‹ Dictionnaire des proverbes français (volume 2)Chapitre 13 sur 176 · AMO · texte numérisé non relu

AMO

On suppose qu'une belle femme doit être entourée d'adorateurs, et difficile dans le choix d'un amant.

Amis.

// est bon d^açoir des amis partout.

Ce proverbe est le fondement de l'épigramme suivante :

Une déyote un jour, dans une église , Ofïrit un cierge au bienheureux Michel y Et l'autre au diable. « Oh, oh, quelle méprise ! • Mais c'est le diable. Y pensez-y ous? ô ciel ! « — Laissez, dit-elle, il ne m'importe gùères, « n faut toujours penser à l'avenir. ^ « On ne sait pas ce qu'on peut deyenir, « Et les amis sont partout nécessaires. »

Amitié.

Etre unis comme les deux doigts de la main^ Les Italiens disent : Être corrme chair et ongle.

Amour.

Amour apprend les ânes à danser.

C!est-à-dire, les gens les plus grossiers sont civilisés par l'amour.

AMOUR. (^ battre faut V)

Faut vient de faillir , et le sens du proverbe est que les mauvais traitemens font cesser l'amour.

Ce proverbe est démenti par cette vieille chanson languedocienne :

Lei castagniou dou brazié Petoun kan souh pas mordudes :

Lei filiou dé Mounpelié Plouroun kan soun pas' battudes.

C'est-à-dire , les châtaignes qu'on met dans le feu pètent et crèvent quand elles ne sont pas fendues ; les filles de Montpellier pleurent lorsqu'elles ne sont pas battues.

i4 AMO

Un^bourgeois de Verdun traitait son épouse selon le goût des filles de Montpellier. Un jour qu'il l'avait extrêmement maltraitée , on en fit des plaintes à M. de Feuquières , gouverneur de la ville , qui envoya chercher le mari. Celui-ci ^e justifia de son mieux ; et comme il disait au gouverneur que , s'il connaissait la méchanceté de sa femme, il ne le condamnerait pas, un voisin, qu'il avait amené avec lui, lui dit doucement pardessus l'épaule : « Compère, il y a raison partout; on sait bien qu'il faut battre une femme , mais il ne faut pas l'assommer. »

Du temps de Saint-Louis , les maris exerçaient sur leurs femmes une puissance presque sans bornes. Si l'on en croit Beaumanoir y l'usage les autorisait à battre a loisir ces malheureuses ; on leur recommandait seulement de ne les point tuer, estropier ou mutiler.

Le rôle de battant n'a pourtant pas toujours appartenu exclusivement aux maris. Jean Belet parle d'un usage qu'on regardait de son temps comme une pratique religieuse dans plusieurs provinces : la femme battait son mari la troisième fête de Pâques ; et le len^ demain le mari battait sa femme, ce Ce qu'ils font , dit Belet, pour montrer qu'ils se doivent la correction l'un à l'autre , et empêcher qu'ils ne se demandent dans ce saint temps le devoir conjugal. »

AMOUR. ( Quittances d')

Les lunettes et les chei^eux gris sont des quittances d^amoun

Pour les cheveux gris, il n'y a rien à changer au proverbe ; mais les lunettes , depuis plus de vingt ans , ont cessé d'être le partagé exclusif de la vieillesse.

Mercier, auteur du Tableau de Paris, était ennemi

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de cette nouvelle mode. « Comment , disaitnil, lire dans les yeux d'un bésiclé ? »

Amour poi^tique.

Amour idéal. Les Italiens disent : Amour à la façon de Pétrarque , Petrarche 'volmente.

Piron , dans sa Métromaniey qu'on peut appeler une satire échappée à l'auteur contre lui-même , fait ainsi le portrait d'une maîtresse poétique :

Oui , je l'aimais avec autant de yolupté

Que le mlgaire en tronire à la réalité;

La réalité même est moins satisfaisante ,

Sons une même forme elle se représente;

Mais une Iris en l'air en prend mille en un jour^

La mienne était bergère ^ et nymj^e tour à tour.

Brune ou blonde, coquette ou prude, fille ou yeuye,

Et , comme tu crois bien , fidèle à toute épreuve.

Boileau parle de ces amoureux transis* qui, bien buvant, bien mangeant, meurent par métaphore.

AN. ( Bon jour et bon )

Façon de parler proverbiale et familière en saluant les personnes au commencement de Tannée.

SUA lA JOUK DB l'aIT.

Ne peut-on du calendrier

Effacer le premier janvier :

Ce jour fatal aux pauvres bourses »

Ce jour ferôle en sottes courses :

Ce jour, où cent froids visiteurs ,

A titre de complimenteurs.

Pleins du zèle qui les transporte ,

Sèment l'ennui de porte en porte?

Où fuir les assauts pétnlans

De ces baiseurs congratulans ,

Qui viennent donnef pour étrenne

Lé fier poison de leur haleine ?

O jour ! qui n'as pour amateurs

Que l'ordre des frères quêteurs , * \

Quand du joug dur de tes corvées

Verrons-nous nos cités sauvées ?

( Mtrcure de janvier 1736.)

i6 ANE

ANE. {Oreille d')

Nos pères disaient d'un bon serviteur, qu'il devait ai^oir oreille d'âne, c'est-à-dire , tout écouter sans faire aucune réplique.

Ce proverbe est pris de la coutume de l'âne , qui , malgré le bruit qu'on fait autour de lui , va son pas et baisse l'oreille. '

ANE. {Courre V)

« Tout le monde chevauchera , et je menerajr Vasne. » (Rabelais, Liv. ii, chap. 27.)

L'usage dont parle Rabelais , usage que la police n'était pas encore parvenue , vers la fin du dix-huitième siècle, à détruire entièrement, avait lieu dans plusieurs parties de la France.

Appliquée d'abord aux infidélités entre époux, cette mascarade était devehue la vengeance banale de toutes les querelles, de tous les ressentimens , de toutes les petites jalousies. Les ménages les plus honnêtes, les personnes les plus recommandables par leur conduite ou leurs emplois , étaient exposés à servir de jouet à la populace.

Cet usage avait commencé on ne sait à quelle époque , pour ridiculiser un homme qui s'était laissé battre par sa femme. Cette mauvaise plaisanterie , qui eut lieu pendant le carnaval, fut continuée les années suivantes; et dans d'autres endroits on voulut se donner le même divertissement.

, A Castelnaudari on forma une cour avec un président et des conseillers; on faisait, le premier dimanche de carême , une procession qui passait dans toute la ville , à dix heures du soir. Chaque membre de la cour tenait un flambeau , et l'étendard était porté par le plus

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