FIL
Faire un geste insultant. Cette expression vient ^e ritalien^ttr lafica.
Les Milanais s' étant révoltés contre Frédéric Barberousse, forcèrent Fimpératrice son épouse à sortir de leur ville , montée sur une vieille mule nommée Tacor, Tiyant le dos tourné vers la tête de la mule, et le visage vers la queue. Lorsque Frédéric les eut subjugués, il fit mettre une figue dans le derrière de la mule, et obligea tous les Milanais captifs d'arracher publiquement cette figue avec les dents , et de la remettre à la même place sans l'aide de leurs mains, sous peine d'être pendus. Faire la figue aux Milanais, en montrant le bout du pouce serré entre les deux doigts voisins, fut une grandeinjure, et le mot passa en proverbe chez les autres nations. Voyez Rabelais, Liv. iv, chap. 45.
FIL. (5a vie ne tient qu'a un)
Façon de parler, prise de l'histoire de Denis-le-Tyran , qui faisait suspendre une épée à un fil sur la tête de ses convives.
FILAIT. (^Ju temps que Berte)
C'est-à-dire, au bon vieux temps, au temps de Charlemagne.
On ti'ouve dans une ^ancienne charte, que Berte, mère de Charlemagne, filait pour orner les églises, JîlabaL
Ce proverbe est aussi rapporté au temps où vivait Berte, veuve de Rodolfe 11, et reine de Bourgogne. Cette Berte fonda l'abbaye de Payerne, dans le pays de Vaud.
Filer le parfait amour.
Expression vulgaire , qui vraisemblablement doit son
i44 FIL
origine à la quenouille et au fuseau d'Hercule filant auprès d'Omphale.
Fille.
Nos pères avaient, sur la conduite de leurs filles, des phrases laconiques.
Fille fenestrière et trottière, rarement bonne mesnagière.
Fille oisive j a mal pensive.
Fille qui prend, se vend; fille qui donne , s'abandonne.
Fille ne doit estre trop veue, non plus que robe trop vestue.
Fille honneste et moriginée est assez riche et bien dotée.
FILLE. (// est sage et timide comv^e une) Ce proverbe nous est resté , quoique , par un raffinement de corruption, ^/fc ne soit plus synonyme de vierge. ■ ''
Nous avions le mot prostituée ; pourquoi a-t-on détourné le v[iot fille de sa véritable acception ? — « On en use avec certaines pensées comme avec certains hommes ; pour les introduire dans la bonne compagnie on les habille décemment. »
FILLES. (^Au bordeau les Celles)
Cela est tout simple : les laides filles n'y seraient pas admises.
Deux écrivains, Rétif de La Bretonne, en 1769, et Peyssonnel, en 178a, se sont occupés d'un projet de règlement pour les maisons de prostitution. L'un et l'autre auraient désiré que , pour ôter aux hommes les occasions de chute , on n'eût pas souffert que les lieux de débauche fussent dispersés, «t qu'aucune prostituée
FLE 145
n^eût la liberté de se montre^ en public. '«Combien est*il d'hommes qui n'auraien^t jamais failli , dit Rétif de La Bretonne , s'ils n'eussent été provoqués , et s'il eût fallu aller chercher de sang-froid un mauvais lieu écarté ? »
Borde, dont bordeauet bordel sont les diminutifs, signifie loge, petite maison, cabane bâtie à l'extrémité de la ville.
Obligé de tolérer les lieux de débauche jusque dans les plus petites villes, Louis ix les relégua dans des rues peu fréquentées.
FILS. {Il a marié ses filles, il rCjr a plus que les) Mauvais calembourg; c'est-à-dire, son habit est usé au point de montrer la corde.
FINS. {Les plus grands clercs ne sont pas toujours les plus)
C'est-à-dire, les hommes lettrés, les savans, sont quelquefois moins fertiles en expédiens que dçs paysans sans étude.
N'en déplaise aux docteurs cordeliers , jacobins ^ Parbleu ! les plus grands clercs ne sont pas les plus fins.
(Reghibr. )
Ce proverbe vient de ce qu'autrefois les gens d'église étaient les seuls instruits.
FLAMBEAU. {^Montrer le soleil OA^ec un) Vanter ce qui surpasse tout éloge.
Flamberge.
Mettre flamherge au vent, pour tirer l'épée.
On donnait le nom A.^ flamberge à l'épée du chevalier Renaud de Montauban, l'aîné des quatre fils Aimon.
FLEURETTES. ( Conter)
i46 FLE
C'est tenir das propos galans, employer les fleurs du langage. Chez les Latins, rosas loqui signifiait aussi tenir des discours agréables.
Maûs on ne trouve dans l'antiquité aucun exemple d'une galanterie aussi raffinée que celle du duc de Montausier pour mademoiselle d'Angennes, en 1641.
Cette belle perspnne se nommait Julie , et la fête de sa patronne arrivait dans un temps où la terre produit peu de fleurs. L'ingénieux amant conçut l'idée d'une guirlande poétique.
Le volume qu'il offrit en place de bouquet était ainsi composé : Trois feuillets de vélin en blanc , le titre sur le quatrième , une guirlande peinte sur le cinquième , avec ces mots : La Guirlande de Julie; le sixième feuillet était encore en blanc; sur le septième on voyait Zéphire, tenant de la main droite une rose, et de la gauche la guirlande de Julie , qu'il soufflait sur la terre assez légèrement pour que l'on en distinguât les fleurs ; le huitième feuillet contenait un madrigal intitulé : Zéphire à Julie, Venait ensuite le corps de l'ouvrage , composé de quatre-vingt-dix feuillets, dont vingt-neuf offraient une fleur, et les soixante autres chacun un madrigal.
Le duc de Montausier fit quelques-uns de ces madrigaux, et s'adjoignit les beaux esprits du temps. Parmi ses coopérateurs , on distinguait Racan , Chapelain , Malleville, Gombaud et Conrart, qui est regardé comme le père de l'Académie Française. Robert, célèbre peintre d'alors, peignit les fleurs, et Jarry, calligraphe qui n'a pas eu d'égal en France , fut chargé d'écrire le texte. Afin que rien ne manquât à l'embellissement de ce volume tout en vélin, il fut relié par Le Gascon, regardé comme l'ouvrier le plus adroit dans son métier, et en-