VÉRITÉ
Bien sentir Jait amis ^ et vrai dire ennemis.
Proverbe tiré de ce passage de Térence : Obsequium amicos^ veritas odium parit.
ce Quoiqu'il n'y ait rien de si naturel à l'homme que
d'aimer et de connaître la vérité , il n'y a rien qu'il
aime moins et qu'il cherche moins à connaître. Il craint
de se vgir tel qu'il est, parce qu'il n'est pas tel qu'il
devrait être ; et pour mettre à couvert ses défauts , il
couvre et flatte ceux des autres. »
(Fléchijer.)
VBR 409
^ VÉROUIL. {Baiser le)
:. C'e$t-à-dire, rendre hommage. Anciennement, un vassal roturier baisait la main de son seigneur ; mais si 4e seigneur était absent , il suffisait qu'il baisât le vérouil de la porte. (Coutume d'Auxerre , article 44? "~ de.Berri, titre v,,art. 10;. — deSpns, art. 181.) Les ' loyaux amans faisaient Ja même chosQ. Voyez Lucrèce , Liv. IV.
VERRIERS. {Gentilshommes)
On appelait ainsi , avant la révolution , les chefs des ' manufactures de bouteilles , parce que , loin de faire déroger , leur métier donnait une espèce de noblesse.
yYSiT.{PoHerle.bonnef)
Cette façon de parler a long-temps signifié faire banqueroute.
Et que d'un bonnet vert le salutaire affront Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front.
(BoiiiEAU^ Satire i.)
Un banqueroutier qui aurait paru en public sans avoir sur la tête le bonnet vert , se serait exposé à être fait prisonnier par ses créanciers.
VERT. {Prendre quelqu'un sans) ^ C'est le prendre au dépourvu. Dans les treizième, qiiatorzième et quinzième siècles, il fallait, pendant les premiers jours du mois de mai , porter sur soi une * branche de verdure ; sans quoi on s'exposait à recevoir un seau d'eau sur la tête.
Rabelais , Liv. m , ch. 11 , dit que les dés sont le vert du diable.... Le diable me prendrait sans vert, ajoutet-il, s'il me rencontrait sans dés.
. y WlT^. {Donner aune^lle la çotte)
4ia VIE
ses- facultés s'affaiblissent , il faut qu'il se passe de tout, même de son esprit et de ses minces talens :
Halheor à qui let dieux accordent de longg jovrs ! ^
Consumé de douleur» à la fin de leur cours »
n Yoît dans le tombeau ses amis disparaître , '
Et les êtres qu'il aime arrachés à son être ; • U Toit autour de lui tout périr, tout changer; A la race nouyeUe il se trouve étranger ; Et lorsqu'à ses regards la lumière est ravie ,. n n'a plus en mourant à perdre que la vie.
(Saiht-Lambbrt, Saisons,)
VIERGES. {^Amoureux des onze mille^
On appelle ainsi celui qui devient amoureux de toutes les femmes qui s'offrent à sa vue.
Ce proverbe date du temps où se célébrait la fête des onze mille vierges. >
« Le vingt-unième jour du moys d'octobre , vigile de •
onze mille vierges^ trespassa de ce siècle le. bon roy Charles vi. » {^Journal d\un bourgeois de Paris,)
Jean de Mehun parle aussi des onze mille vierges :
Mesmes les onze mille vierges ,
Qui devant Dieu tiennent leurs cierges.
Mais depuis long-temps on a reconnu que l'abréviation des légendaires xi. m. v. devait être ainsi interprétée : Onze martyres vierges.
VIERGES. ( Chanter V évangile des) C'est avouer qu'on a été pris pour dupe. (Contin. de Monstrelet sur V an i5i3.)
Vieux.
Il faut devenir vieux de bonne heure y si on veut Vêtre lohg'^temps.
Ce. proverbe se trouve dans Cicéron {Traité de la vieillesse) \ Mature Jîas senex^ sidiu velis esse; c*està-dire , prenez de bonne heure les précautions que
VIL 4i3
prennent les vieillards, ne vous livrez pas trop aux plaisirs du jeune âge, si vous voulez fournir une longue carrière :
Bien ayoîr vescu en jeunesse Est le yrai guerdon de yieillesse.
(G. Meurieb.)
Frai guerdon y vraie récompense.
VIGNES. ( Mariage de Jean des );
Tant tenu, tant payé.
Les petites alliances que forment les vendangeurs y alliances ou sociétés qui ne durent que jusqu'à la fin de la vendange, ont donné lieu à cette façon de parler.
Le Duchat (Remarques sur le Dictionnaire des Proverbes , par de Backer) trouve un autre sens, qu'il tire de l'équivoque de Jean di gens. «Entre jeunes gens, dit -il, garçons et filles, qui travaillent ensemble aux vignes, il se passe bien des fredaines. »
VILAIN. (// n'est chère que de^
Pour dire qu'un avare ,^ quand il donne à manger, le fait avec profusion.
C'est un sacrifice auquel il s'est résigné, afin qu'on cesse de lui reprocher un défaut qu'il n'a pu cacher. Mais quelle parcimonieuse prodigalité l Horace parle d'un gala de cette sorte où le vin était tourné , l'huile rance, mais où, en revanche, le meilleur vinaigre n'était pas épargné.
VILAIN. {Fille du)
On dit d'une chose qu'on met à l'enchère : Cest la fille du vilain^ celui qui en donnera le plus Faura.
Vilain.
Oignez Vilain , il tous poindra ; * 1 .
Peignez yilain , il tous oindra ;
4i4 VIN
C'est-à-dire, parlez avec trop de douceur à ua homme 9ans éducation , il vous rudoiera ; rudoyez-le , il vous caressera.
On dit aussi :
V Oignez vilain , il vous poindra ;
Poignez gentil, il tous oindra ;
C'est-à-dire , rendez service à un vilain, il vous payera d'ingratitude ; mais si vous obligez un homme honnête ^ il fera ses efforts pour se montrer reconnaissant.
Nos pères disaient aussi en proverbe : // n^esi danger que de vilain.
Henri Estienne, dans la crainte qu'on se méprtt sur le sens de vilain, dit : (nFilain, en ce proverbe, est qui a le cœur vilain; » et pour appuyer son interprétation, il cite cet autre proverbe : Nul n^est vilain si le cœur ne lui meurt.
VILAIN. {Savonettes à)
Avant la révolution de 1789, on appelait ainsi, par ironie, les charges de secretaires du roi qui s'achetaient et donnaient la noblesse.
VILLE. ( Un oçil aux champs et Vautre a la) Les Italiens disçnt ; Un œil au chat et Vautre à la marmite.
Vin.
Du vin du crû que Dieu nous garde !
Celui qui a des vignes préfère son vin au vin de la meilleure côte. Au propre et au figuré , chacun aime --ce qui vient de son crû; et las vrais gourmets sont^n garde cçntre le$ productions domestiques.
VINAIGRE. {Faire pisser)
Faire pisser vinaigra à quelqu'un, çe^t le réduire à de grandes angois^e^.
VIO • 4i5
VIOLETS. (Contes)
On appelle ainsi des contes qui n^ont point de vraisemblance, des récits de choses qu'on n'a vues que dans les éblouissemens.
L'abbé de Saint-Pierre a expliqué d'une manière assez satisfaisante les apparitions^ ou contes violets, « Dans ces sortes d'événemens , dit-il , tout n'est pas faux et imaginaire; mais aussi tout n'est pas vrai et réel. Il y a du vrai , et le vrai , dont les causes naturelles sont entièrement inconnues aux ignorans à qui elles arrivent, deviennent pour eux un merveilleux, un prodige du premier ordre. Ils sont les premiers effrayés , et par une communication organique de sentimens et de passions, qui est très naturelle, ils effrayent et persuadent aisément les gens de leur sorte.
4c Si ces innocens séducteurs se contentaient de raconter précisément ce qu'il y a de vrai, s'ils contaient tout , s'ils s'en rapportaient à un physicien, et qu'ils répondissent sincèrement et exactement à ses questions, ce physicien trouverait bientôt la cause naturelle de l'événement, et le public ne serait point imbu d'une merveille imaginaire ; car on craindrait de débiter d'un air transi une chose très simple.
ce II en arrive tout autremei^t : ceux à qui l'on fait part de visions sont, pour l'ordinaire , très ignorans en physique; leur crédulité fortifie la crédulité du conteur» et, par contre-coup, la terreur qu'il leur a inspiré^ nourrit et fortifie la sienne.
« Gomme ces sortes d'apparitions ne sont qne des . songes fiévreux , il s'y mêle toujours des choses fausses ou des contradictions; mais le conteur^ craignant de passer pour un songeur , dissimule ces faits ; il se les cache à lui-même; il rajuste, en faisant son histoire,
4i6 VOI
tout ce qui lui paraît se contredire", et à force 'de conter la même chose d'une même manière, celui qui raconte en vient peu à peu à croire que tout est arrivé , précisément comme il le raconte. »
VITULOS. (On dit d'un homme qui a été bien battu , iten aeu depuis miserere jusqu'à)
Faisant allusion à la coutume de certains moines qui se donnaient la discipline en récitant le psaume 5o , dont le premier mot est miserere, et le àevuiewitulos.
Vivat.
Rabelais, pour se moquer de ce cri, a contrefait les Allemands. Voyez Pantagruel ,, Liv. iv, chap. 53. yivaty s'écria Épistemon, vivat ^Jifat, pipat, bibat.
VOILE. {Prendre le)
Si la couronne de fleurs blanches est partie intégrante du costume d'une mai^iée, le voile n'est pas moins essentiel. D'où vient donc que prendre le voile signifie entrer en religion, se vouer au célibat? — De ce que le voile d'une mariée est la parure du moment, tandis que celui de la religieuse va devenir sa coiffure habituelle.
Une chose assez singulière se pratique à Paris pour la façon de poser les voiles de mariées. Dans le petit commerce, et parmi les artisans, une mariée veut que son voile soit posé en arrière ; cependant ce sont là des classes réputées modestes; les jeunes mariées d'un rang plus élevé ne montrent , au contraire , que le bout de leur nez.
VOISIN. {Bon avocat y mauvais)
Un homme qui connaît toutes les ressources de la