‹ Dictionnaire des proverbes français (volume 2)Chapitre 67 sur 176 · ÉPI · texte numérisé non relu

ÉPI

ÊPÉE. {Un* à que la cape etT) Se dit d'un militaire sans fortune.

Bien souvent la mâchoire est fort mal occupée A qui n'a comme vous que la cape et Pépée.

— Et la cape et Tépée auront toujours de quoi Faire considérer des gens faits comme moi.

(Th. Corhxii.i<b. )

ÉPÉE. {Se faire blanc de son)

Au propre , et en termes d'escrime , se couvrir pour ainsi dire de son épée , éblouir par la rapidité de ses mouvemens; au figuré, se vanter de son crédit, de ses moyens de toute espèce. On a prétendu que cette expression était tirée des anciens jugemens par les armes , le vainqueur demeurant absous , blanchi du crime imputé. Mais cette explication ne peut pas convenir à tous les cas où l'expression proverbiale est employée ; puis il eût fallu dire, se blanchir avec son épée^ et non se /aire blanc de son épée^

ÉPERVIER. {D'une buse on ne saurait faire un)

Proverbe tiré de la fauconnerie. La buse est un oiseau de proie qu'il est impossible de dresser, tandis que répervier peut, ainsi que le faucon^ servir à arrêter le gibier.

Les anciens disaient : Asinum sub frœno currere doces.

Le cheval est né pour la course , et non pas l'âne.

ÉPINARDS. {Habit d')

Dans le temps où le carême était observé rigoureusement , on appelait habit d'épinards l'habit neuf qu'un cuisinier ou un maître d'hôtel se donnait au commencement du printemps , voulant dire que sur l'achat des alimens maigres il avait fait un gain considérable.

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ÉPINES. ( Trop acheté le miel^ qui le lèche sur les)

Comparai is nimio met, qui spineta ligurit.

Cette belle allégorie signifie qu*un plaisir est payé trop cher quand il en coûte dés peines cuisantes pour se le procurer.

Dans le Roman de la Rose, l'amant se plaint d'une vieille matrone ,

Qui le cuida, par se^ doctrines.

Faire leschîer miel sur espines.

tVmGlu^S. {Tirée à quatre)

Se dit d'une femme qui a pour parure une très grande propreté.

Au reste , les épingles ne jouent pas le même rôle que. jadis dans le costume des femmes. Par exemple, il n'est plus nécessaire qu'une épingle arrête sur le dos la pointe du fichu d'une grise tte, et que, par-devant, une autre épingle tienne le fichu croisé.

ERMITE. ( Quand le diable devint vieux , il se fit)

« Imaginez- vous , dit Marivaux , de ces laides femmes qui ont bien senti qu'elles seraient négligées dans le inonde ; qu'elles auraient la mortification de voir pilaire les autres, et de ne plaire jamais, et qui, pour éviter cet affront-là, disent en elles-mêmes, sans songer à Dieu ni à ses saints , distinguons-nous par des mœurs austères, prenons une figure inaccessible. »

Ce proverbe s'interprète aussi de la manière suivante :

A la force ouverte employée dans la jeunesse, pour mal faire, succèdent les ruses dans un méchant qui n'est plus en état de nuire ouvertement.

ESPRIT. {Bienheureux les pau^^res d^)

Beaucoup de geils citent comme proverbe cette sen-

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tence de rÉcriture, heaii pauperes spiritu, et rappliquent à un homme dépourvu d'esprit, tandis que ces paroles veulent dire , pauvres en esprit. On enlèverait les richesses aux gens dont parle l'Ecriture, sans appauvrir leur cœur, parce qu'il ne tient pas aux richesses.

Voltaire fait allusion au proverbe populaire dans le quatrain suivant :

Danchet, si méprisé jadis, Apprend aux pauvres de génie Qu'on peut gagner T Académie , Comme on gagne le paradis.

ESPAGNE. {Faire des châteaux en)

C'est-à-dire, faire des projets chimériques. Ce proverbe est très ancien , puisqu'on le trouv% dans le Roman de la Rose :

Lors feras chasteaulx en Espaigne.

« Il vient, dit Pasquier , de ce qui a esté de tout tems pratiqué en Espagne , où vous ne rencontrez aucuns chasteaux par les champs, ains seulement quelques cassines et maisonnettes, esquels passant chemin vous estes contraint d'héberger, et encore distantes d'un long intervalle les unes des autres. Ceux qui rendent raison de cela estiment que ce fut pour empescher que les Maures, qui faisoient ordinairement plusieurs courses, ne surprissent quelques chasteaux de force ou d'emblée, où ils auroient eu moyen de faire Une longue et seure restraite. »

M' l'abbé Morellet, t. i , page 35 1 de ses Mélanges de littérature y donne une explication qui nous paraît plus satisfaisante : « Depuis l'époque où l'Espagne est devenue maîtresse des mines du Mexique et du Pérou, les hommes accoutumés à voir les métaux précieux ,

îSa ÉTÉ

comme la grande et l'unique richesse, ont vu l'Es*pagne comme le pays le plus riche, et la source des richesses les plus abondantes. D'après cette opinion, dont l'exemple de l'Espagne même a fait voir la* fausseté, le désir et l'espérance de faire fortune ont été fort naturellement exprimés par cette locution : Faire des châteaux en Espagne, ^-i

Reste maintenant à savoir pourquoi l'on a dit aussi : Bâtir des châteaux en Albanie.

Je yaysy je yiens, le trot et puis le pas^ Je dis un mot, puis après je le nye.

Et si hastis sans reigle ne compas Tout fia seullet les chasteaux d'Albanye.

( Verger d'honneur, )

Mad^e de Y illars , qui n'aimait pas l'Espagne , où elle résidait en qualité de dame d'honneur de la reine d'Espagne (Marie -Louise d'Orléans), disait : «En France on bâtit des châteaux en Espagne; mais 'quand on est en Espagne, on n'a pas envie d'y bâtir de châteaux. »

tTAMmi^. {Passer par V)

C'est-à-dire , être exposé à la critique. Ce proverbe vient delà sorte d'étoffé jiont s'habillaient jadis les vieilles femmes, et de la causticité qui leur est attribuée.

Éteristument.

Dieu vous bénisse , dit-on à ceux qui étemuent. On dit aussi Dieu vous assiste, «t Molière a fait usage de cette dernière expression :

Enfin il n*est rien tel que d'avoir un mari. . . • Ne fut-ce que pour Theur d'avoir qui vous salue D'un Dieu vous soU^n aide, alors qu'on étemue.

ÉTEUF. {Renvoyer r)

FAG rî3.

Pour dire répliquer vertement , repousser une injurepar une injure plus forte.

Véteuf est la balle du jeu de longue paume.

Courir après son èteufe^ encore un proverbe ; il signifie prendre bien de la peine pour recouvrer un bien, un avantage qu'on a laissé échapper.

Anciennement, depuis le jeudi jusqu'au mardi gras , tous les nouveaux mariés du village de Ghampdeniers dans le ci-devant Poitou, se rassemblaient dans une prairie , et après avoir mis en dépôt chacun une pièce de vaisselle d'étain , traçaient un cercle. Le premier des mariés de l'année avait Une pelotte appelée éteuf, qu'il jetait dans le cercle , et tous se mettaient à courir pour la ramasser; on se la disputait, on se l'arrachait; le plus fort gagnait la vaisselle déposée dans le jeu,

ÉTRENNE, {A bon jour bonne) dit -on , quand il arrive quelque chose d'heureux un jour de fête.

ÉVÈQUE. (^Se débattre de la chappe à V)

Tirer d'une chose ce que l'on pourra.

Dans la primitive ÉgKse , quand un évêque mourait , ses diocésains, pénétrés de vénération pour ses vertus, tâchaient^ d'avoir quelque lambeau» de ses vêtemens.

Le P. Langueval (^Histoire de P Église gallicane) rapporte à ce pieux uôagc l'abus de piller les meubles des évéques défunts.' Un concile mit fin à cet abus dans le neuvième siècle.

Fagot.

Avant l'établissement des cafés, deux amis qui parlaient de briller le fagot voulaient dire , allons boire

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bouteille ensemble au cabaret^ tandis qu'un fagot brûlera.

L'été , plusieinrs bourgeois Fouaient un jardin et s'y rassemblaient le soii* pour jouer à la boule et goûter.

En 16649 quelques négocians marseillais firent connaître le cqfè ou fève d'Arabie en France. Thévenot en usa au retour de ses voyages, vers i638; mais il fallait une impulsion plus forte pour accréditer le café : Soliman Aga, ambassadeur ottoman, la donna en 1669 ; son séjour dans la capitale fut de dix mois. Plusieurs personnes de distinction, et des femmes surtout, ayant eu la curiosité de le visiter, il fit servir du café, et rendit l'appareil propre à séduire. Le breuvage noir était versé dans de magnifiques vases de porcelaine , et des esclaves richement vêtus présentaient aux dames des serviettes à franges d'or. Les personnes qui en avaient goûté chez Soliman Aga voulurent continuer d'«;n prendre chez elles ; d'autres , par faste , en firent servir à leur table. Mais la fé%e avec laquelle on faisait le breuvage lippelé café, du nom de cette fève, était rare et chère ; on ne la trouvait qu'à Marseille.

Cependant un Arménien établit en 1672, à Paris, une boutique où il donnait à boire du café. Quatre ans plus tard le nombre des marchands de café était si considérable , que le gouvernement fut obligé de les réunir en communauté : le nom de limonadiers vient de ce qu'ils obtinrent la vente exclusive de la limonade.

YkÇ,Qei. {Sentir le)

Être hérétique. Cette expression a passé en notre langue dans le temps où l'on brûlait les hérétiques.

Y KQSyi^. {Conter des)

C'est , dit-on , la plus ancienne de nos gazettes , celle

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du médecin Renaudot, qui a donné lieu à l'expression, proverbiale , conter des fagots , débiter des nouvelles apocryphes; car le but du médecin Renaudot, en se faisant nouvelliste, avait été d'égayer ses malades.

La gazette se vendait et se criait dans les rues. Un jour un marchand de fagots se trouva en concurrence avec le colporteur de la gazette ; et toutes les fois que celui-ci annonçait à haute voix la gazette^ l'autre criait aussitôt yagY?^,r. Depuis, ces deux mots, gazette ttja^ gotSy réunis par le hasard, devinrent synonymes- Cette explication est peu naturelle ; risquons-en une autre : la plupart des étymologistes font Aérwev Jagot A^Jagus, hêtre; en effet, on brûlait autrefois beaucoup de bois de hêtre; mais un faisceau de bois n'est pas le seul qui porte le nom Aejugot; dans plusieurs provinces on dit, mw fagot de linge; fzgot peut donc venir de/asciculus, comme faix \ient de fascis. Cela posé , il n'y a point d'invraisemblance à ce que des nouvelles recueilUes cà et là aient été assimilées à des fagots, et que l'on ait dit, conter des' fagots.

Fanfreluches.

Ornemens de peu de valeur. Au propre , ce sont des

flamèches qui s'élèvent en l'air quand on brûle de la

paille, du papier, etc. Anciennemeïit on disait fzr/è^

Jues y fcf élues. Ce mot se trouve dans le Roman de la

Rose ; il dérive de YitdAiènfin/aluga.

Faquin.

Avant l'invention des armes à feu , lorsqu'on s'exerçait aux courses de bague et autres jeux analogues , le faquin était un simulacre d'homme , un mannequin contre lequel on courait pour latteindre avec une lance. Cette figure était plantée suivun pivot paobile, et quand

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on n'en atteignait pas le milieu , elle tournait facilement et frappait le cavalier d'un sabre de bois, ou d'un sac plein de terre, qui était attaché à sa main.

Fard.

Temps pommelé , femme fardée , Ne sont pas de longue durée.

Nos pères avaient fait entrer le fard dans ce proverbe, parce qu'ils le regardaient comme pernicieux; mais, à tout prix, il fallait un visage vermeil; les servantes même se fardaient dans le seizième siècle.

Assez souvent on confond \à fard avec le rouge; l'un cependant n'est pas synonyme de l'autre. On nomme fard toute composition qui se met sur le visage pour faire paraître le teint plus beau ; le rouge est du nombre de ces* compositions : le fard est le mot générique qui les comprend toutes.

Un autre proverbe dit :

De iTob choses Dieu nous garde.

De bauf salé sans moutarde , D'un yalet qui se regarde , Et de femme qui se farde.

Le fard tenait bien à cœur aux anciens moralistes. «Quand on oyoit parler de femmes fardées, dit Henri Estienne , on faisqit de grandes exclamations , et je ne sçais si on eust trouvé assez de rhétorique en tout Démostkène et tout Cicéron pour persuader qu'une Françoise aimant à se farder, aimât aussi son honneur et l'éust en recommendation. »

FARINE. ( Gens de même)

C'est-à-dire, des vauriens, des personnes également prêtes à malfaire.

Les comédiens se saupoudraient autrefois le visage de

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farine; et comment nos pères, qui étaient dévots , auraient-ils vu de bon œil des gens que FÉglise excommuniait? '

FAUVETTES. ( Dénicheur de)

On appelle ainsi un jeune homme sans fortune qui, à force de prendre des informations, trouve, sinon un parti riche , au moins une femme dans l'aisance.

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