IV. Lieux et habitations des Char^pignons
Les champignons aiment les lieux humides et gras. Ils croissent sur les fumiers , sur toutes les substances végétales et animales en décomposition , sur les arbres morts ou vivans, sur les feuilles de toutes les plantes , sur les vieux bois coupés et exposés à l'humidité, etc. Ceux qui croissent à terre sont toujours dans une sorte de terreau rempli de débris de végétaux en décomposition. L'humidité , et surtout une humidité, chaude, favorise singulièrement le déveli)ppement et la mul-
»o8 CHA
tipiicatîon des champignons , encore augmentés lorsque des circonstances locales entretiennent cette humidité bienfaisante. Voilà pourquoi Ton trouve les champignons dans les bois : Tombrage des arbres, les grandes herbes, garantissent les champignons de la trop grande ardeur du soleil, et entre» tiennent autour d'eux une atmosphère constamment humectée. C*est pour cette raison encore que les champignons viennent de préférence dans les endroits sombres , comme dans le creux des arbres, sous les pierres, dans les caves et autres lieux presque inaccessibles à la lumière, qu^néanmoins agit singulièrement sur les champignons. Ceux qui croissent ainsi dans Fombre sont moins colorés, plus alongés et débiles. Nous, ne parlons ici que de quelques agarics et bolets , et non pas des champignons filamenteux, des bysses et des .moisissures , par exemple, qui ne prospèrent que dans ces lieux.
Ces causes expliquent pourquoi l'automne , saison pluvieuse , échauffée par un soleil qui s'éloigne, et le printemps humide des pluies de l'hiver et échauffé par un soleil de retour, l'automne et le printemps , disons-nous , sont les deux saisons qui offrent les champignons en abondance.
Les champignons qui croissent sur les végétaux viyans ., et même sur les champignons, sont également sujets à l'influence des saisons ; et cène sont encore que les moisissures, les bysses,. et des champignons parasites de plantés annuelles, qui se dé^ veloppent presque toute l'année, ou seulement à Tépoqu^ où paroît la plante sur laquelle ils croissent. Il y a des champignons qui naissent sous l'épiderme des plantes , sous l'écorce et sur le liber des arbres, et qui s'y développent. C'est généralement sur les vieux arbres, ou sur les plus gros, qu'on trouve les champignons les plus volumineux. Ils y tiennent par des fibres qui pénètrent souvent bien avant dans le bois, et contribuent à y établir une décomposition du tissu , qui entrafneroit la mort de l'arbre s'il avoit un grand nombre de semblables hôtes.
Les mêmes espèces de champignons ne paroissent pas indi^ féremment dans diverses saisons ; il en est de printanières, d'automnales, d'autres d'hiver ou d'été. Elles se perpétuent pendant quelque temps, puis elles disparoissent pour le reste de Vannée', et ceci est extrêmement frappant dans les (X^cidiumy
les uredo , et en général sur toutes les plantes microscopiques qui croissent sur les feuilles , et qui même ne s'y développent souvent que lorsque les feuilles ont pris toutes leurs dimensions.
Nous verrons bientôt ce qu'il faut entendre par champignons vivaces.
^ Chaque espèce de champignon ne vient pas toujours sur toutes, sortes de substances. L*on ne voit pas Tespèce qui croCt au pied des arbres dans la poussière formée par Fécorce déconiposée , mêlée avec la terre et les mousses , croître au sommet et sur les hautes branches de ces arbres. Il y a des champignons solitaires; d'autres sont réunis plusieurs ensemble en toufifea ou en petites familles. -Les champignons terrestres forment quelquefois des cantonnemens remarquables et propres à chaque espèce ; tantôt ils occupent des espaces circulaires, tantôt ils sont 'disposés en longues traînées fort îrrégulières dans leur direction. Nous verrons tout à Theure comment on peut expliquer ces manières d'être. Certains champignons ne se plaisent que sous terre, et c'est le cas de rappeler les truffes. Ainsi les champignons ont des habitudes qui doivent aider à faire reconnoître leu^s espèces.
Il y a des champignons qui naissent sur, les liquides qui contiennent des principes fermentescibles , que leur présence souvent développe : c'est ce qui fait que l'idée de moisissure entraîne toujours celle de pourriture. Il n'y a point de cham* pignons , proprement dits , qui vivent habituellement plongés dans l'eau ; mais il y en a qui vivent et flottent à sa surface*. £n général, rien n'est plus délicat qu'un champignon. Les, petites espèces, comme les bysses, sont blessées par le plu» léger souffle ; et parmi les gros champignons, les agarics, par exemple , les transplanter c'est les détruire , les toucher c'est les meurtrir. Un champignon desséché sur pied , humecté de nouveau , ne végète plus , comme cela a lieu dans lea lichens,' ce qui établit une différence entre ces deux fa« milles.
D'après ce qui vient d'être dit, il est naturel de conclure, 1.^ que les champignons doivent se plaire dans les zones tempérées et boréales : c'est ce qui est effectivement ; 2." que les contrées boisées et humides sont celles qui sont les plus richea en champignons : c'^est ce qui est encore. ^ ^
u6 CHA
Une remarque curieuse de M. le docteur Paulet mérite d'être citée ici ; c'est qu'une même espèce de champignons croît souvent à diverses latitudes, et que ses vertus n'en souffrent aucune altération sensible.
Les champignons d*£urope sont presque les seuls qui soient décrits dans nos ouvrages. Les relations des voyageurs prou* vent que l'Asie boréale, la Chine , 'l'Amérique septentrionale, abondent en champignons ; mais ils nous sont à peine connus* On peut porter à deux mille quatre cents les espèces décrites. Ce nombre est loin de la réalité, si à la remarque précédente on ajoute l'observation qu'il n'est presque pas de plante, souvent même cryptogame, qui ne présente une espèce par* ticulière de champignons parasites.