‹ Dictionnaire des sciences mathématiques pures et appliquées (volume 2)Chapitre 412 sur 430 · CAGE VOTE 8 CES PT · texte numérisé non relu

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Examinons maintenant comment, en composant les rapports, on aurait pu se dispenser de résoudre deux proportions. Travailler 8 heures par jour pendant 12 jours, c’est la même chose que travailler pendant 12 fois 8 heures ou 96 heures; de même travailler 10 heures par jour pendant x jours, c'est travailler pendant æ fois 10 heures ou 10 x heures : les temps des travaux sont donc 66 et 10x; et, comme ces temps sont en rapport direct des ouvrages, on a la proportion

de laquelle on peut tirer la valeur de l’extréme 10 x, et qui donne

mais puisqu'on connaît la valeur de 10 x, en la divisant par æ on aura celle de x; ainsi

comme ci-dessus.

IL n’est aucune règle de trois composée qu’on ne puisse ramener de la même manière à une règle de trois simple.

TRONQUEÉ. (Géom.) On nomme pyramide tronquée et cûne tronqué une pyramide et un cône dont on a retranché la partie supérieure. (Foy. Cône et Pyra- MIDE.)

TROPIQUES. (45) Nom de deux petits cercles de la sphère céleste parallèles à l'équateur et passant par les points solsticiaux. (Foy. AnMILLAIRE, 19.)

TSCHIRNHAUSEN (EurenFrniEn WALTHER DE), gentilhomme allemand qui s’est rendu célèbre par ses travaux géométriques et ses découvertes en dioptrique, est né le 13 avril 1651, dans une terre de la Haute- Lusace qui appartenait à sa famille. Son éducation fut conforme à la haute position sociale de ses parens, et il acheva ses études à l'Université de Leyde. Jeune encore, Tschirnhausen servit quelque temps en qualité de volontaire, mais il ne tarda pas à se livrer entièrement à l'étude des sciences, pour lesquelles il avait manifesté de bonne heure une prédilection et une aptitude particulières. Dans un des voyages qu'il fit à Paris , il révéla ses talens par la communication qu'il fit à l’Académie des sciences d'un mémoire sur le phosphore. Peu de temps après il fit connaître sa découverte des verres brülans qui ont retenu le nom de caustiques de Tschirnhausen. Successivement associé et membre de l’Académie des sciences, il se distingua par la continuation de ses travaux en dioptrique et inventa le miroir

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convexe des deux côtés, qui a été si utile à l’avancement de cette branche de la science. En 1901 il vint à Paris pour prendre part aux travaux de l’Académie et présenta à l’une des séances de ce corps savant : une méthode pour trouver les rayons des développées, Les tangentes, les quadratures et Les rectifications de plusieurs courbes, sans y supposer aucune grandeur infiniment petite. I\ n’est pas inutile de faire observer ici que Tschirnhausen, dont les counaissances en géométrie étaient d’ailleurs remarquables , pensait que la méthode des infiniment petits n’était point nécessaire à la science, et qu’on pouvait facilement y suppléer par des procédés beaucoup moins compliqués. C'est dominé par cette idée erronée qu'il soumit à l’Académie, en 1702, un nouveau mémoire dans lequel il proposait une Methode pour trouver les touchantes des courbes mécaniques, sans supposer aucune grandeur infiniment petite. Ces Mémoires, qui excitèrent l’attention des géomètres , sont au moins fort curieux. Fschirnhausen mourut en Saxe le 11 octobre 1708.

TYCHO-BRAHÉ,. Ce grand observateur , dont les travaux ont été si utiles aux progrès de l'astronomie moderne, naquit le 13 décembre 1546, dans la terre de Kaudstorp, en Scanie, d’une famille illustre de Danemarck. Comme tous les hommes de génie, il révéla de bonne heure le goût qui l’entraïoait vers l'étude de la science qu’il devait un jour illustrer. Dès qu'il eut acquis assez de connaissances en mathématiques, il se livra avec ardeur, maisen secret, à l'observation des astres, occupation que ses nobles parens trouvaient frivole et indigne d’un homme de sa naissance. Malgré le rang élevé où la providence l'avait fait naître , on sait que Tycho-Brahé ne put échapper dans sa patrie aux persécutions que la calomnie et l’envie suscitent trop souvent au mérite qui s'acquiert par de laborieuses études, et qu’il fut enfin obligé d'accepter l'asile que lui fit offrir l’empereur Rodolphe IT.

Tycho-Brahé a apporté de notables améliorations dans la théorie de la lune ; ou lui doit la découverte de deux nouvelles inégalités, la variation et l'équation annuelle ; on lui doit d'avoir déterminé avec beaucoup de précision l'inégalité principale de l’inclinaison de l'orbite lunaire, par rapport au plan de l’écliptique. Le premier, ce célèbre astronome introduisit dans le calcul astronomique l'effet de la réfraction. Il proposa les premiers élémens de la théorie des comètes, qu’on persistait à regarder comme de simples météores, malgré les considérations à priori si remarquables de Sénèque , sur les mouvemens propres de ces astres.

Au malheur d'avoir méconnu le véritable système du monde, Tycho-Brahé ajouta le malheur plus grand pour sa mémoire d'en proposer un qui n’était ni celui des

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Egyptiens, ni celui de Ptolémée, ni celui de Copernic, mais qui empruntait à chacun d'eux quelque chose. (Foy. Sysrëme.) Cette hypothèse qui était au moinsiugénieuse à une époque où les vraies lois du mouvement n'étaient pas révélées, et qui supposait dans son auteur des connaissances extraordinaires en astronomie, est aujourd’hui oubliée, ou du moins l'exposition des idées sur lesquelles elle repose ne sert qu’à démontrer avec plus d’évidence la réalité du mouvement de la terre.

Une des gloires de Tycho-Brahé est d'avoir été le maitre et le protecteur de l’immortel Keppler, qui, malgré son respect pour lui et l'admiration que lui causaient ses nombreux et utiles travaux , sut se préserver de ses erreurs , tout en s'appuyant sur ses observations, pour démontrer les lois générales du mouvement des astres.

Tycho Brahé mourut à Prague, le 14 octobre 1601. On voit encore dans une église de cette ville le monument qui fut élevé en son honneur, et où ses dépouil-

UN 597 les mortelles furent déposées avec une poinpe extraordinaire. Il n’a laissé qu’un petit nombre d'écrits, dont les principaux sont : 1. As{ronomiæ instauralæ mechanica, Wandesburg, 1598, in-folio ; Nuremberg, 1601. IT. Progymnasmata , Uraniemborg, 1583-1589, 2 vol. in-8. C’est dans ce dernier ouvrage que Tycho-Brahé a consigné ses observations sur la théorie de la terre et sur celle des comètes. III. Æpistolarum astronomicarum libri duo, Francfort, 1610, in-4°. IV. Oratio de disciplinis mathematicis, Copeuhague, 1610, in-8°. Les observations de Tycho ont servi de base aux Tabulæ Rudolphinæ , données par Keppler, et à toutes les autres tables célestes, publiées depuis le commencement du XVII® siècle ; elles ont été recueillies avéc soin par ses disciples et publiées sous ce titre : Jistoria celestis XX libris, 1666. Voyez l'oraison funèbre de Tycho- Brahé, par Jessenius, Nembourg , 1601, in-4°, et la vie de ce grand astronome, écrite par Gassendi, Paris, 1654, in-4°.

UNIFORME. (Méc.) Le mouvement uniforme est celui d'un mobile qui parcourt des espaces égaux en

temps égaux. (Foy. MouvemEnT.)

UNITÉ. Quantité prise pour terme de comparaison entre des objets de même nature , et que l’on considère individuellement sans avoir égard aux parties dont elle peut être composée. (Foy. ARITHMÉTIQUE, 2.)

UNIVERSEL. Capran univenses. (Gnom.) De tous les cadrans portatifs et qui n’ont pas besoin d'être orientés, celui-ci est le plus simple et le plus facile à construire. Ayant décrit, sur un carton, avec un rayon arbitraire AC, une circonférence de cercle (PI. 42,fig. 8), on la divise en douze parties égales, puis on joint deux à deux les points de division par des lignes parallèles qui deviennent les lignes horaires de la figure. A l'extrémité À du diamètre AS perpendiculaire à toutes ces lignes, on mène la droite AB, qui fait, avec le diamètre AS, un angle BAS égal à la latitude du lieu pour lequel on veut construire le cadran, puis on prolonge cétte ligne jusqu’à ce qu’elle rencontre la droite BC qui passe par le centre. Au point d’intersection B, on mène à AB une perpendiculaire, sur laquelle on marque, à la droite et à la gauche du point B,; les points d’intersection que pourraient déterminer toutes les droites menées du point À, et faisant avec AB des angles de 1,2, 3, 4, etc. degrés. Par exemple, la droite AD qui fait avec AB un angle BAD de 10 degrés, détermine la division marquée 10. instrument étant achevé comme

la figure l'indique , on tire à sa partie supérieure une droite parallèle au diamètre AS, puis ou place aux deux extrémités de cette droite, et perpendiculairement au plan du cadran , deux pinules percées toutes deux d’un trou circulaire, afin qu’ou puisse viser une étoile, ou dont une seule C porte un trou, si l’on veut ne se servir que du soleil; l’autre doit être alors croisée par deux lignes dont le point d’intersection correspond au trou de la première.

Pour se servir de ce cadran , on adapte aux divisions supérieures un fil DM qui porte un plomb à son extrémité inférieure, et dans lequel est enfilée une petite perle qu’on peut faire glisser à volonté. Ayant donc fixé, à la division qui correspond à la déclinaison du soleil, l'extrémité supérieure du fil, et placé la perle de manière qu’en tendant le filet le faisant passer par le point A, la perle couvre ce point, on présente verticalement l'instrument aux rayons du soleil, en tournant du côté de cet astre la pinule C , de manière à ce que le rayon lumineux qui passe par le trou de cette pinule tombe sur le point correspondant de l’autre pinule. Alors le fil DM prend, par le poids de son plomb, une position verticale, et la perle M marque l'heure par sa position sur les lignes horaires. Par exemple, dans la figure elle coupe la ligne marquée V, VII, et elle indique ainsi V heures après midi, ou VIL heures avant , car les chiffres du haut marquent les heures du soir, et ceux du bas les heures du matin : quand la perle tombe entre deux lignes elle indique les instans inter médiaires. On péut aisément estimer à l'œil les frac-

tions d'heure, et d’ailleurs rien n'empêche de multiplier les ligues horaires. En divisant le cercle-en 24 parties, on a les ligues horaires de demi-heure en demiheure, et sinsi de suite.

Avec deux pinules trouées par lesquelles on vise une étoile, le fil étant fixé à la déclinaison de l’étoile, on trouverait de la même manière l'heure de cette étoile, qu'on réduirait ensuite en heure solaire par la différence des longitudes du soleil et de l'étoile,

URANOGRAPHIE. Partie de l’astronomie qui a pour objet la description du ciel. On nomme les cartes célestes, cartes uranographiques.

URANUS. (451) Nom d’une planète de notre système solaire, la plus éloignée du soleil de toutes celles qu’on connaît jusqu'a ce jour. Elle a été découverte par Herschel, le 13 mars 1581.

Nommée d’abord georgium sidus (l’astre de Georges), en l'honneur du souverain dont la protection éclairée avait encouragé les travaux de lastronome, on la désigna ensuite par le nom d’Herschel, mais l’amour de l’analogie a fait généralement adopter celui d'Uranus. Le disque de cette planète , qu'on ne peut apercevoir qu'avec de bons télescopes, est d’un éclat uniforme et ne présente aucune tache discernable, de sorte qu’on ne connaît point encore la durée de sa rotation.

VANDERMONDE,, géomètre distingué , et l’un des plus remarquables de ceux qui ont déterminé quelques progrès dans la science durant la seconde moitié du xvin siècle, naquit à Paris en 1735. Cet homme, d’un génie si supérieur , a été oublié par la renommée, comme ses travaux et ses découvertes par les géomètres quis’en sont prévalus. Il était fils d’un médecin de Landrecies ; il fitses études à Paris, où il étudia les mathématiques, pour lesquelles il révéla de bonne heure la plus heureuse disposition, sous la direction de Fontaine et de Dionis du Séjour. Il eut l’occasion, dans la société de ces hommes célèbres, de se lier avec la plupart des membres de l'Académie des sciences, par qui son mérite fut bientôt apprécié, et en 1771 il fut appelé à siéger dans le sein de cette illustre compagnie, Dès ce momentil prit une part active à ses travaux, et publia successivement un grand nombre de mémoires fort remarquables sur diverses brauches de la science. Malheureusement il n’a publié aucun traité important par son étendue, et la plupart de ses productions sont éparses dans les recueils scientifiques du temps. Parmi celles qui lui ont le plus mérité les éloges que nous ve-

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Le diamètre d'Uranus est de 13,934 lieues; son volume est 77 fois plus grand que celui de la terre , et sa masse est 19,8, celle de la terreétant 1. La densité de cette planète est donc à peu prèso,26, et ne diffère que de très-peu de celle du soleil.

Uranus décrit son orbite autour du soleil dans la longue période de 30658 j. 713 , environ 84 ans. Sa plus grande distance du soleil est de 587 661 512 lieues de 2000 toises, et sa plus petite de 717 418 832licues ; sa de la

667 204 515 lieues.

distance terre varie entre 826875 829 et Voici les élémens d'Uranus au premier jauvier 1801. Demi grand axe, celui de la terre étant 1. 19,1823900 0,0466794 Diamètre équatorial, celui de la terre étant 1. 4,3320000 30686 j., 8208296 0°46:28",4

Excentricité en parties du demi grand axe.

Période sidérale moyenne......,..

Iaclinaison à l’écliptique..........

Lougitude du nœud ascendant. ....

Lougitude du périhélie........,...

Longitude moyenne de l’époque...

Uranus est accompagné de six satellites qui présentent une particularité remarquable dans leur mouvement. (Voy. Sarezrires.) Ils ont tous été découverts par Herschel, le second et le quatrième le 11 jauvier 1787, et les quatre autres dans les années 1790 et 1794. Ces derniers n'ont point été revus depuis.

nons de donner à sa mémoire, on cite ses travaux sur /a résolution des équations, sur les irrationnelles , sur l'élimination des inconnues, dans les quantités algébriques. Nous devons dire aussi qu’on n’a point assez attaché d'importance à son ingénieuse théorie des Puissances du second ordre; qui, reproduite plus tard par Kramp, sous le nom de Factorielles, et généralisée ensuite par M. Wrouski, sous celui de Facultés, est appelée à exercer une grande influence sur l’avenir de la science. (Foy. Facroriezzes.) On doit aussi à Vandermonde une théorie remarquable sur la composition musicale, ei l’on trouve dans les anneles de chimie l’Avis aux ouvriers sur la fabrication de l'acier, composé ,;en 1793, par ordre de la convention nationale, auquel il concourut avec Monge et Berthollet. Nous regrettons de dire que l'imagination vive et exaltée de ce savant géomètre l’entraina dans la plupart des excès que commirent, au nom de la liberté, les hommes qui, durant les jours les plus désastreux de la révolution française, semblèrent prendre à tâche de faire exécrer le principe pour lequelils combattaient. Vandermonde, qui avait été nommé professeur d'économie politique à

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l'école normale, fut compris parmi les savans qui , en 1795, firent partie de la première classe de l’Institut. Il mourut à Paris, le 1‘ janvier 1996; ce fut le célèbre

Carnot qui lui succéda.

VAPEUR. Macuines À vapeur. Appareils mis en jeu par la force élastique de l’eau vaporisée, et dont la destination est de communiquer le mouvement à toute espèce de machines.

L'emploi de la vapeur comme force mécanique ne remonte pas à plus d'un siècle : son application aux machines locomotives date seulement de 1802, et déjà cet agent a exercé sur les progrès de l’industrie une influence qui ne permet plus de leur assigner des limites. Aujourd’hui, mus par la vapeur, des milliers de métiers façonnent à vil prix les étoffes les plus précieuses, d'énormes fardeaux parcourent avec une effravante célérité les chemins de fer qu’elle a servi à forger, et l'Océan, devenu tributaire de sa puissance , se voit sillonné en tout sens par des vaisseaux que ne peuveut plus arrêter niles courans , ni la tempête.

Toutes ces merveilles , accomplies dans un si court espace de temps, ne sont cependant qu’une faible partie de celles que l’on doit espérer d'une force modifable à l'infini et susceptible d’être appliquée dans tous les temps et dans tous les lieux. Aussi pouvons-nous auuoncer, sans Lémérité , qu’un jour viendra où, devenuele moteur universel, la vapeur poussera la charrue, creusera les mines, épuisera les eaux stagnantes, et remplacera enfin le bras de l’homme dans tous les travaux grossiers et pénibles. Peut-être la verra-t-on encore diriger dans les airs ces légers aérostats , maintenant l’objet d’une curiosité stérile, et appelés dès lors à changer les relations commerciales des peuples.

La conquête d’un agent si puissant est un trop beau titre de gloire pour que nous devions nous étonner de la voir réclamée avec tant de véhémence par la nation qui, jusqu’à cette époque, en a fait les plus nombreuses applications ; mais quels que soient, sous ce dernier rapport, les justes titres de l'Angleterre à la reconnaissance du monde civilisé, ses prétentions exclusives sont inadmissibles , et nous croyons devoir constater ici les droits de la France, établis d’ailleurs de la manière la plus positive , par M. Arago, dans sa notice sur les machines à vapeur, insérée dans l’ Annuaire du bureau des longitudes de l'année 1829 , et reproduite dans celui de cette année avec de nouveaux argumens qui n’admettent pas de réplique. Nous allons seulement poser la question, les chiffres répondront ensuite.

Toute invention technologique peut être considérée sous trois points de vue différens : 1° sous celui du principe théorique qui lui sert de base ; 2° sous celui de sa conception primitive; et 3° sous celui de sa réalisa-

VA 999 tion définitive ou de sa construction matérielle. La découverte du principe théorique précède nécessairement la conception de la machine, comme cette conception précède elle-même sa réalisation. Si ces trois élémens distincts ne sont pas l’œuvre d’un seul homme, la priorité scientifique appartient évidemment à celui qui a découvert le principe, mais la priorité technologique, qui constitue le véritable titre à l'invention, appartient à celui qui a concu la machine. La réalisation de cette machine, ses divers perfectionnemens, les moyens nouveaux employés pour lui faire atteindre son but, quels que soient l’habileté et le génie qu’ils ont pu exiger, ne constituent que des titres secondaires, capables de donner à leursauteurs une part plus ou moins grande dans la gloire de l'invention, mais qui ne sauraient jamais détruire le tire principal.

En appliquant ces considérations aux machines à vapeur, on reconnait d’abord que la force mécanique de la vapeur de l’eau a été signalée par Aristoteet employée pa: Héron d’Alexandrie, 120 ans avant l’ère chrétienne , pour mettre en mouvement un appareil de son invention ; de sorte que la découverte du principe théorique qui sert de base à ces machines semble se rattacher aux premiers progrès des sciences physiques, quoique l'application industrielle de la force de la vapeur ait une origine bien plus récente. Cette application industrielle se trouve indiquée pour la première fois d'une manière authentique dans l’ouvrage de Salomon de Caus, intitulé lesRaisons des forces mouvantes, etimprimé à Francfort en 1615. Cv n’est qu’en 1663 qu’une application semblable fut signalée par le marquis de Worcester, dans son ouvrage : Century of inventions. L'idée émise par le marquis de Worcester, d'élever l’eau à l’aide de la vapeur, est identiquement la même que celle de Salomon de Caus publiée quarante-huit ans auparavant. Ainsi, jusqu’à ce que des documens irrécusables soient produits pour constater les droits d’un autre inventeur, il w’est pas possible de refuser, dans la question des machines à vapeur, la priorité scientifique à Salomon de Caus.

En 1688, Papin a donné, dans les Actes de Leïpsick, la description d’une machine dont il est important de bien comprendre les effets pour se rendre compte de ceux des machines à vapeur actuelles. Qu'on imagine un cylindre vertical (PI. 30, fig. 4 ) ouvert à sa partie supérieure, et dont la partie inférieure, exactement fermée , porte une soupape susceptible de s'ouvrir de bas en haut. Qu'on imagine en outre un piston mobile P qui se meut librement dans le cylindre, tout en le bouchant hermétiquement. Si la soupape est ouverte, les pressions extérieure et intérieure de l'air atmosphérique se faisant équilibre , le piston P dexcendra dans le cylindre, mais seulement en vertu de son propre poids,

etil suffira d’un effort très-peu supérieur à ce poids pour faire remonter le piston jusqu’au haut du cylindre. Parvenu ainsi à l'extrémité de sa course , si l’on ferme la soupape et qu’on abandonne le piston à luimême , la résistance de l'air intérieur l’empéchera de redescendre , tandis qu’il est évident que , si par un moyen quelconque , on anéantit tout à coup l'air intérieur, la pression de l’air extérieur, agissant sur le piston avec tout le poids de la colonne atmosphérique dont il est la base, le fera nécessairement descendre; et sion le suppose attaché à l’un des bras d'un levier dont l’autre supporte un poids Q égal à celui de la colonue atmosphérique , il entrainera évidemment ce poids dans sa chute.

Imaginons maintenant qu’à l'instant où le piston tou che le fond du cylindre on ouvre la soupape, l’atmosphère, par sa pression égale en tous sens, viendra agir sous le piston et fera équilibre à la pression qui agit dessus : alors non seulement le poids Q le fera remonter à l'extrémité supérieure du cylindre; mais, abstraction faite de ce poids, il suffira, comme nous l'avons dit plus haut, d'un très-petiteffort pour produire cet effet. On pourra donc soulever toujours le piston avec une petite force, tandis que sa descente pourra entrainer les plus grands poids. En effet le poids de la colonne atmosphérique est égal à celui de la colonne de mercure de même base à laquelle elle fait équilibre , c’està-dire à celui d’une colonne de mercure de 56 centimitres de hauteur (28 pouces 4 ligne). (Foy. Hyprosrari- Que, 17.) Donc, en admettant quele piston ait un mètre de diamètre, le poids de la colonne atmospnérique qui agit sur lui est égal au poids d’un cylindre de mercure dontle volume est r.(07,5}?.(0"76) mètres cubes (voy. Gyrinpre), ou 0,5969 mètre cube; et comme les poids du mètre cube de mercure = 13598 k logrammes, celui du cylindre de mercure sera de 8117 kilogrammes : ainsi chaque descente du piston pourra soulever 8117 kilogrammes.

Parmi les divers moyens proposés par Papin pour produire le vide sous le piston , celui de la vapeur de l’eau est indiqué, comme le plus efficace, dausson Recueil de diverses pièces touchant quelques nouvelles inventions, imprimé à Cassel, en 1695 : et l'on trouve de plus, dans cet ouvrage, la description d'un petit appareil que Papin avait construit quelques années auparavant, appareil qui présente la première réalisation matérielle des machines à vapeur; car de l'eau renfermée dans le cylindre même y est vaporisée et condensée, eu, par cette action alternative, fait successivement monter et descendre le piston.

En comparant les dates citées jusqu'ici avec celles des inventions dont nous allons parler, il résulte rigoureusement que la conception primitive de la machine à

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Yapeur, dite »27achine atmosphérique , appartient à Papin.

La priorité scientifique et la priorité technologique étant ainsi assurées à deux français, Salomon de Caus et Papin, notre impartialité nous fait un devoir de déclarer que là se borne la part que la France peut réclamer dans l'invention des machines à vapeur, et qu'arrivés à la réalisation définitive de ces machines ,il ne nous reste plus à citer que des noms anglais.

C'est en 1705 que Newcomen et Cauley, simples ouvriers à Darmouth, dans le Devonshire, réalisèrent complètement l’ingénieuse idée de Papin, du mouvement d’un piston daus ur cylindre par l’action alternative de la vapeur, et leur machine connue sous le nom de machine de Newcomen ou de machine atmospherique est la première dout les services réels ont commencé la nouvelle ère de l’industrie. Sept ans auparavant, en 1698 , le capitaine Savery avait construit une machine sur les mêmes principes; mais ses tentatives n'ayant eu qu’un succès incomplet, il fuit par s'associer avec Newcomen et Cauley pour l'exploitation de la patente qui leur fut concédée. Nous allous indiquer succinctement la disposition et le jeu, tant de la machine de Newcomen que des principales machines perfectionnées construites depuis.

Dans la machine de Newcomen (PI. 40, fig. 4), le piston P et le poids Q sont attachés à deux chaînes suspendues au bras du balancier AB. Quand le vide est fait sous le piston P, la pression atmosphérique maintient ce piston au bas du cylindre où il se meut. La vapeur fournie par une chaudière extérieure venant à affluer sous le piston , Le poids Q descend librement quand la tension de |a vapeur fait équilibre à la pression atmosphérique. Le piston étant arrivé au haut de sa course, un jet d’eau foide condense la vapeur dans le cylindre, le vide se forme et le piston redescend.

Cette machine, ne pouvant que soulever un contrepoids et le laisser retomber alternativement, n’a été employée qu'à mouvoir des pompes. La condensation faite daus le cylindre même a l'inconvénient d’y causer un refroidissement considérable qui diminue la force élastique de la vapeur affluente.

Les premières machines de l'illustre James. Watt, dont les nombreuses inventions sont autant de progrès pour l'emploi de la vapeur, datent de 1769. Elles diffèrent de la précédente en ce que le cylindre est fermé par le haut et que ce n’est plus la pression atmosphérique qui fait descendre le piston. Pour le faire baisser quand le vide est formé sous lui, on fait affluer la vapeur par la soupape m1. (PL. 40 , fig. 5.) Parvenu au bas de sa course, on fait alors affluer la vapeur par la soupape ». Le piston étant également pressé sur ses deux faces, remonte par l’action du contre-poids Q.

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On condense ensuite la vapeur sous le piston et le jeu recommence, — Le couvercle du cyliudre est percé à son centre d'un trou circulaire garni d’étoupes grasses au travers desquelles passe la tige du piston.

Cette machine qui ne peut, comme celle de Newcomen, que soulever un contre-poids et le laisser retomber, offre d’ailleurs un grand perfectionnement dans les circonstances de la condensation, laquelle ne se fait plus dans le cylindre principal, mais dans un autre cylindre nommé condenseur, plongé dans une cuve d’eau froide et dans lequel un robinet qu'on referme ensuite laisse passer la vapeur; de cette manière le cylindre principal se trouve constamment maintenu à la température de la vapeur.

Pour faire produire à sa machine un autre genre de travail que l'élévation de l’eau par le moyen des pompes, Watt substituait 3 la chaîne BQ une verge métallique BC (PI. 40, fig. 8) qui, agissant sur une manivelle, imprimait un mouvement de rotation à un axe chargé d’un volant. Cette transformation du mouvement alternatif en mouvement circulaire et continu fut indiquée pour la première fois par M. K. Fitzgerald (Transactions de la Société royale, 1758); mais Watt la réalisa et l’introduisit généralement par l'invention d’une manivelle spéciale nommée roue planétaire ou mouche. Comme la vapeur n'agit sur le piston que pendant sa descente, pour régulariser l’action exercée sur Je volant on place en B un contre-poids égal à la moitié de la force avec laquelle le piston est poussé.

L'objet des secondes machines de Watt, dites à double effet, étant de supprimer le contre-poids B et de donner au piston une forcé ascendante égale à sa force descendante, il devenait nécessaire, 1° que la vapeur füt condensée alternativement de chaque côté du piston ; 2° qu’en montant, le piston püt pousser l’extrémité À du balancier au moyen d'une verge rigide qui se maintint toujours exactement verticale. Après avoir tenté divers moyens de remplir cette dernière condition, Watt a employé ce qu'on nomme le parallélogramme, combinaison de verges (PI. 40, fig. Q) unies par des articulations telle que l’extrémité supérieure de la verge du piston, sans cesser de pousser le balancier, décrit une courbe très peu différente d’une ligne droite. Quant au jeu du piston, la vapeur affluente par le haut du cylindre le fait descendre pendant que le bas seul est mis en communication avec le condenseur ; arrivé au terme de sa course, le haut du cylindre est mis seul à son tour en communication avec le condenseur, et la vapeur affluente par le bas fait remonter le piston. Deux robinets, dont l’un s'ouvre pendant que l’autre se ferme, produisent cette condensation alternative.

Le principal perfectionnement apporté à ces machi-

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