? ajoute au reste un domaine où tu aies des vassaux à qui
tu veuilles faire bcnir Ion nom ; pour toute la vie? jouis modérément de tout ce que mon cœur te souhaite , et saches l'occuper.»
Contes.
Faire des contes bleus, des contes pareils à ceux qu'on trouve dans ces petits livres couverts de papier bleu , qui sortaient en si grand nombre , vers la fin du seizième siècle , des presses de Jean Oudot, imprimeur à Troyes en Champagne , et qui composaient, avec les almanachs de Pierre l'Arrivey, autre imprimeur à Troyes , ce qu'on nommait la Bibliothèque bleue.
Troyes est une des plus anciennes villes de France où l'on ait imprimé des cartes à jouer. Cette alliance de la dominoterie et de la Bibliothèque bleue , fournit , en 1746, le sujet d'une mascarade qui fut exécutée à Troyes par deux hommes d'une haute taille. L'un avait une simarre de papier bleu , enrichie d'une garniture formée de titres de tout format de la Bibliothèque bleue, tirés en noir et en rouge ; l'autre portait un habit galonné sur toutes les tailles , de cartes à jouer alternativement noires et rouges.
Conversation.
Du temps faut parler Pour propos renouveler.
Le temps beau, bon ou fâcheux, Est l'entretien de qui n'a mieux.
Les conversations sur le changement de temps sont aussi la ressource des personnes qui ne connaissent qu'imparfaitement celles devant qui elles parlent.
Pour briller dans les conversations , il faut ressembler à ces gens riches qui ont tout leur bien en argent
comptant, avoir une merveilleuse présence d'esprit et une heureuse mémoire, qui fournisse, avec autant de promptitude que d'abondance , les termes et les expressions.
Les gens qui savent peu parlent beaucoup , et les gens qui savent beaucoup parlent peu. Il est naturel de croire qu'un ignorant trouve important tout ce qu'il sait, et le dise à tout le monde; mais un homme instruit n'ouvre pas aisément son répertoire; il aurait trop à dire; et comme il voit encore plus à dire après lui, il se tait.
Descartes gardait ordinairement le silence dans les sociétés nombreuses , et Thomas fait le portrait de cet homme célèbre en disant qu'il avait reçu de la nature des richesses intellectuelles en lingots , mais non en monnaie courante.
La Fontaine avait dans le monde un air emprunté, pesant et niais, et le conteur inimitable ne savait de bouche faire aucune description des objets qu'il venait de voir.
Le grand Corneille était ennuyeux dans un cercle; il ne parlait pas même correctement une langue qu'il possédait mieux que personne.
Nicole disait un jour d'un homme sémillant : « Il l'emporte sur moi dans le salon de compagnie , mais il se rend <à discrétion sur l'escalier. »
Le peu de connaissance que Du Marsais avait des usages du monde, lui donnait une naïveté qui, alliée avec le génie , faisait dire à Fontenelle : « C'est le nigaud le plus spirituel, et l'homme d'esprit le plus nigaud que je connaisse. »
« Il faut, disait /. /. Rousseau {^Confessions^ Liv. m), que je sois de sang-froid pour penser. Qu'on juge de ce que je dois rtre dans la conversation, où, pour parler
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a propos , il faut penser à la fois et sur-le-champ à mille choses. La seule idée de tant de convenances, dont je suis sûr d'oublier au moins quelqu'une , suffît pour m'intimider. Je ne comprends pas même comment on ose parler dans un cercle; car à chaque mot il faudrait passer en revue tous les gens qui sont là; il faudrait connaître tous leurs caractères, savoir toutes leurs histoires, pour être sûr de ne rien dire qui puisse offenser quelqu'un. Là-dessus, ceux qui vivent dans le monde ont un grand avantage : sachant mieux ce qu'il faut taire, ils sont plus sûrs de ce qu'ils disent, encore leur échappe-t-il souvent des balourdises. Qu'on juge de celui qui tombe là des nues; il lui est presque impossible de parler une minute impunément. »
Marmontely dans la conversation , était si peu aimable, qu'on disait : Je vais lire ses Contes pour me dédommager de r ennui de V entendre.
Jamais homme ne fut plus différent de lui-même que Buffon quand il écrivait et quand il parlait. Dans la conversation , où il faut bien qu'on improvise , son langage, même sur des objets qui auraient pu l'élever, était familier comme celui d'un bourgeois de la rue Sainl-Denis ; il semblait se soulager de la magnificence de son style.
La conversation de Montesquieu , au contraire , n'était pas inférieure à ses écrits.
Fénélon, Fontenelle et Voltaire avaient aussi le talent de la parole à un haut degré.
Les Epîtres a une femme sur la conversation , par madame de Vannoz, née de Sivry, pourraient nous fournir quelques extraits , si nous n'avions pas le poëme de J. Delille , la Conversation, publié à Paris, chez Michaud , en i8f i. Ce poëme est une galerie de por-