VI. Organes reproducteurs des Champignons
Les champignons^ parvenus à leur maturité, émettent de petits corpuscules ronds que nous avons nommés séminules , parce qu'ils paroissent être les graines , ou bien des accessoires aux véritables organes reproducteurs. Les séminulei sont le dernier produit des champignons, comme les graines dans les végétaux. Il est d'observation, dit Paulet, que les changemens les plus remarquables qui arrivent aux champignons , soit dans leur forme générale, soit dans leur couleur, dé« pendent principalement de l'action de la nature par laquelle elle tenil à perfectionner la maturité de ces semences, et à les lancer au dehors. On diroit même que tous ses eflTorfs ne tendent qu'à ce but, et se réunissent pour la perfection de
ïiâ cha:
Cette double opération. Les séminules éont diverâeiliefit placées , soit à la surface entière des champignons , soit à la surface inférieure dans les lames ou feuillets ( elles sont alortf logées dans les mailles d'un tissu réticulaire) , soit à l'entrée ou à l'ouverture des tubes ou pores , soit sur des appendices particuliers, soit dans des sillons , soit enfin dans des étuis , ou capsules, ou éiytres. Dans les champignons angiocarpea^ elles sont contenues dans l'intérieur ( truffe , vesse-loup ) y et ne sont mises au jour que par le déchirement ou par la mort de la plante.
' Les séminules, sous la forme d'une poussière extrêmement ténue, s'échappent comme une fusée, ou s'écoulent avec le liquide qui les enveloppe. Elles se détachent de leur placentaire avec une sorte d'explosion , ainsi que nous l'avons dit au commencement de cet article. Cette émission est pro-» digieuse dans quelques espèces. Si ce sont les graines des chamîpignons, ces cantonnemens circulaires, ces longues bandes.^ ces familles que forment difiérens champignons , s'explique-* roient par la projection des séminules dans une direction constante pour chaque espèce ; explication plus satbfaîsante que celle de supposer un vrai champignon réticulaire, ou rameux et souterrain , donnant naissance , de distance en distance , et dans des espaces immenses , à ce que nous nomr mons champignons.
Les séminules sont tellement fines , que c'est avec peine qu'on peut les voir à l'œil , et souvent même au microscope. Le moment, pour bien les observer, est celui de leur maturité; alors, si l'on place un agaric sur une glace propre, on la voit bientôt se ternir et se couvrir d'une poussière uniquement formée de séminules. Dans les tremelles,le phénomène. est visible presque à l'œil nu. Si l'on examine , à la loupe , des botrytisou des mucor, champignons que l'on confond sous le nom vulgaire de moisissure, on voit des capsules ou éiytres rondes crever ou s'ouvrir par le milieu, comme des boîtes à savonnettes, et lancer les petits corps qu'on peut regarder comme les séminules. Si l'on étudie les bysses, on voit leur intérieur cloisonné le plus souvent, et rempli d'une matière- /bottante ^ qui rappelle la matière intérieure de quelques genres de la famille des algues , voisins des conferves.
CHA iiS
Dans |>lusieuTs genres de ch^mpignonis les sémîntiles ne &e ri»semblent pas ^ et elles ont des positions respectives cous* tantes. Les observations n'étant pas encore très<-multipliée5 à cet égard , il n'est pas. permis d'user de celle-ci pour appuyer les systèmes qui admettent des organes mâles et des organes femelles dans les champignons*
Les séminules sont plus pesantes que l'eau. Si l'on place des moisissures, ou même un champignon de couche prêt à lancer ses séminules, sur de l'eau , on verra. celles^! se précipiter au fond^ Teau ainsi chargée sert à féconder les couchés i cham« pignonSi. ^
Une humeur gluante entoure les séminules j cette humeiii* les fixe aux corps sur lesquels les pluies , les vents et lei^r. propre élasticité ont pu les jeter. Dans les bolets vivaces elles se développent sur le champignon même : c'est ainsi que lea champignons ligneux etsubéreuxaugmentent pçndaat plusieurs années, par l'addition de couches extérieiires. « Ces couches, ^ faitobserverBulliard, se remarquent très-bien dans le bolet « amadouvîer, •oà il s'en forme quatre toutes les années^ « savoir, la couche du printemps, celle d'été > celle d'automne ^ « et celle d'hiver; après ceile-ci, qui est la plus épaisse, se « forme celle du printemps suivant., mais, d'une manière pi « distincte , que l'on peut savoir l'âge du bolet en comptaQt « le nombre de couches j et divisant par quatre le nolmbre «c résultant. ^ Bulliard en a conclu «ainsi : quatre années^ d'exi^. tence pour un indivi]du dé cette espèce de bolet.
La reproduction des champignons parasites est inexjilicsLble pour ceux , en général.^ qui ne se développent que sous l'ép\derme, et par conséquent dans l'intérieur des v^:gétauxy comme les vers intestins dans le corps des animaux; compa* raison qui n'entraîne aucune autre ressemblance entre ces êtres.
Si l'on considère les champignons épiphytes, par exemple,. les uredo^ les œcidium ( ce qu'on .npmpie rouilles en agriculture); si l'on considère ces petits champignons, on remarqua quHls couvrent entièrement certaines plantes herbacées , où bien qu'ils font élection d'uj&e partie du végétal , et ne se développent constamment que sur cette seule parlie. 11 y a des espèces qui ne se plaisent qu'à la surface inférieure de$ 8. Ô
^H CHA
feuilles (fungi hypophylU)^ d'autres quVn-dessus {fungi epi* phjylli)^ celles-ci' ne croissent que sur les calices; celles-là préfèrent l^écorce ou les racines. 11 existe à cet égard presque autant de variations qu^on en peut supposer*
Ces ehampignoBs se prêtent difficilement à notre observation ; leur étude , très-négligée pendant long-temps , n'a inspiré ' quelque intérêt que danç ces derniers temps: et cependant, bous osons le diire . s'il est une partie de la cryptogamie qui içérite l'attention spéciale des. botanistes et des agriculteurs, c'est celle des champignons épiphytes , puisqu'ils couvrent les. plantes de nos potagers et de nos vergers ( rouille , blanc ou ineunier ) ; qu'ils attaquent celles , plus précieuses encore , qui ferment nos moissons ( caiie, charbon , ergot) \ enfin, qu'ils détruisent ou rendent souvent nulle l'espérance de l'agriculteur industrieux. La petitesse de ces parasites ne doit pas effrayer Fobservateur \ l'intérêt public doit le soutenir dans cette ntile étude, sur laquelle des botanistes instruits ont voulu jeter ëtt ridicule.
* L'examen constate que les champignons épiphytes sont aussi bien organisés que les autres champignons , et que cette organisation est analogue dans tous , comme le prouve une série dé filiations qui unissent le champignon le mieux reconnu pour tel, à celui qui est révoqué en doute* Ainsi donc ils ne sont pas une production immédiate du végétal sur lequel ils croissent, et leurs graines ont été amenées dans son sein par des causes particulières. Ce^ichampîgnons microscopiques, ou semblables à des points, fbrment sous l'épiderme une tache faunàtre , puis blanchâtre , et qui crève, enfin pour les mettre au jour. Us y prennent leur dernier développement , lancent, i la manière des autres champignons, une poussière sémi^ nifère ,- ensuite ils meurent* S'ils eussent été les productions d'un végétal maladif, la nature n'auroit pas pris autant de soin pour les perpétuer , et n'auroit pas mis une si grande conformité entre eux et les champignons proprement dits , ^ui souvent en sont eux-mêmes attaqués.
La dijfficulté consiste à savoir comment les séminules àe^ champignons épiphytes sont amenées sur ou dans les végétaux. Une remarque importante à faire avant tout , c'est que ces champignons attaquent toutes les plantes annuelle» i
CHA ii5
que chaque espèce, le plus fréquemment, ne vit que sur le même végétal, et, par conséquent, qu'entre une pre'^iére et une seconde génération il s'écoule deux saisons au moins. Nous ne pouvons nier que les ^éminules des champignons ne se conservent intactes pendant long-temps : c'est un fait certain , prouvé par ce qui se passe journellement sous nos yeux. Deux manières de reproduction se présentent pour les champignons dont il s'agit : ou la plante qui en doit être attaquée puise les séminuies dans la terre , d'où la force végétative les' amène dans les parties les plus favorables à leur germination , ce 'que leur ténuité rend très-possible; ou bien les séminuies sont jetées sur le végétal^ et germent en s'introduisant par ses pores. Cette dernière manière n'expliqUeroit pas du tout la présence de certains champignons parasites sur des fruits , des corolles, etc., encore dans leurs enveloppes et hors de Fatteinte des agens extérieurs. Elle est sans doute probable r mais tien ne la prouve.
L'on a dit que les séminuies des champignons épîphytesattaquoient le germe de la graine, et quelles se dével'oppoient ensuite en même temps que la plante. On a été jusqu'à dire qu'elles forment sur le germe un point ou linb tache^, et Ton a donné aussitôt cette observation comme une preuve incontestable et comme une vérité. L'on s'est empressé d'àn*' noncer que tous les champignons épiphytesne scperpétuoienf qu'autant que leiirs séminuies attaquoient les germes. Aitisi^ l'embryon d'une graine de peuplier, de tremble, etc., la graine elle-même toute entière seroit munie à l'avance - des*' séminuies de ces myriades d'individus d'iiredo, d^ttcidium^ de xyloma^ dWineùm\ qui couvrent tous les ans toutes' les feuilles du peuplier, du tremble $ feuilles qui , se renouvéllant chaque année , sont dans le cas des herbes annuelles. Ceci est tellement hors de la nature des choses, que cette prétendue vérité n'en est point une, et qu'elle est digne des temps où Ton aimoît mieux expliquer les opérations de la naturç par des hypothèses, quelles qu'elles fussent', pjtutôt que d'avouer son ignorance : dernière conclusion que nous sommes forcés de prendre en cette qirconstfince.
ti6 CHA