PAR
quMl contribue, autant à la consommation des denrées que rhomme actif et laborieux, et qu'il fait nombre parmi les contribuables. » (Voltaire.)
, PAROISSE. {Le coq delà)
Allusion à ce qu'autrefois chaque paroisse habillait de ses couleurs ou livrées le franc-taupin ou pionnier qu'elle fournissait pour l'armée.
Henri Estienne , chap. 28 de son Apologie pour Hérodote ^ parle de manches de deux paroisses ; et Bouchet , vingt-cinquième des Joyeuses sérées , fait mention de pionniers qui , pour être bien vêtus des couleurs de leur élection , furent pris pour soldats à certain siège de ville.
Parole.
La parole s^ enfuit y V écrit reste.
Proverbe très sage. Surtout n'écrivez point dans un moment d'humeur.
Ce proverbe signifie aussi que l'écrit des gens vaut mieux que leur promesse.
Il est confirmé par cet autre proverbe : Les effets sont les mâles y et les paroles sont les femelles y voulant dire que l'un est plus fort que l'autre.
PAROLES. {A grands seigneurs peu de) Les grands sont si peu disposés à prendre connaissance des affaires des petits ! On a tant à craindre de fatiguer leurs oreilles !
Parpaillots.
Sobriquet donné aux protestans. Les uns prétendent qu'il vient de ce qu'un parent du pape fit décapiter à Avignon , en i Sôa , Jean Perrin , seigneur de Parpaillcy calviniste , qu'il jugeait dangereux. D'autres disent qu'on a donné ce nom aux protestans, parce qu'au
5oo PAS
siège de Clérâc ils £ii*ent une sortie couverts de chemises blanches, en un temps où l'on voyait beaucoup de papillons que les Gascons appellent parpaillots.
PAS. (^Maui^ais)
Le pas ou le pas d'armes s'est dit> des combats simulés qui représentaient tout ce qui se faisait à la guerre lorsqu'on défendait ou qu'on attaquait un pont, un défilé, un passage de rivière, ou tout autre passage étroit qu'il était important de garder ou de forcer. Comme c'était un des combats les plus difficiles à soutenir, il semble avoir formé ces façons de parler : Etre dans un mauç^ais pas y sortir d'un mauvais pas.
PASSE. (^Jssez va qui fortune)
Proverbe employé dans le Catholicon d'Espagne y, par le cardinal dePellevé ; c'est-à-dire , celui qui survit h sa mau^^aise fortune peut en espérer une meilleure^
Passions.
Qui a bu boira.
La plupart des passions dominantes sont aussi tenaces que l'ivrognerie. >
Aliquando qui lusity iterum ludety a dit Érasme ,. qui avait traduit ce proverbe du grec : qui a joué y jouera.
Écoutons Pope : « La passion dominante est le joug que nous ne secouons jamais ; et c'est par là qu'on peut connaître l'homme.... Cet homme infâme conserve jus* qu'à la mort l'amour effréné du plaisir. Ce gourmand célèbre, que son intempérance réduit à l'extrémité, fait appeler son médecin , qui lui déclare qu'il faut.mourir ; Ah! qu'on m'apporte au plus vite le reste de mon pois-,
son Dans quel état me vois- je! s'écrie ce Narcisse*
expirant; il agonise et meurt en se mettant du rouge...»
PAT Soi
Ce vieillard affable , qui fut pendant quarante ans Tes* clave de la politesse et de la cour, un pied dans le tombeau, nous dit en bégayant : Monsieur, que peut-on faire pour votre service ?... Je donne et lègue mes fermes à Médos. — Et votre maison ? dit le notaire. — Ma maison, monsieur ? il faut donc tout quitter !... Il pleure et donne sa maison à Mévius. — Et votre argent? continue le notaire. — Mon argent ! oh ! pour celui-là , je ne puis m'y résoudre.... il expire. »
. Patatra, monsieur de Nevers!
Excli^mation ironique, que l'on fait sottement- lors-* qu'ion voit 'tomber quelqu'un. Ce proverbe vient de ce que François de Gonzague, duc de Nevers, courant au galop sur le pavé de la petite ville de Pouilly, se laissa tomber rudement.
Quand un cheval s'est abattu sur les quatre ars , on dit qu'il est tombé patt" a-trac. Trac signifie l'allurô du cheval , du mulet , etc.
PATE. {Coq en)
On dit d'un homme bien commodément couché dans son lit, et qui ne montre que la tête , qu'il est là comme un coq en pâte.
JjCS pâtés de coqs-faisans et de perdrix ont donné lieu à ce proverbe. Au milieu de la croûte se trouve une ouverture qui donne passage à la tête de l'oiseau.
. Patenôtre.
Ce mot est composé des deux premiers mots de l'Oraisonx dominicale, ^a^^r noster. On ji^rait autrefois paiTibLjg0tt/ëni9if/'e. Le vendeurs de chapelets s'appelaient patmtçtrieKSé » - " »
^^Qiidi>teût>vKifjdit un auteur du seizième siècle, les magisiaratsiduipatiuiieilt de Paris, allant de grand ma-
3oa PAT
tin au Palais, les eût trouvés sur leurs mulets, qui prioient Dieu et qui disoient leurs heures et chapelets par les chemins. » On allait alors au Palais à cinq heures du matin , et l'on en sortait à dix.
Patience.
Qui peu endure , bien peu dure.
Patience.
ji dure enclume marteau de plume.
Nos pères caractérisaient par ce proverbe le pouvoir de la patience.
Des moyens faibles en apparence triomphent de grandes difficultés. On oppose des balle^ de laine et des remparts de terre aux coups de canon.
Patience.
Patience de Lombard.
C'est-à-dire, patience forcée. Les usuriers nommés Loqibards, contre lesquels on exerça en France des mesures de rigueur, donnèrent lieu à ce proverbe.
«La patience adoucit les maux qu'on ne saurait guérir. » (Horace, Ode 20.)
« Il faut s'armer de patience et se résigner. » (Volt.)
La patience est une amie généreuse qui ne paraît point pendant la prospérité, mais qui ne manque jamais d'offrir son secours dès qu'on est sur le point de succomber aux infortunes. Cette vertu partage avec nous le fardeau de nos peines , afin que nous n'en soyons pas accablés.
Patience et longueur de temp»
Font plttt que force ni que rage.
(La FoNTAiirBy FabU 2, Liv. y.)
«c La patience est un arbre dont la racine est amère , et dont les fruits sont très doux. » (Maxime persane. )
PAU 3o3
PATISSIER. {lia honte bue^ il a passé par-de\^ant Vhuis du)
C'est-àndire , il est sans honte , il se moque des repro* ches qu'on pourrait lui faire. , ,
Ce proverbe est venu des formes obscènes que les pâtissiers donnaient anciennement aux menues pâtisseries, et de Tusage où ils étaient de les suspendre à leur porte , comme ils suspendent aujourd'hui les colifichets, sorte de croquet qu'on donne aux oiseaux.
La Bruyère-Champier, médecin de François i*% après avoir décrit (^de re Cibariâ, Lugduni y i56o^ différentes pâtisseries usitées de son temps , ajoute : qucB^ dam pudenda miliebria, alite virilia (si diisplacei)
représentant. Sunt quos c saccharatos appellitent:
Adeo degeneraçere boni mores ^ ut etiam christianis obscœna et pudenda in cibis placeant.
Patte pelue.
Hypocrite , ayant la main de Jacob et la voix d'Ésaû ( Genèse ^ chap. 27 ).
Furetière trouve dans ce mot une allusion à la fable du loup qui montrait à l'agneau patte de brebis pour le tromper.
Pauvretiè.
Serais-ta aussi sage que saint Paul , Si tu n'as rien , tu seras réputé pour un fol. Si sis in Tnundo Pcudo sapientior ipso.^ Si pcLuper fueris , semper ineptus eris.
Pauvreté.
La pauvreté n'e^ pas vice; mais c'est une espèce de ladrerie y chacun la fuit.
Nos pères ne pouvaient pas choisir une comparaison plus énergique. Dès qu'un homme portait les marques de la ladrerie ou lèpre, recommandation lui était faite
3o4 TAV
de se tenir au-dessous du vent, quand quelqu'un lui parlerait , et défense de rien toucher de ce qu'il marchanderait avant que la chose lui appartînt.
La honte de \apaiwrete engage un homme vain à se ruiher en équipages , en folles dépenses et en festins somptueux , pour paraître riche. La crainte de la/?<2wçreté fait qu'un homme sage et prudent ne s'accorde que le simple nécessaire, qu'il veille sur ses domestiques et ses ouvriers , et proportionne sa dépense à ses revenus. Le premier' s'approche à grands pas de la paui^reté ; le second s'en éloigne tous les jours.
VAVÈ. {Tenir le haut du)
C'est jouir paisiblement des prérogatives attachées à la fortune et aux dignités. Cette expression vient de l'usage oïl l'on est de céder en marchant le haut du pavé aux personnes que l'on considère.
Dans l'intérieur des maisons la politesse veut qu'on cède là droite.
On cite , sur la futilité des préséances , un mot charmant de madame Palatine de Bavière, abbesse de Maubuisson. Une autre abbesse , désireuse de la voir, mais inquiète sur la préséance, lui fit demander si on lui donnerait la droite, a Depuis que je suis religieuse y dit madame Palatine , je ne connais ni la droite ni la gauche , que pour faire le signe de la croix. »
PAVIE. ( Il a fait comme le roi devant)
Il a tiré jusqu'à la dernière pièce.
Proverbe en calembourg, qui supplique à une personne dont la bourse est à sec. Au lieu de pièces de canon , il s'agit de pièces d'argent.
PAVILLON , ( Baisser) bjaisser la lance.
PEI 3o5
Se reconnaître inférieur, ou vaincu.
Chez les Romains, lever le doigt était un signe d'infériorité. Perse dit en ce sens : .
NU tibi concessit ratio , dig'ituM éxere, peccas.
PAYS. (// est Bien de son)
C'est-à-dire^ il est bien simple; parce qu'il n'y a rien qui forme tant les hommes que les voyages.
PAYS. (^Nul n'est prophète en son) i
Non est propheta ^sine honore nisi in patriâ sua
(Evangiles selon saint Matthieu et saint Marc); nemo
propheta acceptus est in patriâ sua (Évangile selon
saint Luc); propheta in sua patriâ honorera non ha-*
bet (Evangile selon saint Jean).
Nos pères disaient dans le même sens : Le saint de la ville n'est point oré (^prié).
PEIGNE: ( Sale comme un )
Un peigne de bois, quelque soin qu'on en prenne, paraît toujours moins propre qu'un peigne d'écaillé, parce que le bois n'a pas de lustre. Or, nous tirons l'écaillé de l'Amérique : il est probable que notre proverbe est antérieur à la découverte de cette partie du monde.
Il ne faut pas croire, toutefois, que les peignes de bois fusseht sans ornemens. Entre autres beaux peignes de cette matière, nous pouvons citer ceux que M. Revoil (de Lyon) , peintre d'histoire , conserve dans un cabinet où se trouvent beaucoup d'autres objets de curiosité.
Un de ces peignes offre , en lettres gothiques , l'inscription suivante :
Je TOUS aime, ma belle amie^ Pins que dame de ma yie.
3o6 PEN
Une des faces d'un autre peigne est à coulisse ; et dans la coulisse est caché un miroir ; on y lit : Pour bien je le donne : cette devise est accompagnée d'un cœur que traverse une flèche.
ffn troisième peigne , qui se trouve dans un cabinet de curiosités à Paris , porte d'un côté , en caractères gothiques , Sans mal penser; et de l'autre se voit la place de deux médaillons.
Enfin, il existe à Paris, chez un marchand de curiosités, un peigne gothique qu'il estime cinq cents francs : une des faces offre l'adoration des mages ; et Tautre , le massacre des innocens.
PEINTRE. {Guéwc comme un) ^
Les peintres ne travaillent que par inspiration, et l'argent qu'ils gagnent vite , ils le dépensent de même.
Il y a néanmoins des peintres riches ; mais voici un autre proverbe qui souffre fort peu d'exceptions : Gforieux comme un peintre.
Peitard.
Diminutif de poignard, sorte de grand couteau à deux tranchans, que l'on portait anciennement à la ceinture. Lorsque cette mode fut devenue vieille, on dit yïexkx penardy pour vieille épée, et, par extension , vieux penardy pour vieillard.
' VENTiV, (^jiussitot pris, aussitôt)
La malheureuse destinée de MM. Brisson , Larcher et Tardif, membres du Parlement et du Châtelet, a donné lieu à ce proverbe. La faction des seize fît arrêter ces illustres défenseurs de l'autorité royale , le i6 novembre 1691. Ils furent pris à neuf heures du matin, confessés à dix , et pendus à onze.
PER 3b7
PENDU^ {^Avoir de la corde de)
C'est-à-dire, être heureux. Pour expliquer ce proverbe , il faut citer cet autre : Sur cent pendus pas urt de perdu ^ proverbe fondé sur Tefficacité que TÉglisQ romaine attribue à la confession. Tous les patiens, conime l'on sait , sont assistés d'un confesseur.
La potence étant une occasion d'arriver à la vie étemelle, voilà la corde devenue un instrument d^ bonheur.
PENSÉE , ( Fàus saurez ma ) dit- on à quelqu'un qui boit dans le verre 6u nous venons de boire , parce qu'il y a dans le verre des éîtanations récentes , parce que la sympatie est présumabla entre deux personnes qui se font un plaisir de ce qui répugnerait à d'autres.
VmJCt. {Être bas)
C'est avoir peu d'argent. Comparaison empruntée d'un tonneau que l'on perce bas quand il n'y reste presque plus de liquide.
PERCÉ. {Panier)
Homme qui dépense à mesure qu'il reçoit.
C'est tout l'opposé Aq pincer-maille*
PERLES* {Les mœurs sont un collier de) Otez le nœud , tout défile.
PERRETTE. (^c?r/eà)
Boîte des pauvres chez les réf<3?nyiés' ; aiwsi appelée dans le sens que l'Écriture donfte à la cruche de- la pauvre veuve.
Les troncs d'hospitalité sont d'une origine fort ancienne. C<»nme il n'y avait point d'auberges, les voya-* geurs logeaient où il se trouvait surabondance de cham-l
3o8 PER
bres, et laissaient , avant de partir, un présent à leurs hôtes. Ceux-ci , pour n'avoir pas Thumiliation de recevoir de la main à la main , mirent des boîtes à leur porte,
PeRRIN DaNOIN. 'J
Sous ce nom , devenu proverbe , Rabelais a désigné un bon homme , qui, pour juger entre ses justiciables, était assis sur un siège de pierre, et n'ayant point de marche-pied, imitait niaisement, par l'agitation de ses jambes , le mouvement d'une cloche.
PERROT. (Gai comme)
j&ai comme un perroquet. Penvt est un diminutif de pien^y et perroquet un synonyme de.perrot.
Dans quelques endroits, au lieu de pierre, on dit père, et de là, dans Rabelais, Liv. iv, chap. ^ù^jgail^ lard comme un père , pour gai comme perrot.
PERRUQUE. {Tête h)
On appelle ainsi ceux qui n'ont pas beaucoup d'esprit , faisant allusion aux têtes de bois que l'on voit dans les boutiques de perruquiers.
Persévéraitce.
Pour montrer la nécessité de la persévérance, nos pères disaient : Du premier coup ne chet; par V arbre.
Persévérance.
Qui sert et ne persert, son loyer pert. ' C'est-à-dire , qui sert et ne persévère , perd sa récompense. Proverbe employé dans le roman du Petit Jehan de Saintré.
Ce roman est du mênie temps que les Cent Noui^elles nouvelles, composées pour s^muser le dauphin, depuis roi sous le nom de Louis xi , lorsque ce prince
PET 3oy
tenait sa petite cour à Geneppe en Brabant , où Philippe , duc de Bourgogne , l'avait reçu fugitif de la cour du roi Charles vu.
Persévérance vient il bout de tout.
« Frappez souvent une chose , quelque léger que soit
le coup , le temps lui donnera de l'effet, et ce que vous
aurez voulu détruire tombera enfin : les gouttes, d'eau
cavent à la longue le rocher sur lequel elles tombent. »
(Lucrèce.) PERSIL. ( Grêler sur le )
Appesantir son pouvoir sur des gens faibles et dans dipprconstances de peu d'importance.
PÉTAUD. ( Cour du roi)
\ Chacun y contredit, chacun y parle haut; Et c'est tout justement la cour du i^oi Pétaud.
(MOLIÀBS.)
On dit aussi 9 C'est une pétaudière.
Autrefois , en France , toutes les communautés se nommaient un chef qu'on appelait roi. Les mendians mêmes en avaient un ; et , par plaisanterie , on l'appelait petOy je demande.
Du mot \àX\x\peto y on a bÀtpéteau, pétaud,
PETITrMAÎTRE.
Dans sa jeunesse , le Grand Çondé s'était fait chef d'un parti opposé à la cour et composé de jeunes gens. qui , par les airs de pétulance et de hauteur qu'ils se donnaient, se firent aippeler petits-maitres.
Ce nom resta; et, par la suite, on l'appliqua aux jeunes fats.
PETS. (Chantez à râne, it vous fera des) Ce proverbe s'applique à des gens hors d'état de profiter des remontrances qu'on leur fait, à des gens
3io PHr
incorrigibles par ineptie. Guillaume Crétin en* a fait usage dans le quatrain suivant :
Juge ignorant et conseillers snspectz Font le droict tort, et malle-cause bonne; Et si raison y veult mettre sa bonne , Chantez à l'asne » il voas fera des petz.
PHILIPPE. {Les oies du frère)
C'est-à-dire , les femmes.
Tout le monde connaît le conte de La Fontaine qui a donné lieu à cette façon de parler ; mais beaucoup de personnes ignorent que la première idée appartient à Saint-Jean de Damas ^ qui vivait dans le huidjÉ^e siècle. Voici ce qu'on lit dans son Histoire de Barlffirnî et Josaphat : «Un roi eut un fils qu'on éleva jusqu'à douze ans sans qu'il vît la lumière du jour, ni aucune autre. Les médecins avaient dit qu'il deviendrait aveugle si on ne prenait pas cette précaution. Le temps de ces ténèbres forcées étant expiré , on fit passer en revue devant les yeux du jeune prince tous les objets qu'on peut voir pour l'ordinaire, les lui montrant l'un après l'autre. Lorsqu'on lui fit voir des femmes, il demanda avec avidité quel nom on donnait à cela. Ce sont, lui répoiidît le nomenclateur^ des démons qui induisent toujours à mal , et dont on ne saurait trop éviter l'approche. Malgré le nom et l'observation qu'on y joignit, lorsque le roi demanda à son fils lequel de tous les objets qu'on lui avait fait voir il aimait le mieux. Ce sont , dit le prince, ces démons qui nous induisent toujours à mal; rien ne m'a paru si charmant.
Un dominicain qui prêchait dans le treizième siècle , changea les démons en oies , et le fils du roi en moine.
Ce sont aussi des oies et un ermite dans le conte de Bocace.
PHI Zit
Le récit de Martin Franc, poète qui vivait sous Charles vu, est un modèle de naïveté:
Ci TOUS conterai d'un novice Qui oncques tu femmes n'avoit.
Innocent étoit ' et\ sans vice , Et rien du monde ne savoit; Tant que celui qui le suivoit Lui fit accroire par les .voyes.
Des belles dames qu'il voyoit.
Que c'étoient des oysons et oyes.
On ne peut nature tromper.
En après tant lui en souvint, « Qu'il ne put diner ni souper ,.
Tant amoureux il en devint.
Et quand des moines plus de vingt Demandèrent poiyirquoi musoit, n repartit, comme il convint y 'Que voir les gyes lui plaisoiè.
PHILOSOPHALE. {Pierre )
Par pierre philosophale on entend la prétendue transmutation des métaux en or; de là cette façon de parler, il faut qiCil ait troui^la pierre philo sopkale y lorsqu'un homme fait une dépense fort au-dessus du revenu qu'il paraît avoir.
Dans le temps oîi l'on s'occupait d'alchimie, c'està-dire de chimie sublime , de chimie par excellence , la matière était réputée déchue , et les alchimistes avaient la prétention de la relever à sa première nature.
Jean Gauthier, baron de PlumeroUes, se vantait de savoir faire de l'or. Charles ix, trompé par ses pi'o* messes, lui fît donner 120,000 hvres, et l'adepte se mit à l'ouvrage ; mais après avoir travaillé huit jours, il se "sauva avec l'argent du monarque. On courut à sa poursuite, et il fut pendu.
En 16 16, un autre alcliimiste, nommé Guy de Crusemberg, reçut du gouvernement 20,000 écus pour
3i2 PIE
travailler dans le château de la Bastille à faire de l'or. Au bout de trois semaines, il s'évada avec les 20,000 écus , et eut le bonheur de ne pas être arrêté.
Un troisième alchimiste, passant à Sedan, donna a Henri i*' , prince de Bouillon , trois grains d'une poudre qui, fondus avec quelques onces de litharge, produisirent trois onces d'or. Le prince lui-même avait fait l'opération. Que l'on juge de l'empressement avec lequel il accepta trois cent mille grains de poudre qui restaient à l'alchimiste. Celui-ci , pressé de partir, et se trouvant sans espèces , reçut du prince 4o écus. Pour faire des dupes, ce charlatan avait commencé par acheter toute la litharge ,qui se trouvait chez les apothicaires de Sedan , y avait mêlé quelques onces d'or, et l'avait remise dans le commerce. Les grains de sa poudre cessèrent de produire de l'or lorsque la litharge fut épuisée.
Les ténèbres du moyen âge favorisèrent l'alchimie , parce qu'elle tenait du merveilleux, et la renaissance des lettres suggéra les mpyens les plus artificieux pour tromper les esprits.
" La physique , aidée de l'expérience , a fini par bannir l'étude de l'alchimie, et le siècle où nous vivons , quoiqu'avide de richesses , se contente d'aller à leur poursuite par la voie du commerce et de l'industrie.
PlAFER.
Terme de manège ; il signifie tirer vanité de ses ajustemens, marcher d'un air fier.
PIE. (^Étre au nid de la)
Quand quelqu'un est monté au plus haut degré de sa fortune, on emploie ce proverbe, parce que c'est toujours sur l'arbre le plus haut que la pie fait son nid.
PIED, (^ Aller où le roi va a)
PIE 3i3
Le proverbe italien est plus solennel : Aller oh ni le pape ni V empereur ne peus^ent en{H)yer d* ambassadeur.
PIED, ( Couper a quelqu'un V herbe sous le) C'est le supplanter ; au propre , lui enlever ce qu'il a sous la plante de^ pieds.
Pied-plat.- ^Terme injurieux; homme de basse naissance.
A différentes époques , les chaussures des personnes de distinction ont été élevées.
Dans le seizième siècle , on mit sous les souliers deux petits piliers d'égale hauteur, l'un sous le talon, l'autre sous le bout du pied ; l'incommodité de ces galoches ayant été reconnue, on se borna, dans le dix-septième siècle, à élever la chaussure sous le talon ; les femmes mêmes adoptèrent des mules à la vénitienne ^ que l'on appela aussi pianelles , d'un mot italien qui veut dire plates, quoique le talon eût un^ certaine épaisseur. Ces pianelles étaient fort à la mode sous Louis xiii.
On éleva davantage le talon sous Louis xiv; les souliers de femme, sous Louis xv, avaient des talons de quatre, cinq et jusqu'à six pouces de hauteur. Cette mode durait encore en 1789.
a Rien n'est plus ridicule , disait le docteur Alphonse Leroi (^Recherches sur les habillemens des femmes et des en fans y in-12, Paris, 177a), que la contenance que donnent aux femmes les hauts talons; elles ne marchent pas, mais elles sautillent, et ressemblent aux oiseaux qui n'avancent que par sauts. »
Pied.
Etre sur un grand pied dans le monde.
Y jouer un grand rôle.
3i4 PIF
Ce proverbe vient d^une chaussure qui parut , pour la première fois, dans le treizième siècle. Un comte d'Anjou avait au bout du pied u^e excroissance considérable; pour cacher ce défaut , il imagina des souliers à pointe recourbée; et comme c'était d'ailleurs un fort bel homme , on copia sa chaussure. Quant au nom , ce fut celui de la partie antérieure d'un vaisseau qu'on appelle encore aujourd'hui la poulains. Cette poulaine tirait sans doute son origine de la Pologne ; car anciélinement la Pologne se nommait Polaine, Poulaine.
Quelquefois on ornait les souliers a la poulaine y de cornes ou de griffes; les évêques trouvèrent là un sujet de fulminer. Charles v, pour complaire au clergé, déclara cette chaussure contraire aux bonnes mœurs y inventée par la vanité, et cqndamna à dix florins d'amende ceux qui s'obstineraient à la porter.
Cependant cette mode se maintint; on la trouve encore dans les monumens de la fin du quinzième siècle»
Les princes et les grands seigneurs portaient des souliers longs de deux pieds; les riches, d'un pied, et les. gens du commun, d'un demi-pied.
PIERRE. {Hardi comme un saint) Hardi à nier comme cet apôtre*
PIERRES. {Mener par un chemin où Un" y a point dé)
C'est-à-dire traiter avec une telle rigueur , qwe tout
moyen de d^éfense est interdit. Les pierres sont les armes
de ceux qui n'ont pas d'autre ressource pour mettre en
fuite lem* ennemi.
PIFFRE. {Gros)
Homme qui a les joues rebondies. Mot emprunté et corrompu de l'allemand pfeiffer, qui signifie un joueur de fifre. Pour jouer du fifre on enfle les joues.
PIN 3i5
PIGNON SUR RUE. {lia)
C'était autrefois la manière de désigner un homme dont les propriétés étaient en évidence.
PILATE. ( Un mocat de)
Un avocat sans causes , par une misérable allusion à ces mots de l'Évangile : Non invenio causant.
PILE. {Jeter à croix et à) •
Cette façon de parler vient de l'usage de jeter une pièce de monnaie pour tirer au sort, et de ce qu'une des premières monnaies qui a eu une croix d'un coté , avait un navire de l'autre. Pile était synonyme de navire, et le mot pilote dérive de pile.
PILE. (N'ai^oir ni croix ni)
Signifie être sans argent. \^
PILULE. {Amlerla)
C'est faire une chose qui répugne , recevoir un affront sans mot dire. Comme les pilules sont désagréables a^ goût, on prend bien garde de les mâcher, on lesavale sans les faire passer sous les dents.
PILULE. (Z)^r^r /a)
C'est adoucir par de belles paroles l'amertume d^un refus; ou, sous des apparences flatteuses, essayer de déterminer quelqu'un à une chose pour laquelle il a de la répugnance, . . •
Cette figure est tirée d'un procédé en usage chez les apothicaires ; ils enveloppent les pilules d'une feuille d'w ou d'argent , pour les rendre agréables à IVeil.
Si la pilule avait bon goût on ne la dorerait pas ^ dit. Ife proverbe espagnol.
PlWCBrMAILLE.
Homme fort attaché à ses intérêts. Grippe^soUy tire- Hardy ont la même signification.
3i6 PLA
Nos aïeux disaient aussi , racle denare (racle denier).
L'avare amasse d'abord pour posséder, ensuite pour amasser; il a épargné dans sa jeunesse pour avoir un petit revenu qui lui permît de se reposer dans sa vieillesse, et il travaille dans sa vieillesse pour épargner son revenu.
PLAIRA. ( Qui dira tout ce quHl voudra, ouïra ce qui ne lui)
" Traduction de ces mots de Térence : Qui quœ vult dicity quœ non vult audit.
PLAISIR. (^Foilà leplaisir^ mesdames j voilà le)
Les fniandises que ce cri annonce sont des gaufires très minces nommées oublies. Oublies , par corruption , pour oblayeSy venant dioblatc^., à cause de leur ressemblance au pain d'autel.
On criait dans les rues cette même pâte sucrée et roulée en cornet au treizième siècle. Un poète de cette «poque compte parmi les plaisirs de la soirée, celui d'appeler Voublieur.
Quand le corbillon d]un oublieur était vide , l'usage voulait qu'il chantât. Alors on disait en proverbe qu'on ferait chanter un homme les pieds h Veau comme un oublieur; pour dire qu'on lui ferait faire toute espèce de choses, pourvu qu'on lui en accordât une qu'il souhaitait. En chantant, l'oublieur dont on avait vidé le corbillon , était obHgé de tenir ses pieds nus dans l'eau;
Les oublies se criaient après le souper. Ce repas qui d'abord avait lieu à cinq ou six heures , ayant peu à peu été reculé, les oublieurs prirent l'habitude de marcher plus tard. Il leur fut défendu de faire des courses nocturnes quand Cartouche organisa sa troupe , vers i^ao , parce que quelques uns de ces brigands s'étaient déguisés en oublieurs.
PLO 3i7
Maintenant c'est en plein jour que Ton crie les oublies , et ce sont des femmes qui vendent cette marchandise; elles n'ont guère pour pratiques que les gouvernantes d'enfans.
PLATS COUVERTS. {Servir quelqu'un a) C'est lui témoigner en apparence beaucoup d'amitié , et le desservir secrètement. Cette expression vient de l'usage où Ton était autrefois en France de couvrir les choses que ^o^ mettait devant les personnes de distinction.
PLOMB, (Cafo^feûfe)
On dit d'une personne étourdie et légère, qu'elle aurait besoin d'une calotte de plomb.
Sous Louis XIV, quelques beaux esprits de la cour formèrent une société qui se nomma le Régiment de la Calotte, Ce régiment avait pour enseignes les figures de Momus et de la Folie ^ surmontées d'une calotte. Aymon , porte-manteau du roi, mort en 1731 , à l'âge de plus de quatre-vingts ans, en fut commandant, et de Torsac généralissime.
Informé des progrès de cette plaisanterie , Louis xiv demanda un jour à Torsac s'il ne ferait jamais défiler son régiment devant lui. A quoi Torsac eut la hardiesse de répondre : Hélas! sire, il ne se trouverait peut-être personne pour le "voir passer.
La burlesque institution de la calotte reprit faveur sous la régence. Lorsqu'un homme en place ou un homme de lettres faisait une sottise, on lui envoyait une calotte ; c'était une satire en forme de brevet.
PLOMBÉ. {Hérétique)
Hérétique déclaré tel par une bulle scellée de plomb.
3i8 POC
Pluie.
A la bonne heure nous a pris la pluie;
Pour dire, nous avons eu le temps de nous garantir de l'orage : expression figurée.
Lorsque le maréchal de Gié fut exilé par Louis xit , son magnifique château du Verger, en Anjou, venait d'être bâti. Se croyant, par l'exil dans ses terres, délivré de toute inquiétude, il dit , dans le style du temps : h la bonne heure m* a pris la pluie , voulant parler de l'asile qu'il s'était ménagé. Mais Anne de Bretagne ne s'en tint pas là ; elle le poursuivit avec acharnement.
PLUME. (^Plus r oiseau est vieux ^ moins il veut se défaire de sa )
C'est-à-dire , plus nous sommes avancés en âge , moins nous sommes disposés à nous dessaisir de nos biens.
PLUME. ( Qui mange Voie du roi^ cent ans après il en rend la)
Ce proverbe est tiré de Martial d^Aui^ergne ; il signifie que tôt ou tard on recherche les gens qui se sont enrichis au maniement des deniers royaux.
L'oie était, dans le moyen âge, la plus grosse pièce de volaille que nous eussions en France, et celle qu'on estimait le plus. Charlemagne ordonna que tous ses châteaux en fussent fournis, et cet usage s'est longtemps maintenu dans les maisons royales.
POCHE. {^Acheter chat en)
C'est-à-dire ,yai>^ marché d'une chose sans la con^ naître et sans la voir.
L'auteur des Remarques sur le Dictionnaire de VA^ cadémie prétend que le chat n'est pout rien dans ce dicton ; qu'il faut écrire , acheter chai' en poche y ce qui
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signifie acheter un bijou chatoyant, sans Tavoir fait démonter.
Il est bien vrai que chatoyant vient de chat. Comme l'œil de cet animal offre différentes couleurs , selon le côté pai* où la lumière le frappe, on dit d'une pierre qui présente les couleurs de l'iris , comme Topale , qu'elle chatoyé.
Cependant nous ne croyons pas admissible l'interprétation de l'auteur des Remarques sur le Dictionnaire de V Académie.
POCHE. {Manger son pain, dans sa)
C'est-à-dh'e, vivre de ses revenus, sans en faire part à personne.
Les Italiens disent : Manger comme un cheç^al de charrette.
POÊLE. (// n'y en a point de plus embarrassé que celui qui tient la queue de la)
Pour dire qu'un homme qui est chargé du soin principal d'une affaire ^st celui qui a le plus de peine et d'embarras.
Ce proverbe fit dire à Henri iv un mot qui peint bien la bonté de son cœur.
DIAL0017B EITT&B UlT PRIHCE ET SON MIITISTRE.
Dans le besoin pressant qui vous menace »
Sire, il faudrait recourir aux impôts.
— Ah, des impôts ! laissons cela, de grftce : Mon pauyre peuple a besoin de repos.
Le Toulez-Tous sucer jusqu'à la moelle ?
Je prétends, moi, qu'il n'en soit pas ainsi.
— Sire , songez quel est en tout ceci Mon embarras; songez que de la poêle Qui tient la queue est le plus mal loti.
— Qui dit cela ? — Qui ? le proverbe, Sire.
T— Ventre-saint-gris ! le proverbe a menti ; Carf de par Dieu, c'est celui qu'on fait frire.