‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite méthodiquement des différens êtres de la nature, considérés soit en eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connoissances, soit relativement à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus célèbres naturalistes (volume 5)Chapitre 20 sur 53 · CHA X · texte numérisé non relu

CHA X

ipiîté à un insecte qui ronge le blé ; c'est le titre de Tune des comédies de Plaute qui sont parvenues jusqu'à nous. On trouve dans quelques manuscrits, gurgulio^ parce que, dit Varron , Tinsecte est tellement goulu qu'il semble être tout gosier.

Linnœus est le premier auteur qui ait rapproché sous ce nom de genre les coléoptères à quatre artigles . à tous les tarses à antennes brisées et en masse, port/és sur un hec , et dont nous avons fait depuis la famille des rhinocéres ou RosTRicoRNES. Voycz ce mot.

^7ous les entomologistes ont adopté ce groupe : il renfer* molt un si grand nombre d'insectes , qu'ils ont été successivement obligés de le sous-diviser en genres. Fabricius , Geoffroy 9 Olivier , MM. Latreille et Clairville , pour ne parler que des auteurs principaux , en ont éiabli successivement au moins douze, comme on peut le voir au nom de la famille , où , afin d'éviter les répétitions , on trouvera des détails sur ses mœurs.

Dans l'état actuel de la science, et d'après les derniers travaux de M. Latreille , qui a à peu près adopté les division» que M. Clairville a publiées dans son Entomologie helvétique, le genre Charanson comprend les espèces dont les antennes sont insérées près de l'extrémité libre d'une sorte de trompe courte, formée par le prolongement de la face ou de la tête qui les reçoit dans une sorte de rainure ou de gouttière ; elles sont composées de onze articles, dont le premier est fort long, et les trois derniers rapprochés , courts, formant une^massue. L'avant-dernier article des tarses est bilobé.

Le corps des charansons est arrondi, ové, plus ou moins alongé ; les élytres bombées , souvent réunies et sans écusson , embrassent l'abdomen ; . les pattes sont très-fortes , à cuisses gonflées ou en fuseau.

Ce genre, tel qu'il est maintenant, n'offrant qu'un démembrement de ceux qu'on a bommés depuis Rhynchéne , Brachyrhine, ne comprend que des espèces qui, sous l'état parfait , ne se nourrissent que de feuilles, et font un très-grand tort aux plantes. On ne connof t pas encore leurs larves , quoique la plupart vivent en société, ou se trouvent en très-grand nombre (ians les n^émes lieux. 11^ vivent long-temps sans nour*

rîture^ ils sont très-lents dans leurs mouremens; lorsqu^OB les saisit, ils tombent dans une sorte de paralysie volontaire ^ont souvent les épingles qu'on passe au travers de leur corps ne les tirent pas sur le moment : il est présumable que , comme leur corps est très-dur, c'est une sorte de ruse qu'ils emploient pour se soustraire au bec des oiseaux.

On a partagé ces espèces en denx sons-genres , suivant qu'elles «ont de» cuisses postérieures simples ou dentelées.

C'est à la première division qu'appartiennent les plus belles «spèces, dont quelques-unes sont tellement brillantes, qu'on les a enchâssées pour les monter en bague , ou en former d'autres petits bijoux extrêmement brillans. Tels sont :

Le Charanson iloyal : Curcutio regalis , Unn. ; Oliv. , Enfomol. , pi. 83, fig. 8, n.^ i« Corps à fond noir^ mais cou* vert d'écaillés vertes ou bleu-tendre et métalliques; dessous d'un vert doré, comme grésillé; dytres d'un beau vert doré, avec la base et trois lignes sinueuses, transverses, d'un or rou* ^eâtre.

C'est le plus bel insecte connu : il se trouve au Pérou , dans l'Amérique méridionale ; il n'est guère que de six à huit lignes de long.

Le Charanson impérial: Curculio imptrialis^ Linn., Drury, tom. II, planch. 33, fig. i. Corps noir, mais recouvert presque partout d'écaillés dans des points enfoncés ; deux lignes noires sur la tète et sur le corselet; élytres striées, bossuet en dehors vers leur base, pointues k l'extrémité.

Il acquiert le double de grosseur du précédent; il est plus large et moins élégant ; les pattes sont velues, les tarses trèspplats. On le trouve à Cayenne, au Brésil, d'où on en apporte beaucoup : on en voit dans presque toutes les collections^

Parmi les espèces de v France qui appartiennent à cette division , nous citerons :

Le Charanson vbrt : Cureulio tfiridis , Linn. ; Oliv. , Enlomol., pi. 83, fig. i8. Verdàtre, à bord des élytres et du ;corselet jaune.

Le Charanson du tamarisc; Curculio tamarisei, Linn. Il est d'un vert brillant; les élytres sont*nuancées de vert, de cendré , de rougeàtre et de noir. C'est une très-jolie espèce , qu'on trouve à Montpellier et à Marseille, sur le tamarisc

PaFmi les espèces à cuisses dentées nous citerons , comme les plus communes :

Le Charânson de la livàche ; Curculio liguslici , Schaefifer 9 tom. 2 , £g. 12. C'est peut-être le charanson le plus commun des environs de Paris : on en trouve dans les terrains sablon-^ ~neux couverts* Au printemps, il dévore les premières pousses de plantes. Il fait les plus grands ravages dans les plants d'as« perges , dans les vignes et dans les espaliers.

Il est gris-cendré, souvent couvert de terre; il porte une créte ou ligne légèrement saillante au-devant de la trompe ( le corselet est arrondi , chagriné } les élytres soudées , chagri* nées : il est aptère.

Le PicipÈDB, Curculio picipes. Le charanson brodé , Geofif., tom. I, pag. 281, n.^ 9, Noir; corselet à points enfoncés^} élytres striées. Il n'^ guère que quatre lignes de longueur.

Ce genre comprend plus de quatre-vingts espèces.

Cha&anson a losange. Voyez Cionb.

Charanson de la CENTAuaéfi. Voyez Khynchène,

Charanson db l'acorus^ Voyez Cione.

Charanson de la scrophulaire* Voyez Cione.

Charanson des noisettes. Voyez RHYNCHÈNEt

Charanson du bouillon blanc. Voyez Cione.

Charanson du frombnt. Voyez Calandre.

Charanson pu riz. Voyez Calandre.

Charanson goulu. Voyez Rhynchenb.

Charanson unéairb. Voyez Cossone.

Charanson odontalgique. Voyez Rhynchene,

Charanson palmiste. Voyez Calandre.

Charanson pakaflectique ou du Phbllandrium. Voyez LixB,

Charanson SAUTBURf Voyez Orcbestrb.

Charanson trompette. Voyez Rhynchenb. (CD.)

CHARANTIA. (Bot,) Dodoens nommoit ainsi le momordica laUamina, plante cucurbitacée , très-di£férente delà balsamine des jardins. Ce nom correspond à celui de caranza^ donné à la même dans quelques lieux de l'Italie, suivant Césalpin. (J.)

CHARAPAT {BoQ , nom donné dans quelques lieux à la charagne, chara, (J.)

CHARAPETI. {Bot.) Voyez Chapiri. (J.)

ÇHARAX. i^chÛwoL) Xdiûet^ est un mot grec par lequel ^lien

^t Oppien paroissent avoir désigné le cyprin , que nons nommons Carassin. Voyez ce mot et Carpe.

Gronou a aussi donné le nom de charax à deux poissons de Surinam et du Brésil qui rentrent dans le groupe des Cha- EAciNS. Voyez ce mot. (H. C. )

CHARBA. (BoL) Suivant Daléchamps , ce nom arabe est un de ceux ^e la calebasse, cueurbita lagenaria, Forskaël et M. Delile lui donnent celui de gara^ qui paroît plus vrai. (J.)

CHARBECHASUED (Bot.) , nom arabe de l'hellébore noir, suivant Mentzel. (J.)

CHARBON. ( Chim. ) C'est le corps noir , solide , fixe , que l'on obtient en exposant à une chaleur rouge les matières organiques privées du contact de l'air. On distingue le charhon végétal et le charbon animal , suivant qu'il provient d'une matière azotée ou d'une matière non azotée : c'est donc la nature de la substance carbonisée , plutôt que son origine , qui doit servir de base à la dénomination de son charbon ; et cela est visible , quand on considère qu'il existe dans les plantes des principes immédiats azotés qui ont toutes les propriétés caractéristiques des substances azotées animales , et qu'on rencontre dans les animaux des principes immédiats non azotés qui ressemblent k des matières végétales non azotées.

Charbon viécÉTAL. Toutes les parties des végétaux , décomposées par l'action de la chaleur , donnent du charbon ; mais le bois, principalement formé de ligneux, est spécialement employé à la préparation de cette matière combustible , dont l'usage est si répandu. On peut réduire le bois en charbon par les procédés -que nous allons décrire.

!.. Carbonisation en faulde. On abat le bois depuis l'automne jusqu'au mois d'avril. On choisit le jeune bois et le rondin ; on le débite en morceaux de cm, 8 à i mètre de longueur, et on le dispose en cordes de 2m,6 de longueur sur 1 m, 5 de hauteur. On prépare ensuite Vaire sur laquelle on doit opérer la carbonisation. Cette aire , appelée place à charbon , faulde , doit être bien battue et un peu élevée audessus du sol environnant. Au milieu de l'aire on plante une bûche de la grosseur de la jambe par en bas, qui porte une double croix à son sommet j dans chacun des angles de cette

double croix on place les extrémités supérieures de quatre gros rondins, dont les extrémités inférieures s'appuient sur le sol à une certaine distance du pied de la bûche verticale. On forme ensuite le premier plancher^ pour cela on place sur le sol un lit de gros morceaux de bois qui se réunissent par une de leurs' extrémités autour de la bûche verticale , et oi» recouvre ce lit de bois sec et divisé. Sur ce plancher on construit, avec le bois qui est particulièrement destiné à être chai^ bonne, Aine espèce de cône tronqué; quand celui-ci est achevé, on plante au milieu une perche verticale: on fait un second plancher avec des rondins, et l'on construit un second cûnr tronqué, qui est appelé IVcZûsc/surce cône on en construit un. troisième que Ton appelle le grand haut , puis un quatrième que Ton appelle le petit haut , quelquefois même un cinquième* Cet assemblage de cônes est appelé le fourneau.

Quand le fourneau est construit , on le recouvre . d'une couche de terre un peu humide de 0^,081 , à cm, 108 d'é^ paîsseur; on laisse au bas du premier cône une surface découverte de 14 à 20 centimètres carrés, afin que Tair puisse s'introduire dans l'intérieur du fourneau. On enlève la perche qui formoit l'axe des cônes supérieurs, et on jette dans l'espace qu'elle occupoit, du bois enflammé et de petites branches bien sèches. 11 s'établit un courant d'air, et le fourneau prend feu. Lorsque la flamme parolt au sommet du dernier cône, on ferme les deux ouvertures d^ fourneau avec de la terre humide et du gazon ; et on a soin de boucher toutes les crevasses qui pourroient se produire sur la couche de terre dont le fourneau est recouvert. Si l'opération languit dans quelques parties , on y donne de l'air en faisant des trous dans la couche de terre. On juge que l'opération va biçn, lorsque le fourneau s'affaisse partout également. Un grand four* neau reste embrasé pendant six à sept jours , et un petit pendant trois ou quatre ; ils se réduisent tous à environ la moitié de leur hay teur. Quand le feu est éteint , on ratisse l'enveloppe de terre , de manière k la réduire à une couche extrêmement légère ; on jette cette terre de côté j quand elle est refroidie, on la porte de nouveau sur le fourneau : on exécute cette manipulation dans la vue de refroidir ou de rafraîchir le çhfiLXbon» Qua^d ççlui*ci est tout*à-fait refroidi , on démolit

174 ClïA.

le fourneatié lOo parties de bois donnent de 16 à 17 parties de charbon. Dans cette opération , il est visible qu'une particf <fe la matière combustible du bois^ en se brûlant par le cou*' X'ant d'air qui s'établit de la base du fourneau à son sommety dégagé assez de chaleur pour réduire en charbon toute la imatière végétale qui ne se combine pas à l'oxigéne. Uncf portion du bois, en brûlant , sert donc à en distiller une autre portion.

Deuxième procédé. Carbonisation en vaisseaux clos, MM. Mol-» leîrat ont exécuté les premiers un appareil en grand , pour carboniser le bois dans des vaisseaux clos , de manière à pouvoir recueillir l'acide pyro-acétique et les matières huileuse» produites pendant l'opération ; mais , comme leurs vaisseaux; faisoient partie du fourneau , ils étoient obligés de laisser re- Iroidir ce dernier avant d'en retirer le charbon , ce qui occasionoit dans chaque opération une grande perte de temps et de chaleur. Depuis , MM. Lhomond et Kurtz ont imaginé un autre appareil, qui n'a pas cet inconvénient, et dans lequel ils tirent parti des gaz inflammables qui se dégagent du bois , en les ramenant dans le fourneau. Ils ont établi deux fabriques sur ce principe. Dans Tune d'elles, on met le bois dans un cylindre qui a une capacité de quatre-vingts pieds cubes en<* viron; le fond de ce vaisseau est en fonte, les parois verticales -sont en tôle : on le recouvre d'une couche mince de terre pour le défendre contre l'action immédiate du feu. Ce cylindre est fermé par un couvercle en tôle qui s'y adapte par le moyen de boulons. A un pied environ du bord supérieur du cylindre, se trouve un tuyau horizontal, lequel, au moyen d'une alonge en t6le ( qu'on y lu te exactement lorsque l'acide pyro-acétique commence à se dégager), sert à le faire communiquer avec un condensateur de cuivre ; celui-ci est formé d'un tuyau coudé dont la branche verticale descend dans une cuve, où il y a un courant d'eau froide destiné à condenser les produits liquides de la distillation. L'extrémité inférieure de cette branche est coudée • aplatie et élargie considérablement, afin de présenter beaucoup de surface à l'eau froide. Elle a deux orifices, à l'un desquels s'abouche un tuyau vertical qui plonge au fond d'un baquet, et qui est -destiné |t l'écoulen^eat de l'acide, sans cependant laisser

échopper les gas ; à l'autre orifice s'abouche un tu jau qui se rend dans le foyer du fourneau , où il conduit les gaz inflammables qui doivent économiser le combustible nécessaire k la carbonisation du bois. Le fourneau a un diamètre pluj^grand de quatre à cinq pouces que le cylindre y et est garni au fond de quatre tasseaux en fonte sur lesquels est posé ce dernier ; il reçoit dans sa partie supérieure un couvercle en briques qui se place et déplace a volonté au moyen d'une grue : cette grue est aussi destinée à retirer le cylindre du fourneau , lorsque l'opération est terminée ( ce qui a lieu a» bout de six heures) , et à l'y remplacer par un autre cylindre plein de bois. On laisse refroidir le premier pendant huit heures , puis on le vide. Dans l'autre fabrique , les vases distillatoires sont de ferme carrée ,' et le col par où sortent les produits de la distillation , est adapté au couvercle ; du reste, le procédé est le même et présente des résultats semblables»

100 de bois donnent par ce procédé environ 28 de chaiv bon et 5o d'acide pyro-acétique mêlé d'huile. Ce charbon est exempt de fumerons ; il est plus léger que celui préparé par le premier procédé , surtout lorsqu'il n'a pas été exposé pendant un certain temps à l'air. Il brûle plus rapidement que ce dernier : c'est ce qui en rend l'usage peu avantageux , suivant quelques personnes , pour les fourneaux de coupelle et de réverbère en général. On ne l'a point encore employé dans le haut fourneau.

Troisième proeédé, CarBonisalion en fosses* Les fosses à caFbonisation peuvent avoir 1 mètre de profondeur sur 3 de largeur et de longueur; le sol et les parois doivent être, au«> tant que possible^ revêtus de briques. Lorsqu'on veut opérer, on réunit le bois en bottes égales -, on place au fond de la fosse du bois très-divisé, mêlé de paille ; on dispose au-dessus» et au travers de la îome , une perche sur laquelle on met une rangée débottés de bois , puis une seconde : on s'arrête lorsque le bois s'élève à 1 mètre au-dessus du sol. Le bois étant ainsi disposé 9 un ouvrier descend au fond de la fosse par une ouverture que l'on a ménagée -, il met le feu au mélange de paille, remonte et bouche en dehors l'ouverture d'où il vient dé sortir. A mesure que le bois s'affaisse par l'effet de la carbonisation ,. on iette de nouvelles battes dans la fosse y.

et cela )usqu*à ce qu'elle soit pleine de charbon i là Quantité de bois ajoutée est à peu prés égale à celle que contenoit la fosse avant que le feu y eût été mis. Lorsque la flamme a cessé y on aplanit la surface du charbon , puis on étend dessus une couverture de laine imbibée d'eau ; on jette une couche de terre sur cette couverture, et on la foule avec les pieds. On laisse la fosse couverte pendant trois ou quatre jours j alors le charbon est suffisamment refroidi pour être retiré de la fosse.

Quatrième procédé. Carbonisation dans des fours. Ces fours sent alongés ; leur voûte est cylindrique ; tout l'intérieur est revêtu de briques ; deux ouvertures opposées , situées aux extrémités les plus éloignées , sont garnies de portes. On met le bois dans les fours ; on l'y allume avec une poignée de paille ; et, quand le bois est embrasé, on ferme les portes par lesquelles on a introduit le. feu. On laisse brûler ; quand il ne se produit presque plus de flamme , on ferme la seconde ouverture , et après un quart d'heure on retire le charbon du four au moyen d'un ràble de fer , et on le reçoit dans des étouflbirs de tôle , où on le laisse refroidir pendant deux jours. Pour plus de détails , voyez l'Art de fabriquer la J'oudre à canon , par MM. Kifiault et Bottée.

Les deux derniers procédés dont nous venons de parler , ne sont guère employés que pour faire le charbon destiné à la fabrication de la poudre. Si l'on vouloit charbonner des bois pour des expériences de chimie , il faudroit débiter ce bois en petits cylindres que l'on placeroit, au milieu du poussier de charbon ordinaire , dans un creuset de terre que l'on fermeroit avec une tuile ; on exposeroit ensuite le creuset à un feu de forge soutenu pendant deux heures.

Le charbon bien fait est solide , sonore : vu en masse , il est noir; mais, lorsqu'il est dans un grand état de division, et surtout lorsqu'il est en suspension dans l'eau , et qu*on le regarde par transmission, il paroit d'un bleu foncé. Le charbon , quoique assez friable , est cependant très-dur ; de là , l'usage qu'on en fait pour polir certains métaux. Il est plus ou moins compacte, suivant les bois d'où il provient : en général, plus ces derniers sont denses, moins le charbon est léger; c'est, pourquoi le buis , le chêne , le noyer ^ donnent

des charbons plus detases que le sapin et les autres bôî& blancs ; si Ton fait abstraction des pores du charbon ^ c'est-à-dirè ii bn le considère comme un corps dont les particules ne laisseroient point de pores apparens entre elles , et qui occupéroient cependant toujours le même espace ,'on le trouvera plus léger que Téau, etmême plus léger que lé bôis: mais si, eu ten<int compte des pores , on ne considère que sa partie solide , oa lui troruvera une densité qui est au moins deUx* fois celle de Teaii. C'est parce qiiele charbon est poreux, et que- ses -pores sont remplis de gaz,- qu'il flotte sur Teau^inniss*!] i^eîite asse^ long-temps au-dessus de ce liquide , pour perdre* Faîr quHI contient , il s'enfonce- peu à peu— dûtts réâ*i, et finit par être entièrement sub*m^fgé. Si le charbon a la joHâtoe ft>rmé que le bois d'oè il provient, Cela fient' k ce que lé bot$ ik'est pas susceptible de se fondre |>ër TaCtion d^ la chaleur qu'il en est de même du chairbon , et que la cohésion de - ce der-^ nier est aaseï férte peâr qu« ses paMi%«4es resteht agrégées. Mais il n'en- est pas de même dâ eharboii provenaitt- d'une Substance végétale, comme Je «uCre-, 4a ^<»Bine, Taiiiidori" qui se fondent avant de se carboniser) Ce* charbon e^ loi. sant, et plus ou moins 'boursouflé; ses pài^ticules étant plus rapprochées^ il estgénéralemeîit*moins combustible. que ceioi de bois.

Le charbon est fixe an fèu^et conduit difficilement la châ^ îeup; expdsé à la lumÂère^at «'échaûflb beaucoup, comme les corps noirs en général; il^Sfbon conducteur de l'électricité* et, ce qu'il faut reàtai<^uer, c*est qu'en faisant aboutir aux* deux extrémités d'un* charboii placé -dans le vide ou le gaz aeote, les deux âls de platine d'un appareil voltaique le charbon devient 'aussi incandescent que sll brûloit :i cependant il peut être tenu dans icet état pendant deux heures sans perdre sensiblement de son poids. •

Le charbon ne s'altère point dans là teire humide; c'est pourquoi on a conseillé de carboniser les extrémités des pièces de bois que l'on y^nhÊÈee : mais plusieurs personnes prétendent que cette pratique est vicieuse, en ce que le charbon produit absorbe* l'humidité b<»aucoup mieui que le bois * et que cette humidité altère ensuite la partie ligneuse.

Le charbon joiUt de d^ux propriétés extrêmement remar- ?• la

quabl^» ) ceïle d*absorber les corps gazeux , et cçlle (l*cnleyer à Teau la plupart des principes odorans et colorans qu'elle peut tenir en di&solutioa. La première propriété a été successivement examinée paj:- MM. Delamétherie , Fontana, Morozzo j tVouppe et Nborden , et enfin par M. Th. de Saussure -, Viaîs , comme elle n'est pas particulière au cliarbon , qu'elle appartient à. tous les corps poreux, nous en traiterons à l'article Corps -soLiDKS-poaEUX {Absorption des gaz par les). Nous plions examiner l'action du charbon sur les corps odorans et colorés qui peuvent se trouver dan^ les eaux. Ces dernières propriétés ont été' reconnues par |uOwitz.

AbsorptioKt parlficharhçn-^ de plusieurs suhs^nces odorantes eu colorées ^ quipeuyent-ètre eonterwifs^ dans Veau.

Lowitz a observé que la poudre de charbçn faiçoit dispar Toître l'odeur de l'acide succinique, celles de l'acide benzoïque , des punaises, des huiles empyreuma^ques , des infusion^ dç valériane , de l'espace d'absinthe , de Voignon < ainsi que les odeurs sulfuyquse^ , et qu'il çujpasoit de neitqyer avec de la poudre de charbon les vases iniprégnés de ces odeurs pour leseï^ dé^arrasseF^ntièrem^nt, Lowitz a fait une applicatiom l^ès-heureuse de cette découverte à la, purification des eaux potables qui peuvent contenir des principes odorans de le, nature de ceux qui sont absorbés par le charbon , lorsqu'elles gnt séjourué.pendafttqwplque t^i|ipsda»s deis tonneaux de bois. Bien de plus simplç quq l^. B^oye9.prQpO$é p^r Lowitz pour purir fier une eau putréfiée î il consiste simplement à mêler, pour trois livres et demie d'eau , une once et demie de poussière de charbon bien sèche, 'et vingt-quatye. gouttent d!acide sulfu« rique à G^ deg. ; si Von ewployoit peu d'acide , il faudroit tripler au moîip^l^ dose de chiirbpné Lorsque l'eau a perdu son odeur, on l2^ passe au travers d'une chausse dans laquelle il est i)On de mettre du charbon* Dans ce traitement , le charbon enlève une portion de l'acide sulfurî que. Lorsque les eaux ne sont pas très-putréfiéeç , il suffît d« les filtrer au travers d'un filtre de charbun pour Içs purifier: maJAi^us ferons remarquer que les eaux purifiées dojlveut être employées le plus prompte- 'jnent possible; car, si on lesab^ndouAe à elles-mêmes après la iiltration , il arrive sauvent qu'elles s'altèrent de nouveau , ^ar la rai^ou que Iç charbon n'a paa euleyé la matière orga-

nique non déconlposëe* Il paroît que la mauvaise odeur des eaux renfermée^ dans les tonDeaux est quelquefois occa3ionce parTaction que des sulfates contenus dans Feau exercent sur des matières organiques qui y sont dissoutes, soit que ces matières y (existassent avant que Teau eût été mise dans les tonneaux, soit que ce liquide les ait enlevées à la matière même des tonneaux* C*est pour éviter cette dernière cause de la présence des matières organiques dans Teau , qu'il est bon , ainsi que M. Berthollet l'a prescrit , de carboniser Tintérieur des tonneaux qui doivent contenir Teau dans les voyages de long cours.

Le charbon n'a aucune action sur Todeur du camphre , sur celle de l'éther sulfurique , des essences , des baumes , et de Técorce d'orange.

IL a la propriété de décolorer, à une douce chaleur ou même à froid, Je sous-carbonate d'ammoniaque huileux, le vinaigre et les acétates faits avec un acide coloré, l'acide tartarique , lé crème de tartre , l'eau-de-vie de grains, l'huile em^ pyreumatique de corne de cerf, les sucs sucrés, la teinture de jalap, les teintures de bois de santal, de coqhenille , de gomme laque. Il décompose l'acide malique, le jus de citron , les vins rouge et blanc , la bière , le lait , les solutions de gomme arabique et de gélatine; il est sans actionsur l'eau-de^ vie, l'acide formique, et les savons.

Il n^est pas douteux que le charbon n'agi)»e de deux ma* nières, et comme filtre mécanique qui sépare des parties qui sont en suspension , et comme corps chimique qui n'ah* sorbe pas indistinctement toutes les matières odorantes ou colorées. Si son. action étpit tout-à-fait indépendante d'une certaine affinité élective , on ne voit pas pourquoi il n'absorberoit que certaines de ces matières.

Nature du charbon végélaU Le charbon est, en-général, formé de deux sortes de substances ; une d'elles se dissipe en entier dacs la combustion, en se combinant avec l'oxigène , et l'autre reste solide et fixe après la combustion de la première ; c'est cette dernière qui constitue la cendre du charbon. La proportion de ces deux substances varie non-seulement dans les charbons des diverses espèces de végétaux, maii^ encore dans les différentes parties du même végétal. ]X est^des charbons

i8o CHA

qui donnent o,io de cendre, tandk que d'autres n*en doonenl que de 0,01 à 0,02. Pour la nature descenr'res, voyez Principe! IMMÉDIATS DES VÉGÉTAUX. Rcvcnons à la portion du charboa qui se dissipe par la combustion. Cette matière est formée , suivant M* Th. de Saussure , d'une grande quantité de carbone unie à un peu d'hydrogène et d'oxigène ; il a déduit cette conclusion de l'expérience suivante. Ce chimiste ayacct brûlé dans du gaz oxigène o, gr. 59 1 de charbon de bois parfaitement calciné, a obtenu o,gi'.02o de cendre , o,gr.o2o d'eau , 1074,4 centimètres cubiques de gaz acide carbonique, et i9,35 centim. d'un mélange d'hydrogène carboné et d'oxide de carbone ; et , de plus , il a observé que le volume de Foxigéne consommé étoit égal au volume du gaz acide carbonique produit : or, si le charbon n'avoit pas contenu d'oxigène, l'acide carbonique n'auroit pas représenté tout l'oxigène consommé.

Avant M. Th. de Saussure, Lavoisier avoit trouvé de l'hydrogène dans le charbon ordinaire ,' et Kirwan , M. Hassenfratz , Cruikshank et M. BerthoUet , avoient reconnu la présence de ce corps dans le charbon le plus fortement calciné ; M. BerthoUet avoit aussi admis l'existence de l'oxigène dans le charbon ordinaire , en même temps qu'il considéroit celui qui avoit été fortement calciné , comme en étant absolument dépouillé , ou du moins n'en contenant qu'une très* petite quantité : mais les expériences de ces chimistes , et celles même de M. Th. de Saussure , ne donnant pas la proportion dans laquelle l'hydrogène est uni au carbone dans le charbon calciné, M. Doebereiner a cherché à déterminer cette proportion, en chauffant 36 grains de charbon de sapin avec /^So grains de peroxide de cuivre dans un tube de verre de 27 pouces de longueur et 6 lignes de diamètre, qui communiquoit à un autre tube rempli de chlorure de calcium ; ce dernier tube portoit le gaz acide carbonique sous une cloche de mercure. M. Doebereiner a trouvé que le charbon calciné étoit formé,

En poids» En volume. [ En supposant arec M. Cay- /^ 1^ o £/• ! Lussac que 1 vol. d'acide

Carbone. . . 98,66 la carbonique contient , roÛ

' Hydrogèae • 1,44 • • • • • 1 ( de vapeur de cârltoa«.

CHA ^s*

M. Doffbereîner, en traitant de la même xnanîère du charbon de bois ordinaire . qu'il avoit préalablement dépouillé de son eau hygrométrique en l'exposant à une température de loo à 120 degrés, l'a trouvé formé de

£n poids. En volume* Carbone. . . . 97,85 ..... 9 Hydrogène . • 2,1 5 1

Ce que nous venons^de dire de la nature du charbon végétal calciné, prouve que c'est un véritable hydrure, ou plutôt un carbure d'hydrogène en proportion déterminée. La présence de l'hydrogène dansle charbon calciné, rendue évidente parla formation d'eau qu'on observe dans sa combustion , explique l'origine de l'acide hydrosulfuriqne qu'on obtient en faisant passer les vapeurs de soufre sur le charbon chauffé au rouge dans un tuyau de porcelaine (voyez Carbone) , et pourquoi lechlorfe, qui n'exerce aucune action sur le carbone pur, se convertit en gaz hydrochlorîque lorsqu'on le met en contact avec du' charbon rouge de feu. Voyez CntORE.

Charbon animal. Il se prépare en soumettant les matières animales azotées à l'action de la chaleur, dans des appareils distillatoires« Le seul charbon d'origine animale que Ton fabrique dans les' arts, estceluî d'os ou d'ivoire. Le charbon d'os est employé dans la peinture grossière, et pour clarifiée et décolorer différens liquides j mais on ne le prépare pas exprès pour cet usage : celui du commerce provient des fabriques de sel ammoniac où l'on distille de grandes quantités d'os,, afin d'en obtenir du sous- carbonate d'ammoniaque. Le charbon d*îvoîre , appelé vulgairement noir d'ivoire, ne diffère point essentiellement du précédent; mais le noir qu'il donne à la peinture est plus homogène et plus velouté..

Les os et l'ivoire n'étant pas plus stiscepitibies de se fondre, que le bois, à la tenrpérature où la matière animale qu'iis contiennent se réduit en charbcm, il en résulte que leur charbon alamémef&rme quel'os ou Tivoire d'où il provient. Il n'en est pas de même des charbon» de gélatine , de caséum , de peau, et8«, etc. : ces matières se fondant avant de se char • bonner, le résidu de leur distillation a la forme du vaisseau dans Ifequel oa- les a chauffées ; il est boursouflé, par la ralsou

ï8» cha:

que des gût se semé' dégagés du sein de la matière fondue , et que ceile-ci, devenant de moins >eu moins fusible, à mesure de la dissipation des gaz , les particules du charboa n'ont pu se réunir pour former un solide compacte*

Le charbon animal, suivant Tintéressante observation de M. Figuier , jouit , à un plus haut degré que le charboa végétal , de la propriété dé décolorer les infusions des plantes ^ le vinaigre , le résidu de l'éther sulfuHque , l'acétate de potasse , les eaux mères, de tartrate de potasse et de soude, celles du phosphate de soude qui a été fabriqué avec le phosphat» acide de chaux, etc. M. Figuier, ayant fait d'abord ses expériences avec du charbon d'os , s'est ensuite assuré que lessels dece charbon n'exercent pas d'influence sensible sur la décoloration des liquides , puisqu'il a obtenu les mêmes effets en se servant d'un charbon qui avoit été préalablement dépouillé de ses parties salines au moyen de l'acide l^ydrochlorique, et en faisant usage du charbon de gélatine qui ne contient que des traces de phosphate. M. figuier a vu que , pour décolorer un litre de vinaigre rouge, il suffisoit d'y mêler 46 grammes de noir d'os, ou 24 grammes du même noir lavé à l'acide hydrochlo-^ rique , et de filtrer le liquide après une macération de trois jours. Lorsqu'on a opéré avec du noir d'o5nonlavé,le vinaigre contient un peu d'acétate et de phosphate de chaux. Pour décolorer le résidu de l'éther sulfurique, on l'élend de soa poids d'eau , on le filtre ; on mêle à un litre de liqueur filtrée Se gram. de noir d'os,. et on filtre après trois jours ^t on a de l'acide sulfurique incolore. Enfin , pour citer un dernier exemple applicable aux sels , il suffit , pour décolorer l'acétate de potasse > d'ajouter à sa dissolution concentrée une quantité de noir d'os qui doit être de 60 gram. pour chaque kilog. de sous - carbonate de potasse qui a été saturé par le vinaigre , de laisser les matières réagir pendant cinq ou six heures, de filtrer, puis de faire évaporera siccîté.

Nature du Charbon animaL — Le charbon animal est formé d'une partie qui est susceptible de se dissiper k l'état aéri-^ forme par la combustion , et d!tine partie fixe qui constitue la cendre du charbon. Jusqu'à M. Doëbereiner, on avoit généralement regardé la partie qui se volatilise par la com^ liustioa comme étant formée d'azote^ deca^bàneet d'hydror-

CHA i8S

gène ; mais ce ckimîste, qui a cherche àdAerpIner la proportion de sesëlémens, ne fait pas mention deThydrogène : suivant lui ^ elle ne contient ^né de l'azote et du carbone datis la pro-*

portion de

En poids. En volume*

Azote 2^,3 ••• •«••*!

Carbone 71,7. •.«•:••••» 6

M. Doëbereiner a tire cette conclusion d'une expérience dans laquelle il a chauffé, dans un tube de verre qui rommuniquoit à une cloche pleine de mercure, 76 parties de peroxlde de cuivre avec 5 parties de charbon de gélatine qui avoit été dépouillé de ses sels par Tacide hydrochlorîque :'il en a obtenu 1 5 volumes, de gaz azote, et 85 de gaz acide carbon^ue•

Le charbon animal peut être facilement distingué du char« bon végétal , par la propriété qu'il a de produire , quand on: le chauffe avec deux fois son poids de sous-carbonate de potasse, ^n cyanure alcalin qui, étamt dissous dans l'eau ^ produit, avec la solution de protoxîde de fer , un précipité (}ui devient bleu quand on le mêle avec de l'acide hydrochiorique , et qu'on l'agite avec l'air. Nous ferons observer à ce sujet que les bois qui contiennent une quantité notable de matière azotée , donnent un charbon qui produit du cyanure quand on le chauffe avec la potasse.

Le charbon animal est beaucoup plus difficile à brûler que le chari^on végétal , ce qui paroft tenir à ce que l'azote n'est pas susceptible de s'unir à i'oxigène de l'air comme rhydt*ogène, et aussi au plus grand rapprochement de ses particules» (Ch.)

CHARBON BITUMINEUX, Charbon de werre, Charbon de TERRE, Charbon fossile, Charbon minéral. [Min.) Voyeï

HOOILLE. (B.)

CHARBON INCOMBUSTIBLE- (Min.) Voyez Anthracite. (B.)

CHARBON, Nielle et Nécrosb î)ES bliSs. (Bo^) Maladie des grains produite par une petite espèce de champignons pulvériformes, du. genre Uredo, uredo earho^ Dec, FI. fr., vol. 6 , B." 61 5, qui se développe dans l'intérieur de la fleur et des ovaires d'un très-grand nombre de graminées, et principale^

'H CHA

ineat de Tevoîn^ie Tqrge, du froment, du millet, elc* EU» sort, sous la forme d'une fumée noire ou viola t^e , par If^ moindre pressipa ou Je moindre mouvedient* EUe est tachante, et for* mée d'une multitude de petites ftéminules rondes, portées sur àes fîlamens élastiques qui les lancent au loin. Beaucoup d'autres végétaux offrent des espèces de charbons voisins de la précédente : tels sont les salsifis et les scorsonères, les laiches, etc. ? tous ces charbons son t*d es t/redo. Mais les uredo carho elles iir^do caries sont ceux qui ont fixé l'attention à cause des ravages <|u'iJs causent dans les moissons. L'on nepeut douter maintenant que ce ne soient des espèces de champignons, et l'on ne sauroit admettre qu'elles sont une dégénérescence ou le résultat d'une maladie, ou des animalcules; mais il reste toujours une question très-importante à résoudre, c'est celle de savoir comment les séminules de ces champignons ont pu pénétrer dans l'intérieur de la fleur avant son développement: cette question est loin d'être résolue. (Voyez Champignons.) Le chaulage et le glaisage des grains, c'est-à-dire, leur lavage dans une eau de chaux ou glaisée, les préservent, dit-on, du charbon^

Dans la douzième édition du SysUma natura de Linnœus, on trouve le charboa des blés décrit sous le nom de chaos usti» Iqgo^ Depuis, il a été porté , par Bulliard dans son genre Réticulaire, veticularia segetutn^ et M. Persoon en a fait ensuite le type d'une quatrième section, uitiiogo, qu'il iétablit dans le genre Uredo^ et ^'il caractérise par La cfHileur brune ou noirâtre des espèces, dont une des habitudes est de se développer dan&rintéricur diÇ la fructification. de$ .plantes. Le charbon du inaïs en doit faire partie. M. Linck avoit d'abprd cru devoir faire de cette section un genre distinct, Vstilago; mais depuis il en, a fait la jireniière section de j celui cju'il no-mme Hvpo- PEfiMUJM. (Voyez ce mot.) Ce naturaliste doute que i'analyse du' charbon dés blés, donnée par M. Vauquelin, soit vraiment celle de ce fléau des moissons , qui se développe surtout dans les années pluvieuses. On ne doit point confondre Içcharbofi avec la carie, autre champignon qui. attaque- le froment^ qui n'en déforme point le grain , qui ne^^se répand point d'ellemême, et dont la consistmce est plus sèche, l'odeur fétide> et la couleur un peu différente de celle du. charboA propre» ment dit^Voye^UjiEoo. (LE;iu4

CHîV 165

CHARBONNIER, (Bot.) Voyez Cakbonaj», (Lem.)-

CHARBONNIER (JchlhyoL) , nom vulgaire d'une espèce de merlan , qu'on appelle aussi colin , gadus carbonarius y linn* Voyez Gade et Merlan. (H. C.)

CHARBONNIER. {Orniûi.) Ce nom , donné dans le Bugey au rossignol de muraille , motacilla phanicurus , linn. , et par les oiseleurs orlëanois à une variété du chardonneret, yringif^ carduelis^ Linn., a été appliqué par M. de Bougainville, dans son Voyage autour du Monde , à une grande espèce de sterne ou hirondelle de mer. (Ch. D.)

CHARBONNIÈRE. (Ornith.) On donne le nom de charbonnière à la grosse mésange, parus tnajor^ et celui de petite char« bonnière &u parus ater, Linn. (Ch. D.)

CHARBOSA. (Bot,) Voyez Copous. (J.)

CHARCHARA (JBo/.), nom arabe d'un aloes qui est Valoe vacillans deForskaèl. (J.)

CHARCHUS (Bot.) , nom arabe du plantain , selon Mentzel. Daléchamps, Forskaël etDelilesont d'accord pour le nommer Ussanelhamel^ ce qui signifie langue d'agneau. (J.)

ClFIARCHYR (Ornith.)^ nom égyptien de la sarcelle. (Ch.D.)

CHARDAL (JBo^.), nom donné dans l'Egypte, suivant Forskaèl , à la graine de moutarde. La plante qui la fournit , sina^ pis nigra, est nommée habar; et le sinapis an^ensis^ espèce voisine, est le chardel ou karilli des Egyptiens. M. Delile cite les noms Icabar et hliardel pour le sinapis juncea^ qu'il soupçonne être le sinapis nigra de Forskaè*!; et on trouve aussi dans Daléchamps celui de cardely cité pour la moutarde. (J.)

CHARDERAULAT {Ornith.), nom que le chardonneret, /ringilla carduelisy porte en Savoie. (Ch. D^

CHAïU)INlA. (Bot.) [Cinanocéphales y Jnss.'jSyngénésie polf* garnie superflue, Linn.] Ce genre de plantes, de la famille des synanthérées, appartient à notre tribu naturelle des carlinées. Il viçnt d'être établi tout récemment par M« Desfontaines sur IcxeranÛiemum orientale ^yViUd.; mais, l'auteur ne l'ayant pas encore publié, nous ne pouvons nous permettre d'exposer ici ses caractères. Nous nous bornerons donc à rappeler que, dans notre second Mémoire sur les Synanthérées, lu à l'Institut en juillet i8i3 , nous avions remarqué que les filets des étamines du xeranthemumannuum n'étoient point du tout adhé-

rens à la eoroUe. Cette singulière anomalie n*a point Heu dans la chardînie^ qui se distingue encore des vrais xéranthèmes par plusieurs autres caractères. (H. Cass.)

CHARDON. ( Bot, ) [ CinarocépkaUs , Juss. ; Syngénésie polygamie égale , Linn. ] Ce genre de plantes , de la famille des synanthérées , que les botanistes nomment carduus j est le type de notre tribu naturelle des carduacées. Il faut se garder de le confondre avec une foule d'autres plantes de divers" genres , de diverses tribus , et même de diverses familles , que le vulgaire confond sous le nom de chardons , et qui n'ont de commun que d'être armées d'épines. Voici donc les caractères des vrais chardons.

Calatbîde multiflore , équaliflore; régulariflore , androgynitlore ; péricline formé de squames imbriquées, terminées par un appei^dice spinescent ; clinànthe fîmbrillé ; cypsèle por^ tant une aigrette de squamellules filiformes , barbellulées.

Ce genre diffère du cirsiûm^ que Linnseus avoit confondu avec lui, par les squamellules de l'aigrette, qui ne sont que barbellulées dans les chardons , tandis qu'elles sont barbées dans les cirses.

Les chardons sont des plantes herbacées , à feuilles épineuses, plus ou moins découpées, souvent cotonneuses, toujours prolongées sur la tige , et à calathides de fieurs purpurines , ou blanches dans quelques variétés. On en connoît au moins une trentaine d'espèces , presque toutes européennes, et dont aucune n'habite le Nouveau-Monde. Quinze sont indigènes en France, et nous en trouvons trois très-communément autour de la capitale ; ce sont elles que nous allons décrire.

Le Chardon penché, Carduus nutans, Linn., est une plante herbacée, bisannuelle , qui borde la plupart àes chemins ^ où elle fleurit aux mois de juin et de juillet. Sa tige dressée , rameuse, cannelée, velue, s'élève à un pied et demi; les feuilles , décurrentes sur la tige , sont lancéolées , pînnatifides, à dents épineuses, glabres; les pédoncules alongés, cotonneux , non épineux , portent chacun une large calathide inclinée, composée de fleurs purpurines, quelquefois blanches ; les squames extérieures du péricline sont étalées , et les intérieures dressées ; elles sont garnies de fil^mens imitant la toile d'araignée.

Le Chardon caiSru, Carduuê crispus ^ îAnn.y est annuel, et un peu moins répandu que le précédent ; il fréquente k peu près les mêmes localités , et fleurit dans la même saison. La tige , haute de deux à trois pieds , est dressée , trèsrameuse , glabre ; garnie de feuilles décurrentes , oblongues , sinuées , crépues , très-épineuses sur les bords , velues én-« dessous ; les pédoncules courts, épineux , portent des calathides rapprochées , composées de fleurs purpurines , et dont le péricline est glabre , et a ses squames subulées , étalées.

Le Chardon a calathides menuss , Cardaus tenuifloras ^ Smith , élève à deux pieds au moins le sommet de sa tige qui est dressée , rameuse , cannelée , cotonneuse , ailée sans interruption par la décurrence des feuilles ; celles-ci sont distantes , oblongues , sinuées , velues et blanchâtres , à lobesaoguleux , très-épineux sur les bords; les calathides, sessîles et réunies trois ou quatre ensemble au sommet de la tige et des rameaux , sont petites , oblongues , composées de fleurs pâles ^ munies d'un péricline cylindrique formé de squames subulées , dressées. Ce chardon nVst point rare dans les lieux arides ; il est annuel, et fleurit en juin et Juillet. (H. Cass. }

CHARDON {Ichtkj'ol,) , nom françois de Isl raja fullonieam Voyez Raie. (H. C.)

CHARDONS. (Bot.) C'est le titre donné par Adanson à la troisième des dix sections qu'il formoit dans la famille des synanithérées. Les caractères qu'il lui attribuoit étoient d'avoir le péricline épineux, le clinanthe flmbrillé , la calathide androgyniflore. Ces caractères , étant fondés sur des considé* rations étrangères à la structure de la fleur proprement dite, ne pouvoient constituer* une association vraiment naturelle: aussi les chardons d'Adanson réunissoient confusément des genres de la tribu des carduacées, de celle des centauriées, et de celle des carlinées ; tandis que quelquès^^autres genres de ces trois tribus se trouvoieut mêlés, dans une autre section , avec des astérées, dès vernoniées, des anthémidées, des hé^ lianthées, des inulées, des ambrosiacées. Nous ne saurions trop répéter qu'une classification naturelle des genres, dans la famille des synanthérées, doit é^e exclusivement fondée sur les caractères fournis, i .** par le style et le stigmate; a." par l€$ étamines ; 3.** par la corolle j 4."* par l'ovaire. ( H. Cass.)

Chardon a Bonnetier, ou a Foulon, tiom rnlgaîre de la cardére cultivée, dipsacus sativus, dont les têtes de fleurs, munies d'écaillés ou paillettes fermes et recourbées en crochet , sont employées pour carder les laines. (J.)

Chardon Acanthe , nom vulgaire de Yonopordum acanthium^ Linn. (H. Caâs.)

Chardon aux Anes. C^estTonoporde, onopordum ctcanthium , nommé chardon argentin, par Daléchamps. On a aussi donné ce nom au cirsium eriophorum.

Chardon bénit. C'est, selon Linnaeus, une centaurée , centaurea htnedicta; selon Vaillant et Gœrtner, un genre particulier qu'ils nomment Cnicus , différent de la centaurée y surtout par sa graine à bord supérieur relevé, du centre duquel s'élève une aigrette composée de deux rangs de poils , dont les extérieurs sont plus longs. Voyez Cnicus. (J.) . Chardon bénit des Antilles ou de Saint-Domingue. Yoyc^ Argemone.

Chardon bénit des Parisiens. On donne ce nom au carthame laineux , carthamus lanatus.

Chardon bleu. On a donné ce nom au panicaut améthyste, eringium amètkystinum»

Chardon des Indes occidentales. On a donné ce nom à une espèce decacte, cactus melocactus^ connu aussi sous celui de melon épineux.

Chardon des prés. Les anciens nommoient ainsi le cnicus oleraceus /Linn, ^ qui doit être maintenant rapporté au cirse^ à cause de l'aigrette plumeuse de ses graines.

Chardon de Syrie. C e$t le carduussyriaeusy Linn. ^ àreporter au genre Cirse, à cause de ses aigrettes pluaeuses. Voyex AcA, ^

, CifARDON DORÉ , espècc de chausse*trape à fleurs jaunes , cal^ citrapa solstitialis ^ qui faisoit partie du genre Centaurea de hinnadus.

Chardon du Brésil* On nomme ainsi l'ananas, dans quelques lieux.

Chardon échinofe. Voyez Echinofe»

Chardon étoile. C'est la chansse-trape ordinaire, calcitrapa vulgaris.

Chardon FIER. C'e^t ainsi que le traducteur de Daléchamj^st

CHA i8g

itomifie Son carduus ferox ^ qui est le eardo fiera des Italiens. Il est décrit et figuré dans le second volume de Daléchainps, p. 1489 de Tédition latine, p. SGy de la Françoise. Cest une espèce d'atractyle , que l'on peut nommer atractjlis ferox.

Chardon hémorroïdal. Ce nom est donné au serratula ar-* rensisàe Linnasus, que Lamarck reporte au carduus^ à cause des écailles épineuses de son calice, et qui, plus récemment, est rangé parmi les cirses , cirsium , parce que son aigrette est plumeuse. (Voyez Caussido, Caocssida.) Ce cirse est sujet à être piqué par des insectes qui font élever dans ces points des tumeurs produites par l'extravasation des sucs : ces tumeurs sont colorées, et ont, à ce qu'on prétend , la forme d'hémor* roïdes. Cette ressemblance a donné Fidée de les employer dans cette maladie , et c'est un préjugé , reçu en plusieurs lieux , mentionné même dans quelques livres , d^ailleurs estimés , que ces tubercules, portés dans la poche ou noués daiis ie coin de la chemise, préservent de» hémorroïdes, et les guérissent. La même propriété est attribuée à d'autres amulettes de ce genre.

.Chardon laite, nom vulgaire du sifyhum marianum^ Gœrtn. (H. Cass.)

Chardon laiteux, ou a lait, plante épineuse, remplie d^un suc laiteux , rapportée par Linnœus et la plupart des botanistes au genre Centaurea , à cause de ses fleurons de la circonfé^ renée neutre , et nommée centaurea galactites , que nous proposons de reporter au genre Crocodilium , une des subdivisions nouvelles de la centaurée, caractérisé par des écailles caliciaales à épines simples et indivises.

Chardon Marie, ou Chardon Notre-Dame. C'est le cardans marianus, Lînn., dont Vaillant, Haller et Gsertner font un genre distinct, sous le nom deSiLybum^ caractérisé par une aigrette pluiàeuse , et par ses écailles du calice , dont les inté^ Heures sont droites, conformées en cuiller, les extérieures écartées par le haut , et terminées par un appendice en cœur, denté dans son contour, épineux à sa pointe. Lamarck nom« moittiette plante carthamus maculatus. Il diffère cependant du earttfàme par son aigrette plumeuse, du cirse par ses écailles calicinales appendiculées. Voyez Silybb«

CnA&PO^r ri^DAKS. Voyez Onopora^.

:i9o CHA.

CvABOoif aouLANT, nommé aussi par corruption Chardoiv Roland. C'est le panicaut ordinaire, eryngiumcampestre y dont les tiges, détachées de leur racine, dans la saison de l'automne, et poussées parle vent, roulent dans la campagne » d'où vient son nom. (J.) s,

CHARDONNEAU. {Ornith.) On appelle ainsi en Guienne le chardonneret , fringilla carduelis , Linn. ( Ch« D. )

CHARDONNERET. {IchtkyoL) L'abbé Bonnaterre donne ce nom à un poisson de la mer Méditerranée , qu'il range avec Forskaël parmi les silures , sous la dénomination de êilurus eomutus. Il est probable que ce poisson est simplement un centrisque, que Forskaèl n'aura point reconnu sur le seul individu mal desséché qu'il a pu observer. Voyez MAcao-

BAMPHOSB , CeNTRISQUB , SOJjàNOSTOMB , SlLUftS. ( H* C )

CHARDONNERET. {Ornith.) Brisspo a formé un genre particulier du chardonneret , cardutlis , en lui donnant pour caractères distinctes le bec en cône raccourci, avec .une pointe grêle et alongée , et les deux mandibules droites et entières ; il y a accolé le tarin , en le désignant toutefois par le nom spécial de ligurinus. Meyer s'est borné à en faire une section de son dix-neuvième genre, /rmgi7^a, lequel comprend les moineaux, les pinsons, les linottes et les tarins. M.Temminck en a formé la cinquième division de son vingt-qua^* ^ème genre, qui , squs le même nom de fringilla, et outre les moineaux , les pinsons et les tarins , comprend les bouvreuils et les gros-becs. M. Cuvier a fait , des chardonnerets , des linottes, des tarins et des serins, sous le nom de c^rduelis , une sous-division de son grand genre Moineaux , qui comprend les tisserins, proceus; les nioineaux proprement dits, pyrgita; les pinsons , fringilla ; les veuves, vidua; les gros-becs , coccothraustes f les bouvreuils , p^rrhula. S'il ne ^'agissoit que de placer dans chacun dç ces sous-genres les espèces suffisamment connues , on pourroit dès à présent leji adopter ; mais les caractères particuliers qui servent à. les distinguer ne sont pas tous asaez tranchés , et il seroit difficile d'éviter des erreurs. Nous croyons donc ,. malgré la circonstance » facile à saisir pour les chardonnerets et les lin<fttes, que leur bec est exactement coniques sans être bombé en aucune sens, devoir renvoyer ^^oux eux et pour d'autres es*

p^ces , an mol FaiNcnxE, considéré comme désignant un groupe, une famille , plutôt qu'un simple genre. ( Ch. D. )

CHARDOIVN£IT£, ou Chardonne&ette {Bot^, noms anciens de la variété d'artichaut que Ton nomme maintenant cardonette , et qui se distingue par ses écailles du calice plus aiguës, ses feuille» plus découpées. (J.) ,

CHARDONNETTE ( Ornith. ) , un des noms vulgaires an chardonneret , fringilla oarduelis , Linn. ( Ch. D. )

CHARPOUSSE, ou Ciaroousse {BoL), noms vulgaires de la carlina acanikifolia y Allioni. (H. Cass»)

CHARE. {Ichthyol^ Dans quelques contrées. de la Grande- Bretagne, on nomme ainsi le saumon carpion, $almo carpio* Voyez Saumok. ( H. C.)

CHARE ALHAYN \BùL) j nom arabe de la berle, sium^ selon Mentzel. (J.)

CHARÉE ou Ckarrée. (Entom.) Les pécheurs nomment ainsi y d'une manière générale, toutes les larves, soit de mouches , soit de papillons, soit de tout autre insecte. Ce^pendant ils désignent* plus particulièrement sous ce nom les larves des PHaYCANBS. Voyei ce mot» (C. D.)

CHARENSON. (Eft^om.) Voyez. Char anson. (CD.)

CHARES. Charpi. {Bot.) , Voyez Cuarss. ( J.)

CHARFL (Bot,) Voyez Charss. { J.)

CHARFUEIL, ou Carfuszl. (Bot.) Ce nom j donné ea Provence au cerfeuil , se rapproche plus du nom latin éharopJ^llumé (J.)

CUARICA ELBAHR(Eol.), nom arabe de la lampourde, xarUhiam strumariam , suivant Forskaël* ( J.)

CH ARÏEIS» (BoL) [Corymhifèresj Juss. ; Syngénésie polygamie superflue J Linn.] Ce nouveau genre de plantes, que nous éta* blissons dans lu famille des synanthérées , appartient à notre tribu naturelle des astérées*

La calatfaide est radiée , Composée d'un disque multiflore , équaliflore, régularifiare , androgyniflore , et d'une couronne unisériée, pauciflore , liguUflore^ féminiOore. Le péricline, égal aux fleurs du disque , est hémisphérique , et formé de squames unisériées, égales^ apprimées^ subspatnlées , folia* cées^ membraneuses sur les bords, ^htspides extérieu^'ement. Le clinanthe est planiusqule, hérissa de Ambrill^ courte^,

inégales , subulées. Les fleurs hermaphrodites ont Tovaircr comprimé bilatéralement, obovale , hispide, muni d'un boux^ ^elet basilaire, et d'une aigrette aussi longue que la corolle, composée de squamellules unisériées , égale» , parfaitement libres , plumeuses , c'est-à-dire., filiformes et barbées ; les lobes de leur corolle sont souvent inégaux , et les l>f«nches de leur style toujours inégales. Les fleurs femelles, >àu nombre de huit environ, ont l'ovaire -entièrement dépourvu d'aigrette, et la languette largement linéaire , très-longue , étrécie ea pointe, et à peine tridentée au sommet.

La CHARiéiDE HérÉROPHYLLE , Ckarieis heterophylla , H. Cass,, est une plante herbacée, annuelle, haute de dix à douze pouces; sa racine est pivotante, tortueuse, fibreuse; sa tige, verticale , droite , rameuse , est cylindrique , striée , hérissée de longs poils subulés, roides, articulés, et de petits poils capités; les feuilles inférieures sont opposées, sessiles, longues d'un pouce et demi, subspatulées , subpétioli formes inférieurement, uninervées, hérissées sur les deux faces de longs poils subulés, articulés; les feuilles supérieures sont alternes, sessiles , progressivement plus petites à mesure qu'elles s'élèvent davantage , oblongues , lancéolées ou linéaires. Toutes les feuilles sont ordinairement très- entières; mais quelquefois elles sont munies de petites dents cartilagineuses très-distantes, et plus, rarement elles sont assez profondément deu* lées. Les calathides sont solitaires au sommet de la- tige et des rameaux , dont la partie supérieure est nue et pédonculiferme; leur disque est de couleur jaune, et la couronne vifilette. Nous avons trouvé cette intéressante synanthérée dans un paquet de plantes sèches apportées du cap de Bonne -Espérance par l'astronome Lacaille., et que^ossède M. de Jussieu. Quoique nous n'ayons point vu l'oiearfa de Mœnch, il nous est bien facile de juger , d'après sa description , que ^otre plante ne peut être rapportée à ce genre; mais il est probable que Volearia et le charieis soni deux gei^res voisins l'un de l'autre. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que notre charieis a beaucoup d'affinité avec Vagathœa etVhen-* ricia. Les calathides ressemblent à celles de la plupart des aster ^ et doivent être d'un aspect fort agréable sur la plante vivante. (H, CassO .

CHA ,^î

CHARIUS. (IchlhjoL) Les Russes donnent ee nom  un poisson qui paroît êlFe l'ombre de rivière- Voyez CoaicoNB.

CH ARLOT (Ornith.),un des noms vulgaires du ^and courhs, scolopax arcuata, Unn. On appelle aussi en Provence chariot de plage, TaloueUe de mer, trir^a cinclus, Linn. (Ch. D.)

CHARME [,Bot.), Carpinus, Linn., genre de plantes dicotylédones, apétales dicUnes , de la famiUe des amentacées Juss., et de la monoécie po\yandrie^ Linn., qui a.pour cirac! tères des fleurs monoïques , dont les mâles wnt disposée» en chatons grêles, alongés, couverts d'écaille. imbriquées concaves, partant chacune six étamines à anthères velue» ■ et dont les femelles forment des chatons imbriqués d'écaiÛes entières ou divisées , portant chacune un ovaire denté à son sommet, et terminé par deuy style» à stigmates simple». Le fruit est une noix uniloculaire , ne contenant qu'une seule graine , et enveloppée parl'écaille qui apri» de l'accroissement

Ce genre renferme trois espèces, dont deux sont naturelles a l'ancien continent, et la troisième est originaire de l'Amérique. Les charmes forment des arbres à feuilles simples et alternes. ^

1.° Charme COMMUN : CarpiiuM hetulus, Linn., Spee iai6 Nouv. Duham., a, pag. 198, tab. 68. Cette espèce' 'est un arbre qui s élevé a la hauteur de quarante k cinquante pied» quoique son tronc acquière rarement plus d'un pied de dia' mètre. Ce tronc, revêtu d'une écorce assez uni», WanchâtrJ avec des tachés grisâtres, se divise en une grande quantité de branches qui forment une tête touffue et irrégulière Se» feuiUes sont ovales-pointues, pétiolée», inégalement dentée, en leurs bo£ds, glabres en -dessus, relevées en- dessous de fortes nervure». Les chatons mâles, solitaires, long» d'un à ^eux pouces, paraissent au ^.rintemps; un peu avant Je» feoiUes. Les chatons femelles sont composés de grande» écaille» foliacée», a trois lobes, dont celui du miUeù est plus erand que les autres; ces écailles pewistent, prerinent de l'accrois sèment après la floraison, et embrassent chacune une petite noix osseuse , couronnée par de petite» dents.

Le charme commun est indigène à l'Eurppe.et iljeren.

contre fréquemment dans nos forêts. Son bois eât blanc , d'un grain très-fin et très-serré ; il prend par la dessiccation une grande retraite, et devient alors très-dur. Sa force et sa ténacité le rendent très-bon pour les ouvrages de charronnage ; on l'emploie pour faire des poulies, des dents de roue» de moulins, des vis de pressoir, des mânthes d'outils, des masses, des maillets, et pour tous les instrumens destinés à éprouver une grande résistance. Il est difficile à travailler au rabot, Se lève par esquilles sous l'outil ^ ce qui fait que les menuisier» né s'en servent point ; il convient mieux pour les ouvrages de tour. Cest d'aiHeurs un excellent bois de chauffage, qui fait un feu vif, brillant, donnant beaucoup de chaleur et de bon charbon.

La propriété qu'a le charme de se beaucoup ramifier, de se plier de toutes manières, et de prendre, par la taille aux ciseaux , toutes les formes qu'on veut lui donner, rendit long-temps eei arbre très-précieux pour former ces palissades, ces portiques , ces colonnades, et toutes ces déco ra-* tions de verdure qu'on employoit autrefois pour l'embellissement des jardins ; et c'est de son nom que ces diverses décorations de verdure avoient pris celui de ckarmilUs. Mais, depuis que le goût des jardins paysagers s'est répandu presque partout , le charme a beaucoup perdu de son prix ; on ne le plante plus que rarement , et l'on peutci'oire qu'un jour viendra où cet arbre, exclus de toutes les plantations d'agrément, ne se trouvera plus qiie dans les bois et les forêts, où la nature le fait <?roître spontanément.

Le charme n'est délicat ni sur la nature du sol, ni sur l'exposition ; il réussit presque également bien partout. La nature le multiplie de graines dans les forêts; les pépiniéristes le propagent et par ce moyen, et par boutures. Les graines de charme, doivent se semer en autbmne, aussitôt qu'elles sont mûres , parce qu'elles ne leveroient que la secondé année si. on attendoit jusqu'au printemps pour les mettre en terre. Les semis reprennent facilement à la transplantation, depuis l'âge de deux ans jusqu'à sept ou huit. On tailleries charmilles- au croissant ou aux ciseaux, à la fin de l'hiver et s^u commencement de l'été, avant l'époque de la seconde sève.

CHA i$$

a.* Charme d^Amériqus : Carpinus amerhana^ Mich., FI, Bor. Amer. y 2 , p. 201 , et Arb. Amer., 3 , p. 67 , t. 8. Cet arbre rei«» semble beaucoup au charme commun , mais il est beaucoup plus petit î et ne s'élève qu'à doute ou quinze pieâi ; ses feuille! sont moins acu minées ;* ses fruits sont beaucoup plus petits et accompagnés d'écaîUes quî. ont leurs divisions bordées de âents aiguës. Il croît dans lé nord <le l'Amérique jfeptetrtrio^ 'haie , depuis la Geofgie et la Caroline /risqué dans le Bas^ Canada. Son hois ressemble entiéreiiâfent à celui du charme d'Europe; mais, fcomme il ne parvient qu'à un* très-petite grosseur , on né l'emploie à Aùt;un usage» *

3.* CôARME d'Orienté Crfrpifitf 5 ortmto/w, Lâm«, Dict. Eftc,, i,p. 707. Cet arbre, découvert dans le tèVant pat» Tournefort , se distingue de l'espèce <n)miilun«, en ce qu'il M s'élève qu'à la hauteur de vingt pieds 9 eu ce que ^eà feuilles sont plusf lisses « moins plissées, et que ses fruits, beaucoup pluJ petits, sont munis d'écailles qui, au lieu d'éti'e divisées en trois lobes alongés , sonf irré^iHèrement dilatées, anguleuses et dentées* On le cultive depuis long-temp^ en France , où îi supporte bien les hivers ^li climat âe Pàrîs. On le multiplié de la même manière qiie le éhanné comtn;in ; mais il faut le «emcr en pot , ain de pmivoîr ,- pendant les premières anJ- Béet, mettre les jeunes serais à î'abridé* gelées; et lorsqu'ozj plante les arbres à demeure , il filut lent' choisit* une expo^ iiition au midi. Les branches horizontales que le tronc noueux de cette espèce fpousse de tous côtés , le i^éndent très^ propre à fonner des haïes et des palissades , et l'on ne peuè que difficilement, par cette même raison ^ l'élever sur un^ aeule tige.

Nous parlerons, à l'article Ostrye, de deux antres espèces qui. pa^ leurs caractères, doivent former un genre distinct.

CHARME NOÏR. (Bat.) Dans quelques départeme/isdù midi, on donne ce nom au tilleul à petites feuilles. (L. D.)

CHARMS. ( IchtkjoV) Suivant Hassdquist , c'wt le nom que ïes Arabes donnent "à. un poisson des côtes d'Egypte; perça agjrptiacd. Voyet Perche et Përsèqûs. ( H. C.)

CHARMUT ( IchthyoL ) , nom spécifique tî'un poisson de là famillç des oplophorés /qui vient d'Egypte , et que Hasselquist

id« cha:

& désigné sous le nom de silurus anguillaris. Voyez MAcaorr^* &ONOTE. ( H. C. }

CHARNU (£o^), Carnosus. Une plante , une racine, une feuille y sont nommées charnues , lorsque leur tissu épais et suc* Gulent est ferme , comme celui de la poinme. La truffe est une plante charnue ; la pomme de terre , la betterave , la bryone , oi^t des racines charnues. On a des exemples de feuilles charnues dans la joubarbe des toits , et ^d'autres plantes sem« blables . désignées par le nom de plantes grasses. On trouve aussi l'application de cette épithète dans le spadix de Tarum y le brou' de la noix , Tarille du muscadier , le placentaire de la rue , lès cotylédons de la fève , le périsperme du ricin et des autres euphorbiacées. Les fruits, succulens , tels que les drupes ou fruits à noyaux , le pyridion , le pepon , la baie ^ sont ordinairepient désigpés sous le nom de fruits charnus. ( Mass. )

CHARNUBI. (Bot.) Voyez Carub, Caroitbiïir. ( J.)

CH AROTE. ( Chasse. } Les oiseleurt appellent ainsi la hotte dont ils se servent pour transporter les instrumens dcfstinés à la chasse des pluviers, et les oiseaux qu'ils ont pris.(CH.D.)

CHARPENE (Bot,) , nom donné , dans quelques provinces méridionales de la France , au charme , earpinus , et qui paroît évidemment dérivé du latin , comme le sont beaucoup d'aiitres dans les mêmes lieux. ( J. )

CHARPENTIER {Ormth.) , nom donné , dans les colonies françoises, aux pics et aux épeiches, que les Espagnols de TAmérique méridionale désignent également sous celui de earpeiUeros , parce que ces oiseaux charpentent les troncs d'arbres. (Ch. D.) '

CHARPENTIERS, ou Menuisijere. {Entom.) On a donné ce nom à l'abeille violette, ou perce- bois, qui fait en effet des trous dans le bois de charpente pour y^ déposer ses œuls, et par suite élever les larves qui en éclosent. Voyez Abeille et Xylocopc. (CD.)

CHARRJëR. (Fauconnerie,) Ce terme 'a deux acceptions r il se dit également de l'oiseau de vol qui ne revient point avec la proie qu'il a saisie, et de celui qui se laisse emporter en la poursuivant. (Ch. D.)

CHARSENDAB, (Bot.) Voyez Ch^woan. (J.)'

N CHARSJUf {BoL) , nom arabe de rartîcfaàùt , suivant Fors-

kaël. (J,)

CHARSS, Charfi, Chares' (jBo^) ,' noms arabes du persil, apium petroselifwm , suivant Da]éehamps.*Ils sont bien diSerens de celui de hacdunis ou baquedounisy mentionné par Forskaèl et M. Delile , dont le témoignage doit être préféré , puisqulla ont été sur les lieux. Le nom ketafs , donné selon eux à Tache , apium graveolens , a plus de rapport avec ceux que cite Dalé« champs, et on peut croire que cVst plutôt à cette plante qu'il faudroit les appliquer* (J.)

CHARTAM (Bo^.) , nom arabe du carthame ou safran bâtard, carthamus tinctorias^ suivant Forskaë'I, (J.)

CHARTOLOGOI NOGOSSUM. {Omith.) Le canard aux ailes en faucille, anasfalcaria^ Linn., est ainsi nommé par lef. Mongols, qui rappellent aussi horonogossum, (Ch. D.)

CHARTREUX. (Bot.) Champignon du genre Agaric, qui croît dans nos environs, et dont les qualités sont suspectes. Paulet, Traité, vol. 2 , pi. 89 , fîg. i-3 , le prend pour le velucati de Vaillant et Vagaricus lecophœus de Scopoli. Cette plante est d'un gris semblable à celui des chats qu'on nomme char^ treux , couleur qui lui est donnée par de petits poils noirs, ou écailles, serrés sur un fond blanc , qui rendent sa surface velue. C'est ce que Vaillant a voulu exprimer par ve^cofi. (Lem.)

CHARUA. {Bot^ Ce nom arabe est donné, suivant Forskaèl, a son riciuus medicus^ qui e^tj selon M. Delile, le même que le ricin ordinaire , ricinut^ commanis , et que celui-ci nomme l:/iaroua. Il est encore indiqué dans la Flore d'Orient de Rauvolf » qui le nomme cerua et kerua. Les noms karctii et karagdsju lui sont donnés dans la Perse, suivant Kannpfer. C'est peut-être aussi la plante que Pernettî , dans son Voyage aux îles Malouines, a vue à Buenos- Ajrres , et dont H p^rle sous le nom de charrua^ sans autre désignation. (J.)

CHARUB (Bo^}, nom arabe du ceralcma^ d'où est dérivé son nom françois, caroubier. (J.)

CHARUECA {Bot,}^ nom espagnol du lentisqne, suivant Mentzel. fJ.)

CHARUL. (Bot.) Suivant Ravvolf, ce nom a été ancienne- 'ment donné, dans le Levant, SLVtpcUiurus» (J.)

CHARUMFEL. (Bot.) Granger, qui voyageoit dans le Levant

.yen 1 73$ , «voU «fiToyé au Jardin 4u Roi , stmê cenom arabe , des graines d^une espèce de basilic du Levant, à odeur et $a« veur d'œi|let : elles levèrent dans le temps , et produisirent une plante qui ne subsiste plus au Jardin 9 et dont le caractère gpé^ cifique ne fut pas constaté. Il faut observer que |e girofle, qui « Fodeur d*œillet, est aussi nommé en arabe eharumfel ou earumfel. Voyez CALAFoa. (J.)

CHASAB (^ot.) , nom arabe de ïaeorus calamus , suivant Mentzel- (J-)

CHAStERET. {Bot.) Voyez Chass. (J.)

CHASALLIA , ou Chassaua. {Bot,) Ce genre, établi par Commerson sur une seule espèce , ne paroit pas devoir être séparé des pœderia* {Voyez PéDéaiB.) Les rameaux du chasaliia sont clabres, ligneux, articulés, garnis de feuilles opposées » lancéolées , glabres , coriaces , acumlnées , rétrécies à leur base en pétioles connivens ; les stipules aiguës, fort petites; les fleurs pédicellées , disposées en grappes droites , terpiinales , à ramifications courtes et opposées -, les pédoncules et les pédicellcjs comprimés ; les calices glabres , à cinq dents ; la corolle tubulée , à cinq découpures courtes et droiies. Le fruit m'a paru être une baie ovale, s'ouvrant à son sommet. Cette plante croît à rile-de-Françe , oii elle a été découverte par Commerson. ( Pom. )

CHASCANON {Bot.) , un des noms grecs de la bardane^ fappa^ suivant Mentzel. (J.)

CH ASI - ATTRALEB , Gasi - Alchaxp* ( Bot. ) , noms arabes du satjyrion des Grecs et de Dalécbamps , qui est la dent-dechien , erythronium dens eanis. ( J. )

CHASIDA. {Ornith.) La. cigogne, çtrà^a ciconia^ Linn. , porte , en hébreu et en persan , ce nom , qui s'écrit aussi hasida , et qui , suivant Gesner, est également donné, dans la première de ces langues , à la huppe , u^upa epops , Linn» (Ch.D.)

CHASJIR.' {Bot,) Forskaèl dit qu'on donne en Egypte ce nom k l'échinope, eahinops s,plueroeephMus , nommé aussi «joJk-e^sjemmelj c'est-à-dire y chardon du chameau , parce que le chameau le mange volontiers , qupiqu'U ^ît très-épineux. (Voyez Chal* CEROS. ) M. Delile , parlant de Veohinops $pinosus , le désigne otts le nom de hluichjr et $ous celui de ohouh-el'gemcl^ dont

il donne la même traduction. Forskaèl a produit encore ailleurs Véchinope sous le nom arabe de djirdama* ( J»)

CHASS ( Bot^) I nom arabe et égyptien de la laitue cultivée , suivant Forskaè*l« Le chass^asfar en est une variété verte» et le chass-ahmar une variété rouge. La laitue est nommée chasœret par Mentzel. ( J.)

CHASS£. En tous temps et chez tous les peuples , Thomme s'est livré à cet exercice , qui , appliqué à la poursuite des bétes fauves , prend le nom spécial de vénerie \ qui , f?xécuté avec des oiseaux de proie , s'appelle fauconnerie , et qui conserve proprement le nom de chasse j lorsqu'on n'emploie que 1^ fusil. Les autres moyens auxquels les chasseurs et les oiseleurs ont recours pour prendre les oiseaux, et les pièges qu'ils leur tendent , ont reçu des dénominations différentes , sous lesr quelles il en sera parlé. ( Cu. 0.)

CHASSE-BOSSE ( Bot. ) , un des noms vulgaires de la lysîmachie ordinaire , lysimackia vulgaris , regardée comme vulnéraire résolutive, bonne pour dissiper, par son application , les tumeurs ou bosses occasionées par des coups ou contusions. ( «T- )

CHASSE-CRAPAUD. ( Omi^?i. ) L'oiseau auquel on adonné ce nom et celui de foule-crapaud , est l'engoulevent , capri-' mulgus europceus , Llnn* ( Ch. D. )

CHASSE-FIENTE. ( Ornith. ) M. Levaillant a appliqué cette dénomination à un vautour d'Afrique , qui est le vulttir fuWus de Gmelin. ( Ch. D. )

CHASSE-MEKDE {Omith.) , nom donné, ainsi que celui de stercoraire, au labbe, larus .parasitieus ^ Lînn., dans la fausse suppositit^n qu'il se nourrissoit des excrémens de l'es» péce de niouefte qu'il poursuit pour lui faire rejeter lisr poisson qu'elle a avalé. ( Ch. P. } •

CHASSE^PUNAISE. (Bo/.) Voyex Cimicaiee. (J.)

CHASSE-RAGE* (Bot.) Voyez Fasse-ragb. (J.)

CHASSER. {Bol.) Voyez Chodib. (J,)

CHASSELAS (Bat.) , vaViété de raisin- Voyez Vi©nb. (L.P«)

CHASSETON. ( Omith. ) On appelle ainsi , en Savoie , Ir grand-'duc.^ strix huho^ Linn. CGh.D.)

CHAST.. ( BpU) Ce nom est donné dans laS^yrie , suivant Rau«> Tcdf , au costus araiieus , opmmun aux environs d'Antioche.(J. )

««^ V CHA

CHASUS (BoL) , nom arabe , selon Dalëchamps, du ciste ^ qu'il nomme ledon , et qui est le cistus monspeliensis de Liniraeus. C'est un de ceux sur lesqueU on récolte une espèce de ladanum. (J.)

CHASUTH, ouKESSUTH (Bot.% noms arabes de la cuscute^ suivant Dodoëns. (J.)

CHAT {IéhdJyroL)j nom spécifique d'un pîmélode, êiturus /elis^ Linn. Voyez PjucéLODE. (H. C.)

CHAT (Mamm.)^ Felis^ Ltnn. Ce nom, dérivé de eatus, a été étendu par les naturalistes , de l'animal domestique , auquel nous le donnons, à tous les animaux qui lui ressemblent par les points principaux de leur organisation.

Il est peu de genres dans la classe des mammifères où Ie& -espèces soient aussi nombreuses que dans celui-ci, et où il soit plus difficile d'en former des groupes pour en faciliter l'étude.

Les chats se distinguent de tous les autres carnassiers par leurs dents et par leurs ongles. Ils sont les seuls qui aient quatre molaires à la mâchoire supérieure ; une tuberculeuse , une carnassière , et deux fausses molaires ; et trois à la mâchoire inférieure; une carnassière et deux fausses molaires. La tuberculeuse n'a point de dents en opposition ; la carnassière supérieure a trois lobes et un petit tubercule à sa face interne et à sa partie antérieure, et la carnassière inférieure est sans talon et à deux lobes. (Voyez Dents et Carnassiers.) Ils sont aussi les seuls dont le^ ongles se relèvent et se cachent entièrement entre les doigts, de manière à conserver leurs pointes et leur tranchant. Du reste « ils ont deux canines et six incisives à chaque mâchoire, et leurs doigts sont au nombre de einq aux pieds de devant, l'interne fort^etit, et de quatre à ceux de derrière ; ces doigts sont très'courts en apparence, parce que la dernière phalange se relève et se cache avec l'ongle.

Ces animaux sont les plus carnassiers de tous les mammifères , etqYioiquerépandnssurlasurfacepresqueentièreduglobe,leur» m^urs seint partout à peu près les mêmes. Doués d'une vigueur prodigieuse, et pourvus des armes les plus puissantes, ils attaquent rarement les autres animaux à force ouverte ; la ruse et l'astuce dirigent tous leurs mouvemens , sont l'âme de toutes leurs actions* Marchant sans bruit) ils arrivent au lieu oùL'esi-.

))oir 3e trouver uîie proie les dirige; ^'approchant en rampant de leur victime ,' et tapis dans le silence, sans qu'aucun mouvement les décèle , ils attendent l'instant propice avec une patience que rien n'altère; puis, s'ëlançant tout à coup , il* tombent sur elle, la déchirent de leurs ongles,, et assouvissent pour quelques heures la soif de sang qui les dévoroit. Rassasiés , ils se retirent au centre du domaine qu'ils ont choisi pour leur empire. Là', d»ns un profond sommeil, ils attendent que quelque besoin nouveau les presse encore d'en sortir. Celui de l'amour, non moins puissant sur leurs sens que celui de la faim , vient à son tour les arracher au repos ; mais la férocité de leur naturel n'est point adoucie par ce besoin , dont la conservation de la vie est cependant le but. Le mâle et la femelle s'appellent par des cris aigus, s'approchent avec défiance , assouvissent leur ardeur en se menaçant , et se séparent remplis d'effroi. L'amour des petits n'est connu que des mères. Le» filMlts mâles sont les plus cruels ennemis de leur progéniture. Il sembleroit que la nature n'a pu trouver qu'en euxmêmes les moyens de proportionner leur nombre à celui de» autres êtres , comme elle n'a pu trouver qu'en nous ceux de. mettre des bornes à l'empire de notre espèce. Telles sont en effet les mœurs du tigre comme de la panthère, du lion comme dn chat domestique.

Cependant ces anîmanx, qu'aucun amour ne peut apprivoiser, sont capables de s'attacher par le sentiment de la recon» noissance. Lorsque la contrainte les force à recevoir des soins et leur nourriture d'une main étrangère , l'habitude fhiit par les rendre confians, et bientôt leur confiance se change en une affection véritable ; elle va même jusqu'à en faire des animaux domestiques : car le naturel des chats est tellement •semblable dans toutes les espèces, que je n'élève aucun doute siîT la possibilité de rendre domestiques le lion ou le tigre comme notre chat lui-même.

Une grande force, une grande indépendance, nuisent, on le sait, au développ^nent des facultés intellectuelles, en les rendant inutiles : c'est toujours le, moyen le plus simple d'aiV' rivcfr au but qu'on préfère. Or, excepté l'homme, les .chats n'ont point d'ennemis qui en veulent à leur vie ; et aucun lies animaux dont ils foat leur proie ne peut leur résbter;

la seule ressource de ceux-ci est dans une promptt fuite. Lem chats ne peuvent point courir avec rapidité : c'est le seul développement de force auquel leur organisation ne se prête pas; et, sous ce rapport, c'est leur seule imperfection, si Ton peut toutefob appeler ainsi la privatûin d'une faculté qui auroit entraîné la dévastation des continenS', et y auroit éteint la vie animale -, car, après avoir vu ce que peut la ibrce d'un tigre poussé par la faim, et Tadre^e ou là légèreté du chat sauvage , il e^ t impossible de concevoir comment les autres animau:^ auroient pu échapper à la mort, si la fuite leur eût été inutile. Le bufle et l'éléphant lui*méme tombent sous la gritfe du Uon, et les arbres les plus éJ^evé^ ne garantissent pas les oiseajux contre les surprises des petites espèces de chats.

Ces'animaux , en effet,, ne montrent jamais, dans l'état sauvage, une grande étendue d'intelligence : aussi, ne les chasse-^ .t-on pas, à proprement parler; on les attaque à force'<wvertç ou par surprise. Leurs ruses ne consistent guère que dans le çileiice et le mystère. Les grandes espèces se retirent dans les forêts épaisses, et les petites s'établissent sur les a^'bres ou dansdes terriers , lorsqu'il s'en trouve de tout faits ; mais chaque individu, se reposant sur lui-même de la ooiiservation dç aoa existence, vivant dans un profond isolement, est privé des resspurces qu'il trouverait dans son association avec d'autres individus , et dés avantages que procurent les efforts de plU^ sieurs . dirigés vers un but commun : non pas cependant que la nature ait donné la force à ces animaux pour restreindre leur intelligence ; lorsqu'ils sont une fois soumis à l'homme , lorsqu'ils sont contraints par sa puissance à vivre dans des circonstances oà ils ne s^ seroient jamais placés d'eux-mêmes, alors leur entendement se développe , s'ac«* croît, et présente des résultat^ tout-à-fhît inattendus. La défiance paroît être le trait le plus marqué de leur caractère r aussi c'est celui que la domiesticité n'efiace jamais tant-à-fait ,. et qui présente le plus d'obstacles quand on veut les apprivoiser» La moindre circonstance nouvelle suffît pour les effrayer , pour leur faire craindre quelque danger , quelque surprisé : il sembleroit qu'ils se jugent comme nous les jugeons nous-mêmes*

Ce naturel calme , patient et rusé , est éQ parfaite harmonie

CHA aoî

jivec les qualités physique» des chats. Il n'est point d'ani* maux dont les formes et les articulations soient plus arron* dies, dont lesmouvemens soient plus souples et plus doux -, et toutes les espaces se ressemblent encore à eçt égard. Quiconque a vu un chat domestique y peut se faire une idée de laphy-- ^ioBomie, de la forme et des allures des autres chats: toua ont, comme lui , une tête rqnde j garnie de fortes moustaches, un cou épais, un corps alongé et presque aussi gros au ventre qu'à la poitrine, mais étroit, et qui peut s'étrécir encore au besoin; des doigts très-courts, des pattes fortes, peu élevées, celles de devant surtout; et la plupart ont une queue asses grande et fort mobile. Ils marchent i^vec lenteur et précaution, et en fléchissant les jambes de derrière; se reploient très-facilement sur eux-mêmes; font usage dele^rs membres, et surtout de leurs pattes de devant, avec une adresse qu'pi^ aime à voir; ils n'ont pas un moiivement dur : lorsqu'ils courent, ils semblent glisser; lorsqu'ils s'élancent, on diroit qu'ils volent.

Les mâles se distinguent des femelles par une tête pltfs forte , plus large, plus arrondie , et par une taille généralement plus grande. .

Leur vue ne paroit pas avoir une portée très-longue ; mais ils voient également bien le jour et la nuit. Leur pupille se dilate et se resserre' suivant la quantité de la lumière; jet l'extrême sensibilité que montre cet organe , tient vraisemblablement à la couleur généralement jaunâtre de la choroïde. Chez quelques espèces, la pupille, en se resserrant, prend unç forme alongée verticalement ; chez d'autres elle conserve constamment celle d'un disque.

Le peu d'étendue du nez n'a pas permis à ces animaux d'avoir ^un odorat trés-fin: cependant ils consultent ce sent avec soin avant de manger , toutes les fois aue quelque odeur vient les frapper, et dans leur premier mouvement d'inquiétude, quand ils n'en connoissent pas la çadie.Les narines sont environnées d'un organe gf^duleux plus petit que celui des chiens.

La langue est revêtue de papilles cornées , qui altèrent sana doute les sensations du goût; aussi les chats dévorent-ils plua qu'il» ne mangent. Leur nourriture ne paroit leur .causer

M- ^ CHA

d'impressions agréables que lorsqu'elle eit descendue *dana leur estomac, tant ils mettent d'empressement à Favaler; ils ne mâchent point leurs alimens, à proprement parler, ils ne font -que les découper en morceauiç assez petits pour passer par l'oesophage , et ils mâchent et avalent sans interruption , jusqu'à ce qu'ils soient repus. Ils tiennent leur proie entre leun pattes de devant, et boivent en lapant. Leurs déjections sont toujours enterrées avec soin : la forte odeur qu'elles répandent pourroit déceler une retraite qui doit être cachée.

* C'est le sens de l'ouïe qui paroft avoir été chez eux le plus favorisé, quoique la conque externe de l'oreille ne soit pas fort développée ; quelques espèces cependant l'ont plus élevée que d'autres; mais «elle est mobile ; son ouverture est très-grande, et elle est remplie de nombreuses sinuosités ; la membrane et la caisse du tympan sont également très -étendues: et, en effet , c'e^t par leur ouïe surtout que les chats se dirigent ; le son le plus imperceptible pour nous les frappe , et c'est an bruit d%s pas de leur proie qu'ils se dirigent à sa poursuite.

Le toucher de toute la surface du corps est très-sensible ; les poils soyeux en sont l'organe extérieur; mais il est surtout développé aux moustaches. Il parottroit que les chats sont habitués à recevoir par ces longues soies de nombreuses impressions; car, lorsqu'ils en sont privés, leurs mouvemens, leurs actions éprouvent un embarras remarquable, qui ne se dissipe que long-temps après. Les pattes sont garnies en- «lessous de tubercules épais et élastiques, qui contribuent à rendre si douce la marche de ces animaux; Le plus grand , qui se trouve à la base des doigts , approche de la forme d'un' trèfle; les autres sont elliptiques, et placés à l'extrémité de chaque doigt, c'est-à-dire, sous la seconde phalange^ la pre* inière , qui porte l'ongle , étant relevée ; et l'on aperçoit , sous les pattes de devant, prè^ du poignet, un tubercule particulier , long , étroit et saillant, qui ressemble à un rudiment de doigt.

Les chats ont en général un»pelage doux*, aussi leun f<^|rrures font-elles un assez grand objet de commerce. La plupart ont les deux sortes de poils : les laineux sont généralement gris , les autres peuvent former à l'animal une robe très-riche. Il y a des chats dont le pelage est jaunâtrer d'autm

^nt gris, noirs, fauve,* le tigre a des bandes transversales noires ; le jaguar est couvert de taches en formes d'yeux ; le guépard a des taches pleines : les uns sont ornés de bandes longitudinales -, d'autres sont tiquetés par un mélange uni-* formç de deux couleurs différentes. En général , le pelage des chats tend à être varié; plusieurs espèces gui, dans leur état • d'adulte, ont une couleur uniforme, apportent une livrée eu naissant, et peut-être que de nouvelles observations étendront cette règle à celles qui' ne nous sont point encore connues dans leur premier âge. Chez quelques espèces , on voit de fortes crinières; chez d'autres , la queue se garnit à son extrémité d'une touffe épaisse , et le lynx a les oreilles terminées par un pinceau de poils, etc.

I^es orgapes de la génération n'offrent rien de très-particulier, à l'extérieur, chez les femelles, qui paroissent toutes avoir quatre mamelles. Dans l'état de repos , la verge du mâle se dirige en arrière; mais elle se redresse dans l'érection, et le* gland est couvert de papilles cornées très-aiguës , auxquelles on attribue les cris de la femelle dans l'accouplement : les testicules sont en-dehors, dans un scrotum étroit. * La voix, dans les grandes espèce^, est un bruit rauque trèsfort, qui se change , dans les petites, en ce que nous appelons le miaulement. Mais, outre ce cri, dont le caractère principal se retrouve chez- les unes comme chez les autres, chaque espèce a plus ou moins la propriété de rendre des sons particuliers, et qui n'appartiennent qu'à elle.

Lorsque ces animaux sont en colère, ils répandent une odeur très-fétide.

Tels sont les traits principaux par lesquels les chats se ca<« ractérisent. On a pu voir , à leur généralité, combien en effet ce genre est naturel , et l'anatomie ne feroit que confirmer cette vérité , en nous montrant encore mieux l'harmonie admirable et simple qui règne entre l'organisation , les mouvemens et les mceurs^^de ces animaux. C'est que , plus on périètre avant dans la nature , plus on découvre ses richesses , plus aussi on s'élève à l'idée d'une intelligence simple dans sa volonté et infinie dans sa puissance, sans laquelle notre entendement nç peut concevoir ni force réelle ni ordre durable.

i^ucua des chats de l'uiçi^n moi^de 12e se rencontre dacs

ao6 CHA.

le nouveau. Les grandes espèces d'Arpiqueparoîssént se frouVéf en Asie ; mais le tigre n*a point dépassé les bassins arrosés parles fleuves qui se jettent dans la mer des Iiïdes.

La grande ressemfblance que toutes les espèces de chats ont entre elles , n'a pas permis , jusqu'à présent , coinitie nous l'avons dit plus haut, de subdiviser Ifeur genre. tJA Seul de leurs organes présenteroit les moyeni de le faire natrfrellfcihent : ce sontlesyeux. Nous avofisvuque chez les uns la pu[iille, à une douce lumière, présente la forme d^un dî^q[ue, tandis que chez d'autres elle présente une fortoe très-alongée. Ce dernier caractère est plus particulièrement propre aux petites espèces de chats, à celles dont l'existence est nocturne, qui passent la nuit à pourvoir à leurs besoins, et le jour à se reposer, tandis que la pupille ronde semble appartenir plus spécialement aux chats diurnes, c'est-à-dire, à ceux qui distinguent très-nettement les objets au grand jour, sans cependant perdre la faculté dé les voir aussi la nuit. Malheureusement les observations n^ont pas été assez multipliées pour que Tèmptoi de ce fcaractère , important d'ailleurs^ puisse conduire h dés résultats fort étendus j il n'a été observé que sur un très-petît noiùbrè d'espèces , et est tout-à-fait inconnu Sur les autres. Pour présenter sous un point de vue général les espèces propres à chaque continent , nous décrirons à la suite l'une de l'autre celles qui se trouvent dans l'ancien monde, et celles qui Se rencotttrent dan» le nouveau ; et comme nous avons pu , à cause de la grande ressemblance des chat^ entré eux , présenter ïes points principaux de leur organisation sous la forme de prbpositions générales, la description des espèces se réduira aux particularités propres à chacune d'elles : *sans cela nous ne pourrions que nous répéter.

"On ne connoît en Europe que deux espèces de chats : . Le CttAT SAuvAGB : Felis' catas , Linn. ; Buflbn , t. VI , Gg. i . Cette espèce est d'un tiers environ plus grande que notre chat domestique. Le fond de sofa pelage est d'un gris foncé jaunâtre sur lequel on aperçoit des bandes noir^s^qui tranchent peu, longitudinales sur le dos, et» transversales sur les flancs, les épaules et les cuisses. La poitrine et le dessous du ventre sont gris-blanc, ainsi que les coins de la bouche; les lèvre» sont hoir&j Ics'pratte* ont une teinte fotive à leur c6té

interne, et la plante est noire j la queue est antielée , et le bout csj noir: mais la plupart de ces caractères paroissent varier ; les seuls qui soient constans, sont le fond gris du pelage, et la couleur noire des lèvres, delà plante des pieds et du boutde la queue.

Le chat sauvage est encore commun dans nos forêts; et c'est en partie à cela qu'il faut attribuer la ressemblance qu'ont avec lui les chats domestiques des campagnes : les femelles privées s'accouplent avec eux, et conservent ainsi dans leur race les caractères primitifs de l'espèce.

C'est du chat sauvage que descendent , comme on sait , les diverses variétés de chat que nous élevons en domesticité. Nos soins n'ont pas produit de grandes altérations sur cette espèce; les poils seuls ont éprouvé quelques changeniens dans leurs couleurs, dans leur finesse ou dans leur longueur. Les membres et les proportions du corps paroissent être restés les mêmes ; et s'ils oiroient des différences, ceseroit dans le nombre des verlèbres de la queue et dans son port, qui est pendant dans le chat sauvage, et relevé dans le chat domestique. Aussi est-ce par les poils que les races de chats se distinguent.

Le Chat domestiqtte , a plante des pieds et a lèvres noikzs , ressemble beaucoup au chat sauvagv par les couleurs, et même par le caractère*, il conserve une t^ès^-g^ande défiance, vit solitaire et caché dans les habitations des campagnes , et ne mnntre quelque familiarité qu'avec lei personnes qu'il voit habituellement et qui le nourrissent. C'est vraisemblablement cetle variété qui nous montre les premiers eâets de la domesticité sur le chat sauvage. La couleur blanche est la première que Tinfluence de l'homme développe , et qui vienne se mêler an gris de l'espèce. Le noir parolt ensuite , et c'est le fauve qui se montre le dernier. L^s chats gris et blancs, gris et noirs, et gris, noirs et blancs, sont les plus communs dans cette variété. Les chats entièrement blancs ou entièrement noirs y sont plus rares, et les roux le sont encore davantage. Au reste, ej^cepté cette dernière couleur, les autres, simples ou 'mélangées , ne caractérisent point communément des variétés. Sous le seul rapport dee couleurs, on admet comme^ telles :

Le Chat dIEsfagne, dont le pelage est entièrement roux 4>u composé Â'VM mélange de blanc , de roux et de noir. Les

io8 CHA

lèvres et la plante des pieds sont couleur de chair. Oa dit que les mâles -n'ont jamais plus de deux couleurs.

Par la considération de la nature des poils j on admet deux autres variétés :

Le C^AT DES Chartreux, dont les poils sont très -fins, et généralement d'un beau gris d'ardoise uniforiçe ; ses lèvres et la plante de ses pieds sont noires.

Le Chat d'Angora , qui se distingue par ses poils longs et soyeux: ceux du ventre descendent quelquefois jusqu'à terre, et ceux du cou forment une large fraise; mais les poils de la tête et des pattes restent courts. La couleur de ces chats est communément blanche ; on en rencontre cependant de gris , de fauves , de tachetés , etc. Leurs lèvres et la plante de leurs pieds sont constamment couleur de chair.

C'est du mélange de ces diverses races que proviennent nos chats communs.

Le rut des chats se montre ordinairement au printemps et en automne, et la portée est de deux mois environ. Les petits, au nombre de cinq ou six , naissent les yeux fermés ; ce n'est qu'après le neuvième joue que les paupières s'ouvrent : ils tettent pendant très^long-temps. La mère en a le plus grand soin : celles qui ne sont pas très-privées les cachent avec beaucoup de précautions , et les emportent dès qu'elles croient qiTils ont été découverts ; petit à petit elles leur apprennent à manger en leur apportant des souris ou des oiseaux. A dix-huit mois, ils oi^ à peu près acquis leur entier développement , et dès la première année ils peuvent s'accoupler ; mais ce n'est guère qu'à la seconde qu'ils deviennent féconds. Les chats produisent pendant toute leur vie , qui ne va pas au-delà de douze à quinze ans.

On connoît l'extrême propreté de ces animaux, leur souplesse et la grâce de leurs jeux , la manière dont ils expriment leur contentement et leur affection , leur patience à guetter une proie ; les ravages que quelques-uns commettent dans les campagnes par la destruction des cailles , des perdrix , des lapereaux; leur facilité à monter aux arbres, et à dénicher ou à surprendre les oiseaux ; les plaisirs . qu'ils trouvent à se coucher sur ce qui est propre- et douillet ; les effets singuliers quç certaines odeujrs produisent sur eux y la sortç de

CHA i»c5>

iureur avec laquelle ils se roulent sur le ncpeta cataria , qui de là a pris 1^ nom d'herhe aux chats ; leur profond sommeil ) la propriété qu*a leur poil d'être électrique parle frottement i en un mot , toutes les qualités qui leur sont naturelles oi^ acquises. Cependant , même à ces divers égards ^ il est diiiîcile de rencontrer deux chats qui se ressemblent entièrement. L'éducation les diversifie à Tinfini : si les uns ^ont des fripQQé incorrigibles, d'autres vivent au milieu des ofîices et de^ basses-cours sans~étre jamaif tentés de rien dérober, etl^oj^ ei;iL voit qui suivent leur maître comme le feroit uu chien. Ce hau^ dfgré de domesticité de certains chats est sans contredit T^xenir pie le plus remarquable de la puissance de l'homme sur les animaux, de la flexibilité de leur nature, des ressources nombreuses qui leur ont été données pour se ployer aux circonstances , et pour se modifier suivant le$ causes qui agissent sur eux. Je ne crois jpas, en effet , qu'excepté chez les chats ^ nos soins aient développé entièrement et presque créé unç qualité nouvelle dans nos animaux dbmestiques : nous avo^s étendu, perfectionné celles qu'ils avoient reçues de 1^ nature , et surtout celle qui les porte à l'afifection. Avant l'état où nous les avons réduits j ils étoient entraînés par un sentiment naturel à vivre avec leurs semblables, à s'attacher les uns aux autres, à s'entr'aider mutuellement- Nous ne sommes devenus pour eux, en qiielque sorte , que d'autres indiv^us de leur espèce : seulement nous avousprls sur ces animaux yempire qu'auroient pris, m^is à un i^oindre degré, les individus qui parmi eux auroient été }f» plus heureusement organisés. Les chats étoient pouces ,p^r jleur naturel à vivre seuls i une profonde défiance . les suivoit partout., rien qc les portoit à s'attacher à notre espèce ; on n'ape^evoit en eux aucun germe de sentimens afTectM^ux,: et cependant quelques races sont profiqfndémeut domestiquas,-, et ont un besoin extrême de la société des hommes. C'est surtout chez les femelles que ce besoin-là se manifeste : aii^sJL je' serois disposé . à trouver l'origine de leur don^sticité dans l'afiection de celles-ci pour leurs petits ^ et- il .est à' remarquer que les mâles sont beaucoup moins dépeiid^nui qu'elles*' Il sembleroit que la domesticité de ceuxrci ikç .p^riicipe que de celle de leur xnère, n'^i pour cause que Vxsk^ 3. ' '14

fluence que sa nature, modifiée par nous, a exercée sur ïa leur , rt non point cette disposition profonde et îndestruc* tible sur laquelle, par exemple , est fondée la sociabilité du thien.

' La domesticité des chats ne semble pas remonter i des

temps trés-éioignés, en Europe du moins. Il paroitroit qul&

ics Grecs les connoissoient assez peu ; Aristote n'en a dit que

'quelques mots , et il en est de même des autres auteurs d^

ce temps qui ont traité de Thistoire naturelle : cependant ils

étoient communs chez les Egyptiens. Mais d'où ce peuple les

connoîssoit-îl ? Ces animaux ont été transportés par les Euro-

"péens dans toutes les contrées de la terre , et ils n'ont

•éprouvé qu'une légère influence de la diversité des climats.

Bosmann dit que sur les 6Mes de Guinée ils sont encore

comme ceux de Hollande ; les racesM' Amérique , qui parois-

tent venir des chats d^Espagne, sont toujours les mêmes

^ue les n6tres , et ceux de llnde et de Madagascar n'ont

point éprouvé de chaiîgemens importans : on dit seulement

que dans cette lie , une variété de chat ^ui s'accouple avec

les autres , a la queue tortill^. Quant à l'animal domestique ,

-k oreilles pendantes, qui se trouve à la Chine, et qu'<m a

'regardé comme un chat domestique , il est douteux quïl

^soit réellement un chat. Pallas parle aussi , dans ses Voyages,

d'un animal , qu'il dit être un Chat , dont la couleur est d'un

iauve très- clair, qui est peu domestique encore , et qui a >e

museau effilé, et la queue garnie d'iin.potl couché commue

'les plumes d'tin oiseau , etc. ; mais ces caractères sont trop

'vagues et trop singuliers pour qu'il soit permis de regarder

-cet animal comme unfe variété de l'espèce qui nous t>ccupe.

■ ^ Le Lyi^ : Fefts lynx , Linn. ; BulTon , t. IX , p. 21. La

•grandeur de cet animal est d'environ deux pieds et demi ; son

^lage en-dcsâus est d'un roux tirant sur le fauve et marqué de

Saches brunes assez distinctes , surtout en été ; le dessous du

«orps est blanc; les poils en général sont assez longs, et forment

une fourrure épaisse , particulièrement autour du cou ; la

«quetie est longue de six pouces ,.la base en est fauve , et l'ex-

^rëmîté noiire , \(le manière que ces couleurs y occupent à peu

-près une égale étendue ; les oreilles sont termintéei par un

-pinceau de poils uçirs.

CH4 «'t

Le lynx âe trouve dans toutes les parties septentrionales de Taneien monde. Il paroît que du temps des Romains il étoit assez commun en France ; aujourd'hui il y est très-rare : cepen dant on le rencontre encore dans les Pyrénées , d*où il descend quelquefois dans nos départemens méridionaux. On le trouve aussi en Espagne ; il est plus commun en Allemagne , et surtout dans les pays du Nord , où sa fourrure fait vn objet de commerce. Les Latins paroîssentravoir connu sous les noms de chanta y de ehaus, de lupus cervarius.

C'est un animal fort destructeur: sa taille moyenne lui donne déjà assez de force pour attaquer les cerïs , les chevreuils , et il conserve encore assez d^agilité pour snivre les petit» animaux jusque sur les arbres.

• L'Asie est beaucoup plus riche en espèces de chats , que TËurope^mais quelqnes«unes lui sont communes avec TAfriquer celles qui lui appartiennent exclusivement, sont :

Le Tigre : Felis tigris^ Linn»; Ménagerie du Muséum, in-foL Cette espèce est, avec le lion, la plus grande et la plus puissante de ce genre. Sa taille commune est d'environ cinq à six pieds, de l'origine de la queue au bout du museau , et de trois ou quatre pieds à l'épaule : la queue a trente ponces. La couleur du corps est jaune , avec des bandés transversales noires ; la queue est couverte d'anneaux alternativement noirs et jaunes ; le bout est aoir : les pupilles sont rondes. La femelle ressemble au mâle. Cet animal ne se rencontre que dans les Indes orientales , dans la presqu'île du Gange , le Tonquin , le roycuime de Sîam , la Cochinchine, et dans les îles de la Sonde : Marsden dit qu'on en trouve à Sumatra. H

La force prodigieuse et les goûts sanguinaires du tîgre en ^nt fait la terreur des pays qu'il habite. Excepté l'éléphant , aucun animal ne peut lui résister^ Il emporte un bœuf dans aa gueule presque en fuyant, et l'éventre d'un coup de griffes. On ne sauroit peindre avec des couleurs trop fortes «a férocité, les ravages qu'il cause, l'effroi qu'il inspire; mais tout ce qu'on a dit de son naturel intraiEal)le , de la fureur qui l'agite sans cesse, du besoin insatiable qu*ll a de répandre le sang , de son insensibilité aux bons trai- .èemens, de s^n ingratitude envers ceux qui le soignent,

»i2 QHA

n'est qu^un tissu d'exagérations ou d'erreurs. Sous tous ces rapports , le tigre ressemble aux autres chats. £n général , on l'apprivoise aussi aisément que le lion; il devient trés-familier avec ceux qui le nourrissent , et il les distingue de toutes les autres personnes; lorsqu'il n'a aucun besoin, et qu'on ne l'effraie point 9 il reste tré»-calme , et dés qu'il est repu il passe presque entièrement son temps à dormir ; il aime à recevoir des caresses ,.et i% répond d'une manière très-douce et très*expressive : il ressemble beaucoup , dans ce cas, au chat domestique ; il voûte de même son dos , fait le même bruit , se frotte de la même manière , en un mot , a les mêmes dispositions naturelles. Notre ménagerie en a possédé plusieurs^ et tous ie-res" sembloien t par les mœiirs ^ comme par les proportions du corps , la grandeur et le pelage.

Il seroît naturel d'attribuer à la foiblesse du chat domestique son caractère timide et caché , ses allures souples et rampantes; le tigre cependant, malgré sa force , lui ressemble encore à cet égard. "Vyillarnson, dans son ouvrage sur les Chasses de ripde , représente un tigre, qui s'^approche d'un village pour y ravir sa proie : il est tapi contre terre, et s'avance à pas lents , "(avec une inquiétude d!être découvert que tout en lui décèle. Son courage ne se montre pas mieux lorsqu'il est attaqué ouvertement. On trouve dans le Voyage des Pères Jésuites à Siam, le récit du combat d'un tigre contre trois éléphans, dans lequel l'^uiimal féroce se laissa vaincre , pour ainsi dire, sans se défendre : il chercha d'abord à faire quelque résistance ; mais, dès qu'il sentit le danger, il se tint dans le plus grand éloignement de ses ennemis , qui le tuèrent bientôt après sans aucune peine.

Si dans quelques occasions on a vu des tigres attaquer leur proie avec audace et témérité , comme il seroit difficile d'en douter d'après ce qu'ont dit des voyageurs dignes de foi , ces animaux étoient sans doute poussés hors de leur natureji par unef faim violente,; dans ce cas-là , leur aveuglement paroîtroit extrême. Grandpré rapporte avoir vu un tigre s'élancer a l'eau , et s'avancer à la nage pour attaquer et enlever un homme 4e son équipage.

On a vu , à Londres , un tigre mâle et un tigre femelle s'ao^ ooupler et produire. I^a pprtée fut de cent et quelques jours»

CHA . ~ai5

et le petit qui naquit ressembloit à ses parens : seulement les teintes n'étoient pas aussi tranchées ; le fond du pelage étoit plus grisâtre » et les bandes plutôt brunes que noires. Ce petit étoit de moitié moins grand qu'un chat domestique , et sa tête paroîssoit démesurément grosse.

. Le tigre rugit d'une manière très-violente , et qui approche de celie du lion ; et il se fait surtout entendre après avoir mangé. Lorsqu'il menace , il jette un cri court, mais fort ;' au contraire , on peut être toujours s^r qu'il éprouve un sentiment -doux et paisible, lorsqu'il vous approche avecunsouffiement qui ressemble un peu au bruit qu'on fait lorsqu'on éternue.

Un de^ tigres de Ja Ménagerie avoit appris à se procurer lui-même les jouissances de l'accouplement. Pour cela, il s'accfoupissoit , pressoit ses organes génitaux avec ses pattes de derrière , et remuoit la croupe.

Les anciens connoissoient cet animal. Arîstote en dit quelques mots , et Piine raconte une histoire fabuleuse sur la manière dont on parvient à s'emparer de ses petits. Les ambassadeurs- indiens, qui vinrent renouveler alliance avec Auguste, lui firent présent d'un tigre, et c'est le premier de ces animaux qui fut vu à Rome. Depuis , Hëllogabale , ayant voulu paroitre en public avec les attributs de Bacchiis , fit venir des Indes deux tigres pour les atteler à son char.

Le Guépard : Felis jubata^ Linn. ; Schreber, fig. CV. Le guépard , autrement le tigre chasseur , paroît être à peu près de la grandeur de la panthère. Le fond de son pelage est blanc jaunâtre, et il est couvert de taches noires rondes ^ entièrement pleines, d'un pouce, de diamètre, et séparées les unes des autres par un intervalle d'une semblable étendue; le dessous du corps est presque blanc; une bande noire règne dt l'œil au coin de la bouche -, la queue , qui descend jusqu'au bas des jambes, est couverte de taches noires; et de longs poils , placés au-dessus du cou , forment à cet animal une sorte de crinière.

Le guépard se trouve dans toute l'Asie méridionale. II se laiss:e facilement apprivoiser, car on le dresse pour la chasse. Il paroît que pour s'en servir à cet effet on le conduit en croupe, et. lorsqu'on est à la portée du gibier > on le

4i4 CHA

lâche; alors il s'élance, et en deux ou trois bonds il a saiil sa proie. C'est un animal que les naturalistes ne connoissent encore que très-imparlUtement , et dont on n*a point de bonnes figures.

Le Mêlas ; Felis mêlas j Péron. Il est de la grandeur d'une panthère, et entièrement noir. Cependant, lorsqu'on le regarde dans un certain jour, on aperçoit des taches plus noires encore , et semblables aussi à celles de la panthère. Notre Ménagerie en a possédé un qui venoit de Java , et aroit été ramené en France par rexpédition de Baudin. C*étoit un mâle ; il étolt devenu très - familier. Sa pupille conservoil toujours la forme ronde. Il est mort d^excès de graisse.

Knox , dans sa Relation de Ceylan , parle de tigres noirs ; et l'on trouve , dans le Journal de Physique , la description d'une panthère noire du Bengale. On ne peut guère rapporter aces animaux qu'à l'espèce du mêlas. Mais le mêlas lui-même 3ie seroit-il pas une variété noire de la panthère P II paroit ^ue dans ce genre ces sortes de variétés sont celles qui se forment des premières.

Le Chat DE Java. Il est plus grand que notre chat domestique* 6a couleur est fauve-clair en-dessus et blanchâtre en-dessous , avec des tâches brunes trè^marquées ; celles du dos sont alon^- Ç4^s et disposées sur quatre lignes ; une tache partant de l'œil et allant en arrière se recourbe pour faire une bande transverse sous la gorge, que suivent , sous le cou, deux ou trois autres bandes. Ce chat , dont la dépouille se trouve dans notre Muséum , a été rapporté de Java par M. Leschenault , et il a déjà été décrit par M. G. Cuvier dans le tome IV de ses Recherches sur les Ossemens fossiles des quadrupèdes.

Le même voyageur avoit rapporté de Java une autre espèce de chat, grand comme un petit chat, dont le pelage étoit d'un gris sale , avec de Nombreuses petites taches noirâtres un peu alongées. N'est-ce pas à cette espèce que se rapporte le chat sauvage de l'Inde, de Wosmaer, pi. XIII? Il pourroit être confondu avec le marguay; mais il est plus gris., et a des taches plus petites.

L'Asie possède , sslAs aucun doute , beaucoup d'autres chats qui ne se rencontrent point ailleurs. Plusieurs voyageurs en ont indiqué , mais trop vaguement, pour qu'elles aient pu

CtfA. »♦

t^tre inscritM au nombre des espèces de ce genre. LhviUiet parle d'un chat ii^re du Rengaie } Vincent Marie ^ d'un oiial qui approcheroit de notre serval y et qu'au Malabar oa noior^ meroitsenral et maraputé. On dit qu'à Ceylali il y â des tigres de la grandeur du dogue , dont le pelage est blanc ^ rayé de faune. Buffon (Swppl.» t. III) puldie, d'après Edwards, •!« ëgure d'un chat à pinceau de poil skux oreilles 9 et à trèsn longue queue 9 qui viendrolt du Bengale; et Pallas décrit im-^ parfaitement un chat de la Mongolie , sous le nom de feU^ manuU

Toutefois, les chats que nous venons de décrire ne sont pas les seuls qui se rentontrant en Asie ; plusieurs espèces sont communes à cette contrée et à l'Afîique , et ce sont ellea qui vont actuellement nous occuper, #

Le LiQN : Felis Uoy Linn. ; Ménagerie du Muséum, in-foU jl est peu d'animaux sauvages qui soient plus connus que celuici, et qui aient eu des historiens plus célèbres: aussi, Je me bornerai à exposer d'une manière très -succincte les points principaux par lesquels il se caractérise , et ye renverrai aux auteurs qui en ont parlé, pour tout ce qui sera relatif à la peintui^e des traits ou des mœurs, aux vues générales ou aux diseussions critiques. Buffon a représenté, dans un langage qui est devenu classiifue , le lion tel qu'il se présente à notre esprit, dans sa beauté, dans sa force, dans sa noblesse, daoa ses actions ; M. de Lacépède a rempli la même tâche pour la lionne, dans la Ménagerie du Muséum d'Histoire naturelle; et M. G. Cuvier, dans le même ouvrage, a rappelé tout ce que^ les anciens connoissoient sur ces animaux. J^ous ajouterons seulement qu'en lisant Buffon il faut se défendre de la magi^ de ses expressions, et toujours avoir présent à la pensée que les couleurs qu'il emploie pour peindre le lion , sont plutôt puisées dans le sentiment que cet animal inspire commune^ ment, que dans sa véritable nature : non pas que les faits' d'après lesquels ee sentiment s'est établi soient précisémentfaux ; mais la plupart ont été. présentés sous un faux point de vue , et ont donné naissance â de fausses idées. Le lion resaemble k tous les autres chats par son caractère comme par scm organisation ; et s'il a acquis une réputation de gêné-. iQsité, de noblesse, d'âévttion, cela tient à quelques circohs^

tances, mal appréciées, de ses actions : la noblesse el la pins» ianee paroissent s*allier si naturellement, que nous commençons toujours par les réunir.

Le lion est k peu prés de la grandeur «du tigre , c'est-à* dire qu'il a cinq à six pieds de long, de l'extrémité du museau à*rorigin« de la queue, et trois ou quatre pieds de hauteur au garrot; sa queue est longue, et terminée par un pinceau de poils, el toute la partie antérieure du mâle est garnie d'une ibrte crinière , dont la femelle est privée. Sa couleur est entièrement d'un fauve sale -, la pupille a constamment la forme d'un disque. Un des traits caractéristiques du lion, est la ma- «lière dont il porte as tête; ilia tient généralement élevée,. ce qui donne à sa ph3^sionomie quelque chose d'ouvert , de franc, ^l'on ne remarque point suria physionomie des autre» chats. Mais ce port de tête particulier n'a pas d'autre cause que l'épaisse crinière de son cou. La femelle , qui a le cou nu , tient sa tète presque au niveau de son dos , comme les antres chats, et le jeune lion ressemble , en ce point , tout-à-fait k sa mère»

Ces caractères sont plus particulièrement ceux du lion de Barbarie ^ car il paroît qu'il existe plusieurs races de lion , si ce n'est plusieurs espèces. Les lions du Sénégal et des partie» les plus chaudes de l'Afrique ont une crinière assez peu fournie , et leur couleur est d'un fauve plus pâle. Les anciens: paroissent avoir connu une race dont la crinière se com* posoit de poils très -frisés; et il existe, -dans le centre de l'Asie , des lions sans crinière r Olivier a assuré en avoir vu* de tels à Bagdad. Les anciens parlent de lions noirs et de lions de plusieurs couleurs. Quoi qu'il en soit, ce sont le» lions d'Afrique qui sont les mieux connus des naturalistes, et qui ont fourni l'histoire de l'espèce. Ils sont communs dans les ménageries. On les apprivoise quelquefcH» facilement; maisîl est des ipdividus qui restent toujourà intraitable». Noire Muséum en a possédé plusieurs , et M. de Lacépède a pubHé ^histoire d'une lionne qui a donné des petits, et qui par- là» ft fait connoître an des points principaux de l'histoire de sonespèce. Cette lionne et un bon de la même portée avoicnt été élevés ensemble , et vivoien^t dan» la oMilleure int«lli-> ^Ace tant qu'il» nemangeoieni pas ; mais il falloit le»s^arer Ituâi^aa leur dazmoit leur nouintuse i d^a» ce moinenl ils

se dëfioîent l'un de Taulre, et se menaçoîent par des crîs violens. A Tàge de six ans, la femelle entra en chaleur, et le lion la couvrit. C'étoit la nuit surtout qu'ils se lîvroient à leur amour. Le. lion devenoit furieux, et ses mouvemens étoient H yiolens , les bonds qu'il faisoit dans sa loge étoient si im* pétueux , qu*on fut obligé d'en renforcer les' cloisons. La première portée ne rénssit paft. Après deux mois de gestation un avortement eut lieu ; deux petits naquirent , mais ne vécurent point. Vingt jours après , la femelle redevint en chaleur; le mâle là couviit cinq fois dans un Jour , et au bout dé cent huit jours elle mît bas trois petits bien portans, quiavoient' les yeux ouverts. Cette femelle a fait cinq portées , et elle en auroit fait davantage , sans doute, sans la perte de son mâle. Les lions nouveau -nés, mâles et femelles, se ressemblent entièrement. Le fond de leut* pelage , d'un roux grisâtre, étoit coupé par un grand nombre de petites bandes brunes transversales , très-distinctes de chaque côté du dos et vers Torigine de la queue; et une ligne noirâtre régnoît tout le long de l'épine. La queue n'étoit point terminée par un flocon de poils ; sa longueur étoit de € pouces*, et celle du corps de 12 pouces. Après une année, les jeunes lions ont acquis la taille d'un chien de moyenne taille. A la troisième ' année, la crinière commence à pousser aux mâles, et 41 pa* roit qu'ils ne sont complètement adultes qu'à la cinquième ou à la sixième; mais à cette époque ils liront point encore entièrement perdu leur livrée. Leur vie peut s'étendre jusqu'à quarante ans^.

Ainsi que la chatte , la lionne avoit le plus grand soin de ses petits ; elle les léchoit sans cesse , ne les quittoit point , et les entretenoit dans une grande propreté. Cependant une profonde inquiétude l'agi toit souvent ; il sembloit qu'un instint secret l'excitât à vouloir les porter dans des lieux cachés , et loin de la vue des hommes ; elle les prenoit entre ses dents , et, dans un grand*état d'agitation, les promenoit pendant de9 quarts d'heure entiers , ce qui a occasioné la mort de plttsiears. Son gardien , qui , datis tout autre temps , pouvait entrer dans sa loge avec elle, n'osoit plus le faire dès qu'elle avoit mis bas.

L'allaitement duroît six mois4lfcnvifui » après lesquels le

11^5 CïtX

rut se faisait de aouveau seatir. Aucun des petits nés dan» notre ménagerie ix'a vécu au - delà d'un an ; c'est à cette époque que les canines se développent , et le travail ée la dentition paroît êtxe fort dangereux pour Ie& lions. Pans nos climats y quelques précautions pour élever les lionceaux aeroient nécessaires : la prii^cipale consisteroit à les tenir trèschaudement et de manière qu'ils ne fussent point plongés dans l'atmosphère humide et mal sain de toutes nos ménageries.

Le lion rugit ordinairement après avoir maogé , et lorsque le temps est à l'orage. Ce cri particulier n'aj^nonce point un état violent : il semble plutôt accompagner une inquiétude vague , que partagent bientôt tous les autres lions, dès qu'elle se manifeste ; car , aussitôt que l'un commence à rugir, tous, les autres l'accompagnent^ et les femelles rugissent comme les mâles. Quand le lion sent les premières atteintes de la colère, il agite sa queue, et il en frappe avec une grande force lorsqu'il entre en fureur. C^endant il ne s'en sert point ofiensivement, comme on l'a dit: ses griffes et ses dents lui rendent le secours de cet organe très-inutile. Ce n'est pas non plus à force ouverte qu'il cherche sa proie : excepté peut-être Jorsqu'une faim violente le pousse, il ne s'en approche qu'en se cachant, et ne l'attaque que par surprise. M. 9arrow, qui a si bien étudié les aaimaux du Cap , dit : « Cet animal est a traître ; il est rare qu'il attaque ouvertement; il s'<^mbusque « jusqu'à ce qu'il puisse sauter sur sa proie ^ Spartnann raconte qu'un jour un Hottentot yit un liOn qui le suivoit, ei qui n'attendoit que le moment où il s'arréteroit pour l'attaquer. Il marcha donc jusqu'à ce qu'il fût arrivé dans un lieu très-escarpé -, là il se plaça à l'abri de l'escarpement , et , rêvé-* lissant son bâton de son habit, et de son chapeau, il le tint élevé au-dessus de sa tête. Le lion , qui crut le moment convenable, s^élança, et se cassa les reins au fond d'un précipice..

Ou écarte la nuit ces animaux en allumant du feu, quoique ce ne soit pas toujours un moyen sûr de les efifrayer. Les chevaux ^ les bœufs les sentent de fort loin, se rassemblent et se serrent les uns contre les autres , en éprouvant un tremblement général^ et en poussant des cris lamentables. Les chiens éprouvent aussi en leur présence le plus grand eÊTroi, mais ils gardent l^* ^ilciice. La chasse des itfim ipt très-'-dangereufte : onse réunit .ea.

^a&d Nombre pour les attaquer-, mais le plus souvent on leur tend des pièges.

Les lions ont'été très-connus des anciens. On en a vu parottre jusqu'à cinq cents à la- fois dans les cirques de Rome, et on en a apprivoisé plusieurs au point de pouvoir les atteler. Maro^ Antoine se montra au peuple romain dans un char traîné par deux lions.

Ces animaux étoient autrefois plus répandus qu'ils ne le sont aujourd'hui. On en trouvoit d'une très-grande taille dans les contrées qui sont actuellement connues 90US le nom de Turquie d'Europe, et ils étoient communs dans l' Asie-Mineure. On n'en rencoi^re plus guère que dans quelques parties de la Perse et de l'Iode, et dans l'Arabie. Chardin dit cependant qu'on en trouve dans le Caucase; mais ce pourroit être une erreur. Leur véritable patrie est aujourd'hui l'Afrique : ils y sont -abondamment répandus, depuis l'Atlas jusqu'au cap de Bonne-Espérance, et depuis le Sénégal et la Guinée jusqu'aux côtes de l'Abyssinie et du Mozambique.

La Panthère: Felis pardus fLinn,; Ménagerie du Muséum in-fol. C'est un des animaux qu'on a le plus souvent oecasiofi de voir. La longueur de son corps est de trois pieds environ ', et sa queue descend jusqu'au bas de ses jambes. Ses pupilles conservent la forme d'un disque, et sa voix ressemble au bruit de la scie.. La panthère est remarquable par son beaif pelage fauve jaunâtre, avec des taches noires, en forme d'yeux ou de roses sur les côtés, mais pleines sur les membres. Le ventre et les parties ^férieures des cuisses et des jambes sont blancs , avec quelques taches noires. Il est a remarquer que Je nombre des taches q^i se suivent transversalement sur chaque flanc, est de cinq ou six: c'est par ce caractère qu'on distingue la panthère du léopard et du jaguar.

Cette espèce a les mœurs du chat : elle attaque les petites espèces de gazelles ou les petits quadrupèdes, et poursuit jusque sur les arbres ceux qui peuvent y chercher une retraite; elle y monte également pour fuir les dangers. Willamson en représente une , dans ses Chas^s d'Orient, montée sur un arbre pour se soustraire à une meute qui la poursuivoit. Les panthères sont communes en Afrique , et elles étoient très-cbifnues de» anciens. Les Grecs leur donnaient le nom.

a^o CHA

éepardalis^ et les Latins celui de panthera, th en dis tin gû oient de deux espèces , les unes plus grandes, les autres plus petites ^ suivant Oppîen ; et Cicéron , dans ses Lettres à Atticus , parle de panthères d'Afrique et de panthères d'Asie, comme étant d'espècçs différentes. L'une étoit peut-être l'espèce suivante :

Le Léopard ; Felis Uopardus , Linn. C'est dans notre Ménagerie qu'on a appris à distinguer cette espèce de la précédente. M. G. Cuvier en a fait connoître ley caractères ; il» consistent dans le nombre des taches qui se suivent en lignes transverses sur les flancs de l'animal , et ce nombre est généralement de neuf ou dix. Du reste, le léopard ressemble à la panthère par la taille , par les mœurs et par tou| le reste des organes; mais on ne connoît pas encore très - exactement la patrie du premier. Il est vraisemblable qu'il est commun à l'Afrique et à l'Asie. Comme jusqu'à ces derniers temps on a confondu ces deux animaux, il n'est pas possible de désigner celui qui se trou voit anciennement dans la Thrace, suivant Xénophon, ni de dire auquel des deux on doit rapporter ce qu'on raconte des panthères qui, aux Indes, servent encore, de nos jours, à la chasse, et qu'on conduit, les yeux bandés, dans de petits chariots, jusqu'à la vue du gibier; alors on leur rend la liberté et la vue; elles s'élancent, en quelques sauts se saisissent de leur proie , et, après] s'être repues de sang, se laissent reprendre et attacher de nouveau. On n'a aucune bonne figure du léopard.

Le Caracal : Felis caracalj Linn. $ Buffbn , t. IX, pi. 24. Le caracal est à peu près de la grindeur du lynx d'Europe , c'est-à-dire qu'il a deux pied's six pouces environ du houi du museau à l'origine de la queue ; celle-ci a près de quinze pouces. Sa couleur est d'un roux vineux qui pâlit aux parties inférieures du corps ; on voit sur les cuisses quelques bandes transversales d'un roux un peu plus foncé, mais peu apparentes^ le dessous de la mâchoire inférieure est. blanc , et les oreilles noires, surmontées d'un pinceau de poils de la même couleur. Schaw dit que dans quelques individus le ventre est tacheté. Il •paroît qu'au premier regard le caracal frappe par ses oreilles • noires, ce caractère ayant souvent servi aux voyageurs pour le désigner.

Le caracal est connu dans la partie septentrionale de

^Afrique 5 en Fers% , et dans TArabie. C'est lui qui a reçu le nom de pourvoyeur du lion , parce que , suivant quelqfuefoii cet animal pour se repaître de ses restes , on a supposé qu'k aUoit à la découverte-, i'avertissoit de la présence d^une proie , et que le lion, par.reconnoissance, lui en laissoit une portion. '

Cette espèce est vraisemblablement celle que les anciens connoîssoient sous le nom de lynx : JEÀien dit que les oreilles du lynx sont. terminées par un pinceau de poils ^ et l'animal auquel nous donnons aujourd'hui ce nom , et qui a aussi ce caractère, portoit le nom de ckama ou de chaux chez les Komains, et ne paroît pas avoir été connu des Grecs.

Lé Chairs : F élis chaus^ Guld. No*'- Comm, Petfop, ^ lo, ann. 1776, pag.453,pl. 14, 16. Cette espèce a été découverte dans les vallées marécageuses du Caucase par Giildenstedt; et Bruce paroît en parier comme d'un animal d'Abyssinie, sous le nom de chat botté. Le chaus, ou lyiw: des marais, se rapproche en cfifet du lynx par le pinceau de poil de ses oreilles. Sa couleur est d'un gris iaunàtre , et l'on vois quelques taches brunes sur, les parties postérieures et sur leê cuisses; le dessous du corps est blanchâtre, suivant Bruce ^ lâcheté de rouge, et la queue est annelée dcnoir à son extréjnité. Le derrière des quatre pattes est noir, ce qui lui a valu le nom que âruce lui a donné. Cet animal approche aussi de la taille du lynx et du caracal, avec lesquels il pourroit former une petite famille , si le pinceau des oreilles étoit pour cela un caractère suiiisant; il a entre deux pied« et deux pieds six pouces de longueur; sa queue descend jusqu'au talon; elle a un pied. C'est cette espèce de chat dont Olivier parle 30US le ilom àefelis libycus , et qu'il a fréquemment rencontré en Egypte, Bruce dit qu'il fait surtout la chasse aux pintades , et^e met en embuscade pour les surprendre; il ajoute qu'il se jette même sur le chasseur qui le presse trop vivement. Comme tous les autres chats de sa taille 4 on le voit souvent monter aux arbres^ et y surprendre les oiseaux. Gtlldenstedt ]'a vu faire la chasse aux oiseaux aquatiques , et guetter les gre* nouilles et les poissons,

Les espèces dç chats cpnnus des naturalistes, et exclusive nei^t propres à l'Afrique, sont en fort petit nombre. Le doc-

la panthère, et qu'elles ne vont guère au-delà de quatre ea ligae transverse ; Ton vit ensuite que le jaguar acquéroit une taille qui approchoit de celle du lion : sa longueur est d'environ quatrepieds, et sa hauteur de deux pieds et demi ; sa queue a trente pouces. Dès ce moment, on eut des caractères fixes et précis, que M. GeoWroy , qui les avoit reconnus , décrivit dans le tome VI dés Annales du Muséum. Cet animal a vécu plusieurs année!»; il étoit très-doux, aimoit beaucoup à lécher les mains : il est mort des suites d'un abcès qui s'étoit ouvert sous sa mâchoire inférieure. Son pelage étoit d'un fauve jaunâtre sur toutes les parties supérieures du corps; le dessous du cou, le tour de la gueule, le ventre, l'intérieur des cuisses et des jambes, étoient d'un beau blanc. Les taches étoient noires, pleines, et de forme alongée , le long de l'épine ; en forme de rose , avec un ou plusieurs points au milieu , sur les côtés et sur les flancs ; pleines sur la tête , le cou , les épaules, les cuisses, les jambes^ en lignes transversales, sous le cou et sur la poitrine -, grandes et pleines, sous le ventre et à l'intérieur des jambes. La queue étoit tachetée, et le bout en étoit iH>îrj^ les oreilles, assez petites, avoient une bordur^iboire. Le dessus du nez étoit fauve et sans taches, et les commissures des lèvres noires. Les pupilles restoient toujours rondes. Sa voix ressembloit à une aorte d'aboiement rauque, et, d'après M. d',^lzara, il paroîtroit que , lorsqu'il menace , il souffle à peu près comme le c^<(. domestique. L'animal que les académiciens représentent sous le nom de tigre, me paroît être un jaguar.

C'est à ce célèbre voyageur que nous devons' quelques particularités exactes sur les mœurs du jaguap à l'état sauvagQ. Beaucoup d'autres historiens de l'Amérique Ont parlé de cet animal, mais ils'n'ont donn^que des détails insignifians ou de. faux récits, qu'une critique, tant soit pep sévère, ne peut admettre. Il faut placer parmi ces derniers , comme le fait observer M. d'Azara, l'histoire rapportée par Sonuini d'un jaguar qui les suivi! pendant, plusieurs jours , e} qui fuyoit avec tant de prompi,itude,. dès qu'il ^e vpyoit mettre en >oue, qu'on ne put le tirer ; et ce qy'il ajoute ensuite du tamanoir qui étouffe le jaguar en le serrant dans ses pattes, ou qui le déchire avec fes griffes.

Cet animal a Içs mg^ujs 4e t^us les autres chats -, lorsqu'U,

m est p«i. poussé paf uâe faim violente, il est d'iihe défiance • extrême, et n!attàque sa proie que par surprise et surtout la nuit: mais sa force est prodigieuse. M. d'Azara raconte qu'il peut emporter un cheval, et traverser à la nage, avec cette proie, une rivière large et profonde^ Il habite les lieux couverts et les grandes forêts , et se cache dans les cavernes ; il . attaque les hommes, et n'est pas effrayé par le feu : car plus d'une fois des Indiens qui. environnoient de grands i brasiers, ont 4té attaqués par lui. Lorsqu'une troupe d'animaux ou plusieurs hommes passent à sa portée, c'est toujours sur le dernier qu'il s'élance*

Il se nourrit de toute espèce de gibier, et s'avance dan^ l'eau pour attraper le poisson, qu'il aime, dit-on, beaucoup* J'ai essayé une fois d'en faire manger à l'individu de notre Ménagerie , mais il le refusa; ce qui, au reste, neseroit point une preuve que le jaguar ne peut pas s'en nourrir : on sait qu'un animal mange toujours de préférence les alîmens auxquels il est habitué, et depuis long -temps le nôtre n'étoit nourri que de viande^

M. d'Azara dit que la femelle est semblable au mâle , et qu'elle met au monde deux petits qui ont le poil moins lisse que les adultes , ce qui est général pour tous les mammifères. \

'La^ Espagnols et les Indiens le chassent avec leurs lacets , qu'ils lancent si adroitement, en courant à toute bride, ^ qu'à cent pas ils enlacent ^^l'ennemi qu'ils poursuivent , et le mettent hors d'état de se défendre. Ils le chassent aussi avec des meutes nombreuses ; alors l'animal monte quelquefois aux arbres pour se soustraire à leur poursuite, et il s'élance sur le chasseur qui le presse trop vivement , ou qui n'a fait que le blesser. Des Indiens sont assez hardis pour aller attaquer ce puissant animal corps à corps , armés seulement d'une lance. Il paroît qu'ils s'enveloppent un bras avec une peau de mouton , au moyen de laquelle ils évitent la première atteinte du jaguar, et, au moment où celui-ci s'élance , ils lui enfoncent leur arme dans la poitrine : mais tôt ou tard ils sont victimes de leur témérité.

Cette espèce donne naissance à des variétés noires et à àt% races albines. M» d'Azara en parle , et M* Geoffroy a rapporté 8. ih

une peau de jaguar noire du Portugal. C'est de cette Variété que Marcgrave a parlé sous le nom de jâguarété.

Les peaux de jaguar sont assez recherchées. Il fut un temps «ù elles faisoîent un objet de commerce fort considérable ; mais le nombre de ces animaux a diminué, et Ton en tue beaucoup moins aujourd'hui.

Le Cougouar : Felis dUcolor , Linn, ; Buffon , t. IX , pi. XÏX. M. d'Azarâ , qu'on citera toujours , dés qu'on parlera des animaux qu'il a décrits , dit que cette espèce de chat a près de quatre pieds de longueur, ce qui la rapproche beaucoup, pour la taille , de Fespéce précédente. Sa queue a yingt-4iit pouces 9 et elle est de la hauteur de TanimaL Sa couleur, aux parties supérieures , est d'un fauve sale semblable k celuS du lion de Barbarie ; aussi a-t-il reçu le nom de lion d'Amérique. hes parties inférieures sont plus pâles ; le rentre est cannelle , et l'intérieur des cuisses est blanchâtre. Le museau , à l'endroit des moustaches , est noir , ainsi que le derrière des oreilles^ dont le bout est aussi noir , et l'intérieur blanc. La mâchoire inférieure et les lèvres sont blanches ; il y a une tache blanche au-dessus de l'angle antérieur de l'œil , et une autre au-dessous de cet angle.

Malgré sa grandeur, cet animal paroft être encore plus défiant que les autres chats ; il n'ose attaquer que les petits animaux , et n'est guère plus dangereux que le chat sauvage , dont il a presque les mflsurs. Il se tient de préférence dans les lieux remplis de broussailles, et monte fréquemment aux arbres, d'où , dit-on , il descend d'un seul saut ; ce qui seroit le contraire des autres espèces de ce genre. Il menace aussi en sou£ELant, et exprime son contentement par le bruit sourd que font entendre nos chats domestiques lorsqu'on les caresse^ Quand il ne mange pas toute sa proie , il en cache les restes avec soin, ou dans la terre bu sous la paille , et va les retrouver lorsque la faim le presse de nouveau.

La femelle met bas deux ou trois petits , qui , à dix-huit anois, ont trente-quatre pouces de longueur. £lle ne diffère .point du mâle, et quelquefois ils chassent ensemble. Ils aimenC particulièrement le sang, ce qui fait qu'ils tuent beaucoup plus ^d^animaux qu'ils n'en mangent. C'est une habitude qu'ils parta* gent avec la plupart des petits carnassiers; et l'on a envisagé ces

CÎÎA «7 '

àbilttàUk ^oii un point de vue très-faux, lorsqu'on à prétendu établir sur ce fait qu'ils étoient plus féroces et plus cruels que les espèces qui ne tuent chaque fois qu'un animal : les uns et les autres ne cherchent également qu'à assouvir leur faim et à satisfaire leilr appétit. Un cougouar qu'on avoit châtré , étoit devenu , au rapport de M. d'Azaf a , extraordinairement gras^ et sa paresse étoit fort grande; mais il s'étoit très^appri- Voisé: iin'étoit dangereux que pour la volaille , et il ne cherchoit point à s'échapper et à recouvrer sa liberté; ses manières étoient entîèretnent celles du chat domestique, soit qu^fl guettât ^aproie^ soit qu'il mangeât^' soit qu'il se mît en colère.

Tel est le cougouar décrit par M. d'Azara. Notre Ménagerie en a possédé deux qui ne lui ress^mbloient pas entièrement. Ils étoient moinA grands , et , quoique très-adultes , ils n'ont jamais •cquis plus de trois pieds de longueur sans la queue, et plus de dix-kuit pouces de hauteur; la queue avoit au moins vingt jpouces. Le bout du museau étoit blanC, comme le dessous de la mâchoire inférieure ^ et les taches noires et blanches de laface, dont parle M. d'Atara, étoient peu apparentes dans lef individus que i^ai examinés. Lorsqu'ils étoient jeunes , ils étoient couverts de taches d'un fauve plus foncé que leur pelage^ et à peu près semblables, pour la forme et pour le nombre , à celles de la panthère. Ces taches ont en partie disparu aVee l'âge , et c'est sur les pattes de derrière qu^elles se sont conservées le plus long'^tempSé Leur pupille étoit ronde.

Ces animaux, extréinement doux 5 surtout pour leurs gardiens, avoient, comme le dit M. d'Azara de ceux qu'il a vus, toutes les habitudes de nos chats domestiques.

VO cr&LOT i Felis pardalis j Linné ; Buff. , v. XIII, pL 35 et 56. le Gbibi60ua2ou de d'Azara. L'ocelot est une des plus jolies espèces de ce genre. Sa longueur est de trente-quatre pouces environ^ sans la queue qui en a douze, et sa hauteur à peu près de dix-huit. Le fond de son pelage , gris*roussàtre sur le dos, est marqué de bandes longitudinales noires de chaque côté de l'épine^ et fauves bordées de noir sur les c6tés ; la queue, blanche en^^lessous, a des taches noires en-dessus^ semblables à celles du dos«

Les parties inférieures du <*orps sont blanches, avec deâ taches noires, plus grandes et de forme irrégulière entre lef

pattes de devant; la nuque a quatre bandes noires qui com* mencent entre les oreilles et descendent survie cou; le derrière des oreilles est noir , et l'intérieur blanc. De la partie postérieure de Fœîl naît une bande noire qui s'unit, au-dessus de l'oreille, avec une autre bande qui vient des n^oustaches^ M. d'Azara , de qui nous tirons cette description , observe que ces couleurs varient, qu'elles ne sont pas aussi marquées sur tous les individus, et que l'on trouve des chibigouazous plus petits les uns que les autres.

Ces animaux s'apprivoisent aisément , et ont toutes les mœurs du chat domestique. Ceux que M. d'Azara a vus déposoienf leurs excrémens dans l'eau qu'on leur donnoit à boire. Ils sont très-difficiles à prendre, se tiennent cachés dans les brQus^ailles les plus épaisses, et ne sortent que la nuit* Leurs yeux ont la pupille alongée, comme je m'en suis assuré sur un individu qu'a possédé notre Ménagerie. Il paroft que le mâle et la femelle vivent dans le ipéme canton , et que celleci met bas deux petits. Ce sont des animaux qu'on rendroit très- aisément domestiques. M. d'Azara en a vu un qui étoit libre ,' qui aimoit son maître, et qui ne cherchoit point à s'é-> chapper t il n'avoit conservé de son premier état que le goût de la rapine. L'ocelot se rencontre abondamment au Paraguay*

M. G. Cuvier pense, contre l'avis de M. d'Azara, qu'on devroit regarder comme une espèce différente de celle que nous venons de décrire , le tlatco^celoll de Hemandez , qui se distingue par des taches plus petites et plus nombreuses que celles du chibigouazou. Ce seroit cette espèce que Buffon auroit représentée sous le nom de jaguar, tom. IX, pi. id, etSuppL III, pi. 39 ; Schreber, dans sa planche Cil ,- et Pennant, dans sa planche XXXI , fig. 1 . Cette espèce seroit plus commune au Mexique.

Le Ltnx du Canada : Felis eanadensis^ Geoff.; Buff., SuppL III, p. 44* La longueur de cet animal est d'environ deux pieda et demi , et sa queue a quatre pouces ; mais la longueur des poils la fait paroître plus courte. Ses mœurs sont celles de tous les chats. Les adultes sont d'un gris blanchâtre en-dessus, quelquefois sali par une teinte jaunâtre ; la queue est grise à sa base, et noire à son extrémité ; le dessous du corps est blanchâtre , ainsi que la face intérieure des membres. Les poils

sont remarquables par leur longueur et leur épaisseur, et donnent à cet animal un air lourd et trapu qui sVcarte un peu de la physionomie caractéristique des espèces de ce genre. Les individus jeunes ont quelques taches brunes, parce que les petits naissent vraisemblablement tachetés. Les oreilles sont terminées par un long pinceau de poil, ce qui lui a fait donner le nom de lynx. Cette espèce se trouve dansTAmérique septentrionale.

Le Chat cBRVzfiRr Felis rufa , Guld. ; Schreber , p. 109. Cette espèce^ est un peu plus petite que la précédente ; sa tête et son dos sont roux-foncé, avec de petites mouchetures d^un brun noirâtre ; sa gorge est blanchâtre ; sa poitrine et son ventre sont d'un blaiic roussâtre, et les membres de la couleur rousse du dos, avec des ondes brunâtres légères; la lèvre supérieure a quelques lignes noires sur un fond blanc roussâtre ; le nez est aussi roussâtre , et il y a un peu de blanc autour de l'œil ; les oreilles sont terminées par un pinceau de poil.

Cette description est celle qui a été faîte par M. G. Cuvîer, sur rindividu du Muséum. La queue a cinq à six pouces de long. Cette espèce paroit moins s'avancer vers le nord que la précédente.

Le Serval : Felis sen^al^ Linn.; Ménag. du Mus., in-fol. On connoissoit cette espèce de chat depuis fort long-temps ; les académiciens en avoient donné une bonne figure sous le nom de chat-pard , et c'est peut-être cette espèce que BufFon a décrite aussi sous le nom de serval : mais il le croyoit des Indes orientales , et on n'avoit eu aucun renseignement sur la patrie de l'individu que notre Ménagerie a possédé, et que M. G. Cuvier fait cennoître dans la description des animaux de cet établissement. Les académiciens avoient aussi laissé ignorer la patrie de leur chat-pard. C'est à M. d'Azara qu'on doit de savoir que le serval dont nous parlons ici est originaire de l'Amérique méridionale , et particulièrement du Brésil. Sa taille est celle du chat sativage , et il en a aussi les goûts , les mœurs , les habitudes. Sa couleur est fauve endessus, et le dessous du corps est blanchâtre ; de nombreuses taches noires sont répandues partout. La queue descend jusqu'au talon; sa longueur est de neuf pouces : quant à la couleur, elle est comme le reste du corps ; le bout en est noir.

2lo CVLk

L^ndlvidu qu'a possédé la Ménagerie , ëtoît très-féroce ; il avoit appartenu à des montreurs d'animaux qui s'étoient plu à l'irriter , comme il leur arrive toujours, dans l'espoir d'ez« citer davantage la curiosité publique.

L'Iaguarondi : Felis jaguarondi; d'Azara , Voyage-, pi. X. Il a environ trente pouces de longueur, et sa couleur est par tout le corps d'un noir brun , à reflets blanchâtres. Les poils sont alternativement annelés de noir et de blanc. La queue descend jusqu'au bas des jambes. Il paroitroit, d'après ce que dit M. d'Azara, que la pupille conserve toujours la forme d'un disque. Cet animal habite les bords des forêts , et a toutes le» mœurs des petites espèces de chats.

Le MarguaY : Felis tigrina , Linn. ; Buffbn , tom. XIII , pi. 38, Cette petite espèce, dont la longueur ne va guère au-delà d'un pied , est gris jaunâtre en - dessus , blanchâtre ' en^'dessous , avec des taches noires alongées. On voit sur sa iéie deux lignes brunes qui vont des yeux à l'occiput. La queue est annelée irrégulièrenient de noir et de fauve. Jl se trouve dans l'Amérique méridionale.

L'Eyra î Felis e^a. C'est encore à M. d'Azara que les naturalistes doivent la connoissance de cette petite espace de chat , dont la longueur ne va pas au-delà de vingt pouces i la queue en a onze^ Tout le pelage est d'un roux-c]air, excepté la mâchoire inférieure , une petite tache de chaque côté du nez, et les moustaches qui sont blanches. Ses mœurs et ses habitudes sont celles des chats doifiestiques. Les f^nfielles mettent au monde deux ou trois petits.

.Le Paibros ou Pampa ; Felis pajeros. Son corps a vingt pouces environ de longueur , et la queue dix. Son pelage doux est remarquable par sa longueur ; il est d'un brun-gris très-clair en-rdessus et blanc en-dessous. On voit sur le doa et les côtés d^s bandes brunes longitudinales, et sur les parties inférieures des bandes transversales , également brunes ; mais toutes ces taches soiH très-peu sensibles. Ce chat paroît habiter de préférence les climats tempérés de l'Amérique ménV dionale. M, d'Azara dit ne l'avoir jamais rencontré en-deçà du 3o.' degré. Il habite les lieux découverts.

On trouve encore beaucoup d'autres chats indiqués comme appartenant à l'Améi^icjue i mais , n'étant point décrits coui^pa^

CHA. »3i

rativementavec les autres , et n'ayant jamais été figurés, tout ce que nous pourrions en dire auroit assez peu d'intérêt.

Ainsi M. d'Azara parle d'un chat de la grandeur de notre chat domestique , qui est entièrement noir. Molina désigne un chat fauve , couvert de petijtfS^ taphe^ noires, auquel il donne le nom de guigna; et il nomme co^^oio iin autre chat blanchâtre 9 ave%ies taches irréguUères , poires et fauves. Buffon a donné , dans ses Supplémens, tom. 111 , planche 43 , la figure d'un grand ch^t qu'il nomme chat sauvage de la Nouvelle- Espagne, dont le -pelage est hlaochâlre ei tacheté de noir. Le même auteur parle d'un chat de la Caroline qui a des rapports avec le serval , et .Pennaat a dél:rit un chat de montagne qui ressemble aussi aufclis iigriwi. De nouvelles observations «ont nécessaires pour faire connoître l'histoire de ces animaux, dont l'existence, comme espèces particulières, est encore conjecturale.

Chats fossxi.es. M. G. Cuvier a reconnu , parmi les fossiles

qu'on trouve dans quelques cavernes de Franconie , et prin-

. cipalement dans celles de Gaylenreuth, des os qui paroissent

avoir plus de rapports avec ceu^ du jaguar, qu'avec ceux

d'aucune autre espèce de chat, f

Chat. Ce nom a souvent été donné, accompagné d'un autre noio, à diverses espèces du genre Chat et à des mammifères étrangers à ce genre. Ainsi, on a nommé Chat bisaah et Chat PB CoNSTANTiNoruB, la gcncttc j Chat musqué, la civette ; Chas éPiNBDx, le coendou ; CuAT-MAaiN , un phoque ; Chat volant et Chat-singe-volant, ungaléopithèque, etc.; et l'on ajippelé Chat AC&iNiÈas, le guépard; Chat-farp, le serval $ Chat a oebille woiRBf le caracal, etc. (F.^C.)

CHATA. {Omith.) Voyez Cata. (Ch. D.)

CHATAF. (Orf^ith.) Les Hébreux désignoient soua ce nom et sous ceux de chatas et chaurag , les hirondelles considérées génériquement. (Ch. D.)

CHATAIGNE {BoQ , fruit du châtaignier. On donne ce nom k d'autres graines qui ressemblent k la châtaigne ordinaire, soit par la substance farineuse ou pâteuse qu'elles contiennent, soit par la nature coriace de leur enveloppe intime» Ainsi , la màcre , ùrapa , que l'on mange , est nommée ehà" iaigne d'eau ^ diâtmignc cornue^ parce qu*elle croit dans l'eau t

a3. CHA

et que son fruit est entouré de quatre pointes ou eomes. Le brabey, hrabeiumj est la châtaigne sauvage du cap de Bonne- Espérance* Une espèce d'acacia, mimosa scandens^' à gousses très-grandes et à graines orbiculaires comprimées, souvent larges de deux pouces , et couvertes d'une peau solide et coriace, que l'on connoît sous le nom de.^eœur de saint Thomas , porte aussi celui de châtaigne de m«ii On nomme châtaigne du Brésil y des graines contenues dans le fruit d'un grand arbre de l'Amérique méridionale, décrit par MM. Hnmboldt et Bonpland, sous le nom de hertholletia, et rappelé dans le Supplément du quatrième volume de ce Dictionnaire. (J.) CHATAIGNE D'EAU. (Bot.) Voyez Maceb. (L. D.) CHATAIGNE DE MEH. (Echinod.) C'est le nom que , par suite d'une ressemblance aasez grossière , on donne , dans plusieurs provinces de la France, aux oursins. (De B.)

CHATAIGNE DE TERRE. {Bot.) Voyei Tereb-Noix. (L. D.)

CHATAIGNE NOIRE. {Entom.) Geoffroy a désigné 90iia ce

nom un petit insecte noir, voisin des criocères, dont le cor^

selet et les ^lytres sont hérissés d'épines. Voyez His^ noiab*

CHATAIGNIER {Bot.) , Castonca, Tôurnef, genre de plantes dîcotylédoiles , apétales diclînes, de la famille des amentacées, Juss. , et de la monoécie pol^andrie^ Linn. , dont les principaux caractères sont les suivans : fleurs monoïques , disposées en chatons très-alongés , grêles; quelques femelles occupant la base du chaton , et les fleurs mâles garnissant le reste de son étendue. Chaque fleur mâle en particulier, est composée, d'un périanthe à cinq divisions, et de douze étamines ou environ. Chaque fleur femelle présente un périanthe d'une seule pièce , denté au sommet, tout hérissé en dehors d'écaillés subulées ; trois ovaires supérieurs , dentés à leur sommet, et terminé s chacun par six à huit styles. Le péricarpe est formé par le périanthe, qui prend de l'accroissement après la floraison, et qui renferme une à trois noix, vulgairement nommées châtaignes , contenant chacune une seule graine farineuse* ^

Ce genre ne renferme que deux espèces, qui forment des arbres ou des arbrisseaux à feuilles simples et alternes.

1.* Châtaignier commun; Castaneavutgaris^ Lam., Dict.eBC«,^ 2 , p. 708 ; NouVf Duh^m.; 3^ p. 66 ^ t. iç^. «Cette espèce ^t ui^

grand arbre dont le tronc devient souvent très-gros» Ses tA" meaux sont garnis de feuilles alternes , oblongues-iancéolées , pétioiées , glabres des deux côtés , luisantes en-dessus , bordées de grandes dents aiguës : ces feuilles sont longues de cinq k sept pouces , et larges d'un pouce et demi k deux pouces. Les chatons naissent dans les aisselles des feuilles supérieures des jeunes rameaux ; ils sont grêles , presque aussi longs que les feuilles. Le pollen qui s'échappe des nombreuses fleurs raàles est abondant, et répand une odeur; forte. Aux fleurs femelles qui, en petit nombre , garnissent la partie inférieure de chaque chaton, succèdent des fruits arrondis, hérissés de nombreuses pointes piquantes, et contenant chacun une, deux ou trois châtaignes. Les fleurs de cet arbre paroissent au commencement de Tété, et ses fruits sont mûrs vers le mîHeu de Tautomne.

Le châtaignier commun croît naturellement dans les forêts de l'Europe , principalement dans les lieux montagneux , et il se retrouve dans une grande partie des Etats - Unis d'Amérique. On en connoit deux variétés principales, l'une qui est l'arbre sauvage venant spontanément dans les bois, et une autre dont les fruits, améliorés par la culture, sont récoltés comme alimentaires. Cette dernière variété présente elle-même plusieurs sous-variétés qui ont reçu chacune un nom particulier dans les pays où l'on cultive beaucoup de châtaigniers, et dont la plus estimée est celle dont la châtaigne , connue sous le nom de marron , est très-peu ou point du tout aplatie , presque entièrement ronde, grosse, et d'une saveur très-agréable.

Au temps de. Pline, les Romains connoîssoient déjà huit variétés de châtaignes qui portoient toutes des noms différens, et dont les meilleures venoient de Tarente et de Naples. Selon le même auteur, les premières châtaignes étoient originairesde Sardes, ce qui ne doit s'entendre que de celles améliorées par la culture : c'est de là que le nom de glands sardiens leur avoit été donné par les Grecs ; et ceux-ci appelèrent même par la suite glands de Jupiter ceux de ces fruits que la culture avoit le plus perfectionnés. Cependant il paroît que les châtaignes étoient peu estimées à Rome, et Pline, à ce sujefc» trouve surprenant qu'on fit si peu de cas d'un fruit que la ««ture avcût pris tant de soin de mettrf à couvert. On pré-

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féroit d'ailleurs les manger rôties que cuites de toute autre manière 9 et dans les temps de disette on les réduisoit en farine pour en faire une sorte de pain.

J^e châtaignier ocpupe un des premiers rangs parmi les arbres de nos forêts ; il a un port majestueux j et parvient quelquefois à une grosseur prodigieuse. D'après le témoignage de plusieurs voyageurs , il existe un arbre de cette espèce sur le mont £tna, en Sicile, qui surpasse, sous le rapport de la grosseur, tous les autres végétaux connus, même les baobabs d'Afrique. Jean Houel (dans son Voyage, fait en 1776, aux Iles de Sicile , de Malte jet de Lipari, voL 2 , pag.'79 , pi. 1 14) a donné ainsi qu'il suit l'histoire et les dimensions de cet arbre merveilleux : « Nous partîmes d'Aci-Reale pour aller voir le châtaignier q.u'on appelle des cent chevaux.. . •..•.«•• Nous passâmes par Saint-Alfio et Piraino, où les arbres sont communs , et où l'on trouve de superbes futaies de châtaigniers. Us viennent très-bien dans cette partie de l'Etna , et on 1^ y cultive avec soin : on en fabrique des cercles de tonneaux , dont on fait un commerce assez considérable/... La nuit n'étant pas encore venue , nous allâme& voir d'abord le fameux châtaignier, objet de noire voyage. Sa grosseur est si fort au-dessus de celle des autres arbres, qu'on ne peut exprimer la sensation qu'on éprouve en le voyant. Après l'avoir bien examiné, }e commençai à le dessiner.... Je continuai le lendemain à la même heure, et je. le finis totalement d'après nature, selon ma coutume. La représentation que j'en donne est un portrait fidèle. J'en ai fait le plan, afin de démontrer la possibilité qu'un arbre ;iit cent soixante pieds de circonférence. Je me £s raconter l'histoire de cet arbre par les savans du hameau. « Cet arbre s'appelle châtaignier des cent chevaux , à cause de la vaste étendue de son ombrage. Ils me dirent que Jeanne d'Aragon , allant d'Espagne à Naples , s'arrêta en Sicile , et vint visiter l'Etna , accompagnée de toute la noblesse de Cutané .* elle étoit à cheval , ainsi que toute sa suite. Un orage survint; elle se mit sous cet arbre, dont le vaste feuillage suffit pour mettre à couvert de la pluie cette reine et tous ses cavaliers. C'est de cette mémorable aventure , ajoutent^ils , que l'arbre a pris le nom de châtaignier des cent chevaux ; maïs les savans qui ne sont point de. ce ham^eau- prétendent

que jamais aucune Jeanne d'Aragon n'a visité TEtna , et ils sont persuadés que cette histoire n'est qu'une fable populaire.

« Cet arbre si vanté , et d'un diamètre si considérable , est entièrement creux, car le ehàtaîgnier est comme le saule t il subsiste par son écorce ; il perd en vieillissant ses parties intérieures, et ne s'en couronne pas moins de verdure. La cavité de celui*ci étant immense, des gens du pays y ont construit une maison où est un four pour faire sécher des châtaignes i des noisettes, des amandes, et autres fruits que l'on veut conserver : c'est un usage génial en Sicile. Souvent, quand ils ont besoin de bois , ils prennent une hache, et ils en coupent à l'arbre même qui entoure leur maison; aussi, ce châtaignier est dans un grand état de destruction.

« Quelques personnes ont cru que cette masse étoît formée de plusieurs châtaigniers qui , pressés les uns contre les autres, et ne conservant plus que leur écorce, n'eli paroissent qu'un seul à des yeux inattentifs. Ib se sont trompés ; et c'est pour dissiper cette erreur que fen ai tracé le plan géométral. Toutes les parties mutilées par les ans et la main des hommes m'ont paru appartenir à un seul et même tronc; je l'ai mesuré" avec la plus grande exactitude, et je lui ai trouvé cent soixante pieds de circonférence. ^

L'attention et le soin avec lesquels le voyageur cité décrit cet arbre , et l'inspection de la figure qu'il en a donnée , ne permettent pas de supposer qu'il soit formé de la réunion de plusieurs troncs; et, ce qui doit surtout faire croire le contraire, c'est que Houel dit positivement qu'on trouve dans les environs plusieurs autres arbres de la niême espèce, très-beaux et très-droits, qui ont trente-huit pieds de tour, et qu'un d'eux en a jusqu'à soixante*quinze. Quel âge peuvent avoir 'de tels arbres ? c'est ce qu'il est bien difficile d'éclaircir: en supposant, toutefois, que chaque année leurs couches concentriques se soient accrues d'une ligne en épaisrseur, ce qui est peut-être beaucoup trop (car on sait que, lorsque les arbres ont acquis une certaine grosseur, leur iiccroissement se ralentit extraordinairement) , le châtaignier aux cent chevaux auroit trois mille six cents à quatre mille ans ^ mais il est probablement beaucoup plus vieuxi,

Le plus gros châtaignier que Toa connoîsse en France , par oit être celui qui existe dans le département du Cher, près de Sancerre « cet arbre a trente pieds de circonférence à hauteur . d'homme. 11 y a six cents ans, dit-on , qu'il portoit déjà le nom de gros châtaignier. On lui suppose mille ans d'âge. Son tronc est parfaitement sain , et il rapporte , chaque année , une quantité immense de fruits.

Le châtaignier étoit autrefois, dit-on, plus commun en France qu'il ne Test aujourd'hui. On en trouve encore des forêts dans les Vosges , le Jura , les montagnes des environs de Lyon, les Pyrénées, les Ce venues, le Limousin, et le Pérîgord. Les collines sablonneuses des environs de Paris en sont couvertes.

Cet arbre se plaît sur le penchant des coteaux , dans les terres

légères et caillouteuses qui ont beaucoup de fond ; il languit

dans Celles dont le tuf est à deux ou ttois pieds de profondeur^

^ et il ne peut venir ni dans un sol marécageux ni dans celui

qui est calcaire.

Le châtaignier ne se multiplie que de graines; on n'est pas dans l'usage aujourd'hui de le provigner, ainsi qu'il paroît qu'on lé faisoit au temps de Pline. On sème les châtaignes ou pour former des taillis et des forêts , ou pour faire des pépinières destinées à fournir des sujets pour greffer les meilleures variétés , dont on fait usage comme alimentaires.

Lorsqu'on veut convertir en un bois de châtaigniers un terrain inculte, il faut commencer par couper toutes les broussailles , par arracher toutes leurs racines , et ameublir ensuite la terre par deux labours profonds, dont le dernier se fait au moment de pratiquer le semis, 11 y a deux époques pour semer les châtaignes: la première pendant l'automne, peu de temps après la maturité du fruit, et la seconde à la fin de l'hiver, lorsque les plus fortes gelées sont passées. En semant en automne, on a à craindre les mulots, les campagnols, qui souvent font un grand ravage dans les semis pendant l'hiver; mais cependant cette époque est plus favorable, parce qu'elle est plus naturelle : en outre elle dispense du soin de mettre les châtaignes en jauge dans du sable , où l'on en perd beaucoup , parce qu'elles y moisissent ou se dessèchent , ou que , venant à , germer, elles demandent par suite plus de précaution, au moment de les mettre enterre, afin de n'en pas briser le germe»

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On dt)it toujours choisir pour semer les plus grosses elles meil-» leures châtaignes. On les place de trois sillons en trois sil-* ions, à la distance de trois pieds, deux ou trois ensemble, et lorsque tout le champ est convenablement garni de semences, on y fait passer la herse afin de les recouvrir de terre* Les sarclages et les binages sont indispensables pendant les deux ou trois premières années, afin d'extirper les mauvaises herbes^ et les empêcher d'ëtou£fer les jeunes semis. Au bout de trois ans la plantation ne demande plus de soins particuliers : les arbres sont assez forts.

Pour faire une pépinière de châtaigniers , il faut choisir ua emplacement dont la nature du sol leur convienne , et qui soit , autant que possible , abrité des vents par des haies vives ou par des arbres. On dispose le terrain par planches de six à sept pieds de largeur , après l'avoir rendu biea meuble par des labours sufiBsans. On trace ensuite, à six pouces les unes des autres, de petites rigoles de deux pouces et demi à. trois pouces de profondeur; on y place les châtaignes une à une , en les écartant de trois pouces les unes des autres , et on les recouvre de terre au moyen du râteau. Avec les soins ordinaires pour les pépinières, le semis peut rester en place pendant deux ans ; mais , à la fin de la seconde année , les jeunes châtaigniers ont besoin d'être transplantés dans une autre paitie de la pépinière , où on les place à deulc pieds les uns des autres en tout sens. C'est là qu'ils doivent rester quatre ou cinq ans, jusqu'à ce qu'ilq^ aient acquis assez de force pour être plantés à demeure.

Les châtaigniers sont bons à mettre en place quand ils ont acquis sept à huit pieds de haut , et cinq à six pouces de tour par le bas. Ces arbres sont de nature à prendre un grand accroissement , et doivent être plantés à des distances ' proportionnées à l'étendue des rameaux qulls pourront avoir un jour ; ce n'esf pas trop de les mettre à trente ou quarante pieds les uns des autres. Quand 00 doit les greffer^ il faut leur couper* la tête en les plantant, parce qu'on obtient par-là un nouveau jet de jeune bois sur lequel il est plus facile de pratiquer la greffe en flûte , seule espèce de greffe qui soit en usage pour les châtaigniers. Ceux qu'pn ne greffe point s'élèvent davantage ; ils atteignent à la hauteur

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des plus grands arbres des forêts: mais leurs fruits sont rzifé^ ment aussi gros et aussi abondans que ceux des Cbàtaignier» greffés*

La transplantation de ces arbres , aussitôt après la chute des feuilles , est de beaucoup préférable à celle qu'on ne fail qu'en février et mars. A la première époque , il est plus facile d'avoir le choix, du jour , et Ton peut prendre par conséquent le moment où la terre n'est ni trop mouillée ni trop sèche i comme la terre s'affaisse naturellement pendant Thiver , elle alunit plus intimement aux racines ; l'eau des pluies filtre plus facilement à travers un terrain nouvellement remué, le pénètre plus profondément, et y entretient une humidité salu* taire aux racines des arbres. Lorsqu'on diffère , an contraire , la transplantation jusqu'à la fin de l'hiver , l'humidité ft!éf happe plus facilement d'une terre fraîchement .remuée, et s^il ne survient pas de pluies , l'arbre , planté dans un sol plus ou moins sec , y languit faute d'une nourriiure convenable, que ses racines, encore peu unies à la terre, ne sauroient y puiser^

Le châtaignier Commence à rapporter^quatre à cinq ans , api^» avoir été greffé , et son produit va toujours en augmentant d'année en année jusqu'à l'âge le plus avancé , dont il est diffîcile de fixer le terme , ainsi que nous l'avons dit plus haut. Le» vieux châtaigniers sont d'ailleurs fort sujets à la carie , et on en trouve très-fréquemment dont l'intérieur est eniière<» ment creux par l'effet de cette maladie. Pour s'opposer à ses progrès , on est dan^^'usage, dans les Cevennes et dans le département de l' Allier , de ramasser de la bruyère et d'autres Tégétaux combustibles, que l'on enflamme dans la cavité même de l'arbre, jusqu'à ce que sa surface intérieure soit complètement charbonnée. Il arrive très-rarement qull périsse par l'effet de cette opération , et l'on voit constamment ce moyen suspendre l'effet de la carie.

Le bois de châtaignier est peu estimé pour le chauffage ; mais j comme il • beaucoup d'autres qualités utiles , il est très-avantageux de le multiplier, et ses produits ont de quoi dédommager amplement le propriétaire. Il fait de bon bois de charpente , et on l'emploie souvent à la construction des maisons , à la place du chêne : on a même cru , pendant long-temps , que les charpentes de plusieurs grands édifices

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éioient àe châtaignier ; mais on a reconnu depuis qu'elle» étoient de chêne à grappes. Employé tout vert dans Teau , il y devient presque incorruptible , pourvu qu'il y soit toujours plongé ; aussi , les tuyaux qu W en fabrique pour la conduite des eaux , durent-ils un temps infini étant enterrés» Dans plusieurs pays on en fait des tonneaux pour mettre le vin ; et on assure qu'il communique à cette liqueur moin» de goût que les autres bois , et qu'il en laisse moins évaporer la partie spiritueuse, parce qu'il a le grain plus fin et plus serré.

Les taillis de châtaignier sont également d'un fort bon rapport : on les coupe tous les sept à huit ans, pour en faire des lattes à treillage , des cerceaux pour tonneaux ; tous le^ douze à quatorze ans , pour faire des cercles de cuves ( lesquels résistent à Fhumidité des caves beaucoup plus long«temp9 que ceux des autres bois ) ; à vingt ^ cinq ans , on s'en sert pour pieux et charpentes légères ; enfin , on en fait d'excellena éohalais pciur les vignes , et sous ce rapport les taillis de ce bois , dans le voisinage des vignobles , sont très-utiles. Le» kvanlafés dont le châtaignier peut être sous ce rapport , sont connus depuis long*temps , car Pline dit à ce sujet : « Un arpent de châtaigniers peut fournir assez d'échalas pour vingt arpeûs de vignes , et ils durent jnsqu*an^delà du temps où se fait l'autre coupe des arbres qui les ont produits. ^

Dans l'Amérique septentrionale , on emploie le châtaiignier & faire des pieux , des barres qui: servent pour forcer la clôture des champs cultivés , et qui, assure-t-'on , durent quelquefois plus de cinquante ans. On en fait aussi des bardeaux très-supérieurs en qualité à ceux de plusieurs espèce» de chênes. 11 n'est pas en usage , comme en France , pour cercler les euves et les tonneaux ; mais on en fait , dans cer* tains cantons , du charbon qu'on préfère dans les forges à celui àea autres bois.

La récolte de» châtaignes est plus ou moins abondante ; inab il est rare qu'elle manque entièrement : c'est à la fin d'octobre et au commencement de novembre qu'elle se fait* Quand on attend que ces fruits soient parfaitement mûrs » leur péricarpe , que l'on nomme vulgairement le hérisson on la Jbourre , s'ouvre naturellement , et les châtaignes totnlxent

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i terre , où il faut avoir le soin de les ramasser tous leè jùHtà pour les mettre en tas jusqu'à ce qu'on les serre au grenier j mais les fruits recueillis de cette manière ne sont pas de garde. Pour avoir les châtaignes long'^tentips fraîches , il vaui mieux les abattre doucement à coups de gaule ^ un peu avant leur maturité ; elles tombent alors avec leur hérisson , et on les met en tas jusqu'à ce que celui-ci s'ouvre pour laisser sortir le fruit.

Les plus belles variétés de châtaignes ^ connues sous le nom de marrons , se mangent après qu'on les a fait cuire dans une poêle percée de trous , et exposée à la chaleur d'un feu c]air ; grillées de cette manière , on les sert sur les meilleures tables. Lea confiseurs en font confire ou glacer au sucre« Plus simplement , on les fait rôtir sous la cendre chaude , ou bouillir dans l'eau. Ce n'est ordinairement que les moindres variétés qu'on prépare de cette manière , et dont le peuple fait la principale consommation.

Les meilleurs marrons viennent du Dauphin^ et des environs ^u Luc en Provence.

Dans le Limousin , où les châtaignes servent d'aliment k une grande partie des habitans des campagnes , on 'a , de temps immémorial , un procédé particulier pour les préparer et les faire cuire. On enlève d'abord avec un couteau , l'enveloppe extérieure. qui est coriace, et qui se détache assez facilement par parties. On remplit ensuite d'eau jusqu'à moitié, une grande marmite de fonte mise sur le feu; et lorsque l'eau est bouillante , on y jette les châtaignes pelées dès la veille f afin de leur enlever la seconde peau qui est très-adhérente à leur substance, et qui est comme collée dessus, parce qu'elle s'insinue dans les fentes creusées dans la surface de ce fruit. On laisse la marmite sur le feu en remuant les chà-* taignes avec une écumoire jusqu'à ce que l'eau chaude ait pénétré la substance de cette peau , qu'on appelle tan , et jusqu'à ce qu'elle ait produit un gonflement qui détruit son adhérence au corps de la châtaigne. Lorsqu'on comprimant les châtaignes entre les doigts , elles s'échappent par la compression^ en se dépouillant de tout leur tao sans autre effort , on retire la marmite du feu , et on les remue au moyen d'un instrument de bois nommé déhoiriLdour j et qui est composé

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de dèlix barre» de boîs attachée» en formé de ér6{± de saint André, au milieu de leur longueur, par unt cheville qui laisse aux bras de ces barre» la mobilité qu'ont les branches àWe paire de ciseaux; de manière que , les deux bras infé- Heurs de Tinstrumént étant enfoncés au milieu des châtaignes ^ Dn les remué fortement en tous sens, en tournant, ouvrant ou fermant avec les deux bras supérieurs du déboîradour^ qui restent au dehors de la marmite. Par le ilioyên de ces mou vemens réitérés , les châtaignes se dépouillent du éaii qui les couvroit : celui - ci s'élève au ^ dessus , et s^accumulé le long des parois intérieures de ta marmite, tout autour des bords. Dans cet état on les retire avec une écumoire, ea en mettant à mesuré une certaine quantité sur une sorte dé crible à large voie ^ formé de lattes fort minces de bois tle châtaignier ^ entrelacées les unes dans les autres. En les agitant sur ce crible , elles achèvent de se débarrasser de leur tan ; et en les lavant enfin dans de l'eau froide , on les dé- • pouille totalement de ce qui pouvoît leur en être resté , et on leur enlève une grande partie de l'amertume qu'elles avoient prise dans la première eau.

Après toutes ces manipulations , les châtaigne» sont blanebies, et il ne reste plus qu'à les faire cuire. Pour procéder à leur cuisson , on les remet dans la marmite sur le feù aveeune certaine quantité de nouvelle eau , et on les fait bouillir pendant quelques minutes , ce qui suffit pour avancer beaucoup leur cuisson , et achever dVxtraire la partie amèré dont elles sont imprégnées. On verse alors l'eau qui est encore colorée et amère ^ en inclinant la marmite et eh r^té^i^âh't les châtaignes avec le couvercle; et on achève de les faire totalement cuire , en laissant sur un feu frès-doux la marmite, dont on garnit le couvercle avec du linge pour cohee^ntrer la chaleun Par cette dernière opération , les chàtaigmerf perdent l'eau surabondante qui les pénëtroit, et elles âcquièreut un goût et une saveur que n'ont point celles qui ont été cuites dans l'eau avec toutes leurs peaux, et mêmes eelle^ qui l'ont été sous la cendre.

La châtaigne est un aliment sain. Dans plusieurs parties de la France, comme le Limousin , le Périgord , les Cévcnnei et l'ile de Corse , les habitans dc$ campagnes et ta classe iu* %. 16

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digenfe en font presque leur unique nourriture. Il en est de même dans les montagnes des Asturîes en Espagne , dans quelques cantons de la Sicile , et dans les Apennins en Italie. Desséché et broyé, ce fruit est aussi employé pour nourrir les bestiaux et pour engraisser la volaille.

La châtaigne , dépouillée de ses écorces , est formée de trois substances principales : u"* une grande quantité d'amidon'; 2.^ un gluten analogue, à celui des plantes céréales ; 3.^ une substance sucrée. Cette dernière y est même en assez grande quantité pour que , lorsque le sucre des colonies étoît , il y a quelques années , porté à un si haut .prix dans une grande partie de l'Europe, plusieurs essais faits pour chercher à retirer du sucre des châtaignes, eurent assez de succès pour faire croire qu^il pourroit être avantageux de fabriquer de ce sucre, surtout suivant le procédé de M. Guerrazzi, de Florence , qui étoit parvenu à l'extraire du fruit , sans altérer la partie farineuse et nutritive de celui-ci.

La première enveloppe de la châtaigne pourroit être employée dans la teinture en noir; elle y remplaceroit jusqu'à un certain point la noix de galle. La seconde peau est amère et astringente.

Dans les Cévennes on fait dessécher les châtaignes dans des bâtisnens disposés exprès , et dans lesquels sont pratiquées de grandes claies sur lesquelles on peut mettre à la fois* cent Vingt à cent trente setiers de châtaignes , du poids de cent livres chacun. On allume sous cies claies un feu qu'on arrange de manière à ce qu'il produise beaucoup de fumée, afin que celle-ci , en perçant à travers les châtaignes, puisse leur communiquer la chaleur qui doit en opérer la dessiccation. Pendant les premiers jours, on entretient un feu doux ; on l'auge ^ente ensuite par degrés jusqu'au neuvième ou dixième jour, qu'on retourne les châtaignes avec une pelle; et on continue ensuite à gouverner le feu de la même manière , jusqu'à ce qu'on soit assuré que les châtaignes sont bien sèches. Lorsqu'elles sont parvenues à l'état convenable , on les retire de dessus la claie , et on les bat pour les déppuiller de leurs enveloppes. Cest dans de grands sacs de forte toile, pouvant contenir environ vingt setiers à la fois, qu'on met les châtaignes pour leur faire subir cette opérar-

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