‹ Dictionnaire des sciences mathématiques pures et appliquées (volume 3)Chapitre 86 sur 346 · NET ANS · texte numérisé non relu

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L’obliquité de l’écliptique étant de 23° 28", supposons AS égal à 9° 5’, et nous aurons

REX tang (9°5) &

taug (23° 287 ©

sin ascension droite =

Opérant par logarithmes, nous trouverons

AS

log. R — 10.0000000

iog. taug (0° 5’) 9.203785

Somme —

log. tang (23° 25°) Différence —

Ce résultat est le logarithme du sinus de 2r° 36° 33"3, ou du sinus de 158° 23! 37” 7. Pour savoir lequel de ces arcs convient à l'ascension droite cherchée, il faut connaître dans quel quart de l’écliptique se trouve le soleil ; car s’il est dans le premier quart l’ascension droite est de 21° 36' 33" 3; tandis que s’il est dans le second, c’est le

supplément de cet arc qu’il faut prendre.

Comme l'ascension droite se compte d’occident en orient depuis 0°, c’est-à-dire depuis le point équinoxial jusqu’à 360°, ou le retour au même point, on voit aisément que si le soleil se trouvait dans le troisième quart de l’écliptique , il faudrait ajouter 180° à 21° 36° 33"3, pour avoir son ascension droite; comme aussi il faudrait retrancher ce dernier nombre de 360° pour obtenir cette ascension, si le soleil était dans le quatrième quart.

En comparant les passages au méridien du soleil avec ceux d’une étoile, on détermine l'ascension droite de l'étoile, et il suffit ensuite de cette dernière pour obteair celles de toutes les autres étoiles, car la différence des ascensions droites de deux astres n’est que la différence des temps de leurs passages au méridien convertie en degrés. En effet, le mouvement diurne de la sphère céleste faisant décrire à chaque point de cette sphère 360° en 24 h. ou 15° par heure, deux astres, dont l’un passe 5 heures avant l’autre au méridien, sont situés sur des cercles de déclinaison éloignés l’un de l’autre de 5 fois 15°, ou de 75° en mesurant cette distance sur l'équateur; mais cette distance est en mème temps la différence de leurs ascensions droites : ainsi lorsqu'une de ces ascensions est connue, l’autre s'obtient par une simple addition ou par une simple soustraction.

Lorsqu'on observe les hauteurs du soleil pour obtenir sa déclinaison, :l est indispensable de tenir compte des effets de la parallaxe et de ceux de la réfraction qui concourent à modifier ces hauteurs,

La DIFFÉRENCE ASGENSIONNELLE est, comme nous l’avons déjà dit, la différence entre l'ascension droite et l’ascension oblique d’un astre, Elle est donnée par cette proportion :

Le rayon est à la tangente de la latitude du lieu de l'observation, comme la tangente de la déclinaison du soleil est au sinus de la différence ascensionnelle.

Lorsqu'on connaît cette différence, on connaît en même temps l'ascension oblique ; car si le soleil est dans un des signes septentrionaux, il ne faut qu'ôter cette différence ascensionnelle de l'ascension droite, et la lui

ajouter, au contraire, lorsque le soleil est dans les signes méridionaux.

La différence ascensionnelle sert à connaître de combien les jours de l'année auxquels elle répond diffèrent du jour de l’équinoxe. Voyez Jour.

ASCHEMIE ( 4str.). Nom du petit chien Procyon.

ASCHÈRE (Ast.). Nom du grand chien Sirius.

ASCIENS (A4str.). De & privatif, et cxioi, ombre. On appelle ainsi les peuples qui sont quelquefois privés d’ombre à midi. Les habitans de la zone torride peuvent être asciens deux fois dans l’année, quand le soleil est à leur zénith. On appelle Æntisciens ceux qui ont des ombres opposées ou dans une direction contraire : tels sont les peuples des zones froides ; et Hetérasciens ceux qui ne voient jamais l'ombre que d’un même côté : tels sont les peuples qui habitent les zones tempérées, comprises entre les tropiques et les cercles polaires.

ASPECT (A4str.). Situation des étoiles et des planètes les unes par rapport aux autres. On considère cinq principaux aspects, lesquels, avec leurs signes respectifs, sont :

d ; conjonction, quand l'angle de deux planétestquelconquesiests..5...1 #10 * , sextile, quand cet angle est de....,....

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Les angles des aspects se comptent par les degrés de longitude des planètes; c’est-à-dire que l'aspect est censé le même , que les planètes soient ou ne soient pas dans l’écliptique.

Ces termes, ainsi que plusieurs autres inutiles à rapporter, ont été introduits dans la science par les astro logues, qui considéraient les aspects des astres comme le fondement de leurs prédictions. Quoique les réveries astrologiques aient passé de mode, les signes précédens sont encore employés dans quelques ouvrages astronomiques.

Lorsque les planètes ont exactement entre elles les distances ci-dessus, les aspects se nomment aspects partiles ; mais lorsque les distances n’ont pas précisément ces mesures, les aspects se nomment aspects platiques.

ASPIRANTE (ydraul.). Voy. Pompe ASPIRANTE.

ASSURANCE, contrat synallagmatique, en vertu duquel une ou plusieurs personnes, agissant en nom

collectif, s'engagent envers une autre personne ou une association quelconque, au moyen d'une rétribution ordinairement annuelle, et qu'on appelle Prime, à garantir les propriétés ou les objets désignés dans l'acte, de tout risque, dommage ou destruction. Ce contrat s'applique, sous diverses dénominations et conditions réciproques. aux propriétés mobilières ou immo-

bilières, aux chances de la navigation, et en général à tous les objets dommageables : on l’a étendu aussi à l'épizootie et à la mortalité humaine. Celui des contractans qui garantit se nomme ASSUREUR ; l’autre contractant est désigné sous le nom d’Assure. Les conditions de l'assurance sont de deux matures en France. Les premières sont purement civiles; les secondes sont d'ordre public, c’est-à-dire qu’elles inteydisent toute stipulation contraire aux lois. L'acte où les conditions sont énumérées se nomme Pouice. Il existe aussi deux modes d'assurances : l’ASSURANCE À PRIME, c’est-à-dire celle où le prix de la garantie est fixé d'avance, garantie à laquelle l'assureur s'engage de satisfaire, soit que le dommage dépasse ou non ses prévisions; l'ASSURANCE MUTUELLE où la quotité de la garantie s'établit par contribution, suivant celle du dommage, entre toutes les personnes qui se sont mutuellement assurées.

Le système des assurances, dont nous allons successivement exposer l'histoire, l’économie et la théorie, est une heureuse déduction du principe de l’association, principe fécond en immenses résultats. L'industrie et le commerce lui doivent surtout leur prospérité: il a porté la fertilité dans des champs long-temps arides et incultes, agrandi les villes, favorisé toutes les relations sociales, en établissant de grands centres d'action, dont les produits se sont écoulés par mille canaux , et ont porté partout la civilisation et le mouvement créateur qui lui est propre. Il faudrait faire une abnégation expresse de sa raison, pour ne pas comprendre que l’action continue de plusieurs hommes qui suivent une direction uniforme, est de beaucoup supérieure à celle du même nombre d'hommes agissant isolément dans le même but.

Néanmoins, nous devons nous hâter de dire que, de nos jours, le principe même de l'association a été l’objet des systèmes les plus hasardés, des théories les plus dangereuses. On a confondu l'esprit d’association avec l’esprit de secte, qui n’ont entre eux aucun point de contact ou de ressemblance. On a oublié peut-être de part et d'autre que la société humaine, fractionnée en diverses nationalités, n’est elle-même qu’une grande association, dont les associations intermédiaires doivent avoir pour but essentiel d'accélérer la marche et d'améliorer la prospérité, mais dont elles doivent avant tout respecter les principes généraux et les formes politiques. Nul progrès ne peut s'établir en dehors de la science, et jamais lascience n’est conjecturale; elle n’agit, en effet, que dans un ordre parfait de réalités. Elle prend la société telle qu’elle est, et ne rêve point pour elle un type de perfection, qu'il n’est donné à l’humanité d'atteindre qu’après un grand nombre de modifications successives.

On comprendra, nous l’espérons, quelle distance sépare ces principes simples et rationnels des dogmes arbi-

traires ct fantastiques proposés par quelques sectes prétendues réformatrices, dont les audacieuses prétentions, colorées de tous les charmes de l'imagination et de l'éloquence, ont déjà apporté dans la société un trouble et un malaise que la raison , aidée de la science, doits’attacher à neutraliser, et que seule elle peut guérir.

On attribue à tort l'invention du système des assu. rances aux juifs qui, persécutés durant le moyen-äge, et souvent arbitrairement dépouillés de leurs propriétés, trouvèrent ainsi le moyen de se prémunir contre l'injuste et cruel préjugé dont ils étaient continuellement les victimes. C’est une erreur , car, d’après le texte formel des législations de ces temps déplorables, la propriété immobilière était à peu près partout interdite aux juifs, et la propriété mobilière ne leur était concédée qu'à certaines conditions. C’est probablement la méthode de transporter sans risques de grands capitaux au moyen de lettres de change, qui est due à ces circonstances, méthode qu’on a mal à propos confondue avec les assurances. D’autres personnes ont aussi pensé que le systèine des assurances n’avait point été inconnu à l'antiquité ; mais on n’en trouve de traces dans aucune législation, et l’on est fondé à croire que cette allégation n’est pas moins hasardée que la première.

C’est en Angleterre, sous le règne de la reine Anne, au commencement du dernier siècle, que la plus ancienne compagnie d’assurance connue s'établit à Londres. Cette compagnie existe encore sous le nom de Société amie, qu’elle prit dès sa formation. Elle a vour objet les assurances sur la vie.

Plusieurs compagnies s’y établirent successivement, et appliquèrent ce système aux divers risques de la propriété. Peu à peu la théorie des assurances se rectifia suivant les progrès de la science; et les compagnies modifièrent leurs opérations basées d’abord sur des principes peu exacts. Aujourd’hui le système prévoyant des assurances est populaire dans ce pays, et ils’applique, avec un égal avantage pour les assurances et les assurés, à une foule d’objets qui, par la nature de leur destination, paraissaient les moins susceptibles d’entrer dans des prévisions de ce genre. La fortune publique se ressent, en Angleterre, de la sécurité qui environne les propriétés privées placées sous la sauvegarde de ces institutions, dont le principe, garanti par la loi, est néanmoins abandonné, dans son application, àla spéculation individuelle.

L'Allemagne a adopté le système des assurances, mais en général avec une modification essentielle : il y est devenu une loi de l'État. Le gouvernement a remplacé les associations ou les compagnies : il est lui-même l’assureur, et prélève les primes d'assurances comme un impôt spécial, obligatoire pour tous les propriétaires. Ces deux modes d'assurances conviennent également au

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génie des deux natious auxquelles ils s'appliquent. Il semble que la marche suivie en Angleterre soit plus conforme à l'esprit des institutions politiques de la France, quoiqu'une grande partie de ses riches provinces, nous le disons avec douleur, végète encore dans les chaînes de préjugés malheureux, qui leur rendraient nécessaire la protection paternelle dont fes gouvernemens de l'Allemagne environnent leurs sujets. Il est certain que la raison publique a fait en France assez peu de progrès pour que le système des assurances contre les risques de la propriété en général, et celui qui a pour objet l’accumulation des capitaux, d’après les probabilités de l’existence humaine, y soient encore mal compris, et presque repoussés comme des spéculations intéressées, sans avantage pour ceux qui y participent à titre d'assurés. Sous ce rapport, et comme avant tout nous devons la vérité à notre pays, nous dirons que cet état de choses tient presque autant aux procédés incomplets et à la marche, souvent embarrassée de contestations minutieuses, des compagnies d'assurances, qu’à l'ignorance malheureusement encore bien profonde des populations. Nous n’entendons point accuser ici d’une manière absolue, ni la probité des compagnies d'assurances, ni l'intelligence nationale , mais des faits nombreux ne prouvent que trop l'influence de ces deux causes sur l'éloignement du public pour un mode de conservation de la propriété, dont l’efficacité est démontrée par la raison et l'expérience. En effet, it est constant, d’une part, que l'application trop restreinte du système des assurances, ne contribue pas peu à en empêcher la propagation. La plupart des compagnies sont instituées seulement pour les cas d'incendie; et toutes ont établi dans la série d’accidens dont elles s'engagent à réparer le dommage, un nombre considérable d’exceptions qui bornent leur intervention à des cas exceptionnels heureusement assez rares. Ainsi, les accidens atmosphériques ou géologiques sont, en général, formellement exclus de l'assurance; et les compagnies formées pour assurer les propriétes rurales contre la grêle et contre le feu du ciel, qui devraient être un bienfait immense pour les campagnes, restent encore à établir; car, celles en petit nombre, qui existent sous cette dénomination, ontdes policestellement surchargées de prévisions exceptionnelles, que leur garanticest à peu près une dérision. Les capitalistes français qui entrent dans ces associations ne paraissent pas assez pénétrés de la haute utilité du mandat qu'ils acceptent dans ces circonstances; l'appât du gain est évidemment le mobile principal de leur adhésion aux statuts des compagnies d'assurance, Cette ayidité ou du moins cette äpresollicitude qu’ils montrent avant tout pour leurs intérêts, est cependant une des causes qui nuisent le plus à leurs spéculations, Ce n’est pas ainsi qu'agissent eu Angleterre les hommes habitués

ete Le p 9

AS

aux grandes opérations du commerce, parce qu'ils ne

sont dépourvus ni de connaissances scientifiques, ni de la moralité qui, à l'époque de civilisation où nous sommes arrivés, doivent épurer les sources de la prospérité individuelle.

D'autre part enfin, ce n’est pas sans raison que nous accusons l'ignorance publique, puisque naguère, dans la Chambre des députés même, assemblée où l’on doit supposer qu'il existe une intelligence plus éclairée des intérêts généraux, le système des assurances, exposé dans tous ses développemens avec beaucoup de clarté et de talent par un de ses membres, n’a trouvé que des auditeurs distraits, et en résultat une résolution hostile. Sur le chapitre du budget consacré AUx SECOURS sp£craux, M. Colomès proposa une réduction de 200,000 f., en s'appuyant sur les considérations les plus positives en économie politique. ( ’oyez ze Moxireur , séance de la Chambre des députcs, du vendredi 2 mars 1832.) Nous sommes heureux de pouvoir rappeler ici quelques-unes des paroles de cet honorable député. Ce fut ainsi qu'il s’exprima : — « Je viens appeler votre atteu- « tion sur les dégâts causés à notre agriculture par la « grêle et les autres accidens atmosphériques, vous « démontrer en même temps que la somme destinée « dans le budget à la réparation de ces maux est perdue « pour le trésor, sans soulager aucune infortune; enfin, « soumettre à vos méditations un moyen, selon moi, « puissant, pour atténuer les effets désastreux de cet « horrible fléau... Il est une classe toujours trop « nombreuse, qui songe rarement à réserver le superflu « des temps heureux pour les besoins de l’adversité; « et ce défaut de prévoyance devient plus grand à « mesure que l’on descend dans échelle sociale. Peut- « être est-il injuste d’accuser cette classe infortunée, si « peu au-dessus de ses besoins, Le mal provient sans « doute en grande partie de la faiblesse de ses ressour- « ces... Qui de vous n’a été profondément affligé de « l'état déplorable de nos campagnes, lorsque la grêle « où d’autres accidens atmosphériques sont venus dé- « truire les espérances du laboureur, le travail de ses « bras, le produit de ses capitaux?... Ses bestiaux meu- « rent de misère et de maladie, ses champs languissent « sans culture, ses forces physiques s’énervent, et les « suites du désastre deviennent plus affligeantes que le « désastre lui-même. Et ne croyez pas que ce tableau « déchirant ne se rencontre que dans une classe peu « nombreuse : elle constitue, au contraire, la très- « grande majorité des propriétaires de fouds de terre; « et pour preuve de mon assertion je vous citerai des « chiffres irrécusables. Sur dix millions de familles « agricoles, huit millions, c'est-à-dire les quatre cin- « quièmes, paient moins de 20 francs de coutribu- « tions, »

Après ces considérations générales qui auraient dû frapper une assemblée entièrement composée de grands propriétaires ruraux, M. Colomès entre dans l'exposition spéciale de son sujet. Il résulte de ses recherches que le gouvernement dépense chaque année près de deux millions de secours spéciaux , mais que les pertes que ce fonds est destiné à soulager dépassent souvent cent millions, et sont rarement au-dessous de cinquante. Il est évident que la répartition de la somme allouée ne peut produire aucun bien: le contingent assigné à une commune dont les champs ont été dévastés par la grêle, ne dépasse que dans des circonstances fort rares la somme de deux cents francs !

En cherchant quel remède on pourrait opposer à un mal aussi intense, et dont le retour périodique attaque la production dans son principe, M. Colomès rend jusess au système des assurances , qui offre, suivant lui, ile meilleur moyen de suppléer à l'imprévoyance des hommes ; mais il ne pense pas que les compagnies d’assurance contre la grêle, établies d’après le principe de la mutualité puissent présenter des résultats aussi heureux que dans les autres circonstances où ce principe est appliqué; il s'appuie à cet égard sur un raisonnement assez concluant. « Il y a pour ces compagnies, « dit-il, dans la nature même de leurs assurances, un « principe de mort auquel elles ne peuvent de « long-temps échapper : c’est l'inégalité des chances a courues par les divers assurés, Il n’en est pas de la a grêle comme des incendies. Dans ces derniers, les « sinistres peuvent être le résultat de l’incurie des « hommes, qui est à peu près la même partout ; tandis a que pour la grêle les chances varient à chaque pas. « Telle commune se souvient à peine d’avoir été frap- « pée par ce fléau, tandis que la voisine l’est presque « annuellement. C'est que les courans atmosphéri- « ques qui entrainent les nuages et contribuent à leur « formation, sont le résultat de la configuration du sol, « et affectent plus particulièrement de certaines direc- « tions... C’est donc se bercer d'illusions que d’avoir « foi dans l'avenir des sociétés d'assurance contre la « grêle, établies sur le principe de la mutualité. Une « société à prime, dans laquelle le paiement intégral du « sinistre serait garanti par l'assureur, deviendrait en- « core plus impossible , à moins qu'il n’y eût pour cha- « quelieu, pour chaque champ, une prime différente ;

NS ie. ; « car si l’on établissait une prime moyenne, la même

« pour tous les lieux, un inconvénient semblable se « reproduirait, et l'assureur serait bientôt ruiné. » Nous espérons prouver bientôt que ces appréciations de l'assurance à prime et mutuelle ne sont exactes que Mans l'hypothèse choisie par l'honorable député ; hypothèse d’après laquelle l'assurance serait bornée à une

localité donnée, comme un département, et restreinte

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aux dommages causés par la grêle. Mais ce n’est pas le seul risque qui puisse atteindre la propriété rurale. M. Colomès se demande s’il n’existe que ces deux moyens de produire le bien qu’on attend d’une compagnie d’assurance contre la grêle. Il s’élève d’abord contre le préjugé qui fait souvent aussi regarder une assurance comme une affaire lucrative, dans laquelle l’assuré reçoit plus qu'il ne donne; et il propose ensuite un système d’annuités par contribution ou primes remboursables en dix ans, dont le fonds de terre frappé par la grêle serait la garantie. Dans la crainte d'établir une centralisation qu'il croit dangereuse et nuisible, il ne veut pas faire dépendre d’un point unique les intérêts matériels de la France entière, et il se borne à demander des annuites départementales, c'est-à-dire une organisation d’assurance par département. C’est en cela que M. Colomès à avec les intentions les plus louables, nous parait s'être trompé , et n'avoir pas envisagé son sujet sous un point de vue assez vaste. Au reste son système est ingénieux et d’une application facile, il aborde d’ailleurs une question fort grave , et il est triste qu'il n’ait point été approfondi par la Chambre, qui lui refusa l'appui de ses lumières en passant à l’ordre du jour.

Nous devons donc observer ici que plus un système d'assurance embrasse de risques, en s'appliquant à une grande superficie, plus il s'ouvre de chances de les couvrir par le nombre plus considérable d’assurés qu’il doit réunir, N’examinons l’économie de ce système que dans son application aux risques de la propriété rurale, à part ceux des habitations. Il est évident, par exemple, qu’en restreignant les opérations d’une grande compagnie aux assurances contre la grêle, elle n'aura pour assurés que les habitans des localités où ce fléau se reproduit le plus souvent, et que cette compagnie établie sur le principe de la prime ou sous celui de la mutualité, peut voir en une seule année se consommer toutes ses ressources. Dans ce cas certainement, M. Colomès a raison. Mais, outre que l'affection particulière des courans atmosphériques pour certaines directions n’est pas démontrée, puisque la formation et la précipitation de la grèle s’effectuent spontanément, ct toujours avec les anomalies les plus bizarres, les propriétés rurales sont soumises à d’autres risques, qui, dans une vaste superficie comme celle de la France, compenseraient les uns par les autres ce qu’il y a de local et d’accidentel dans leurs sinistres. Ainsi, la gelée, la pluie, la sécheresse, l'invasion des insectes, les inondations, les éboulemens de terrain, sont des accidens qui peuvent affecter plus ou moins, et à différens intervalles, les propriétés rurales dans toutes les parties de la France. C’est seulement dans une vaste association, dans une assurance générale à prime ou mutuelle, maux occasionnés par de tels désastres. L'égoisme de

qu'on pourrait trouver la réparation des

localité disparaîtrait nécessairement dans cette combinaison , car le canton qui n’est point exposé à la grêle est soumis à d’autres risques. fl résulte des recherches statistiques auxquelles a dù se livrer M. Colomès, que les pertes occasionnées par ces divers accidens s’élèvent annuellement en France à ure valeur de 50 à 100 millions. En prenant la moyennede ces deux sommes pour basedes opérations d’une puissantecompagnie d'assurance, et celle de dix millions de propriétaires dans le cas d’y participer comme assurés, on verra que d’une part il serait facile d'établir une échelle de primes , aujourd’hui surtont que les opérations cadastrales touchent à leur fin, d’après des bases facilement appréciables; et que, d’autre part, il y aurait garantie suffisante dans les recettes de la compagnie pour indemniser les assurés, pourvoir aux frais de l'administration, et pour la réalisation de bénéfices considérables en faveur des actionnaires du fonds social. Sans doute une telle entreprise exigerait peutêtre des dispositions législatives toutes spéciales, et par conséquent le concours actif de tous les pouvoirs de l'État. Aussi ne présentons-nous point cette hypotlièse comme une théorie réalisable immédiatement, mais seulement comme un aperçu du bien que le système des assurances largement appliqué est susceptible de réaliser.

Nous avons dit en commencant que les compagnies d'assurances étaient établies d'après deux modes principaux : l'assurance à prime et l'assurance mutuelle. Les compagnies d'assurances à prime sont les plus nombreuses ; elles semblent présenter en effet plus de garanties , tant sous le rapport de leur organisation firancière que sous celui de la surveillance légale dont elles sont l’objet. On appelle compagnie d'assurance à prime une association de capitalistes, qui, présentant un fonds social d’une valeur déterminée, s'engage, moyennant le paiement annuel d’une contribution fixe, établie d’après un tarif joint à ses statuts, à garantir contre tout risque ; suivant sa spécialité, contre l’incendie, la grèle, les désastres maritimes, et les habitations, les navires, les propriétés rurales, etc. Cette contribution ou prime est ordinairement établie d’après une échelle de proportion des objets à assurer. Ainsi, par exemple, la prime à payer pour l'assurance de constructions en pierres est moins élevée que celle exigée pour les constructions en bois. L’assuré passe avec l'assureur un contrat ou police où sont énumérées les conditions de l'assurance ; et où sont prévus tous les cas qui pourraient l’annuler. L'assurance se contracte pour un certain nombre d'années, et il arrivesouvent que les compagnies qui entrent en concurrence avec celles établies précédemment, proclament comme un nouveau système d'assurance les changemens insignifians qu’elles apportent à ces conditions. La plupart de ces compagnies sont instituées contre l'incendie j et les primes sont établies d'après l'évaluation en argent

des objets immobiliers ou mobiliers soumis à l'assurance; cette prime, par exemple, est fixée à 50 c. pour chaque 1,000 fr. de la valeur conventionnelle de l’objet assuré ; muis cette valeur ne saurait être fictive, et en conséquence, au moyen d’une prime de 10 fr. qui représenterait ainsi une valeur de 20,000, on ne pourrait assurer une propriété dont la valeur réelle ne serait que de 10,000. Il est arrivé quelquefois que la négligence apportée par les compagnies dans l'estime des objets assurés, les a rendues victimes des spéculations les plus coupables.

La législation française, semble favoriser les opérations des compagnies d'assurances, en rendant le locataire responsable de l'incendie. Le Code civil s'exprime ainsi : « Art. 1733. Le locataire répond de l'incendie, à moins « qu’il ne prouve que l'incendie est arrivé par cas for- « tuit, force majeure, ou par vice de construction, ou « que le feu a été communiqué par une maison voisine. e —Art. 1734. S'il y a plusieurs locataires, tous sont soli- « dairement responsables de l'incendie, à moins qu'ils « ne prouvent que l'incendie a commencé dans l’habi- « tation de l’un d’eux, auquel cas celui-là seul en est « tenu ; ou que quelques-uns ne prouvent que l'incendie « n’a pas commencé chez eux, auquel cas ceux-là n’en « sont pas tenus. » En couséquence, les compagnies garantissent habituellement les locataires de la responsabilité résultante de cette loi. Mais l'établissement, en France, d’un grand nombre de corps de pompiers, institués daus presque toutes les communes, et qui se portent rapidement sur les lieux incendiés, a rendu les désastres occasionnés par l'incendie assez peu fréquens ; et la sécurité qu'ils inspirent dans les villes surtont a beaucoup influé sur le peu de succès des compagnies d’assuraxces. Ce devrait être pour elles une raison puissante de donner plus d’étendue à leurs opérations.

Les compagnies mutuelles n’ont point de fonds social ; l'assuré y est assureur comme l'assureur y est assuré : elles se forinent par la réunion d’un certain nombre de personnes qui s'engagent à se garantir mutuellement contre les risques de l'incendie, suivant des conditions déterminées. Ce système n’est pas sans inconvénient, car la réparation des sinistres ne peut s’y opérer qu'avec lenteur et lorsqu’à la fin d'un exercice un appel de fonds est fait aux associés; la quotité de chaque contribution étant établie d'après celle des dommages. Il peut arriver que, d'après ce mode, onsoit parfaitement garanti durant plusieurs années sans être soumis à aucune contribution, et que tout à coup cette contribution s'élève à une forte somine ; ce qui dépend absolument du nombre de cas d'incendie et de celui des membres de l'association. L'assurance à prime fixe est donc préférable; car, d’ailleurs, il ne peut jamais s'élever de contestation sur sa quotité. Les compagnies d’assurance à prime, et les compagnies d'assurance mutuelle ne peuvent opérer

qu’en vertu d’une ordonnance royale qui en a reconnu l'existence légale , et qui en a approuvé les statuts.

Les assurances maritimes sont toujours à prime; elles paraissent avoir même en France une existence assez ancienne, bien qu’elles fussent connues sous d’autres dénominations, et que le contrat qui lie l'assureur et l'assuré n’eût pas les mêmes conséquences. Les risques maritimes sont un des objets qui présentent le plus d’éventualités : aussi la loi s’est-elle attachée à régler avec une haute prévoyance cette partie essentielle du système d’assurance. Il parait même que la loi française repose, à cet égard, sur des principes assez généraux d'équité et de bonne foi, pour qu’elle ait été adoptée par toutes les nations de l'Europe.

Il existe à Paris un assez grand nombre de compagnies d'assurances qui s'appliquent à des risques éventuels et spéciaux, comme celle qui assure les propriétaires de voitures contre la responsabilité qu'ils encourent des dommages qu’ils peuvent causer , etc. Ces associations , qui ont toutes un but utile, reposent sur les principes généraux que nous avons exposés.

Il n'en est pas de même de l'assurance sur la vie: nouvellement introduite en France, on peut la définir ; un contrat au moyen duquel on peut léguer à autrui un capital après sa mort, ou se préparer à soi-même des ressources pour un âge plus avancé. Cette assurance s'opère par une prime annuelle ou une fois payée: elle peutavoir lieu pour un certain nombre d’années, et dans une foule de circonstances prévues par la police d’assurance. Les primes sont déterminées pour chaque âge, et suivant les professions qui présentent plus ou moins de chances de mortalité.

Telle est l'économie générale du système d'assurance dont il nous reste à exposer la théorie mathématique.

Tous les calculs relatifs aux assurances reposent sur la probabilité de la perte de l’objet assuré; il est donc essentiel de connaître exactement cette probabilité pour pouvoir établir le contrat d'assurance sur des bases équitables. En effet , la situation relative de l’assureur et de l’assuré peut être comparée à celle de deux joueurs dont les chances sont inégales, et qui veulent compenser cette inégalité par celle de leurs mises. Or, cette compensation a lieu toutes les fois que le rapport de ces mises est égal à celui des chances respectives ; car, pour mieux fixer les idées, supposons que Je gain de la partie dépende d’un coup de dé dont l’un des joueurs ait cinq faces en sa faveur, tandis que l'autre n’en a qu’une ; le nombre total des chances étant 6, et ces chances ayant autant de probabilité les unes que les autres, le premier joueur peut donc parier cinq contre un qu'il gagnera la partie; et, conséquemment, sa mise doit être cinq fois plus forte que celle du second. Si donc les enjeux réunis forment une somme de 120 francs, celui du

premier joueur doit être les cing sixièmes , et celui du second Je sixième de cette somme; c’est-à-dire 100 fr. et 20 fr. Il en est de même d’un assureur qui s'engage à payer üne somme de 120 francs dans le cas de la destruction d'un objet quelconque, lorsque la probabilité de cette destruction est égale à +; ses chances favorables sont «lors égales à 3, et il peut parier 5 contre 1 que le cas funeste n'arrivera pas. La prime de l’assuré, par la même raison , doit être la cinquième partie de ce que risque l'assureur , ou la sixième partie de la somme totale qui doit appartenir finalement à l’un ou à l’autre à l'issue de l'événement. Ainsi, dans le cas présent, cette prime doit être le sixième de 120 francs, ou 20 francs, lesquels, étant payés d'avance, réduisent à 100 francs la perte réelle de l'assureur dans Je cas qui lui est défavorable,

Si l'on pouvait admettre qu'en faisant en même temps six opérations semblables l’assureur ne dut en rencontrer qu'une seule de funeste, il est évident qu’il n’aurait alors ni profit ni perte, puisqu'il recevrait 6 primes de 20 francs, ou 120 francs, et qu'il paierait 129 francs pour l’objet perdu. Dans ce cas, pour obtenir un bénéfice il lui suffirait d'exiger une prime un peu plus forte. Mais la probabilité % ne signifie pas que sur 6 opérations une seule est nécessairement funeste, et l’on se tromperait étrangement en l'interprétant de cette manière; car, pour continuer notre comparaison, la probabilité d'amener le point de 2, par exemple, en jetant un dé est bien ?, ct cependant on peut le jeter 10 fois, 20 fois, 30 fois, etc. , sans amener ce point; comme aussi ce point peut se présenter plusieurs fois de suite. Tout ce que l’on peut conclure de cette probabilité +, c'est que sur un très-grand nombre de jets du méme dé, le point 2 se présentera dans le rapport de 1 à 5; la probabilité d'obtenir ce rapport augmentant avec le nombre des jets (Joy. ProBariLiTÉ). Ainsi, l'assureur ne peut espérer une exacte compensation des chances de gain et de perte qu’en étendant le cercle de ses opérations, et les primes doivent être calculées de manière à le dédommager non-seulement de ses risques généraux, mais encore à lui payer l’intérèt de ses fonds et ses frais d'administration,

D'un autre côté, la probabilité de la perte d’un objet quelconque ne peut s’évaluer avec la même certitude que celle des chances d’un jeu dont les conditions sont déterminées. Pour le jeu, la probabilité est déduite « priori du nombre des chances possibles , et l'expérience ne fait que confirmer les calculs, Pour l'objet des assurances , la probabilité ne peut être déduite qu'a posteriori, et l'expérience doit précéder les calculs.

Ce n’est donc qu'à l’aide de recherches statistiques qu’on peut se procurer les élémens du calcul des assurances; et, nous devons le dire, ces élémens sont encore

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trop incomplets aujourd’hui pour qu’il soit possible d'établir une théorie rigoureuse. Les chances de la vie humaine, quoique beaucoup mieux connues que toutes les autres, ne sont pas même déterminées d’une manière certaine ; ainsi, on doit considérer la théorie actuelle des assurances comme une approximation à peu près suffisante, et que des travaux ultérieurs perfectionneront successivement.

Les assurances contre les risques maritimes, les incendies , la gréle, etc.; et en général contre la destruction d’un objet matériel quelconque, se calculent de la même manière, On évalue l’objet à assurer; le montant de cette évaluation est la somme que l'assureur s'engage à payer en cas de perte; et cette même somme, multipliée par un facteur constant , qui est la probabilité supposée de la perte, forme la prime due par l'assuré. Ainsi, l'expérience ayant établi qu'il périt moins de un sur cent des vaisseaux anglais baleiniers, le facteur constant adopté par les compagnies d'assurances pour ces batimens est +; le propriétaire d’un tel vaisseau doit donc payer une prime égale à la centième partie de la valeur de sa propriété pour la faire assurer.

Les assurances sur la vie se partagent en deux grandes divisions : 1° les assurances dont les sommes doivent être payées après la mort des assurés ; 2° les assurances payables du vivant des assurés. Ces divisions présentent une foule de combinaisons particulières dont on peut trouver les détails dans les statuts des compagnies d’assurances. Quant aux calculs que ces combinaisons exigent, ils sont tous fondés sur les probabilités de la vie humaine; mais comme leur théorie est intimement liée à celle des rentes viagères , nous renvoyons sou exposition à l’article qui traite de ces rentes, j

La France possède peu d'ouvrages sur les assurances; et nous devons regretter que l'excellent traité de M. Francis Baïly, intitulé : the Doctrine of life annuïlies and assurances n'ait point encore été traduit.

ASTAROTH (4str.). Un des noms de la planète de Vénus.

ASTÉRÉOMÈTRE. Instrument destiné à calculer le lever et le coucher des astres dont on connait la déclinaison et l'heure du passage au méridien, La description de cet instrument a été donnée par M. Jeaurat dans les Mémoires de l Académie des Sciences pour 1779.

ASTÉRIO (Astr.). Nom d'un des chiens de la constellation des CniEns DE CHASSE.

ASTÉRISME (4str.). Da latin asterimus , dérivé du grec &kp, étoile. Ce mot s’'employait autrefois dans la langue astronomique pour celui de CONSTELLATION.

ASTÉROIDES (A4str.). Nom donné par Herschell aux quatre nouvelles planètes, Junon, Pallas, Vesta et Cérès, découvertes par MM. Piazzi, Olbers et Harding. Ce qui a fait dire, sans doute à tort, que le célèbre

Anglais ne voulait accorder qu’à lui seul l’honneur d’avoir découvert une planète.

ASTÉROPE (Astr.). C’est le nom de l’une des sept étoiles principales qui composent les Pléïades.

ASTRAL (4str.). Ce qui a rapport aux astres , ou ce qui dépend des étoiles et des astres, comme année astrale, sydérale , etc. Ce mot est peu en usage.

ASTREE. C’est un des anciens noms de la constella tion de la Vierce. Voy. ce mot.

ASTRES (du latin astrum). Mot général qui s’applique aux étoiles, aux planètes et aux comètes.

ASTRODICTUM (Astr.). Instrument astronomique inventé par M. Wetghel, par le moyen duquel plusieurs personnes peuvent voir le même astre dans le même instant,

ASTROGNOSIE. Nom d’une branche de l’astronomie qui a pour objet la connaissance des étoiles fixes, c'est-à-dire leurs noms , leurs rangs , leurs situations, etc., etc,

ASTROKION, Un des noms de la belle étoile, plus connue sous celui de Sirius.

ASTROLABE (de arr, astre, et de Aæu£are , je prends). Ancien instrument astronomique très-ressemblant à notre sphère armilliaire, Il y a plusieurs espèces d’astrolabes : le premier et le plus célèbre instrument de ce genre est celui que fit construire Hipparque à Alexandrie , et qui lui servit pour diverses observations astronomiques. Aujourd’hui on ne fait plus usage des astrolabes, dont les curieux d’antiquités peuvent trouver la description dans les ouvrages de Clavius et d'Adrien Metius.

ASTRONOMIE (Histoire). D’Acr#p, astre, et'yépos ; loi. Science des lois des astres , ou des mouvemens des corps célestes.

L'astronomie est une des branches les plus importantes des mathématiques appliquées. Elle comporte trois grandes divisions spéciales ; la première est l’astronomie sphérique, c'est-à-dire qui explique les phéuomènes célestes d’après cette hypothèse, que la terre est au -centre d’une sphère dont les astres occupent la surface; la seconde est l'astronomie théorique, science qui expose les différens rapports des corps célestes entre eux, comme leur position relative, leur éloignement, leur vitesse, et qui par conséquent, s'applique à décrire la véritable forme de l’univers ; la troisième est l’astronomie physique, dont l’objet est de déterminer les causes des mouvemens célestes par les principes de la mécanique. Ces divisions de la science, établies par Képler et adoptées depuis lui, en comprennent toute la théorie, dont l'application générale aux observations, à la confection des instrumens, aux calculs, se nomme par opposition astronomie pratiques

Diverses sciences , telles que la géographie mathéma-

uque, la navigation, la gnomonique, la chronologie et l'optique, sont nées de l'astronomie; c’est-à-dire qu’elles sont déduites des principes sur lesquels repose sa théorie. Mais chacune de ces subdivisions de la science exigeant un examen spécial sera exposée ailleurs, et nous ne nous occuperons ici que de l'astronomie en général, c'est-à-dire de l’histoire de son origine et de ses progrès chez les diverses nations de la terre.

Nul homme ne peut jeter les yeux vers le ciel et contempler froidement le grand spectacle qu'il présente. A l'aspect de ces astres innombrables, de ces soleils qui peuplent l’immensité et éclairent des systèmes inconnus, une pensée grave et forte s'empare de lui. Dans la profonde méditation où le plonge cette harmonieuse et puissante poésie du ciel, l'idée de l'Être éternel qui a imposé par sa parole d'immuables lois à ces globes lui devient plus claire et plus précise. "Ce n’est plus seulement une vague intuition, un besoin d'avenir pour sa faiblesse, c’est une certitude consolante qui le grandit et remplit son âme d’une noble et sainte espérance. Car la pensée de l’homme, souveraine à son tour, s'empare dès lors de ces grands mystères, comme s'ils étaient pour lui un éclatant manifeste de la puissance qui lui a été donnée de s’élancer au-delà de cette sphère bornée, où il subit un exil passager. Partout, dans ce livre immense où seul , de tous les êtres qu'il connaît, il lui a été réservé de lire, il aperçoit la main du Père, qui n’a pu lui donner une vie intellectuelle sans la faire participer de sa propre immortalité. Telle fut sans doute la première révélation de la destination humaine qui ait été faite à notre raison.

L’astronomie , qui explique l’ordre de l'univers et réforme les illusions de nos sens en posant la vérité là où de trompeuses apparences semblent le plus démentir la science, a été de tout temps pour l'humanité un objet important de recherches et de travail, un but fixé à son intelligence. Si l’on veut s'assurer de l'antiquité de ses tentatives pour se créer une conviction sur les mouvemens des astres ; si l’on veut s’assurer dece penchant natifquiesten elle, de ce besoin énergique qu’elle éprouve de chercher quel lien mystérieux, mais puissant, il existe entre elle et les phénomènes célestes ; qu’on prenne au hasard un homme bien organisé, mais entièrement dépourvu des notions les plus élémentaires du savoir, et que , d’un lieu où il est possible de découvrir une assez grande étendue du ciel, on lui explique en langage simple et facile le système du monde, on verra cet homme, attentif et soucieux , écouter dans un recueillement profond ces paroles nouvelles pour lui, on le verra subir tour à tour les impressions les plus opposées, suivant que les démonstrations de son maître seront admises ou rejetées par sa raison encore peu développée. Quelquefois un sourire de doute viendra effleurer ses lèvres; mais plus

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souvent un sentiment imprevu d'admiration et d'étonnement s’emparera de lui, et lai causcra cette indéfinissable émotion qu’excitent en pous les accens d’une harmenieuse musique et la majesté sévère des grands phénomènes de la nature. Soyez certain qu'aucune de vos paroles n'aura été perdue, et qu’il restera dans la mémoire de cet homme une trace ineffaçable de votre entretien. Et, lorsque solitaire et placé dans les mêmes conditions, en présence de ce grand spectacle, ses regards se reporteront involontairement vers les astres dont les lois lui auront été dévoilées, il aimera à repasser dans son esprit les sublimes leçons qu’il aura reçues. A son tour, et parmi des êtres de sa classe aussi dépourvus que naguère il l'était lui même de toute instruction, cet homme répétera, avec une satisfaction presque orgueilleuse, tout ce qu’il aura pu retenir de vos leçons. Autour de lui s’éleveront certainement des contradicteurs; et, parmi ses compagnons émerveillés, plusieurs se leveront pour opposer à ses explications le témoignage de leurs sens et de l’expérience. Bientôt des hypothèses nouvelles naîtront de ces discussions; et il faudrait, pour y mettre un terme, que la science elle-même, avec ses preuves infaillibles, vint briser tous les doutes etéclaircir toutes les suppositions que cette espèce de tradition aurait fait naître parmi ces hommes. Telles sont à peu près les vicissitudes de la vérité sur la terre : l’histoire de l’homme que nous venons de supposer va se retrouver avec toutes ses périodes de recherches, de découvertes, de doutes et de certitudes, dans l’histoire de l'astronomie.

On ne peut fixer, d’une manière conforme aux erremens positifs de la science, l'époque certaine des premières observations astronomiques : nous croyons avoir suffisamment démontré que ces tentatives spontanées, ct dans tous les cas isolées, touchent au berceau de l’humanité. C’est pour cette raison qu'avant d’adopter un ordre chronologique rigoureux, nous exposerons d’abord les connaissances primitives des peuples dans l’ordre de leur antiquité présumée.

Il résulte évidemment de toutes les traditions historiques, et de nombreux faits géologiques, qu’à une époque récente dans les temps, le globe terrestre, soumis à une immersion plus ou moins complète, a subi des modifications telles, que la plus grande partie des races humaines présentes à cette catastrophe durent périr. Sans entrer ici dans l’examen d'une question, qui suivant nous est purement philosophique, et qui ne se rattache que de loin au sujet dont nous nous occupons, nous dirons qu’il n’est resté sur la terre aucun monument qui puisse indiquer le degré de civilisation où l'humanité était parvenue à l’époque de ce désastre. D'après l'hypothèse la plus conforme à la raison, hypothèse à laquelle Jes plus récentes découvertes de la géo-

logie donnent un caractère prononcé de cer titude et. de réalité, les eaux de l'Océan couvriraient aujourd’hui des continens primitivement habités, et la plupart de ceux que nous habitons auraient été leur lit antérieur, Il est donc impossible d'admettre, comme des faits dignes d'être cités à l'appui des recherches scientifiques, les conjectures hasardées des plus anciens écrivains sur l’évènement terrible qui semble avoir séparé pour toujours l'histoire mystérieuse de la race anté-diluvienne de celle qui lui a succédé. Il faut en conséquence rejeter comme

une fable, reflet incertain de quelque vague et antique

tradition, les assertions de Josèphe et de Manethon, fondées, suivant l’un, sur les colonnes construites en pierre et en brique, où les pères du genre humain auraient gravé les principes de la science astronomique et la prédiction du cataclysme qui devait bouleverser la terre ; et suivant l’antre, sur les prétendues colonnes égyptiennes de Sothis ou de Thot. Manethon cependant a osé parler de ce dernier monument. comme, ayant été, consulté par des écrivains peu.antérieurs à lui, qui vivait durant le troisième siècle avant l’ère chrétienne. On doit d’abord supposer .que Josèphe n’a imaginé les colonnes d'Adam et de Seth que d’après l'inspiration de. Manethon, et qu’ainsi ces deux traditions ont une origine commune. Mais, si du temps de ce dernier historien, un monument semblable existait encore en Égvpte dans la mémoire des prêtres, comment n’aurait-il pas été conservé lui-même par les hommes comme un objet sacré , ou comment Manethon, seul dans l'Égypte religieuse et éclairée, avait-il pu entendre parler de ces

titres saints et méconnus qui attestaient les malheurs

et l'antiquité du genre humain, et dont pour la première fois il invoquait le témoignage ?

Nous nous sommes arrêtés un moment sur ces hypothèses puériles, parce qu’il nous a paru utile d’en démontrer l’absurdité. Un préjugé fortement enraciné attache l’homme à de vieilles erreurs, et nous avons un

penchant irrésistible. à à juger de la réalité d’un fait par

16 antiquité de l'historien qui le rapporte. D'ailleurs ,

il convient d'aborder l’histoire de la science avec un esprit dégagé de toute préoccupation étrangère à des démonstrations précises, et de ne chercher sou véritable berceau que là où la civilisation, en formulant ses besoins, commence à montrer les premiers développemens de la raison humaine.

PRE Le doux climat de l’orient, son ciel pur, la hauteur de quelques-unes de ses montagnes, où peut-être les restes de la race anté-diluvienne cherchèrent un refuge, et descendirent ensuite dans les vastes et fertiles plaines qu'arrosent le Tigre et l'Euphrate, durent Y appeler de bonne heure des habitans et favoriser leur reproduction. L’astronomie chaldéenne est la première, en effet, de laquelle l’histoire ait conservé quelques ob-

AS 161 servations qui annoncent le point de départ réel de la science. On a souvent fait deux;mations distinctes des Chaldéeus et des Babyloniens : cette erreur u’a pas peu contribué à jeter de la confusion dans la chronologie, d'ailleurs si vague et si embrouillée de ces races primitives. Il est certain que le nom de Chaldéen, poar des raisons qui nous sont inconnues et qui sont ensevelies dans le secret des anciens idiomes orientaux, fut donné dans la Babylonie à des sages, peut-être à un collége de prêtres ou à une secte philosophique. Quoiqu’on ne puisse point juger des civilisations passées par la nôtre, il est un fait inhérent à l'espèce humaine, et qui est commun à toutes les sociétés, c’est que les connaissances scientifiques, toujours excentriques et individuelles, ne sont partout que le privilége d’un petit nombre d'hommes. Les Chaldéens , pris comme peuple, ne sauraient donc être regardés comme les fondateurs de l'astronomie ; et c’est dans le.sens le plus restreint que nous emploierons cette expression pour désigner ces auciens observateurs des astres. }

Comme toutes les connaissances humaines, les connaissances astronomiques ont dù avoir une longue enfance. La division du temps a d’abord été ieur seul objet; car c’est le premier besoin social qui se fasse sentir dans uue agglomération d'hommes. Aussi lastronomie des Chaldéens consista-t-elle, avant tout, dans l’observation du zodiaque, dans celle du lever et du coucher héliaque des constellations, c’est-à-dire dans leurs mouvemens par rapport à celui du soleil; dans celle de la mar che de cet astre et des phases de la lune. H fallut. ensuite donner des noms à tous, ces astres, pour les reconnaître et les suivre dans leurs mouyemens divers. On avait remarqué que le soleil, la lune et les planètes alors connues, ne s’écartaient jamais d’une zône céleste, dans l’étendue de laquelle s’opéraient tous leurs mouyemens. Cette observation donna l’idée du cercle imagimaire , qu’on a nommé zodiaque, et de sa division eu douze constellations.

Ce fut seulement quand elle posséda ces premières notions, que l'astronomie chaldéenne put se livrer à des observations plus régulières; mais ces notions, filles d’une expérience acquise d’après des apparences, et souvent de traditions populaires transmises d’âge en âge, ne reposant sur aucuns principes positifs, ne pouvaient encore constituer une science. Néanmoins , ces antiques observations sont précieuses, et méritent d’être recueillies par l’histoire; car, plus nous avons de peine à concevoir aujourd’hui comment il a été possible d'expliquer et d'annoncer les éclipses en s'appuyant sur les plus folles hypothèses du système du monde, et souyent même en l'absence de toute hypothèse, plus nous devons montrer de respect et d’admiration pour ces premières tentatives

de l'émancipation intellectuelle de l'homme. C’est toute au

autre chose quand il s’agit de transporter dans ja science même ces appréciations vagues des phénomènes célestes, Les premières paroles de l'enfance ont une naïveté et un charme auxquels on ne peut être insensible ; mais ce langage, que dans notre âge mûr nous nous souvenons à peine d’avoir balbutié, ne forme point une branche essentelle de l’idiome national,

Les Chaldéens se vantaient de posséder un recueil d'observations astronomiques qui remontaient à 493,000 ans. Ces incohcevables exägérations, que nous rencontrerons quelquefois dans les sipputations de l’astronomie ancienne, né méritent pas d’être contredites. Mais peut-être n’estil pas inutile de dire qu’ellés ne sont sans douûte que le résultat de l'incéhérence qui règne dans la détérminätion primitive de l’année, et de l'ignorance absolue dans laquellé nous sommes à cet égard. En supposant, cormmé tout porte à le croire, que cette longue période chaldéenne puisse se réduire à des jours, on trouvéräit encôre que leurs travaux astronomiques remontent à une haute antiquité. Les plus anciennes observations chaldéennes qu’il soit possible d'admettre sont celles de trois éclipses de lüné qui auraient eu lieu durant les années 719 ét 720 avant J.-C. (ans 27 et 28 de l’èré de Nabonassar), ét dont Ptolérnée S'ect servi, probablement d’après Hipparque, le premier astronome qui ait recueilli avec discernement et méthode les observations antérieures à l'astronomie des Grecs. Il est naturel aussi de penser que ces observations chaldéennes n’étaient pas les premières qui eussent été faites à Babylone. Elles supposent évidemment des études fondées sur une longue expérience; mais les déterminations qui étarent r'ésultéés de cés premières tentatives n’avaiént point le câractère de précision et dé cértitude qui peut seul utiliser la éonnaissancé des éclipsés. Simplicius, cité par Porphvre, assure qu'Aristôte se fit communiquer, par l’éntrémise de Calisthènes, un recuéil d'obsérvations chaldéennes qui remontaient à 1900 ans avant Alexandre. Cela est fort possible, quoiqu’Aristote lui-même te parle nuile part d’un fait qui intéressait si expressément la Science ; mais ces observations, aujourd’hüi perdues, ne pouvaient l'être pour Ptolémée , qui a dû les rejeter én s’arrétant à celles des années 719 et 520, dont nous fénons dé parler, parce qu’ellés ne présentaient point le éme dégré de certitude et d’exactitude. Î] est cepeñdant demeuré établi que les Chaldéens avaient la connaissance dé plusieurs Périodes astronomiqués dont nots ne pouvons apprécier za justessé, paï la raison déjà doniée de l'impossibilité où nous sômmes de détériiner là signification qu'ils attachaient au mot de leur langue qui correspond à celui d'année, Cés connaissances , au reste, qui ont du être le Fruit de lôngués observations , ne peñmeéttént cependant aucune supposition favorable à l'antiquité de la &ience, $i l’on considère surtout que les mathématiques étaient

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à peu près ignorées des Chaldéens, dônt les éonnaissances, sous ce rapport, se bornaient à un système dé numération pratique , et qué leurs opinions sur le système du monde n’avaient rien de positif et de satisfaisant.

2. Les commencemens de l’astronomié égÿptiénne sont demeurés cachés dans le mystère qui énvéloppait, chez ce peuple singulier , les institutions religieuses, muettes dépositaires de sa civilisation et dé $on éavoir.

On à voulu tirer une conséquence favôrable aux connaissances astronomiques des Égvptiens de la directidn exacte des faces de léurs pyramides vers lés quatre points cardinaux. Certainement le hasard ne peut avoir constamment produit cetté disposition remarquable de leurs plus anciens monumens; mais cependant aucunes dés observations égyptiennes ne nous ont été conservées. 1] est au contraire historiquement prouvé que les astronomes de l’école d'Alexandrie recoururent aux observations chaldéénnes, D’un autre côté, long-temps avant cette époque, Thalès, Pythagore, Eudoxe et Platon étaient venus de la Grèce visiter les prêtres égyptiens, ét ils puisèrent dans leurs entretiens les connaissances qu'ils rapportèrent dans leur patrie. D'où viént donc que les monumens èt les prêtres de l'Égypte sont demeurés muets pour les savans d'Alexandrie? C’est là, si l’on peut s'exprimer ainsi, une de ces singularités de l’histoire qui doivent restér à jamais inexplicables, et qu’il faut se borner à faire remarquer.

Manethon, prêtre égyptien , dont nous avons déjà êu l'occasion de parler, composa, vers l'an 260 avant J.-C., une histoire de soti pays pour l'instruction de Ptoléthée- Philadelphé, fils et successeur de Lagus. Il n’est pas possible de savoir si cet écrivain, en compilant ls éontés les plus absurdes , et en faisant remonter l’origine dé la civilisation égyptienne à une antiquité fabuleuse, répétait dés opinions reçues par la caste privilégiée dont il faisait partie, ou s’il voulait tromper sciemment un prince dé race étrangère, en lui inspirant du respect pour une nation dont les dieux eux-mêmes avaient gouverné les ancêtres durant une période immense. Quoiqu’on ne puisse tirer aucune induction certaine de tout ce chaos historique, il est demeuré prouvé, par des ônumens et des témoignages non suspects, que l'Égypte, dès une antiquité relativé fort reculée, possédait des connais- Sanéés astronomiques déjà avancées, que les mouvemens de Mercure et de Vénus autour du soleil y avaient été observés ; qu’elle avait une année civilé de trois cent $oixante-cinq jours, divisée en douze mois de trente jours, et cinq jours épagomènes; que l’observation du lever héliaque de Syrius, dont le retour était rétardé chaque annéé d’un quart de jour, y avait fait fonder la période sothique de 1461 ans, qui ramenait les mois ct les Fètes, à peu de variations près, aux mêmes saisons. Enfin, les zodiaques égyptiens qui se sont con-

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serwés jusqu'à nous, attestent lesoin avec lequel ce peuple observait la position des solstices dans les constellations ou signes de la zone zodiacale. On lui attribue aussi l’établissement de la période de sept jours qui formaient la semaine, et qui étaient placés dans l’ordre où l’ancienne astronomie plaçait le soleil, la lune et les planètes, d’après leur distance de la terre, et en partant de la plus grande : Saturne, samedk ; Jupiter, jeudi ; Mars, mardi ; le Soleil, dimanche; Vénus, vendredi ; Mercure, mercredi ; la Lune, lundi. Les chrétiens, qui, par un motif religieux, ont appelé le jour du soleil dimanche ou jour du Sei. gneur, ont complétement interverti cet ordre, en commençant la semaine par le jour de la lune ou le lundi. 3. I existe à l’est et au nord de l'Asie un immense empire, dont la population homogène, régie par les mêmes lois, et surtout par les mêmes mœurs, se compte par myriades d'individus. Cette nation, dont la civilisation traditionnelle se perd dans un passé sans bornes, et ne participe point de la nôtre , nation d'hommes qui ne se mêlent point aux autres hommes, qui ne connaissent pas leurs ancêtres, et prétendent posséder une liste non interrompue de souverains, dont les plus rapprochés de nous dans cette étrange chronologie, régnaient à une époque où, suivant nos connaissances religieuses et historiques , l’homme n’avait point encore apparu sur la tevre, la nation Chinoise enfin, se vante de conserver dans ses annales les observations astronomiques les plus anciennes. Quelques savans, sans adopter néanmoins les prétentions historiques des Chinois, semblent leur accorder ce dernier avantage sur les autres peuples. Nous n’adoptons point cette opinion; car il ne faut qu’examiner avec un peu d’attention ce qu’on nous a communiqué de ces annales, pour être convaincu qu'elles n'offrent qu'un assemblage incohérent de faits impossibles. Le plus ancien livre de Ja Chine, le Chouking, attribué à Confutzée ou Confucius, et qui aurait été écrit par lui il y a environ deux mille deux cent soixante ans, en supposant qu’il en ait été conservé des copies authentiques , n’attribue point à cet empire une origine qui choque d’une manière aussi tranchante toutes les idées del’histoire. Confutzée commence celle de la Chine à un empereur nommé Ya0, lequel s’occupa de l’écoulement des eaux qui s'étaient élevées jusqu’au ciel. Ceci est fort remarquable; car, d’après ce document, Yao aurait vécu à 4163 ou 3943 années de nous, c’est-à-dire un peu moins de deux mille ans avant notre ère, époque à laquelle toutes les traditions reçues placent la fin du grand cataclysme qui bouleversa le monde, et où se retrouve le berceau des sociétés. Ce fut, ajoute-t-on, environ mille ans après Yao, que l’empereur Tcheou- Kong fit les premières observations astronomiques qui puissent être utiles à la science. Mais nous ne croyons pas devoir nous étendre sur ce fait, pas plus que sur ceux de’

la conjonction de cinq planètes et de l’éclipse de soleil, qui avaient été observées en Chine durant les années2514 et 2436 avant notre ère. Les astronomes du dernier siècle ont vainement voulu soumettre les prétendues observations de ces antiques phénomènes aux lois du calcul : il n’est résulté de ces tentatives, et de Ja polémique dont elles ont été la cause, que des appréciations à peu près aussi vagues que celles des Chinois. Cependant, quel que soit l’origine de ce grand peuple, il n’est pas douteux que son astronomie pratique n’ait une date fort ancienne. Dès l’époque la plus reculée, il existait en Chine un tribunal des mathématiques chargé de diriger et de vérifier les observations des astronomes, d’après lesquelles ce tribunal fixait le calendrier et annonçait les éclipses. Nous accordons aussi qu’on y a observé dès long-temps les ombres méridiennes du gnomon aux solstices, et le passage des astres au méridien : mais en faisant la part du tort réel que dut faire au progrès de la science l’incendie des livres chinois, ordonné par l'empereur Chi- Hoanti, vers l’an 213 avant notre ère, nous nous étonnerous que la marche de la civilisation ait suivi chez cette nation une marche tout opposée à celle qu’elle a suivie partout ailleurs, c’est-à-dire qu’elle ait commencé par d'immenses découvertes, et fini par l'ignorance la plus complète des premiers élémens de la science. En général, il est constant que l'Europe a été dupe des contes merveilleux que lui ont faits les voyageurs du moyen-âge, y compris Marc Paul, sur une race d'hommes dont les institutions bizarres, les préjugés et les mœurs se prétaient si bien, par leur singularité, à toutes les exagérations de l'imagination. Les premiers missionnaires européens qui pénétrèrent en Chine y trouvèrent les sciences dans un état peu florissant , et peu d'accord par conséquent avec l'antiquité depuis laquelle les Chinois se vantaient de les posséder. Leur géométrie ne consistait qu’en quelques règles très-élémentaires de l’arpentage. Ils connaissaient la propriété du triangle rectangle ; mais ils n’en faisaient aucune application. La trigonométrie sphérique, si essen tielle à l’astronomie, ne leur avait point été connue avant le X° siècle, et il est probable qu'ils la tenaient des astronomes arabes. Leur arithmétique se borne encore aujourd’hui à quelques règles d’un usage commun, et s'exécute au moyen d’un instrument assez semblable à un abacus. Ils en étaient également aux élémens de la mécanique et de la navigation; ils n’avaient aucune idée de l'optique. Ces objections, qui reposent sur des données certaines, nous paraissent concluantes; elles nous dispenseront de parler de l’astronomie indienne, et de celle des anciens Parsis, qui se trouvent à peu près dans les mêmes conditions , et présentent dans leurs observations le même degré d’inexactitude et d’exagération chronologique.

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