‹ Dictionnaire des proverbes français (volume 2)Chapitre 51 sur 176 · COR · texte numérisé non relu

COR

Coqueluche, coqueluchon, capuche, capuchon, étaient des couvertures de tête dans le quatorzième et le quinzième siècle.

Un bénédictin (dom Cajot) a publié en 1762, sous le voile de l'anonym^, une Histoire critique des co^ queluchons; mais il n'a fait que glisser sur l'histoire civile : le capuchon monastique était son principal objet. ^

Ce capuchon , dom Cajot l'appelle un maussade couvre-chef; il pense qu'avec de légères différences le costume des prêtres séculiers^ peut devenir celui des moines, «Le chanoine régulier, dit-il, ne raillera plus les oreilles béantes des bénédictins, et près de ceuxrci le frère mineur cessera de rougir, en jetant les yeux sur le nouvel habit qui lui assurera les douceurs de l'éga-,

lité Je mets en parallèle tout moine qui vante les

saintes lii^rées de son instituteur, avec les sœurs de l'enfant Jésus , accoutumées à faire baiser les saintes serges aux fillettes indociles, qu'elles envoient ensuite dans le bénit-coin. » ^

COQUILLES. (Chei^aliers à)

On appelait ainsi, dans l'origine, les chevaliers de l'ordre de Saint-Michel, que Louis xi institua , croyant que Dieu s'était servi du ministère de cet ange pour délivrer la France des Anglais, et empêcher que le mont Saint-Michel ne tombât entre leurs mains , comme avaient fait toutes les autres places de la Normandie.

Le mont Saint-Michel était , à cette époque , un lieu de pèlerinage; tous ceux qui en venaient apportaient des coquilles. Des torsades de métal et des coquilles composent le cordon des chevaliers de Saint-Michel.

CORDE. {Argent sous)

9» eoR

Métaphore empruntée du jeu de paume , où Ton met Targent sous la corde.

CORDE. ( Gens de sac et de)

C'est-à-dire, qui méritent les châtimens de la justice.

Autrefois les genres de supplices les plus communs étaient le sac dans lequel on cousait les criminels pour les jeter dans la rivière , et la corde pour les attacher à la potence.

Corde.

// «y a si bon mariage qu*une corde ne rompe.

Il y eut un temps en France oîi celui qui avait engrossé une fille était pendu sans miséricorde , quoiqu'il se fût marié avec la fille qu'il avait séduite, s'il ne l'avait pas épousée assez vite pour donher à croire que l'enfant avait été fait depuis le sacrement.

CORDE. ( Filer sa )

C'est-à-dire 9 faire des actions qui conduisent à la potence.

CORDELIERS. {Marmite ^s)

On dit d'un goulu qu ;7 avalerait la marmite des çordeliers.

Il s'agit de la marmite des cordeliers de Paris , qui était en réputation pour sa grandeur, ainsi qu'un gril monté sur quatre roués.

CORDELIERS. {Parler latin devant les)

C'est raisonner sur une chose devant des gens qui

la savent mieux que nous.

Avant la révolution de 1789, il y avait à Paris, le

i5 juillet, un sermon latin , chez les cordeliers.

CORINTHE. (// n'est pas donné a tout le monde d'aller a)

cou 9^

Ce proverbe se trouve mot à mot dans Horace :

Non cmyîs komini contingU adiré Corinthum.

Le port de Gorinthe était d'un acoès difficile. On applique ce proverbe aux personnes dont les projets ne sont point en rapport avec leurs facultés.

. CORNETTE. (iP^r/^r)

Ce proverbe devrait être le peiul^nt de porter le haut-^de-chausses , et s'appliquer à \in homme qui se laisse maîtriser par sa femme , ou qui, par goût, se mêle des menus détails du ménage. On s'en sert pour désigner un mari dont la femme est infidèle.

C'est de la Grèce que nous est venu l'emblème des cornes ; on y donnait le nom de bouc à l'époux d'une femme lascive comme une chèvre.

CORPS. {Faire folie de son )

Cette personne n'a jamais fait folie de son corps ,

se disait jadis d'une femme qui avait toujours vécu

chastement, par opposition .aux femmes débauchées que

l^s ordonnances de nos rois qualifiaient de femmes

folles de leur corps.

Corsaire.

Corsaires attaquant corsaires Ne font pas leurs afFairos.

Voici le proverbe espagnol : De corsaire à corsaire il n'y a que des barfls d'eau a prendre.

Couard.

Pour timide.

Comparaison prise des animaux qui , lorsqu'on les poursuit , serrent la queue entre les jambes.

Anciennement on disait coue , au lieu de queue.

roo COU

COUCHER. (// ne faut pas ^se déshabiller avant de se)

C'est-à-dire , faire avant sa mort un abandon total de sa fortune»

Le proverbe espagnol dit sans figure : Qui donne le sien avant de mourir , qu'il s'apprête a bien souffrir.

Est-on venu à bout de séduire le vieillard de qui l'on doit hériter , adieU les petits soins : c'est exactement la conduite du pêcheur qui , après avoir pris à la ligne un beau poisson , foule aux pieds les vers qui lui ont servi d'appât , et dont il n'a plus besoin.

L'avidité et l'ingratitude ont, de tout temps, caractérisé les héritiers. Les anciens leur^donnaient le nom de vautours , parce que , semblables à cet oiseau vorace qui ne s'attache qu'aux cadavres , ils dévorent des yeux la succession d'un vieillard ou d'un malade.

- COUDE. ( Quand on a mal aux yeux , il n'y faut toucher que du)

Les Chinois disent : Celui qui a mal aux y eux voit clair au bout de dix jours lorsqu'il n'y touche point.

Voici le proverbe espagnol : Qui veut guérir ses yeux y doit s'attacher les mains. ,

COULEUVRES. {^Avaler des) Avoir du déplaisir sans oser se plaindre ; être piqué , et n'oser faire éclater son ressentiment.

COVK. {Eau bénite de) Vaines promesses de courtisans.

Rlqt, dans Tépitaphe <lu cardinal Mazarin, a joué sur le mot eau bénite :

O TOUS qui passez par ce lieu, ■ Daignez jeter, au nom de Dieu, A Mazarin de Teau bénite.

cou lai

S en donna tant à la cour , Que c'est biçn le moins qu'il mérite D'en avoir à son tour.

COURONNÉ. [Un roi non lettré est un dne)

On trouve dans' le Commentaire de Duchesne , sur les Œuvres d'Alain Chartier, une note qui donne Torigîne de ce proverbe.

«Le comte d'Anjou Foidques Grise-Gonelle , piqué de ce que le roi Louis, fils de Louis-le-Simple , et ses courtisans s'étoiènt moqués de lui , l'ayant rencontré parmi les clef es en l'église de Saint-Martin de Tours, leur répondit fort hardiment qu'un rbi non lettré étoît un* âne couronné. »

Ce proverbe plaisait surtout au poète Eustache D&s* champs :

Roy sanz lettres comme un.asne seroit^ S'il ne sçavoit l'escripture ou les loys, Chascnn de ly par tout se moqueroit.

COURROIE. [Faire du cuir d' autrui large) Être libéral du bien des autres.

COURROIE. [Mieux vaut ami en voie y que deniers en)

C'est-à-dire, que les démarches d'un ami sei^ent mieux notre ambition que notre argent.

(Les anciens sacs à argent étaient de cuir.)

Voici les autres proverbes de nos pères sur l'amitié : Nul ni si riche quHl n*ait métier d^amis. r— Bien de sa place part qui son ami y laisse. — // n^est nuls petits amis. -— // n* est nuls petits ennemis, — Qui de ses sujets est hai, ri est pas seigneur de son pays. — La mort n^a point d^ami. — Le malade n'en a qu*un demU -— Pauvres gens n'ont guère d^ amis ^

'loa CRÊ ", ^

Cousine.

On disait au quinzième siècle , d'une fille débauchée , Cécile était de nos cousines. ( Ceni Noui^elles nouvelles ^ chap. 55.)

COUTEAU. {^Aller en Flandre sans)

Ancien proverbe, pour dire entreprendre une chose sans avoir fait les préparatifs nécessaires.

En Flandre , et dans toute l'Allemagne , le couvert , dans les auberges , se mettait sans couteau ni fourchette , parce que chacun était dans l'usage de porter un étui où ces deux ustensiles se trouvaient.

COUTEAUX. (^Amours qui commencent par anntaiix finissent par)

Mariages faits par amourette sont malheureux.

COUVERCLE. {Jl n'y a si méckantpotqui ne troui^e son)

C'est-à-dire , si laide fille qui ne trouve à se marier. Chaque chat a sonjan\^ier^ dit le proverbe italien.

CRAMOISI. ( Sot en)

C'est un homme dont la sottise ne s'effacera jamais.

Le cramoisi est moins une couleur particulière , que la perfection d'une couleur. On dit rouge-cramoisi^ violet-cramoisi.

CRJBPIN. (Porter tout son saint)

C'est-àrdire , un petit attirail. Cpraparaison tirée de la coiituipedes. garçons cordonniers, qui, en allant de ville en ville, portent dans un sac ce qu'ils appellent leur Saint-Crépin y c'est-à-dire, tous les outils d'un métier qui a saint Crépin pour patron.. . ^

CRÊTE. (Lei^erla)

CRO io3

C'est s'enorgueillir d'un succès ; la baisser, c'est être abattu par un revers , se montrer décourage.

CREUX. {Il a trou^^é buisson) Proverbe emprunté de la chasse , et qui signifie qu'on n'a pas trouvé ce qu'on s'attendait à rencontrer.

CSl. {A cor et a)

On dit proverbialement, par une métaphore tirée de la vénerie, qu'on 2^. cherché quelqu*un a cc^ ^ a cri y pour dire qu'on a fait toute la diligence possible pour le trouver. Cela s'applique aussi à la poursuite d'une affaire qu'on fait hautement et avec éclat.

Un ancien concile défend aux ecclésiastiques de chasser cum cornu et clamove. "

Dans le douzième et le treizième siècle, on annoiiçait le moment du repas au son du cor chez les personnes de distinction : l'usage n'étant pas général, notre proverbe ne peut venir de là.

CROCHET. [Aller aux mûres sans^

C'est s'engager dans une entreprise sans être pourvu de ce qui peut en faciliter l'exécution.

XiC imurier étend ses rameaux loin ^du tronc, et les branches sont faciles à rompre ; pour rcn cueillir-le fnuit, il faut un orochet*

CROCODIIiE. {Larmes de)

C'est-à-dire, larmes d'un hypocrite, 'douleur feinte par le moyen de laquelle on tâche de duper.

CROIX. {Baiser ses pouces en) Nos pères distaient d'un homme qui s'intéressait sensiblement à un^ affaire , qu'il baisait ses pouces en

ip4 dab

croix pour qu^elle réussît. Très dévots à la croix, ils la figuraient au besoin , en se croisant les deux pouces.

CUISINE. ( Flaireur de )

Les Grecs nommaient les parasites, ^aiineMrj dejumée. Un homme de cette espèce n'entrait nulle part , sans savoir sur-le-champ comment on y vivait. Quel était son secret? on aurait peine à le deviner. Il présentait du pain au chien de la maison. Si Tanimal en mangeai^olontiers , il augurait de là que le maître était un ladre cnez qui on faisait maigre chère. Si, au contraire, le chien, regardait le pain d'un œil dédaigneux, sans y toucher, ce refus annonçait une cuisine chaude et une table bien servie.

Le plus grand flaireur de cuisine qu'il y ait eu en France est Montmaur.

CURÉ , ( Cest Grvs'Jean qui remontre a son) dit -on d'un ignorant qui veut instruire son maître. Ce proverbe répond à cet autre ti^aduit du grec , sus Minervam , sous-entendu docet. Le pourceau était le symbole de la stupidité , et Minerve était la déesse de la sagesse.

CUBÉ. {^Ilfautjaire carême-prenant avec sa/emme , et Pâques avec son)

Aux deux époques du carnaval et de Pâques, nos pères, lorsqu'ils étaient en voyage, faisaient souvent un long trajet pour rejoindre leur famille.

DABO. {Être le) Du verbe dare.

Être le dabo dans une maison, c'est être chargé de tout ce que les autres ne veulent pas faire.

DAN io5

Dame^

Espèce d'adverbe qui sert à affirmer ou à marquer la surprise.

Ne serait-ce pas la finale d'une expression qu'employaient nos pères, lorsqu'ils affirmaient ou promettaient une chose ? On sait qu'ils étaient très dévots et qu'ils juraient par différens saints. Rendant un culte particulier à la sainte Vierge , ils ont dû dire souvent , par Notre-Dame. Le mot tredame, exclamation des gens de la halle, appuie cette conjecture, et semble être un reste du serment , par Notre-Dame.

DAMER le pion à quelqu'un ;

Pour dire le supplanter. C'est une métaphore tirée du jeu d'échecs qu'on a tournée en sens contraire; car dans ce jeu celui à qui on dame le pion a l'avantage.

Damkeb.

Damner une boutique ^ damner une ville.

L'abus que ces façons de parler expriment existait en France, avant la révolution de 1789, parmi les compagnons tailleurs de pierre, charpentiers, menuisiers, serruriers, etc. associés sous le titre de garçons du devoir.

Lorsqu'un compagnon avait à se plaindre d'un maître, et que la plainte était admise par le corps, on damnait la boutique du maître^ c'est-à-dire qu'aucun d'eux ne pouvait y travailler. Si le maire d'une ville lès avait mécontentés , ils damnaient la ville y et tous les compagnons en sortaient à la fois ; d'autres compagnons ne pouvaient s'y arrêter.

DANAÏDES. {Tonneau des)

On compare au tonneau sans fond des Danaides^

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la conduite de celui qui dissipe à mesure qu'il reçoit , ou dont le cœur insatiable désire sans cesse.

Des grandeurs et dçs biens ne soyons point avides , Nous serions par le sort confondus et trahis; Jamais l'ambition ne Toit ses yœux remplis ; Gest le tonneau des Danaîdes.

Le B&uir.

DANSE, ( Cela vient comme tabourin en ) C'est-à-dire, fort à. propos.

Tabourin et tabourinet , qui ont cessé d'être en usage , avaient la même signification que tambourin.

DANSE. {^Apres la panse ^ la)

Théophraste, dans le chapitre du Contre-temps, fait entrer l'action d'un importun qui, voulant danser, présente la main à un* homme à jeun.

Voyez les noces de nos campagnes , ou les fêtes de moissonneurs, de vendangeurs. Au premier silence de l'appétit succèdent les transports d'une gaîté bruyante , et des danses terminent la journée.

DANSE. ( Je te donnerai ta) ,

Pour dire, je te châtierai, je te donnerai la fessée.

Danse était aussi employé au quinzième siècle, dans le sens de correction morale.

On connaît par une gravure publiée à Paris , en i486, la danse macabre, on danse des morts, que le célèbre Holbein a représentée sur* les murs du cimetière de Saint -Pierre à Baie. Chaque acteur déplore à sa manière la rigueur du Destin qui va le priver de la vie ; mais la Mort est inflexible. L'auteur du Journal de Paris sous les règnes de Charles ri et Charles m, rapporte qu'en \[\*x[\ fut faite la danse macabre aux Innocens. Le théâtre était adossé aux charniers, et par conséquent avait son ouverture sur la rue.

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