INTRODUCTION
Des systèmes et des méthodes en histoire ncUurèUe; de celles qui sont suivies dans ce Dictionnaire.
# Quand on ne prendront rkiaioire natarelle qae dans
les limites étroites où son ancienne définition l'ayoit oirconscrlte, quand on ne ta cçusidéreroit que comme la description pure et simple des êtres créés, observés dans leur forme extérieure , dans leurs dispositions les pluft habituelles et dans un état fixe ou supposé permanent, on seroit certainement frappé d'étonnemeot et d'une sorte de stupeur, en calculant Tinnombrable quantité de ces étre^y et l'énorme suite de différences qu'on reconnolc dans leurs propriétés apparentes. Frappé d'admiration par la multiplicité même de ces productions et par l'extrême diversité qui les caractérise, l'homme le plus studieux seroit bientêt saisi d'un véritable découragement et d'nn retour humiliant sur la foiblesse de ses moyens,, comparée à la richesse et à la puissance de la nature, s'il essayoit de saisir par la pensée et de se représenter par la mémoire ces séries innombrables d'êtres, qui tous semblent tout à la fois appelejr son attention, piquer sa curiosité, flatter ses go&ts, satisfaire ses besoins, ravir ^ "^^ son esprit, échauffer son imagination et charmer. également toutes les facultés de son &me. Tous les points du globe sont remplis d'objets dignes d'occuper ses facultés. L'air et les eaux sont peuplés de myriades d'animaux qui en parcourent l'étendue, et qui en agitent constamment la masse ; la surface de la terre est couverte de générations qui se succèdent avec plus ou moins de rapidité; les végétaux de mille formes et de mille grandeurs < diverses ornent de toutes parts la cro&te du globe, et en cachent la nudité. Les plus petites plantes nourrissent des familles nombreuses d'insectes ; les mers sont surchargées, depuis leur profondeur jusqu'à leur surface, d'innombrables tribus d'animaux, qui s'y déplacent sans cesse, ou qui sont fixées sur le fond des eaux. Chaque lac, chaque flieuve , chaque ruisseau même, a ses espèces
my\ ISTRODUCnOW,
de corps virans qui lut sont particalières. Les laUtades variées ont des prodaciîoQS diverses. L«s différeoles él^ valions qui sillonnent la surface de la terre, et qui , en la partageant eu bassins de diverses profondeurs, y forment des éminences plus ou moins sat liantes 4ans Tatmosphère, sont encore lubitées par des éti*es qui oât leur forme , leur suuctùre et letfrs profiriétés catactëriseiqnes. Les couches du globe lai^^mèmie varient de nature , et sont formées de matières minérales qui diffèrent les unes des autres, suivant une foule de causes primitive^ ou d'évé* nemens successifs qui ont présidé à leur formation on aux chanjgeolens qu'elles ont éprouvés. Au milieu de ce mélange de toutes ces productions , de ce chaos apparent où toutes les grandeurs, toutes lesèguref», tous les attributs, toutes les propriétés, senàblent avoir été jetés au hasard par la main libérale de la nature, quel esprit assez hardi osera tenter de pKrcoarir tous tes détails et de concevoir l'ensemble 7 qael génie aodacieu se permettra dVm« brasser par la pensée ricùMensité des êtres et fle leurs rapports 'f Et cependant c^ést lir le btit de l'histoire naturelle : elle doH îaire connoltre toutes les productions de la nature, fournir des moyens ponr les comparer le^ unes aux autres , pour offrir à l'esprit et à la mémoire une analyse de leurs ressemblances et de leurs diffé*» renées, pour caractériser chacone dé ces productions, et, en lui assignant une dénomination particulière qui fa détermine avec certitude ', rappeler avec ce nom les qualités utiles ou les propriétés dangereuses qui la font rechercher on tbtr.
Telle est Torigine ded méthodes en histoire naturelle. Les naturalistes qui, après avoir obtferfé les principaux êtres créés , ont voulu communiquer aux antres et leur rendre utiles les observations qu'ils avoient faites , ont commencé par séparer ces êtres suivant leurs différences, et les ont rapprochés d'après leur ressemblance. A cet effet ils ont rëuni ces êtres dans des collections, pour pouvoir comparer leur structure et leurs propriétés. Au lieu de parcourir de grands espaces pour observer dans leur lieu natal les productions de la nature , ee qui auroit ftit d*
lliifltoîre natvreUe une étnde fori meolnplAte, même en y coDéaéraiit iiii« longue vier, de pénibles Toyages et nn travail infatigable^ ils ont profité des correspondances da commerce, delà bonhe volonté de beaaoonp de voyageurs k la £aîs , et ils ont rassemblé de tontes les perdes da flfionde, dans la même eMeînte y les différens êtres créés. C'est ainsi que se sont fermés les cabinets dlnstoirenata*» relie, espèce de rénnion représentative des êtres , qai semble faire disparoltre les temps, les distances, et qpi diminue singnliéreisent les difficokés de Vétude, en offrant, par le rapprochement même des objets, autant ixn tsblean de la eréation qa'nn moyen fidéie de comparer tons lés corps créés les uns avec les aotres.
Le premier résultat de cette comparaison a été la distinotion de tous les êtres naturels en trois grandes dtviêieoBy qu'on a nomntées règnes minéral, végétal^ et animal. En ccmiparam ensuite entr'eax les objets de cbaqoe règne, et en les rapprockant enr groupes déicntvinés par les anak^ies des formes, on a distribué chaqne régne en classes, chaque clause en ordres, cbsqne ordre ou famille en genres y et chaqtie genre en eepéces. L'espèce ^ eomprenont l'ensemUe des individus qoi se ressemblent presque par Emement , nr'admet plus qne de légères diffé*" renoes . qai coostitoent des variétés. Comme en parta-^ géant les production» de la tfsttire en règnes , classas , ordres , genres , et espèces , on a ftté à i^hdcune de te» divisions, et des propriétés généralear peu nombreuses destinées ht les &fre distnfgner, et des dénomînafions tlassiqnes y génériques , spécifiques , exprimant ces pro^ priétés; par ce mécanisme, quî consthloe les systèmee et les méthodes, on arrive à ordomtor, k ranger régulier remcmt les plus tiombreuses prodtrciîons, à dènner da leurs divers groupes une idée asses précise, et k faciliter l'étude en faisant descendre des notions générales qui enibcassent nn pins ou moins grand nombre de corps , aux notions particulières qui appartiennent à cbacui» d'eux. L'ensemble de ces divisitms et de ces distinctions fondées sor des fAropriétés constantes qu'en nomme caractères, compose un taUeav en quelque sorte repré***
Mvîîj INTRODUCTION.
seniatif de tous les objets crMs, liés entre eax -pwt àeê rapports dooc la réunioa constitue la science de l'histoire natarelie.
Four mieux conceToir encore ce mécanisme, qui consiste, comme on voit, à g'ouper les éires d'après la ressemblance de leurs propriétés , on doit considérer ce partage comme formant des divisions, d'abord très-grandes et très-nombreuses, ensuite des divisions moins grandes séparant les premières; enfin, de troisièmes divisions moins nombreuses encore, et arrivait p»r gradations aux groupes qui constituent les genres ; de sorte qu'un être placé dans son genre, avec des propriétés ou caractères qui déterminent ce genre, a de plus d'autres propriétés plus générales qni désignent son ordre ou sa famille, des qualités plus générales encore qui appartiennent à sa classe, et réunit ainsi une suite de caractères de divers ordres, dont Tensemble^ à mesure qu'on se le rappelle, représente une série de propriétés qui donnent une connoissance exacte et plus ou moins complète de sa na* ture. On doit concevoir encore, d'après cet énoncé , qne les caractères classiques doivent être plus généraux , et convenir & un plus grand nombre de corps, que les caractères d'ordres ou de familles; que ceux-ci doivent avoir une plus grande généralité que ceux des genres, et qae ces derniers supposent une ressemblance d'autant plus forte entre les corps qui les forment, que ceux-ci réunissent outre les caractères génériques les caractères de règne, de classe et d'ordre. Le même principe est , k plus forte raison, applicable aux espèces qui ont encore un degré de rapprochement et d'analogie de plus que les genres4 ' Les caractères divers qui déterminent les classes, les ordres, les genres et les espèces, sont le plus soqvent tirés de la forme des parties ei térieures ou des propriétés externes qui tombent sous les sens. Lorsqu'on ne considère qu'une seule de ces parties pour établir entre les corps des distinctions, lorsque les différences de cette partie unique font le caractère sur lequel sont fondées les distinctions établies entre eux, Tarfangement porte le nom de système : c'est ainei , par exemple, que
INTRODUCTION. - xxix
en na prenant que les Staminés pour caractériser les classes ^u'ii a établies parmi les plantes, a imaginé un système quW connolt sons le Aom de système sexueL Lorsqu'au contraire les distinctions établies dans les classes, les ordres, etc. des êtres naturels, sont tirées de la formées de la structure de plusieurs parties comparées, on donna à cette disposition lenomde/nei/io^/e.TelIeest, parexemple, la classification des quadrupèdes et des oiseaux, imaginée par Brisson, et fondée, pour les premiers, sur le nombre, l'absence, la présence^ etc.. des dents, des cornes, des ongles , etc. \ pour les seconds, sur la forme, la grandeur, la structure, des mandibules, des pieds, des ailes, des plumes, etc.
Les auciens n'avoient aucune idée de ces distinctions méthodiques ou systématiques. Comme ils connoissoient beaucoup moins d'êtres que les modernes, et comme ils ne considéroient que ceux^ d'entr'eux qui ('toient utiles aux -hommes , ils ne les distinguoient que par leurs propriétés usneUes, leurs pays, leurs habitations, leurs qualités utiles. Ils reconnoissoient parmi les végétaux des plantes alimentaires ^ médicamenteuses , vénéneuses, tinctoriales, textiles, etc.; des plantes de montagnes, de vallons, de forêts, etc. Le peu de productions qu'ils décrivoient, et qi^'ils se proposoient de faire connoltre, ne leur avoit pas fait sentir la nécessité de chercher entre elles des rapports ou des différences destinées k les faire distinguer sans confusion les unes les autres. Ils avoienrcru sans doute que •leurs descriptions seroient suffisantes; que les noms qu'ils leur avoient imposés passeroient sans mutation avec leurs usages à leurs descendans : et ^ en effet, sans les guerres, les discordes et les émigrations, qui ont changé la face et le siège des empires, la tradition seule eût conservé sans altération les connoissances -des anciens. Mais les révolutions qui ont désolé les plus belles contrées de la terre, en isolam les peuples, en les déplaçant, en les confondant -les uns avec les autres, en altérant jusqu'à leur langage, ont éteint plusieurs fois le flambeau des sciences. Après • plusieurs siècles d'ignorance et de barbarie , on n'a plus trouvé dans quelques livres des anciens naturalistes ^
INlBODUCTIOfL
échappés aux ravages de la goerre et des dissensiona ciTiles^ qu'incertitude et obscurité sur les espèces qu'ils ont dé* crîtes ; et la plupart de leurs descriplions , trop vagues et trop peu siguificatives, sont encore perdues pour nous. Ou ne sait pas positivemeot, malgré l'immense travail des eommeniaieurs , quelle est la ciguë des anciens, qui servoit chez les Grecs i faire périr les criminels^ et qui a ter* miné les purs de Socrate» On ignore quels auimaux por* toient les noois que nous donnons aujourd'hui k ceux qui •ont cependant les mieux oaractériséa. On n'est pas plus certain d^s pierres et des minéraux qu'ils ont désignés dans leur anoienne noBiencIature,
Tant que les hommes studieux n'ont cultivé les sciences qu'à l'aide des livres anciens, et ne se sont occupés qu a en chercher l'explication , rhisioiro naturelle , comme toutes les autres connoissanoes physiques , est restée dans le chaos, et les fietions de l'esprit ont pris la place des faits. Jjba premières méthodes n'ont été créées, et les ca«ractéres distinctifs d^s espèces n'ont été introduits dans la science , que lorsque l'oo a a«ati l'avantage d'étudier la nature elle-même y et ôm Tinterroger par l'observation. Cette henrense révoUtion a commencé dans le seixiéme xiécle. Céaalpin a le premier essayé de partager les plantes en clasees et en tribas distinguées par leur forme. Gesner , outre la belle idée qu'il a le premier donnée snr le rapport constant de la structure des grainee et de celle des autres parties des plantes, a de plus essaya le premier des distinctions systématiques et méthodiques emre les animaux. Au dix^acptiéme siècle, Morison, Ray, Rivin, ont agrandi les idé^s de Césalpin sur la classification des végétaux ; Aldrovande , Rhedi , Swammerdam , sur celle des animaux; et bientôt cette première impulsion, donnée a l'art de classer et de distinguer les êtres naturels par des caractères constans, s'est communiquée à tous les hommes ocecpés des sciences naturelles. Tournefori^ l'un des plus profonds botanistes et l'un des savans français les plus illustres, profitant de tona les essais systématiques et méthodiques tentés avant lui sur la classification des plantes, a £ut faire un pas immense à la bota*
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piqae, ea publiant, vers la fin du dix-septième siècle, une très-bonno méthode {M>ur reconnoitre les végétaux d'après la forme de leurs fleurs et de leurs fruits.
Mais aucun homme n'a rendu de plus grands services dans ce genre h toutes les branches de l'histoire naturelle , <{ne le Suédois Linnœus: il a rangé dans son sjstëme tontes les productions de la nature d'après des caractères précis et faciles k saisir ; il a donné des méthodes pour reconnoitre toutes les classes de ces productions; il a jcréé une langue nouvelle pour exprimer brièvement tous les caractères , et pour présenter dans un tableau abrégé coûtes les propriétés des corps. Un autre homme dont la JPrance s'honore, Bi»ffon, prit datis le même temps une route différente , traita , dans un ouvrage invmortel par la •majesté de son style, des généralités dé l'histoire naturelle , et des animaux les plus rapprochés de l'homme : rival d'Âristote et de Pline , dont il semble réunir le génie par la grandeur de ses v^ues, par l'étendue de son plan, et tout à la fois Tun des premiers écrivains de son siècle, !l fit naitre pour la science de la nature un goût passionné dans une foule d'hommes qui ne s'en seroient point occnpés, et il communiqua un mouvement qui ne s'est point ralenti depuis. Consignons ici sur ces deux hommes illustres, auxquels l'histoire naturelle doit ses plus grands ' progrès, ce qui a été dit dans le Prospectus du Diction^ naire^ où leurs travaux et leur gloire ont été tracés avec autant de force que de vérité* « L'histoire naturelle, dit <r l'auteur de ce Prospectus, ne seroit peut-être pas arrivée « si tât k la brillante destinée que les sages préceptes «c de Bacon lui avoient préparée, si deux des plus grands cr hommes qui aient illustré le dernier siècle n'avoient «r concouru , malgré Foppositioqr de leurs vues et de leur se caractère, ou plntôtàcause de cette opposition même, «t i lui donner des accroissemens aussi subits qu'étendus.
« Linnans et Buffon semblent en effet avoir possédé, ff chacun dans son genre, des qualités telles qu'il étoit or impossible que le même homme les réunit, et dont « l'ensemble étoit cependant nécessaire pour donner à « l'étude de la nature «ne impulsion aussi rapide.
Kxij INTRODUCTION.
« ToQS deux passionnés pour leorscienceetpoarla gloire^ « tous deux infatigables dans le traiiail, tous deux d'une « sensibilité vive , d'une imagination forte , d'un esprit tr transcendant, ils arrivèrent tous deux dans la carrière, a armés des ressources d'une érudition profonde ; mais « chacno s'j traça une route différente , suÎTant la di récit tion particulière de son génie. Linnaeus saisissoit ayec « finesse les traits distinctifs des êtres ; Bnffon en em- « brassoit d'un coup d'œil les rapports les plus éloignés. « Linnaeus , exact et précis, se créoit une langue à part « pour rendre «es idées dans toute leur rigueur ; Bufibn , «c abondant et fécond, usoit de toutes les ressources de la a sienne pour développer l'étendae de ses conceptions. « Personne niienx que Linnaeus né fit jamais sentir les or beautés de détail dont le créateur enrichit avec profa- « sion tout ce qu'il a fait naUre; personne mieux que « Buffon ne peignit jamais la majesté de la création et « la grandeur imposante des lois auxquelles elle estassu- « jeltie. Le premier, effrayé du chaos où Tincurie de ses « prédécesseurs avoit laissé l'histoire de la nature, sut, m par des méthodes simples et par des définitions <c courtes et claires^ mettre de l'ordre, dans cet immense a labyrinthe, et rendre facile la connoissance des êtres parie ticuliers. Le second , rebuté de lasécheresse d'écrivains «r qui pour la plupart s'étoient contentés d'être exacts , a sut nous intéresser à ces êtres particuliers par les pres- « tiges de son langage harmonieux et poétique. Quelquece fois , fatigué de l étude pénible de Linnseus , un vient « se reposer avec Buffon ; mais toujours , lorsqu'on a été ff délicieusement ému par ses tableaux enchanteurs , on fc veut revenir à Linnœus, pour classer avec ordre ces « charmantes images , dont on craint de ne conserver « qu'un souvenir confus; et ce n^est pas sans doute le «, moindre mérite de ces deux écrivains, que d'inscc pirer continuellement le désir de revenir de l'un à et l'autre, quoique cette alternative semble prouver et «r prouve en effet qu'il leur manque quelque chose à » chacun. »
On doit remarquer dans as parallèle un éloge direct
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âes méihodes, dont on ne sauroit en effet se passer en histoire naturelle. Trop négligées par Buffon , qui n'a traité qu'une très^petite partie des productions de la nature , et qoî , s'il avoit en tous les êtres à décrire , auroit été lui-même y malgré sa répngnance , obligé de s'en senrir , elles ont des avantages si grands ponr Fétude , qu'on ne fcroit amsun pas assuré sans leur secours : elles aident la mémoire , elles conduisent à une connoissance exacte des objets , elles mettent un ordre sévère dans les proportions , elles en réduisent l'expression à ses moindres termes y en les portant à la plus haute généralité dont elles soient susceptibles. Biais on doit aussi ne les étudier qu'avec certaines restrictions. On a trop vonlu quelquefois assujettir la nature elle-même aux systèmes et aux méthodes ; on a cru pouvoir kii dicter des lois : on a pris l'arbitraire ponr la réalité ; on a trop pensé que les distinctions artificielles étoient des divisions faites ou données par la nature, et cette erreur est venue du succès même de cette heureuse conception. Parmi les coupes établies entre les êtres d'après leur rapport de formes et de structures, il s'est trouvé des groupes si ressemblans entr'eux on si rapprochés, que la nature sembloit indiquer elle-même la classification. C'est ainsi qu'en botanique les plantes formant les classes des orobellifères , des crucifères , des légumineuses, des composées, etc. , sont si exactement semblables entr'elles dans chacune de ces classes, qu^il est presque impossible de les séparer ou de les isoler, de quelque manière qu'on procède k leur disposition ou à un arrangement respectif entre elles. De cette première olMervation , qui a dû frapper ceux des méthodistes qui oot commencé à comparer les différens modes de classification des êtres , quelques-uns d'entr'eux ont imaginé 2ue les méthodes pourroient devenir des tableaux trèsdèles de la nature de ces êtres , de leurs rapports entre eux ; et lorsqn'en effet ils en ont découvert qui conser- ▼oient tontes les analogies, ils les ont désignées sous le nom de méthodes naturelles» Aussi le grand travail des plossavans naturalistes, depuis un demi-siècle surtout, Gonsiste-t-il à trouver ponr chaque règne une méthode ou
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la méthode naturelle , dans laquelle ils emploient et les pins cODSUns et les plus nombreux caractères^ et dont la disposition et le résultat doivent être tels que tous les êtres fassent une série continue , une chaîne non interrompue depuis l'homme jusqu^au minéral. Cependant cette idée , tonte grande et toute utile qu'elle est, n'a pu encore être exécutée pour aucune des branchesde Thistoire naturelle. On ne possède encore que quelques anneaux de cette chaîne ; il y de grandes lacunes dans* sa continuité; et lorsqu'on parvient k renouer une suite de ces anneaux, ce n'est presque jamais qu'aux dépens d'une autre série qui se brise. De là vient que plusieurs naturalistes célèbres nient la possibilité de former cette chaîne, et soutiennent qu'iln'exisiepointunepareillesériedans la nature; qu'elle n'a fait que des groupes séparés les uns des autres ; ou plutôt qu'il y a des milliers de chaînes indépendantes et continues dans chacune de leurs suites, mais discordantes . et interrompues entre elles, ou dont Tasâociation ne peut pas avoir lieu.
Mais quand même on supposeroit très-vraisemblable cette dernière opinion, il seroit toujours vrai que la recherche des méthodes naturelles est le plus utile travail auquel on puisse se livrer; que c'est en s'en occupant qu'on a découvert une foule de rapports importans entre les êtres, et qu'en le continuant avec ardeur il reste encore à faire une suite d'autres découvertes non moins importantes et non moins utiles aux progrès de l'histoire naturelle. On peut même assurer que ce genre de recherches est la voie la plus sûre pour perfectionner la science* Telle est la vue qui a guidé les auteurs du Dictionnaire des sciences naturelles. Prendre la nature pour guide/ ranger les êtres dans Tordre qu'elle parott leur assigner par leur con formation et leurs propriétés relatives, perfectionner les méthodes naturelles déjà trouvées ; telles sont les règles qu'ils se sont prescrites, et la tAche qu'ils se sont imposée : c'est d'ailleurs le vrai but que se pro* posent les naturalistes philosophes, et il n'y en a pas d'autre qui les dirige dans leurs travaux. On verra bientôt comfnent, malgré Tordre alphabétique qui parolt s«
INTRODUCTION. xxxr
refuser à la méthode, les auteurs ont cependant su ne rieft faire que de régulier et de méthodique.
De V utilité des Sciences naturelles.
Je n'aurois rien à dire sur ce sujet, s'il ëtoit bien reconnu dans le monde que Tétude de la nature offre des avantages pourpresque tous les hommes; mais il y a eu A cet égard trop de préjugés, et des préjugés trop funestes à celte belle science, pour qu'il ne soit pas nécessaire de donner ici quelques notions trop peu répandues ou trop vaguement comprises.
Puisque Tobjer des sciences naturelles est de faire bien connoître les productions et les phénomènes de la nature , on conviendra d'abord que cette connoissance dt)it avoir un véritable attrait pour tous ceux qui ornent leur esprit, et qui reçoivent une éducation soignée. Aussi commencet-ellc à faire partie de l'insiruciion dans presque toutes les écoles. Ce n'est pas seulement un objet de curiosité et d'amusement : ces sciences occupent l'esprit; elles enrichissent l'imagination, k laquelle elles offrent sans cesse des images que l'instruction simplement littéraire ne
Î resente point ; elles détruisent des préjneés nuisibles au onheur individuel; elles préparent pour les promenades des jouissances pures et multipliées, et pour les voyagea des occasions de mieux voir ce qu'il y a de peu connu, ou de découvrir ce qu'il y a encore d'inconnu dans les productions des région^ éloignées ; elles habituent à estimer les faits et la vérité ; elles répriment l'amour-propre de la jeunesse, en lui ouvrant l'inépuisable trésor des lumières qui lui restent à acquérir; elles détournent de tous goûts fâcheux et des passions désastreuses ; elles laissent pour la vie des souvenirs agréables ; en un mot, elles remplissent l'âtne de charmes et de bienfaits. Voyez d'ailleurs la richesse des idées, et la précision de la langue qu'elles fournissent pour l'éloquence et la poésie. Considérez les fautes qu'elles corrigent , les erreurs qu'elles redressent, les pensées qu'elles suggèrent, et vous concevrez en même temps combien elles peuvent être fruc-
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tueuses, inéine pour les orateurs et les poètes. Ceux*ci) quand ils n'en posséderont même que les premiers élëmens, ne feront plus mûrir les rubis par le soleil , ne confondront plus les cétacés avec les poissons, les vers avec les insectes, Tair avec le cieK etc.
Comptez ensuite les professions où elles sont néces« saires, celles dont elles agrandissent les secours et les ressources , celles encore qu'elles élèvent et qu'elles améliorent, et vous verrez que depuis le philosophe contemplatif jusqu'à l'ouvrier habile ou l'artiste occupé de modifier ou d'employer quelque production naturelle^ elles éclairent l'exercice de presque toutes les autres sciences et de tous les arts.
11 n'est presque pas nécessaire de revenir aur les utilités des sciences naturelles eh médecine, puisque le pre* mier préjugé que j'ai combattu les regardoit comme purement et uniquement médicinales. Le médecin doit être assez physicien et chimiste pour déterminer l'influence de l'air, des eaux, etc., sur le corps de l'homme et des animaux , pour connoltre la nature et les altératiooa de leurs fluides. Il doit posséder assez de zoologie et d'anatomie comparée pour tirer de leurs lumières des résultats immédiatement applicables ii la physiologie. Il ne peut négliger l'histoire des minéraux et des plantes, sana risquer de ne pas pouvoir^ ou choisir les remèdes dont il doit prescrire et diriger l'emploi, ou discerner leurs bonnes et mauvaises qualités : il s'exposeroit è commettre mille erreurs; il confondroit sans cesse l'aliment avec le médicament, et même l'un et l'autre avec le poison; il ne concevroit rien à la physique animale et à l'art d'employer les remèdes, puisque l'une et l'autre sont le résultat des connoissances naturelles; enfin il marcheroit en aveugle, ou il se réduiroit au pur empirisme , toujours dangereux lorsqu'il n'est pas éclairé par le flambeau des sciences physiques. On ne voit au reste que trop d'exemples dans le monde des inconvéniens et des dangers de l'exercice de l'art de guérir, confié^ à des hommes dénués de ce genre de connoissances, pour ne pas sentir de quel prix elles sont dans la pratique de la médecine*
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L'agricukare peut retirer de si grands avantages de rbistoire naturelle et des sciences physiques que , confondue avec elles sous plusieurs rapports , elle n'attend en efiet que de leur application faite avec discernement , une amélioration et des progrès dont on n'a peut-être pas encore conçu toute 1 étendue. La connoissance des terres^ celle de beaucoup de végétaux qu'on peut naturaliser dans les lieux où ils n'ont pas encore été portés, les faits positifs de physique végétale, mis à la place d'une routine aveugle ou de préjugés préjudiciables, promettent des changemens si utiles, qu'il y a lieu de croire qu'ils feront changer de face à l'économie rurale. Malheureux-* sèment, la plupart des hommes qui s'occupent de la culture en grand ont reçu une éducation si négligée , et ont si peu de connoissances, qu'ils ne peuvent pas profiter de ces avantages, et que, n'en ayant même aucune idée, ils n'y prennent aucun intérêt^ et ne cherchent point à les acquérir. Mais ce n'est point sur les simples cultivateurs qui n'ont jamais quitté les champs que reposent les espérances de ces améliorations ; il existe heureusement d'autres moyens de les réaliser : c'est sur des hommes plus éclairés qu'eux, et qui peuvent les diriger, que ces espérances sont fondées. Les propriétaires des terres, en venant habiter leurs domaines pendant quelques mois, et dans les saisons convenables , doivent faire connoitre le» nouvelles méthodes, introduire les pratiques les plus favorables, travailler à la destruction des préjugés, favoriser les genres de culture encore inconnus, conseiller oa faire eux-mêmes des essais dont l'expérience heureuse persuadera mieux les avantages que tous les discours et tous les écrits. Cest donc pour ces propriétaires ruraux une espèce d'obligation , s'ils veulent améliorer la plus respectable des fortunes , que de s'instruire dans les sciences naturelles, puisque les préceptes de l'agriculture rien sont que les résultats les plus immédiats et les données les plus certaines. Quel perfectionnement dans les races d'animaux utiles n'a-t-on pas tiré^ depuis trente ans ,, d'après l'élndc de la zoologie économique ? L'introduction des moutons d'Espagne, due h un naturaliste fraiçais, est
xxxvîij . INTRODUCTION.
un des monumecis les plus illustres des progrès de la science et de ses applications aux arts de première nécessité. Les manufactures , considérées philosophiquement, ne sont que des ateliers ou l'on emploie, où Ton diri£|[e la puissance de la nature , soit dans les forces physiques ou mécaniques , soit dans les affinités chimiques , pour opérer des changemens de forme ou de composition dansdiiférens corps ^ et les approprier à nos besoins. Cette seule définition fait voir combien l'histoire naturelle et les sciences physiques peuvent être utiles aux manufacturiers. Lesconnoissancesexactesqu'elles peuvent îeur fournir, sont bien préférables à la simple routine qu'ils ne suivent que trop souvent, soit dans le ^hofx des matières premières, telles que la laine, le coton, le chanvre, le lin, les peaux, les plumes, les substances tinctoriales, les sels, les terres, etc.; soit dans lemploi des procédés mécaniques ou chimiques nécessaires pour faire éprouver a ces matériaux les modifications diverses dont on a besoin. Une expérience bien décisive prononce en France sur les avantages de ces sciences pour Téta*biissemeut des manufactures et le perfectionnement des objets manufacturés. Depuis vingt ans, renseignement de la physique, de l'histoire naturelle, de la chimie cl des mathématiques, s'étant beaucoup étendu h Paris et dans plusieurs grandes villes de la France, le nombre de ceux qui étudient ces sciences s'étant singulièrement accru , il s'en est suivi une amélioration bien sensible dans le nombre et la nature, soit des productions naturelles dues à des cultures perfectionnées , soit des productions de rindustrie. Les graines huileuses, les plantes tincto** riales , etc. , sont beaucoup plus abondantes qu'elles n'étoient avant cette époque , et une foule de produits industriels que nous tirions de l'étranger, se sont naturalisés chez nous. Tels sont entr'autres le minium, le blanc de plomb, les verres blancs ou cristaux, les étnanx, le borax purifié, le sel ammoniac, la soude ^ l'alun, lo sublimé corrosif, le mercure doux, les cendres bleues et vertes, les bruns de fer, le goudron, les eaux*de-vie de grains , etc. Le mouvement est tellement donné à cet
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égard, qu'on ne voit plus de fabriques et de manufacture* sans laboratoires d'essais, et qu'il n'y a presque plus d% départeinens où l'on n'introduise sans résistance des cultures nouvelles. C'est donc contribuer à entretenir et à augmenter même cette heureuse impulsion , que de publier des ouvrages oii toutes les connoissances propres à éclairer les arts de fabrications diverses sont répandues et rendues plus familières.
Quant au commerce, il me sera également facile de faire voir combien l'étude des sciences naturelles peut en étendre les ressources et en favoriser les opérations. Les bases de celte profession si utile aux peuples^ et dont l'exercice donne aux nations où il est perfectionné un avantage bien grand sur toutes les autres, reposent tout entières sur des faits d'histoire naturelle. C'est en connoîssant exactement les productions particulières à chaque pays, à chaque latitude, à chaque climat; en apprenant a distinguer par des caractères certains leurs degrés de bonté, de médiocrité , les altérations dont elles sont sus^ ceptibles, les sophistications qu'on peut en faire, que le commerçant est guidé dans les spéculations auxquelles il se livre. Cet utile échange des productions d'un pays pour celles d'un autre, cet équilibre qui rapproche les peuples, et les unit par l'importation et l'exportation des denrées propres à leur sol, et qui par des jouissances égales établit entr'eux une même civilisation, d'où résultent la paix et le bonheur du monde, ne peut exister sans l'application continuelle des sciences qui ont la nature pour objet de leur étude. Quels avantages ne promettent»elies pas aux voyageurs qui ouvrent sans cesse de nouvelles routes au commerce? Quelles différences n'observe-t-on pas depuis un dcrai-siècle entre les rapports infidèles, inexacts, incomplets des anciens voyageurs qui n'avoient aucune notion de l'histoire naturelle , et les descriptions simples, claires, méthodiques, des voyageurs modernes , munis de connoissances nécessaires à ce travail? Aussi ce qu'on écrit aujourd'hui sur les productions des pays nouvellement découverts ou nouvellement parcourus ne sera-t-il pas perdu, comme le plus grand
xl INTRODUCTION.
nombre des faits mal énoncés la été jusqu'à ces derniers temps.
J'en ai dit assez pour montrer à combien d'hommes l'histoire naturelle est nécessaire , et par conséquent que ce Dictionnaire doit convenir à tous ceux auxquels son titre le consacre y et le Prospectus le destine.
De la Méthode suivie pour les disperses parties
de cet Ouvrage.
D'après ce qui a été exposé plus hant, on doit TOÎr que l'histoire naturelle , considérée dans sa plus grande lati* tude, comprend dans notre Dictionnaire tontes les sciences qui sont utiles ii la connoissance des productions et des phénomènes de la nature. Four indiquer la méthode qui a été suivie dans sa rédaction , nous devons donc traiter ici successivement des diverses sciences et parties des sciences qui j sont comprises ; savoir : de la physique générale; de la chimie; de la minéralogie; de la botanique , de ses diverses parties ; de la physique végétale ; de la zoologie considérée dans ses différentes branches, et de l'anatomie. En parcourant successivement ces différentes parties de la science de la nature, et en énonçant la méthode suivie pout chacune d'elles, on emploiera les expressions propres de chacun des auteurs de ces parties, et Ton se servira des notes particulières que chacun d'eux a remises sur ses travaux (i).
De la Phjsique générale^ par M. Lacroix.
La physique, qui se compose de plusieurs branches susceptibles de beaucoup de détails, ne m'a paru, dit M. Lacroix, auteur de cette partie, devoir entrer que comme accessoire dans le Dictionnaire d'histohete naturelle, soit pour éviter aux lecteurs l'embarras de chercher dans d'autres ouvrages les bases des théories et les principaux
(x) On s'est fait un deroir , par respect pour la mdrooire de Fourcrojr. de ne point toucher à cette première partie de l'introduction dont il est Tauteur. On s*est borné à faire aux articles suivans les changement que les progrès des sciences ezigeoient qu*on y fit.
INTRODUCTION, xlj
résaltaU de physiqae rappelés dans les articles d'histoire naturelle propremeat dite ; soit pour compléter , par la description succincte des corps célestes et de leurs mou- ▼eoiens, et par celle des phénomènes qui s'opèrent sponn. tanément dans notre atmosphère, Ténumération des productions de la nature.
Pour remplir ces vues, j'ai tâché de donner aux articles secondaires toute la précision que doit comporter une défiaition claire et exacte du mot à expliquer, et j'ai renvoyé à un petit nombre d'articles fondamentaux , comme Air^ Electricité y Feu y Lumière ^ Magnétisme y Météores y Système du monde ^ Teiposition abrégée de chacune de ces branches , dont il auroit été difficile de saisir l'ensemble , si chacune eàt été disséminée dans les articles secondaires.
Ce qu'on vient de lire dit assez qu'on a écarté , comme appartenant aox traités spéciaux de physique, tous les développemens qui auroient exigé des figures ou des calculs; et on a d'autant moins hésité à le faire, que nos richesses littéraires sont considérablement augmentées par les Traités de physique de MM. tlauy et Biot, oii l'on trouvera tout ce qui peut manquer aux articles du Dictionnaire, et que son plan ne comportoit pas.
Z>«/flC^We,/>arMM.FouRCROYe^CHEVREUL(i).
On ne se propose pas de traiter la chimie dans ce Dictionnaire comme on le feroit dans un ouvrage ex professa sur cette science. L'auteur n'a pour but que de donner sur les opérations, les agensou réactifs, et les produits qu'on en obtient , des notions simples et suffisantes pour faire concevoir nettement ce qu'il y a de chimique dans les phénomènes de la nature et des arts : ainsi l'on ne trouvera pas dans les articles de ce Dictionnaire tous les composés que l'on doit à cette science, ni toutes les opérations
(i) Fourcrov a fait les articles de chimie dans les six premiers Toliimes ; M. (Thevrenl les a fait dans les supplément de ces six volumes , •t il doit les faire dans le iteste de l'ouvrage.
xlîj INTRODUCTION.
qu'oa pratique en cliimie, cous les vases, tous les ustensiles dont on se sert, ni tous les résultats qu'elle fournit.
On y trouvera cependant les mots chimiques de Tancienne nomenclature, parce que ces mots, encore en usage dans les arts , dans le commerce et dans les besoins de la vie , peuvent exciter la curiosiié des gens du monde , et même de ceux qui étudient les sciences. Ces anciens noms renvoient > comme synonymes, aux mots nouveaux de la nomenclature méthodique, adoptée aujourd'hui dans toute&Ies écoles de TEurope savante.
On n'a pas cru devoir non plus se dispenser de parler des méthodes qui ont conduit les savans de nos jours à tant de belles et utiles découvertes ; mais on cherchera k présenter l'esprit de ces méthodes plutôt qu'à décrire avec une minutieuse exactitude tous les procédés sur lesquels elles reposent. On donnera une attention particulière aux substances qui sont de quelque utilité dans les arts et l'économie domestique, et on dira un mot des, principaux termes, des opérations et des instrnmens de chimie, non dans l'intention de donner des détails sur la pratique , les expériences et les arts chimiques, mais seulement pour ne pas laisser ignorer quels sont les moyens par lesquels on est parvenu à imiter les productions comme k 4eviner les secrets de la nature.
Quoique traité très-succinctement, l'ensemble des articles de chimie fondus parmi ceux d'histoire naturelle dans ce Dictionnaire, peut cependant être considéré comme contenant les principes fondamentaux de la science* Ch.
De la Minéralogie et de la Géologie , par M. Brongniart.
On fera dans ce Dictionnaire l'histoire naturelle la plus complète qu'il soit possible des corps organisés, en comprenant sous ce titre tous ceux de ces corps qui se trouvent naturellement dans l'intérieur de la terre ou à sa surface , quelle que soit d'ailleurs leur manière d'être, solide, liquide, ou fluide élastique.
INTRODUCTION- xliij
On traitera de leurs caractères dîsiinctifs et de leurs propriétés; de leurs genres y espèces, et variétés. On indiquera les principaux lieux où ils se trouvent, leur manière d'être dans le sein de la terre , c'est-à-dire leur ^issement général et particulier. On exposera quelques-unes des théories qui ont été proposées pour expliquer leur formation particulière, leur disposition entr'eux, rinfluence quiis onteue dans la formation du globe, et celle qu'ils peuvent encore conserver sur les autres corps de la nature. On cherchera à déduire de ces observations les conséquences, soit curieuses, soit utiles qui peuvent en résulter : ainsi la connoissance de la composition des minéraux dirigera le manufacturier et le métallurgiste dans les travaux qu'ils entreprennent pour tirer de ces corps le produit le plus avantageux; celle de leurs propriétés servira à motiver l'usage que l'on fait ou que l'on peut faire des minéraux employés dans lenr entier par le lapidaire, le marbrier, le peintre , etc. La connoissance des règles que quelques minéraux paroissent suivre dans leur situation au milieu des autres pourra guider le mineur ou le carrier , et rendra leurs recherches moins vagues et moins dispendieuses.
Quoique les espèces en minéralogie soient moins nombreuses que dans tes antres règnes, on ne pourra pas les traiter toutes avec les mêmes détails. On n'en omettra cependant aucune; mais on passera rapidement sur celles qui présentent peu d'intérêt pour la science, pour la géologie, ou pour les arts : on complétera au contraire, autant qu'il sera possible , l'histoire des espèces remarquables, par l'un des trois motifs précédens. Ce qu'on vient de dire pour les espèces doit s'appliquer également aux variétés.
On présentera, pour chaque partie de la science, l'état des connoissances acquises^ sans entrer dans des détails superflus; ces détails dévoient être donnés par les premiers observateurs, pour inspirer de la confiance dans leurs observations; mais ils deviennent inutiles dans un ouvrage général. On évitera toutes les hypothèses vagues, tandis qu'on cherchera à recueillir avec soin les conséquences
div INTRODUCTION.
carieases^les rapprochemens atile&, das h ces génies rares et élevés, qui savent, sans s'égarer, généraliser les obser* vations, et lier les faits entr'eux.
En se bornant ainsi à présenter les faits niiaies,sanft en omettre Tolonuirement aucun , et à déduis de leur comparaison des conséquences certaines ou au moins pro* bables, on réduira de beaucoup l'espace que pourroit occuper l'histoire naturelle des minéraux traités dans un au^re esprit; on pourra alors donner plus de déveiop* pemens aux applications de cette science, qui , sans en être tme partie essentielle, en sont un aocessoire impor* tant. On traitera donc avec quelques détails des arts qui ont pour objet Textraction et la préparation des minéraux, non de ceux dans lesquels les minéraux servent comme moyens ou comme instrumens, mais de ceux qui ont directement ces corps pour objet : ainsi, Texploiiation des mines métalliques, des couches de combustibles, et principalement des carrières de pierre, l'extraction des sels et des métaux de leur minerai , et la manière de les amènera Tétat de pureté requise dans les usages de la vie ; en un mot, tout ce qui est relatif aux élëmens de la mé* tallurgie, sera traité dans cet ouvrage. On décrira également dans ce Dictionnaire les arts dont l'objet est de donner aux argiles, anx ocres, et aux antres pierres, les prépa* rations nécessaires pour les rendre propres aux usages mnltipliës que nous en faisons : de ce nombre sont les arts du potier , du lapidaire, du marbrier, du chaufournier , etc. , auxquels ou donnera assez de développemens pour que ces descriptions poissent être de quelque utilité. Cependant on cherchera plutôt à faire connoitre les principes de ces arts, et la manière générale de les appliquer, qu'à en décrire tous les procédés en détail* Comme cette partie n'est qu'accessoire à ce Dictionnaire , on ne trouvera pas l'histoire des arts que nous venons de nommer, aux mots Poterie , Porcelaine , Lapidaire , etc. , ni leu rs détails avkXtnotsFoumèau ,Fontô y Fours ;là description de ces arts suivra Thistoire des corps auxquels ils appartiennent plus particulièrement. Ainsi, l'artde la poterie, de la porcelaine , etc. , sera placé à la suite du mot argile; les généralités de
INTRODUCTION. xlv
l'exploitation des mines suivront le mot Mine. Après Tbis-i toire naturelle de chaque substance métallique ou de cbaque sel , on décrira la manière de l'extraire de ses . minerais ; après Tbistoire naturelle delà pierre calcaire, on trouvera Texposé de ses usages dans les arts, et la manière de l'employer , etc.
On fera connoitre, au- mot Minéralogie y la méthode que l'on a adoptée; on en développera les principes, et cette exposition rendra raison de la préférence qu'on lui a donnée. On offrira le tableau des genres et des espèces elassés suivant cette méthode.
L'histoire complète de chaque genre, et celle des espèces et des variétés qu'il renferme , seront faites sous le nom du genre , ou sous celui de l'espèce , lorsque cette espèce n'appartiendra encore h aucun genre. Ainsi, aa mot Chaux, on trouvera l'histoire de toutes les espèces qui sont le produit de la combinaison de la chaux avec diSerens acides, et qui sont connus vulgairement sous les noms de pierre calcaire y spath calcaire y spath fluor, apatite , etc.; et, systématiquement, sous ceux àe chaux carbouatée j chaux fluatée ^ chaux phosphatée ^ etc. En réunissant , suivant l'ordre méthodique , ces différens articles , on formeroit un traité de minéralogie.
Il résulte de cette marche que tous les noms, soit triviaux , soit scientifiques , qui n'entrent point dajis la no« menclature adoptée, seront des mots de renvoi qui indiqueront le genre auquel ils appartiennent.
On traitera cependant, sous ces mots de renvoi, de leur étymologie, de leur véritable signification dans les auteurs , et on fera connoitre les différens corps auxquels ils ont été appliqués ; on traitera enfin de tout ce qui est relatif seulement au nom, mais point h la chose. Ainsi, an mot jilhâtre^ on, cherchera à déterminer quelles sont les espèces de pierres auxquelles ce noq;i ar été donné; mais on renverra l'histoire de ces pierres au nom du genre agquel elles appartiennent.
Les noms des principaux minéraux cités par les anciens, se trouveront dans ce Dictionnaire ; on essayera à les rapporter, autant qu'il sera possible , aux espèces connues des
xlvj INTRODUCTION.
modernes, et on disentera les motifs de cesrapprochemenS) sans cependant entrer dans de trop grands détails.
La géologie , ou Thistoire générale de la structure et des propriétés du globe terrestre dans sou ensemble et dans ses détails, comprend celle des montagnes, des plaines, des rivières, des mers, des couches, des filons, et antres gites de minerais : des cavernes, des corps organisés fossiles, etc. C'est une science de raisonnement, dont toutes les parties s appuient les unes sur les autres, et qu'il est trés-difficile de traiter par ordre alphabétique; les faits et les raisonnemens qui la composent demandent à être présentes dans un certain ordre pour avoir toute leur force. Il est donc importât^ de réduire, le plus possible, le nombre des articles, et d'indiquer l'ordre dans lequel on doit les lire : on remplira cette dernière condition au mot Géologie. A. B.
De la Botanique et de la Phjsique végétale , par MM. de Jussieu et Mirbel.
La partie botanique du nouveau Dictionnaire doit offrir Texamen des parties organiques des plantes , des organes formés par leur réunion^ des fonctions attribuées h ces divers organes , des phénomènes qui tiennent à l'accroissement, au décroissement et à la propagation, en iia mot, de tout ce qui constitue la physiologie des plantes, sur laquelle plusieurs auteurs estimés oni fait des travaux importans.
Elle s'occupera aussi de la philosophie de la science en donnant une idée des caractères , particuliers et généraux, résultant des différences observées dans les organes , et propres à déterminer les espèces et les genres. Xes principes adoptés pour la nomenclature des unes et des autres , seront développés avec précision , ainsi que ceux qui ont été successivement établis pour la classification des genres et la composition des systèmes de Ai^ trihution. Ces principes seront analysés, appréciés et comparés a ceux qui ont été plus récemment proclamés coraoïc base fondamentale de la méthode naturelle. Leur
INTRODUCTION. xKij
examen conduira nécessairement h la comparaison do cette méthode arec tous les systèmes fondés sur dea régies arbitraires et imaginés précédemment pour classer les plantes. On mettra en parallèle les affinités basées sur ces principes naturels , et les rapports de convention suc lesquels sont fondés les systèmes* Cet examen conduira à Tadoption de la méthode de la nature , ou de celle qui tend du moins à reconnoltre successivement les véritable» affinités des plantes. La forme de cet ouvrage obligera de présenter, dans des articles particuliers, chacun des objets précédemment énoncés; mais on aura l'attention do les lier par des, renvois. Il en sera de même des ordres ou familles, dont les caractères généraux seront exposés dans autant d'articles séparés, et suivis de Ténumération des genres qui composent ces familles, disposés suivant leurs affinités. Quoiqu'on n adopte pas les distributions systématiques, on ne négligera cependant pas de donner la définition de leurs diverses classes , et de faire connoltre la composition de celles-ci , pour que le lecteur puisse en prendre une idée exacte.
Le travail particulier des genres, qui est trës-étendu, exigera pour chacun un article séparé, qui présentera Tindication de la famille à laquelle il appartient,, l'exposition de seb caractères distinctifs, de ses rapports avec d'autres genres, Ténnmération des espèces remarquables par leur beauté, par leur utilité médicale ou éconpmique, et qui se trouvent plus habituellement dans les jardins potagers et les jardins d'ornement, dans les champs, dans les prairies et dans les forêts. Les bornes prescrites à eet ouvrage ne permettront pas de passer en revue toutes les espèces décrites par les botanistes, surtout celles que Ton ne coltive pas, et dont l'utilité n'est pas connue : ceux qui voudront les étudier avec plus de soin, devront alors recourir aux ouvrages plus étendus, consacrés spécialement à la description générale des plantes.
Il est une partie plus recherchée dans les dictionnaires, et que l'on a en quelque manière droit d'y retrouver ; c'est le rappel de tous les noms vulgaires, anciens ou modernes, sous lesquels sont connues, dans chaque pays, certaines
xlviii INTRODUCTION.
plantes, avec la notice historique qui les concerne, et Vin^ dication du nom botanique adopté par les sayans de tontes les nations. Il n'est pas toujours facile de rapporter ainsi k une espèce les plantescitées par les anciens, qui nommoienC sans décrire. Cependant , à Taide des divers commentateurs et historiens, ouest parvenu à ramener quelques-unes de ces plantes anciennes à leur vrai genre , et ces résultats seront présentés dans 1^ nouveau Dictionnaire. Cette con* cordance des noms vulgaires avec les noms savans sera utile aux voyageurs pour déterminer les objets qu'ils rencontreront dans les contrées éloignées | et h ceux qui liront les relations de ces derniers.
On évitera dans tous ces articles les trop longues digression et tous les raisonnemens inutiles. Un diction* naire n'est pas un ouvrage de science que Ton étudie d'une manière suivie , mais un répertoire que l'on consulte suivant le besoin; il ne doit donc offrir que des articles précis et assez courts pour ne point fatiguer la classe de lecteurs cfui a recours plus communément à ce genre d'instrnc^ tion*
La direction générale de ce travail sur les végétaux «voit été confiée, dans l'origine à M* Antoine-Laurent de Jnssieu, qui a rédigé ou revu tous les articles des six premiers volumes ; mais ses occupations ne lui permettant plus aujourd'hui de continuer cette entreprise, M. Brisseau-Mîrbel, de l'Académie royale des Sciences, a consenti à s^en charger. Cependant , conune ce naturaliste ne pouvoit donner à la rédaction tout le temps qu'exigent son étendue , son importance , et la nécessité d'une prompte publication, plusieurs botanistes distingués ont bien voulu s'adjoindre à lui pour traiter des parties distinctes, en se conformant néanmoins au plan général.
M. Mici)el s'est réservé la partie anatomique et physiologique, et les généralités. 11 donnera aussi , conjointe* ment avec M. Msfssey , la terminologie ou la définition de tous les termes qui composent la langue botanique.
Les descriptions des genres, celles des espèces , et les notions relatives h chacune, sont réparties par classes^ familles et genres, de la manière, suivante.
INTBODUCTION. «lis
M. Léflian, q«i a fait une étude approfondie defl plantes dites acotylédpnes , donnera Thistoire de cette classe ooi comprend les champignons , les hjpoxjlées , les Indiens, les algues, les lycopodiacées, les bépaiiques^ les mousses, les éc[uiaetacées et lessalviniées.
M» Loiselear des Longchamps, auteur d'une Flore de France et de plusieurs Mémoires sur les propriétés des plantes indigènes^ Tun des coopérateurs de la nouvelle édition du Traité des Arbres et Arbustes de Duhamel ^ s'est chargé de décrire les plantes européennes.
M. Henri de Cassini , auteur d'un grand travail sur les sypanthérées ^ s'occupera uniquemEcnt des trois familles qui composent ce groupe, ssvoir : les chicoracé&s, les cynarocéphales et le^ corymbifères.
M. de Tussac, auteur d'un ouvrage sur les plantes djBs Aotiiles, fera.connoitre les principales espèces de nos colonies, et. dqunera sur celles qui alimentent le commerce, des détaiUjntéressans pour le cultivateur et le manufacturier. Ayant possédé autrefois de grandes
S>ropriéxésen Amérique, il déposera dans cet ouvrage les . ruits de sa propre expérience.
M. Poiret, ex-professeur d'histoire naturelle, membre de plusieurs sociétés sav£|nteset littéraires, continuateur de FEnoyclopédie botanique, auteur d'un^voyage en Bar* l>arie., et. d'un grand nombre de Mémoires sur l'his'* toire natfirelley décrira toutes les plantes étrangères, à l'exception de celles qui. rentrent dans le travail des antres rédacteurs. On peut juger par là que M. Poiret a .une tâche trés-considérable à remplir ; peu de botanistes xmt étudié avec autant d'assiduité l'ensemble des espèces. .Il eût été fftcheux que M. de Jussieu ne voulût prendre aucune part à cette importante entreprise ; mais % la prière de MM. les rédacteurs, il consenti donner l'exposition des caractères des familles, et à indiquer à la jsuite de ces caractères tous les genres qui rentrent dans chaque groupe : travail précieux» fruit d'études immenses, et dans lequel personne n'étoit en état de remplacer M. de Jussieu. 11 veut bien aussi se charger de rapporter h la nomenclature botanique les noms vulgaires des divers
l JNTRODUCTIOH.
pajs ; e<nfin il a promis d^aider de ses CDDseila tous lea colla borateurs ^ et de ne lear refuser aucun renteignt» ment gui pourroit contribuer à la perfectibn de 1 ouyragcw £n un mot , on peut dire que , quoique M. de JuAsieu ne se aoit pas astreint h diriger le travail , il ae fera d'après ses Tues, et que le public ne pourra s'aperceTorr que cet excellent botaniste a cessé d y préaider.
Nous ajouterons que M. de HumboMt a bien toulu promettre de donner quelques articles*
De la Zoologie en général y par M. Gu vier.
La zoologie ou Iliistoire des animauit est la partie la plus étendue et peut-être Is plus difficile , comme la plus brillante , de l'histoire naturelle. Immense dans ses dé* tails , grande dans ses vues , utile dans tous ses résultats et dans toutes ses applications , elle considère tous les êtres animés depuis Thomme jusqu'auir animaux infusoires et microscopiques ;elle étudie leur forme , leur structure, leurs organes , leurs fonctions /et elle lei compare dans tous leurs rapports ; elle les suit dans tons les rôles qu'ils jouent y soit pour la nature , soit pour la société humaine : non contente de décrire ceux qui sVfirent en foule et vivant aujourd'hui sur tons les points du globe , elle va même jusqu'à rechercher, dans les débris de leurs os enfouis sous les couches minérales , ceux qui ont pu vivre autre^ foi^ , et qui annoncent qu'il a existé des séries d animaux différentes de celles dont la surface de la terre est maintenant peuplée.
Aussi l'étude de cette belle partie de l'histoire naturelle a-*t^elle occupe depuis plusieurs siècles et occupe-t*elIè encore de nos jours une foule d'observateurs habiles et do savans profonds.
Sans retracer ici l'histoire de la zoologie , qu'on trouva dans presque tons les ouvrages modernes , nous ta prendrons au moment actuel , et au sortir des travaux immor* tels des Buffon , Linnaens et Daubenton.
Considérée dans lesteitips où non s vivons, la zoologie a fixé sa marche d'une manière philosophique, qui, loia de lui permettre de rétrograder , ne peut que l'empêcher
INTRODUCTION. Ij
d'être stationnaire, et doit en rendre les progrès de plus en plus rapides.
Les principes des mëiliodes, appnyés d'abord sur des essais yacillans, établis avec une sorte de tâtounement, sont fondés maintenant sur des balles solides, puisqu'ils reposent sur des connoissances exactes d'anatomie comparée et de pbysiologie, Ces deux sciences, autrefois traitées comme des monographies^ sont devenues véritablement comparatives, et donnentles moyens deremonteraux causes età l'essence des structures et des phénomènes qui appartiennent aux' espèces , aux genres , aux ordres^ et même aux classes d'animaux. Ce n'est plus seulement sur la figure des parties extérieures y sur la forme des extrémités du corps ^ que Ton établit les caractères classiques , mais sur une connoissance approfondie et comparée des organes intérieurs les plus imporians , du système de la respiration , de la circulation ^ de la sensibilité, de la génération : ainsi Ton forme des distributions, des classifications vraiment naturelles, et Ton rejette celles qui ne tiennent qu'à des moyens artificiels. Non seulement on sait aujourd'hui qu'une distribution naturelle est possible entre les animaux , mais on possède la route propre à la faire trouver.
L'histoire des derniers travaux^ des dernières découvertes en zoologie, montre qu'on est réellement approché, de cette méthode naturelle pour les mammifères, les reptiles et les animaux à sang blanc, différens des insectes. Dans ces parties on est, en France surtout , déjà fort supérieur à Linnstis , qui semble ne s'être pas même douté de ce qu'il étoit possible de faire pour ces deux dernières familles. Les mêmes changemens , et surtout les mêmes améliorations, n'ont pas pu avoir lieu pour les oiseaux, les poissons et les insectes, soit parce que cette partie de la zoologie étoit déjà mieux traitée par le naturaliste suédois, soit parce qu'on n'a pas porté autant d'attention aux détails de l'organisation de ces êtres; soit^ enfin, parce que cette organisation comparée ne présente pas des différences assez sensibles entre leurs ordres respectifs et leurs divers genres. Cedernier fait est surtout applicable à l'histoire desoiseaux^
lij INTRODUCTION.
Outre ce perfectionnement dans les méthodes générales de disposer et de classer les animaux y la zoologie a également beaucoup gagné depuis quelques années dans la manière de traiter les objets particuliers. Les descriptions sont plus exactes et plus fidèles ; les détails sont plus intéiessaos ; les caractères plus trancbés et plussaillaus, parce qu'ils sont pris de parties plus importantes. On les cherche dans l'anatomie des espèces ; on y applique les principes généraux et certains de la physiologie et de la chimie animale : OH explique ainsi les causes des phénomènes distiuc* tifs que les espèces présentent. L'histoire des animaux n a donc plus la marche irrégulièreet arbitraire qu'elle avoit encore il y a vingt ans ; elle est devenue une science raisonnée, comme Test l'anatomie et la physiologie de l'homme*
Des Mammifères^ par M, Geoffroy.
Les mammifères seront traités avec quelques détails. M. Geoffroy , chargé de leur histoire , et persuadé de soa importance, les considère surtout comme associés aux travaux de rhomme, comme fournissant à sa subsistance et à ses principaux besoins , comme plus rapprochés de lui que tous les autres animaux par leur structure et leur organisation. Plus connus du vulgaire, plus immcdiaiement utiles que les autres classes, et d'ailleurs en plus petit nombre , il n'est presque pas permis d'en négliger une seule espèce.
Du temps de T innatuson ne connoiissoit guère que trois cents mammifères. Gmelin en a publié quatre, cent vingt-sept espèces dans son édition du Sjstcnia Nalura\ Depuis lui, les voyages et les recherches des naturalistes en ont élevé le nombre jusqu'au-delà de six cents.
La méthode suivie par M. Geoflroy est celle que M. Cuvier a publiée dans son Tableau du rèpie animal. Dans cette méthode la division des genres éiani devenue très-hatureire, il est aussi facile que nécessaire de les traiter tous et chacun en particulier. Âpres en avoir tracé les caractères avec un détail suffisant , l'auteur s'occupera
lOTRODUCTION. ' lîij
Aes espèces, en les disposant d'après l'ordre de lenrs rapports. Dans l'histoire des espèces il parlera de leurs dénominations , de lenrs organes , de leurs caractères distinctifs, de leurs habitudes et de leurs usages doniestiques.
Des Oiseaux y par M. Charles Dumont.
Uornithologie n'a pas fait^ depuis plusieurs années, des acquisitions aussi importantes que d'autres branches des sciences naturelles \ mais si des découvertes n'en ont point changé les fondemens , comme cela eçt arrivé pour Ijuchimie, si le nombre des nouvelles espèces d'oiseaux n'a pas été assez considérable et li'a pas présenté des formes assez variées, assez extraordinaires pour nécessiter une refonte dans les distributions et la nomenclature, cette belle partie de la zoologie s'est enrichie d'ouvrages rccommandables , soit par l'exactitude des. descriptions, soit par la beauté des planches; et parmi ces derniers on doit distinguer ceux de MM. Levaillant, Audebert, Vieillot, Desmarest, Temminck, etc., où l'on est parvenu à surpasser , en général , les figures d'Edwards, de Catesby , de Buffon, etc. On a aussi publié, sinon des systèmes complets renfermant les espèces rangées avec plus de justesse et de critique que dans Latham et Gmeliu^. au moins des classifications méthodiques faites d'après de nouvelles considérations; et si les auteurs qui se sont spécialement occupés de cet objet n'ont pas vaincu toutes les difficultés que leur prësentoit, pour la détermination des genres , un choix de caractères à prendre dans des parties dont les différences sont rarement assez saillantes et assez uniformes pour en tirer des signes constans et exclusifs, ils ont contribué , par leurs efforts, à réunie des matériaux précieux pour les progrès de la science». Mais, quoique sur ce point MM. de Lacépède,. Cuvier,. Duméril, lUiger, Vieillot, etc., aient posé des basespropres à faciliter le classement méthodique de tous les. oiseaux , on ne peut se dissimuler que jusqu'à l'époque où ce classement comprendra la totalité des espèces y il