‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite méthodiquement des différens êtres de la nature, considérés soit en eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connoissances, soit relativement à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus célèbres naturalistes (volume 4)Chapitre 61 sur 100 · La Baleine franche , Balana rwysticetus^ Linn. , édit · texte numérisé non relu

La Baleine franche , Balana rwysticetus^ Linn. , édit

de Gmelin.

Maleine jSranche , Bonn. Encycl. méth. Balœna narihus flexuosis, Arted. gen. 76. Balœna major, Sibb. Baleine vulgaire ^ Rond. Hist. des poiss^ 1." part. liy. 16. Balœna vulgo dicta, Gesn. p. 11 4' Balœna vulgiy Aldroy.* Geta« chap. 3 , pag. 688. Balœna' vulgaris , Charlet. pag. 167. Balœna Rond. , Willugh. pag. 35. Balœna {vulgaris , groenlandica ) bipinnis , etc. , Briss» Regn. anim. pag. 347 > n. '- Balœna vera Zorydrageri , Klein. !Miss. pisc. 11 , p. 11. Der rechte groenlandische Wallfisch ^ Anders. Isl. p. 313. Baleine franche , Bomar. Dict. d^hist. nat. Wallfisch, en allemand; fVhaUifisch , en hollandois; Slichte^ hack, en danois; Hifalfisch, en suédois: Huafisch, en norwégien ; Vatushalf ^ en islandois; Arbek, en groenlandois; ff^hale, en anglois ; Kellena , en espagnol ; Tkakœ, en langue hottentote ; Serbio , au Japon.

Caract. partie. Corps gros et court ; queue courte ; point de nageoire dorsale. Lacép. Tabl. des cétac.

La baleine franche, avons «nous dit plus haut, est le plus grand des animaux connus , en faveur duquel la nature semhle avoir épuisé les forces de sa puissance merveilleuse : au jnoment où elle le créa , elle lui a donné l'océan pour domaine.

Là ce colosse vivant , ce géant des géants , ce monument de- la nature antique, qui rappelle à notre souvenir les anciennes époques des diverses métamorphoses de la terre, a long-temps exercé sur son vaste empire une domination non combattue. Sans rival redoutable , sans besoins difficiles à satisfaire, sans appétits cruels, il régnoit paisiblement sur la surface des mers, où il trouvoit, sans ^ peine, près de leurs rivages escarpés , un abri sûr contre les fureurs de la tempête.

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Mais le pouvoir de l'homme a tout changé dam son tort; s'il ne l'a pas attaqué pour l'éloigner de sa demeure , comme une béfe féroce et dangereuse, il l'a combattu au moins pour le conquérir ; et l'art admirable de la navigation est devenu pour la baleine le fléau le plus cruel et 'le plus dévastateur, qui a rétréci son domaine et altéré sa destinée.

L'homme, en construisant des montagnes flottantes, qu'il a su animer, pour ainsi dire, de son génie, est parvenu à lui opposer un volume et une force égaux aux siens ; il lui a déclaré une véritable guerre navale, et, en la poursuivant avec ses flottes , il l'a Contrainte à fuir fusques vers les extrémités ilu monde, au milieu de ces glaces polaires, de ces montagnes congelées et flottantes qu'il a teintes du sang de ces malheureuses victimes de son ambition : des cris de terreur et de carnage ont retenti jusques dans ces solitudes profondes , dans ces asiles redoutables du silence et de la nuit.

Les individus de cette espèce , que l'on rencontre i une assez grande distance du pfrle arctique, ont, comme nous Pavons déjà dit plus haut, depuis vingt jusqu'à quarante mètres (de 60 à lao pieds ) de longueur, prise du bout da museau à l'extrémité de la queue.

Lorsqu'on les considère de loin , ils ne paroiasent étn qu'une masse informe; mais quand on les voit de près, ils semblent se changer en un tout mieux organisé, qui pré> sente une espèce de cylindre immense et irrégulier, dont le diamètre égale à peu près le tiers de la longueur lotsle.

La tête, dont le volume équivaut au quart et quelquefois au tiers de la masse totale , forme la partie antérieoit de cet énorme cylindre; sa forme, convexe en dessus, s quelque rapport avec une portion d'une large sphère. Sur k milieu et un peu en arrière de cette voflte immense, il s'élève une bosse sur laquelle les orifices dea deux éreaM sont placés.

t^wteiVWrftlun de la bouche de cet animal giga»

" ~ ~ ' n'au-dessous des orifices des éventsi

1 base de la nageoiic pectorale

( fanse , vue de c6té , ne Ri-

semble pa« trop mal à la lettre ^ , aînsî placée horizontalement.

Les deux mâchoires de la baleine franche sont à peu pré* aussi avancées l'une qu# l'autre ; celle de dessous est trèslarge, surtout vers le milieu de sa longueur.

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ci- devant dans les généralités et qui s'applique plus particulièrement à la ba]eine franche, au sujet de l'intérieur de sa gueule^ de sa langue , de ses fanons et de la placé qu'occupe son œil dans son énorme ièie ; nous observerons seulement , à l'occasion de ce dernier organe, qu'étant pourvu de paupières qu'une trop grande quantité de graisse rend presque immobiles , et que , n'ayant pas , comme la plupart des quadrupèdes , cette troisième paupière qui leur est si utile pour briser les rayons trop actifs de la lumière et qui est si fort développée dans les oiseaux, ce cétacé semble privé de tous les moyens de garantir sa vue des impres^ sions douloureuses que doit produire sur son œil la lumière très-vive que répandent autour de lui, surtout pendant l'été, la surface 'des mers, ou les montagnes de glaces dont il est environné pendant plusieurs mois de suite, ainsi que les rivages couverts d*une neige brillante et gelée, qui réfléchissent sans cesse les rayons incommodes du soleil.

Cependant il est aisé de concevoir que la lame d'eau qui recouvre l'œil de cet animal, produit l'effet d'un voile ^ qu'il intercepte une^ trop grande quantité de rayons de lumière , et que la baleine peut l'épaissir facilement et avec promptitude , en s'enfonçant davantage au-dessous de la surface de la mer.

La baleine peut appliquer ses deux bras ou ses nageoires pectorales à des objets étrangers : elle peut placer ces mêmes objets entre son corps et l'un de ses bras, et c'est ce qui lui arrive assez souvent lorsque son baleineau trop jeune ne iiage encore qu'avec peine ; alors , pour le soulager dans sa fatigue, elle le prend entre sa nageoire pectorale et son corjps , l'en^brasse avec tendresse , le serre avec précaution , tt l'emporte avec elle. Cependant ce bras ne se plie pas comme celui de l'homme, et ne se divise pas en doigts flexibles capables de saisir tous les corps.

La queue de la baleine franche a*, la' figure d'un cène ydont la base s'applique au corps proprement dit : les muscles qui la font mouvoir sont si vigoureux , leur irritabilité est si vire, que si en dépeçan^ cet animal on enlève, de sa nageoire caudale, ou bien des pectorales, de grandes portions de muscles, elles bondissent long-temps après qu'elles ont été détachées de son corps. Une saillie longitudinale, s'étend, dans la partie supérieure de cette queue, depuis le milieu de sa longueur jusqu'à son extrémité, qui est terminée par cette grande nageoire dont nous avons signalé la forme, et la position horizontale dans les généralités, ci-dessus.

C'est dans cette même queue que réside la véritable puissance de la baleine franche : c'est le grand ressort de sa vitesse , le vigoureux levier avec lequel elle ébranle , fracasse et anéantit ; c'est au moyen de cette énorme massue qu'elle repousse ^es ennemis et leur donne la niort ; c'est avec cette queue, enfin , que la nature a douée d'une mobilité , d'une souplesse et d'une vigueur extrêmes, que cet énorme cétacé a tant de fois brisé, renversé et submergé de grandes embarcations. »...

Si l'on réfiébhit qu'une baleine franch«. peut peser plus de cent cinquante mille kilogrammes ( 3ooooo tb } , et que sa masse par conséquent est égale â celle de cent rhinocéros, de cent hippopotames, ou de cent éléphant, on doit coûvenir que le choc de cette terrible batterie, qui a la rapidité de l'éclair , doit frapper de violens coups de foudre ; et on ne peut plus être étonné si , lorsqu'une baleine fait vibrer sa queue , elle soulève les bâtimens gui l'assiègent , les culbute , les coule à fond , et disperse • en un instant cette foible barrière qui voudroit s'opposer . à ce qu'elle cinglât en vainqueur souverain sur le vaste Océan. ^

Mais si la baleine franche n'a pas besoin, pour ainsi dire , d'empjoyer sa puissance pour repousser des ennemis dangereux, tels que l'homme, elle n'est pas moins obligée d'avoir recours à des manœuvres particulières pour se délivrer d'attaques importunes, pour se débarrasser d'un concours fatigant, et pour faire cesser^des douleurs trop prcflongées , qu'un insecte de la famille des crustacés , et qui est connu sous le nom de pou de baleine , lui fait éprouver

' Get animal parasite- s'attache si fort à la peau de la baleine, qu'on la déchireroit plutôt que de l'en arracher. C'est particulièrement à la commissure de ses nageoires , à ses lèvres, aux parties de la génération, qu^ilse cramponne, et aux endroits les plus sensibles, où ce 'cétacé ne peut pas, en se frottant, se délivrer d'un ennemi dont les morsui'es. sont très-vives et très-douloureuses.

D'autres insectes pullulent aussi sur son corps, et ils se .multiplient quelquefois sur sa langue au point de la ronger, dit-on, delà dévorer presque en entier, et de donner par là la mort à la baleine.

Ces insectes et ces crustacés attirent fréquemment sur le large dos de la baleine franche un grand nombre d'oiseaux de mer, qui aiment à se nourrir de cette espèce de vermine importune , la cherchent sans crainte , et débarrassent ainsi cet habitant des ondes de ses hôtes importuns.

Mais quel est le temps nécessaire au développement de la baleine P on l'ignore, et tout ce que l'on sait, c'est qu'il s*op ère avec une grande lenteur. Il y a -plusieurs siècles que l'homme donne la chasse à ces animaux, et néanmoins, depuis que l'espèce humaine a souillé les ondes pour la première fois par le carnage de ce cétacé , aucun individu de ce genre neparoît encore avoir eu le temps nécessaire pour atteindre le volume qu'ont présenté les premières baleines capturées par les pêcheurs dans les mers polaires. La vie de la baleine peut donc être de bien des siècles ; et lorsque Buffon a dit qu'une baleine pouvoit vivre. mille ans, puisqu'une carpe en vit plus de deux cents, ce naturaliste pro« fond n'a rien exagéré.

Quels sont les lieux qu'elle habite ? nous les indiquerons dans un paragraphe particulier : qu'il nous suffise de •dire ici que la baleine franche s'est nrontrée dans tous les climats, dans toutes, les zones et dans toutes les parties de l'Océan. Mais l'homme avide de sa dépouille, en la pour«suivant dans ses retraites successives, dans ses asiles les plus recillés, fait présumer que bientôt on ne verra plus . que quelques restes de cette espèce gigantesque, qui ne subsistera plus que dans le souvenir des hommes ou dans lei

tableaux que leur génie aura enfantés. Tout diminue et dépérit donc sur le globe, et la nature n'est immortelle que dans son ensemble.

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