GAZUL
est le premier qui ait porté son nom sur la première édition.
Dans la préface des éditions postérieures de la Cuzla , je trouve de curieux détails donnés par Mérimée lui-même relativement à ce recueil :
« En fait de poésies, nous n'admirions que les poésies étrangères et les plus anciennes : les ballades de la frontière écossaise , les romances du Ctd, nous paraissaient des chefo-d'œuvre incomparables à cause de la (ou- Uur locale,
« Je mourais d*envie d'aller l'observer là où elle était encore ; hélas ! pour voyager il ne me manquait qu'une chose, l'argent ; mais comme U n'en coûte rien pour faire des projets de voyages, j'en faisais beaucoup avec mes amis. En avisant au moyen de les mettre à exécution, l'idée nous vint d'écrire d'avance notre voyage, de le vendre avantageusement, et d'employer nos bénéfices à reconnaître si nous nous étions trompés dans nos descriptions. Alors l'idée était neuve , mais malheureusement nous l'abandonnâmes.
Pour me préparer au travail de la Guzla, je lus le Voyage en Dalmatie de l'abbé Fortis, et une assez bonne statistique des anciennes provinces iUyriennes, rédigée, je crois, par un chef de bureau du ministère des affaires étrangères. J'appris cinq ou six mots de slave et j'écrivis, en une quinzaine de jours, la collection de ballades que voici. Cela fut imprimé mystérieusement à Strasbourg , avec notes et portrait de l'auteur, et mon secret fut bien gardé.
« Deux mois après la publication, M. Bowring, auteur d'une anthologie slave, m'écrivit pour me demander les vers originaux que j'avais si bien traduits.
a Puis M. Gerhart, conseiller et docteur quelque part, en Allemagne, m'envoya deux gros volumes de poésies slaves traduites en allemand, avec Ut Gttzla traduite aussi, et en vers, ce qui lui avait été facile, disait-il dans sa préface , car sous ma prose il avait découvert le mètre des ven illyriques. Les Allemands découvrent bien des choses !
« Enfin M. Pouchkine a traduit en russe quelques-unes de mes historiettes.
« Un si brillant succès ne me fit point tourner la tête. Fort du témoignage de MM. Gerhart, Bowring et Pouchkine, je pouvais me vanter d'avoir fait de la couleur locale ; mais le procédé était si simple, si facile, que j'en vins à douter du mérite de la couleur locale elle même, et que je pardonnai à Racine d'avoir policé les sauvages héros de Sophocle et d'Euripide. » — (La Cuzla, édition de 1840.)