MON TESTAMENT
(c Né catholique, je meurs, comme j'ai vécu, dans la religion de mes pères. Si je ne l'ai pas toujours pratiquée comme je le devais, ce n'est point par impiété : c'est par insouciance ou par l'entraînement du travail littéraire. Que Dieu me le pardonne ; il sait que jamais je ne l'ai méconnu ni oublié, que je l'ai toujours craint et respecté dans mes actes et dans mes écrits. Je n'ai jamais attaqué les dogmes. Si j'ai fait des satires contre les moines et certains mi-
(i) Il était en outre grand mattre des francs-maçons du rite écossais. Son dernier ouvrage, publié quelques mois avant sa mort, est / Histoire de la puissance pontificale, 2 \o\, m-Z.
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nistres de ma religion, c'est que j'ai vu en eux des apôtres du fanatisme et de Tintolérance, qui sont à mes yeux les ennemis les plus dangereux d'une religion de paix et de charité... Mon héritage sera fort mince. Jetais l'aîné de six enfants et notre fortune était fort modeste. Il était d'ailleurs fort difficile de m'enrichir à l'aide du genre de littérature que j'ai persisté à cultiver depuis et malgré l'avénement du romantisme et de la fantaisie. Jusque-là mes œuvres avaient eu quelque valeur, mais ce qu'elles m'ont rapporté s'est englouti dans la faillite de deux ou trois sociétés industrielles. . . »
Après avoir disposé d'une partie de son mobilier en faveur de diverses personnes^ le testateur ajoute :
« ... Je ne peux plus malheureusement joindre à l'actif de ma succession le produit de mes œuvres... Elles ont été lâchement et durement ruinées par les attaques des trois par-' tis politiques et littéraires que j'ai combattus. Les romantiques m'ont puni de mes satires, les républicains de mon amour pour la monarchie, les légitimistes de mon adhésion à la nouvelle dynastie. Ils ont ruiné ma première réputation, ma popularité, et couvert mes œuvres de ridicule ; et quoique les applaudissements publics ne m'aient manqué qu'une seule fois (i), je n'ose croire qu'à l'heure de mon décès ces passions ennemies soient assez apaisées pour traiter avec plus de justice l'œuvre de soixante-trois ans d'un travail consciencieux. — Les trois quarts de mes écrits ont été publiés, mais éparpillés dans plusieurs recueils et chez divers éditeurs. Mais l'ensemble manque, et les libraires hésitent à faire les frais de quinze ou seize volumes de vers ou de
(i) Allusion à la chute bruyante de sa tragédie d'Arbogaste, qui ne put avoir qu'une seule représentation (1842).