DE DE
Son dés gi: Densité Demsités Noms Lait. cr ado taire Se 1,09 è d observateurs, Eau distillée.. .., D re nacre ; 1,0000 Deutoxide d’azote. 1,0388 1,0364 Bérard. Vin de Bordeaux. .......... rise 0:0939 Hydrog.bi-carbon. 00700 ec. Th. de Saussure. Viu de DOUTROBNE.. css seen RS 0,9915 AZOLE - fo se 10070 ot Berzélius, Dulong. Huile d’olive........ des esmoee 0,9153 Oxide decarbone.. 0,957 0,967 Cruikshanck. Ether MUTIALIQUESS see asie » » eee De 0e ae 0,874 Ammoniaque..... 0,5967 0,5910 Biot et Arago. Huile essentielle de térébenthine. ...... 0,8697 Hydrog. carb. des Bitume liquide dit raphte............. 0,8475 marais......... 0,555 0,559 Thomson. AICOOL ABSOÏUS Een te serre ere 0,792 Hydrogène. ...... 0,0688 ...... Berzélius, Dulong. Ethel SUIIUrIQUe: - saone sata: 0,7155 Pesanteurs spécifiques des vapeurs, celle de l'air étant Solides. prise pour unité, et les vapeurs élant ramenées par le be caleul à 0 et 0,76. | nd DORE Die ++. 22,06090 Platine pue klafilière ss. ent 21,04 cv AIRE dei de ec dé se 1 0000 ae a lee Sole e De Pa D Bi-chlorure d’étain.... 9,199 8,993 Dumas. Leg ES MNT TE Hi Vapeur d’iode........ BIG 0 us id Or P : Les RUN ETS eh DR Vapeur de mercure... 6,976 ..... id (OCT tornrees Ne 19,258r Vapeur de soufre. .... 6 E1 0 MSI 7 2 er op 5) D OR Eee SOU : g Proto-chlorured’arsenic 6,300 6,297 id. Ploinb fnduss NS RE eu era Chlorure de silicium... 5,939 5,959 id, . RU LEONE DT EURE Pas Ether hydriodique. .. ,4749 ..….… Gay-Lussac. ee CARTE D LT EL 5,8 Camphre ordinaire... 5,468 5,314 Dumas. Rhodium....1.....-.. CPE tn EE LE A 3 # | PE e 5éog 5,241 D. et Boullay. Argent fondu . :. 2. sossdossosessése 10,4743 Ethér oxaliqhes 5428, 8,087 5,081 id. Re fondu: sue stérile eds pe : 9,822 Proto-chlor. dephosph. 4,875 4,807 Dumas. PA énfils essais. PEER ET CEE Don ES ace de terchenthine 45163 4,765 id. CEA Ionge fondu ss sois site als s 5: 87880 Chlorurejaunedesoufre 4,730 ...... id. ee susitidle crues has Le Naphtaline........... 4,528 4,492 id. trs a LUDO A S CR sa Vapeur dephosphore.. 4,355 4,325 1 ickel' fondu asstéese égntlant nt 5270
; Ufranés. 4h 48 se She eee 8 dir Chlorurerougedesoufre 3,700 ...... id. d
Liqueur des Hollandais. 5,443 ...... Gay-Lussac. NP AGREE ARS RE SDS nue Re Lu Cobalt fondu....... Mes Le SE Sen “. 7,8119 Acide hypo-nitrique... 3,180 ...... Dulong. ” bari du Ether acétique....... 3,067 3,066 D. et Boullay. a a a RE Lis) ” Sulfure de carbone.... 2,644 ...... Gay-Lussac. nn CES * 779 : Fer fondu......:....r4ie... 5355, © | 9,2070 Ether hyponitreux.... 2,626 92,606 Dum. et Boul. ne : ne Zinc'fondu:53%32: 8300000 EE A 6,867 Ether sulfurique. ..... 2 060 - ce Gay-Lussac. AE 6 Éther hydro-chlorique. 2,212 eee Thénid. Antimoine fondu..,....,.... CSP ETAPE ;712 ; A | Fellure:::45s 12e es CE 6,115 Chlorure de cyanogène. 2,111 2,112 Gay-Lussac. É : Eco É Ghronie MERS ee MN ea enL 5,9 (Esprit pyro-acétique... 2,019 2,020 Dumas. Fu ais Alcool... 10188... Gay-Lussac. mi “ IDE are RU pre |Acide hydro-cyaniqne.. 09476 0,9360 id. path pesant..... ECC PR D AMC LE k e : Jargon de Céylans see. cote 4,416r Eau..........:....., 0,6235 0,624 id. ss Rubis oriental........ A CE 4,2833 His j iPesanteurs spécifiques des liquides et des solides ,; celle Sap us PER NES FE L Fa de l'eau ctant 1 à 18° centigrades. Saphir du'Bresilir. ect en renee É 1307 Topase orientale...,.,,..... RS arte 4,0106 ACIDE SULUTIQUE.. secs sos e 0 0 1,8409 Topase\de Saxe... 17e: ENS :50 70 ACIdeMITEUR see asec ose o se 1,550 Bénil'oriental.. 25m 2 RES Mess emes 3,5489 Eau de la mer Morte....,......,.,.. 1,2403 Diamans les plus lourds (légèrement co- AGUE HILTIQUE. <>. esecese LA IONÉS en TOSC) ep eRerrereecce 3,5310 PA 0e A Mélsrsss secs me ese cc 1 0209 — les plus légers. .... SDS ONE CE + 3,5010
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Flint-glass (anglais). . .5.....4 0 3,3203 Spath fluor (rouge)................:. 3,1911
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mellaire) nero eme 120070 Quartz-jaspeonyx................... 2,8160 Emeraude verte. ........s.......s.e 2,7705 Perles. eee ds ass dense cesse 27000
Chaux carbonatée cristallisée......... 2,7102 Quartz-jaspe....................... 2,701 Cnrail uemuos tion, eee 3: 72,660
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Porcelaine de la Chine.....,......... 2,3847
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Pour établir une liaison entre les tables de pesanteurs spécifiques qui précèdent, nousajouterons que, d’après les recherches de MM. Biot et Arago, le poids de l'air atmosphérique sec, à la température de la glace fondante , et sous la pression de 0”,76 est, à volume égal,
nie de celui de l’eau distillée.
Par une moyenne entre un grand nombre de pesées, on atrouvé qu'à zèro de température et sous la pression
de 0»,76, le rapport du poids de l’air à celui du mercure, est de 1 à 10466.
Ces tables, dont l'usage est si important en physique, donnent la solution d’un problème intéressant; elles servent à déterminer le poids absolu d’un corpsäl’aidedeson volume et réciproquement. Par exemple, on veut savoir ce que pèse un morceau de fer fondu dont le volume est de 125 décimètres cubes; cherchant, dans la table des solides , la pesanteur spécifique du fer fondu, on trouve le nombre 7,207 qui nous apprend que les densités de l’eau et du fer sont comme 1 : 7,207; il suffit donc desavoir ce que pèsent 125 décimètrescubes d’eau, et de multiplier ce poids par 7,207 pour connaître le poids de 125 décimètres cubes de fer. Or, la base de notre système de poids est que
i centimètre cube d’eau distillée pèse un gramme; conséquemment
1 décimètre cube, qui vaut 1000 centimètres cubes, pèse 1000 grammes ou 1 kilogramme.
125 décimètres cubes d’eau pèsent donc 125 kil., et 125 décimètres cubes de fer fondu pèsent 125 X 7,207 ou 898 kil. , 875.
Si au contraire on demandait le volume d’un morceau d'ivoire pesant 255 grammes , la pesanteur spécifique del’ivoire, 1,917, donnée par la table, nous apprend que le poids d’un centimètre cube d’eau étant r gramme celui du centimètre cube d’ivoire est 1 8,g17: ainsi divisant 255 grammes par 18,917, on aura le nombre de centimètres cubes contenus dans le morceau d'ivoire ou son volume. Ce volume est donc égal à 133 centimètres cubes, plus -525.
La densité des corps n’est pas toujours la mêmé, car l’action de la chaleur qui les dilate plus ou moins augmentant leur volume sans augmenter leur quantité de matière, fait varier la densité, il est donc essentiel lorsqu'on veut faire des expériences de ramener les corps à la même température, et c’est au manque de ce soin que sont dues les différences qui existent entre les tables de pesanteurs spécifiques données par plusieurs physiciens.
Densité pe LA TERRE. La détermination de la densité de la terre, comparée à celle de Veau où d’un autre corps connu, a vivement excité l'intérêt des mathématiciens; et quoiqu'il paraisse au premier aspect que la solution d’un tel problème est impossible, la science, cependant, est arrivée à des résultats qui, s'ils ne sont pas entièrement exacts, ont du moins le mérite d’une approximation assez élevée.
La densité de la terre est une densité moyenne résultante des densités de tous les corps qui la composent, et il est évident que chaque partie isolée de la terre possède une densité particulière; ainsi, par cette expression,
nous entendons la densité movenne de la masse entière
dela terre, 2n un mot le rapport qui existe entre s0# poids et celui d’un égal volume d'eau, puisque nous avons pris l’eau pour terme de comparaison.
La première idée de déterminer la densité de la terre est due à Bouguer, elle lui fut suggérée par la déviation du fil d’aplomb de ses instrumens ; occasionnée par l’attraction du mont Chimboraco, pendant qu'il était occupé à mesurer un degré du méridien près Quito, dans le Pérou.
La quantité de cette déviation ne fat pas exactement déterminée ; mais trente-quatre ans après, le célèbre astronome anglais, Maskeline, mesura avecle plus grand soin la déviation du fil à plomb produit par l'attraction de la montagne Schchallien en Ecosse, et il devint dès lors possible de comparer la force attractive de la montagne à la force attractive de la terre entière, et conséquemment la densité de la montagne à celle de la terre. Hutton, après des calculs immenses, évalua cette densité à 4 +, celle de l’eau étant 1, mais il avait pris pour base une approximation de la pesanteur spécifique de la montagne au-dessous de celle qu’elle devait avoir, et depuis, de concours avec le professeur Playfair, il recommeuca ses calculs et fixa la densité à 5.
À l’aide de semblables principes, mais en employant des procédés entièrement différens, Cavendish a établi que la densité de la terre est à celle de l’eau, comme 5,48:71. Ainsi, prenant une moyenne entre ces divers rapports ; nous avons celui de 5,24 : 1 qui est probablemeuttrès approché.
Dexsiré Des PLanÈTEs. Les densités des corps étant daos le rapport composé du rapport direct des masses et du rapport inverse des volumes (1), lorsque deux de ces choses sont données, il est facile d’en conclure la troisième : ainsi, le problème singulier de déterminer la densité des planètes se réduit à celui de déterminer leurs masses (voy. PLanÈres). Ces masses, obtenues à l’aide des lois de l'attraction générale, donnent pour les densités, celle de la terre étant prise pour unité,
Terres...
Soleil::ttee Mercure...
Vénus......
Mars. 55e Jupiter.....
Saturne ..., Uranus.....
Voy. Masse et PLanères.
DENTS (Meéc.). Aspérités dont on arme la circonférence d’une roue pour transmettre le mouvement qui
lui est imprimé. Foy. EnGrenace.
DÉRIVATION (Alg.). Opération par laquelle des
DE
quantités sont produites par d’autres en employant un procédé uniforme. Par exemple, gx étant une fonction quelconque de la variable +, on nomme dérivée diffé. rentielle de gx, la différentielle de cette fonction divisée
; … dÿx par celle de la variable, ou la quantité Te 3 par suite af] dati nr dp x se est la dérivée de x °u la dérivée seconde de gx. [e
Lorsque x est une variable indépendante, cette secoude
A A RU € = x dérivée s'écrit simplement PTS De même ETES est dx ax dx dx
, Ou la seconde de
la première dérivée de dx? dx
ou enfin la troisièmie de $r; et ainsi de suite. En gé-
néral
est la dérivée de l’ordre 72 de la fonction @x. Pourreudre ces dérivations plus sensibles soit gx =",
dx"
la première dérivée de æ" est ou maæm—1 (poy.
DrrrérenTiez) ; la seconde est
dima) ; dxm NEO , u — — 1] me, dx dx É d la troisième est dim(m—1)xm-2] dx»
CE t =m{m—1)\m—2)2m—3 dx dx? a X )
généralement la dérivée de l’ordre nest diam
dan
On voit queles dérivées successives de +,
= m(m—1) (m—2).....(m—n+4i)xn-n
AI
m(m—1) xm—2
es. nu ee .
m(m—1) (m—2)...(m—n+4x) æn-n
sont formées en déduisant chacune d'elle de celle qui la précède par le même procédé de dérivation ,savoir en la multipliant par l’exposant de +, et en diminuant
ensuite cet exposant d’une unité.
Cazcus pes pÉrivarions. Calcul fondé sur la dépendance réciproque des coefficiens des séries et présenté par Arbogast comme devant remplacer le calcul différentiel, et rendre inutile la considération de l'infini.
Lorsque l’ouvrage d’Arbogast parut en 1800, Îles principes matérialistes de lasecte encyclopédique étaient alors si généralement adoptés que les mathématiciens crurent y trouver lemoven, depuislong-temps cherché, d’écarter de leur science tout ce qui s'y trouvait encore de trop intellectuel; et ceux que la méthode des limites (voy. ce mot) ne satisfaisait pas entièrement s'empressèrent de proclamer la supériorité du point de vue métaphysique du calcul des dérivations, calcul plus général que celui des fonctions analytiques (voy. ce mot) déjà proposé par Lagrange pour remplacer et expliquer le calcul différentiel. Montucla, dans son Æistoire des mathématiques, où plutôt son continuateur, ne craint pas de présenter le nouveau calcul d’Arbogast comme le point le plus élevé de Ja science des nomkres, d’en faire dépendre les progrès futurs de la science, et de rabaisser le calcul différentiel à n'être qu'un de ses cas particuliers. Un géomètre moderne a fait justice de ces étranges prétentions , et il est aujourd'hui prouvé que le calcul des dérivations n’est qu’une méthode indirecte qui peut bien à la vérité, dans les applications, remplacer le calcul différentiel, mais qui loin de l'expliquer, ne peut être conçu, et n’a absolument aucune signification sans ce calcul lui-même (voy. Philosophie de l'infini). Quant au petit nombre de résultats vraiment importaus auxquels sont parvenus Arbogast et ensuite Kramp à l’aide des dérivations, il est facile de les obtenir d’une manière directe et beaucoup plus simple par les procédés, d’ailleurs bien moins compliqués du calcul différentiel. Foy. Dir- FÉRENTIEL , POLYNOME, Puissance et RETOUR DES SUITE.
DESARGUES (GEranrb), géomètre distingué, né à Lyon, en 1503. Il appartenait à une famille ancienne et pour obéir à d’honorables préjugés, il embrassa d’abord la profession des armes. Il se trouva au siége de La Rochelle où il connut Descartes; des goûts communs les rapprochèrent, et ils se lièrent ensuite d’une amitié solide et sincère. Désargues s’étant retiré du service vint à Paris, oùil entra dans la société de Chantereau Lefévre qui réunissait chez lui une sorte d’Académie de mathématiciens. Il y connut Gassendi, Bouillau, Roberval, Carcavi et Pascal ; quand Descartes eut publié son livre des Principes, qui jeta les fondemens de sa réputation, Désargues prit chaleureusement sa défense contre Fermat et le P. Bourdin qui avaient attaqué quelques-unes de ses opinions. Il publia à peu près à cette époque, un traité sur les Sections coniques qui lui donna une place parmi les mathématiciens les plus remarquables de cette époque. Sa réputation était telleque lorsque Pascal publia son traité sur le même sujet, Descartes l’attribua à Desargues, qu’il regardaiteommeleseul mathématicien en état de produire un semblable ou-
vrage. Désargues quitta ensuite Paris, et revint à Lvon
où n se livra entièrement à ses goûts pour l'étude et où il s’adonna surtout à la coupe des pierres; il se plaisait même à faire aux ouvriers, dont il était entouré, des leçons sur cette partie toute géométrique de l’architecture. Désargues écrivait avec pureté, mais soit timidité ou modestie, if confia à Abraham Bosse le soin de rédiger ses ouvrages, et c’est à cette ficheuse circonstance qu'il faut attribuer l'obscurité dans laquelle ils sont tombés. Désargues mourut à Lyon en 1662, on a delui; —I. Traité de la perspective ; 1636 , in-f°. IT. Traite des sections coniques ; 1630, in-8°. HI. Ouvrages rédigés par Bosse.—La manière universelle pour poser l'essieu. — La pratique du trait à preuve pour la coupe des pierres. — La manière de graver en taille douce et à l’eau forte. — La manière universelle pour pratiquer la perspective. :
DESCARTES (Rëwé). Ces hommes d’un génie rare et puissant qui semblent appelés par la Providence à imprimer un grand mouvement à la marche inteliectuelle du monde , n’appartiennent point au pays où ils sont nés, mais à l'humanité tout entière. Cependant le sentiment intime et profond de la nationalité ne consent point à se perdre dans la sainte fraternité des sociétés humaines , il aime à s’isoler et à s’enorgueillir d'une fraternité plus restreinte. L’italie se prévaut avec fierté du génie de Galilée , l'Allemagne de celui de Leibnitz, l'Angleterre de celui de Newton , la France a le droit de grandir son illustration de celui de Descartes. Tous ces esprits forts et hardis , qui ouvrent à l'humanité des voies nouvelles et qui la précèdent dans l'avenir, n’apparaissent qu’à de longs intervalles. Les grandes pensées ne viennent pas toujours à une époque assez bien préparée pour les accueillir. Trop souvent la parole par qui se révèle l’œuvre du génie, va parcourir un monde qui n’a point d’écho pour elle. Mais cette parole ne meurt pas et elle attend, brillante et féconde , dans le sanctuaire de la vérité, qu'ilse lève un jour favorable, où son retentissement sera immense , où tous les esprits pourront la comprendre. Ce jour semble arrivé pour l’immortel auteur du Discours de læ Méthode et de tant de brillantes découvertes dans les parties les plus élevées du savoir, dans les plus nobles spéculations de
Ja pensée, La France intellectuelle et savante, si long-
temps entrainée hors de la voie des grandes découvertes par un philosophisme sans autorité , renaît enfin aux clartés d’une philosophie plus digne de la sagacité merveilleuse dont elle est douée. Déjà elle contemple, dans une profonde douleur pour son long aveuglement, les statues qu'elle æélevées aux dieux usés de la secte encyclopédique, dieux menteurs dont les autels sont ensevelis sous les ruines amoncelées par leurs funestes doctrines. Déja, dans un grand nombre d’écrits nouveaux
inspirés par une fécoude pensée de rénovation et d’a-
430 DE venir, le nom glorieux de Descartes est rappelé aux respects et à l'admiration de tous les hommes éclairés. Et nous qui venons apporter notre part de pensées au mouvement philosophiqueet progressifde notre temps, nous ne craindrons pas, dans cette rapide analyse de la vieet des travaux de Descartes, de proclamer hautement notre admiration profonde ponr cette noble et pure intelligence.
Réné Descartes naquit à la Have, petite ville de la Touraine, le 31 mars 1506. Sa famille, originaire de la Bretagne, était noble , mais peu favorisée du côté de la fortune. Comme Newton , comme d’autres hommes de génie, À était d’une constitution maladive et débile qui causa, dans son enfance , de vives craintes a ses parens. Cependant il fut envoyé de boune heuré à La Flèche pour y faire ses études, sous la direction des jésuites nouvellement alors établis daas ce collége, Il résulte des observations dont il fat l’objet de lu part de ses maîtres qu'il ne se distingua d’abord des autres élèves, ses condisciples,que parsonapplication plus vive à l'étude et par son goût pour l'isolement et la solitude ; on attribuait ces peuchans méditatifs à la faiblesse de son organisation, qui le rendait triste et mélancolique. Mais déjà il vivait de pensées, déjà cet esprit fer et indépendant avait sondé l’abime de la philosophie scholastique, il avait apprécié la haute importance des mathématiques et il cherchait dans sa raison un principe de vérité que ses études classiques ne lui avaient point révélé. Voici comment il nous initie lui-même à ces premiers élans de son génie : « J'ai été nourri’aux lettres dès mon » enfance; et parce qu’on me persuadait que par leur » moyen on pouvait acquérir une connaissance éclairée » et assurée de tout ce qui‘est utile à la vie, j'avais un » extrême désir de les apprendre. Mais sitôt que j'eus » achevé ce cours d’études au bout duquel on à cou- » tume d'être reçu au rang des doctes, je changeai en- » tiérement d'opinion, car je me trouvai embarrassé » de tant de doutes et d'erreurs, qu'il me semblait » w'avoir fait aucun profit en tâchant de m'instruire , » sinon que j'avais découvert de plus en plus moù » ignorance... Je crus que pour toutes les opinions » que j'avais reçues jusqu'alors en ma créance, je ne » pouvais mieux faire que d'entreprendre une bonne » fois de les en ôter, afin d'y en remettre par après, » ou d’autres meilleures, ou bien les mêmes lorsque » je les aurais ajustées au niveau de ma raison. » Nous reviendrons plus tard sur ces principes dont tous les travaux de Descartes ne sont en effet que des déductions plus ou moins heureuses : achevons de jeter un coup d’œil rapide sur les événemens de sa vie. Au sortir du collége , à peine âgé de 19 ans, Descartes résolut de voyager, pour mettre en pratique ses nouvelles idées, tout voir par lui-même et chercher la vérité « dans le
grand livre du monde.» Il prit le parti des armes, et servit successivement en qualité de volontaire dans les troupes de la Hollande et dans celles du duc de Bavière. « J'employai, dit-il , le reste de ma jeunesse à voyager, à voir des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses humeurs et conditions. » Mais Descartes était doué d’une raison trop supérieure pour prendre réellement parti dans les querelles sanglantes au milieu desquelles il se trouvait. Le guerrier ne cessait pas d’être philosophe sur les champs de bataille; ils w’étaient pour lui qu'une grande scène ouverte à son observation. Ce mélange d'hommes de divers pays, avec toutes les passions qui honorent ou affligent l'humanité, ces mouvemens imprévus qui naissent des chances de la guerre, présentaient à cet esprit, calme au sein de l'agitation, solitaire parmi la foule, tous les moyens de vérifier par l'expérience les questions qu'il s'était posées; il continuait ainsi sur un plan vaste et nouveau les études les plus importantes, en appliquant aux faits et aux accidens dont il était le témoin les principes des sciences mathématiques et philosophiques, objets constans de ses méditations et de ses uavaux. On rapporte que se trouvant en garnison à Breda, il vit un jour un grand nombre de personnes rassemblées devant une affiche écrite en langue flamande ; c'était l'énoncé d’un problème mathématique , que suivant l’usage du temps, un géomètre inconnu proposait aux mathématiciens. Descartes n'avait pas jugé à propos d'apprendre le flamand et il pria un des spectateurs de lui traduire la proposition exposée ainsi à un concours public. Le hasard voulut que la personne à laquelle le jeune officier étranger s'adressa fût uu professeur du collège de Dort, nommé Bekman. Cedernier prit avec le militaire le ton de supériorité d’un pédant qui doute qu’un autre puisse s'élever à l'intelligence de ce qu'il ne comprend pas lui-même. Mais le lendemain Descartes lui apporta la solation complète du problème. Après avoir assisté à Ja bataille de Prague en 1620 et avoir été témoin des revers militaires dont la Hongrie fut ensuite le théätre, Descartes quitta la profession des armes et continua ses voyages, Il parcourut successivement la Hellande, la France, l'Italie, la Suisse et le Tyrol, il fit un assez long séjour à Venise et à Rome, toujours inspiré par le désir d'acquérir des connaissances nouvelles et de vévifier celles qu'il avait acquises. La plupart de ses biographes s’étonnent avec raison que, durant son voyage en Italie, Descartes n’ait pas visité l'illustre Galilée, alors en possession de ses principales découvertes, et persécuté pour avoir produit quelques vérités sublimes. Descartes ne s’est jamais expliqué à cet égard, et l'on a remarqué que dans un âge plus ayancé il n'avait marifesté aucune admiration pour le génie de Galilée. C'est qu’alors tout son système cosmo-physique était conçu
DE
dans sa raison et qu'il n'aurait pu , sans s’exposer à une évidente contradiction, louer des doctrines qui n'étaient point en harmonie avec les siennes. Mais ou sent que cette considération est bien faible : il vaut mieux renoncer à expliquer une circonstauce inconcevable, dont la cause est demeurée cachée dans le profoud mystère de la pensée humaine. Au retour de ses voyages, Descartes voulut se livrer tout entier à la seule occupation qui lui parut convenir à un philosophe, celle de cultiver sa raison. Il pensa qu'il ne trouverait pas en France cette tranquillité dont il avait besoin, ce procul negociis sans lequel les hommes d'intelligence se perdent daus la foule, et enfin cette liberté qui convenait surtout à la fière indépendance de son esprit. Il se retira en Hollande après avoir vendu une partie de son patrimoine. Ce fut sur cette terre étrangère que Descartes écrivit le plus grand nombre de ses ouvrages et qu'il élabora dans une laborieuse solitude les hautes pensées qui devaient le signaler au monde comme l’un des plus beaux génies qui aient jamais captivé son admiration. Mais ce fut là aussi, et quand une immense renommée accueillit ses travaux, que Descartes eut à lutter contre l'envie basse et cruelle qui s'attache aux succès les plus mérités et aux œuvres les plus éclatantes du génie, Nousne pouvons passer sous silence cette particularité si importante de sa vie. Gisbert Voët ou Voëtius, premier professeur de théologie à l’université d'Utrecht, se distingua parmi les ennemis de la gloire de Descartes par un zèle frénétique , dont nous ne pouvous plus nous faire une juste idée , dans l’état actuel de ros mœurs e& des relations sociales. Cet homme, abusant de l'influence que lui donnaient les fonctions dont il était chargé et de la réputation que lui avait acquise lhypocrite austérité de ses formes et de ses mœurs , fit d'abord combattre la doctrine de Descartes dans des thèses publiques, où l’on osait insinuer contre lui l'absurde accusation d’athéisme. Descartes athée ! lui dont toutes les spéculations philosophiques avaient eu pour but de démontrer l'existence de Dieu et l'immor-
talité de l'ame !
Mais dans l’aveuglement de sa haine, le théologien protestant ne pouvait tenir compte des admirables propositions où l’illustre auteur des Héditations s'élève souvent à la perfection la plus claire de ces augustes vérités. Voët eut l'audace d’écrire au père Mersenne pour l’engager asévir contreson ennemi en prenant en main la défense dela religion catholique , qu’il prétendait attaquée par la métaphysique de Descartes. Mais le père Mersenne était l'ami le plus cher du philosophe; de doux souvenirs se rattachaient à leur liaison qui avait commencé au collége de La Flèche. Le savant religieux adressa à son ami sa réponse tout oùverte
ct Descartes la fit parvenir à Voët, sans daigner y ajouter un seul mot, lui qui avait été si cruellement
DE 431 Outragé par son lâche adversaire. Voët ne perdit pas courage, il continua de déclamer contre la métaphysique de Descartes et de l’attaquer comme contraire à la religion : on sait que par une manœuvre infme, il parvint à faire condamner ses doctrines philosophiques par les bourgmestres d’'Utrecht, étrangesjuges , il faut Pavouer , dans des questions de ce genre! Ces persécutions aggravées par des calomnies de tout genre , par les accusationsles plus atroces, compromirent un moment la tranquillité de Descartes , qui , retiré alors dans une charmante solitude des environsde La Haye, accueilli et aimé de la princesse palatine Elisabeth, n’attachait aucune importance à ces misérables attaques, et ne faisait rien par conséquent pour en prévenir l'effet. Mais quand sur l’odieux libelle , pour lequel Voët avait eu la lächeté d'emprunter un nom étranger, sa condammation eut été prononcée, le philosophe sortit de la réserve dans Jaquelle il s'était enfermé. Il n'eut qu’à paraitre pour déjouer la vile machination inventée pour le perdre ; mais alors il éprouva un profond découragement, et redoutant pour l'avenir les nouveaux chagrins que pouvait Jui susciter la haine que sa magnanimité ni ses talens n'avaient pu vaincre , il s’éloigna d’un pays qui avait été le théâtre de sa gloire et celui des plus étranges persécutions; il accepta alors l’asile que la célèbre Christine, reine de Suède, offrait à son génie.
Les attaques de Voët firent de Descartes le chef d’une nouvelle école philosophique qui eut ses adhérens et ses adversaires; mais quel que soit le jugement dont ses doctrines ont pu être l'objet. l'infânre nom de son persécuteur est condamné à subir leur immortalité.
On considère en général sous trois points de vue spéciaux le vaste génie de Descartes, et, séparant sa philosophie de ses découvertes en physique et en mathé. matiques, on a trop long-temps avancé que sous ce dernier rapport seulement sa gloire était incontestable. Ainsi sa physique et sa philosophie n'auraient été que de sublimes erreurs pour lesquelles ses travaux mathématiques lui feraient trouver grâce. Nous ne pouvons admettre ces distinctions aussi injustes qu'arbitraires; et sans disconveuir que quelques-unes de ses hypothèses cosmo-physiques ne sauraient être admises, nous considérons les doctrines de Descartes, dans toutes les branches du savoir, comme un majestueux ensemble qu’on ne peut diviser; comme un tout dont les parties liées entre elles par la même pensée et déduites du même principe, ne sauraient être logiquement distraites les unes des autres: telle fat du moins l'opinion de son siècle , qui donna le nom de cartésianisme à l'ensemble admirable de ses doctrines.
Descartes pensa par lui-même, il brisa le vieux joug de laphilosophie péripatéticienne, et m'admit de règles
dans les choses de la raison que la raison elle-même,