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La porcelaine dure a tous lés caractères que nous venons d’assigner à la porcelaine en général. Elle est essentiellement composée, premierement d’une argile, sableuse, infusible, et conservant au plus grand feu sa couleur blanche ; c’est presque toujours du kaolin : secondement, d’un fondant, composé de silice et de chaux; c’est presque toujours une roche feld-spathique quartzeuze, nommée pé-tun-zé. La couverte de cette porcelaine, également terreuse, n’admet aucune substance métallique ni alcaline.
La porcelaine tendre, nommée aussi porcelaine vitreuse, n’a aucun rapport avec la premiére par sa composition: elle est toujours composée d’une frite vitreuse, rendue opaque et moins fusible par l'addition d'une argile marneuse trés-calcaire ; sa couverte est. un verre ou cristal artificiel, dans lequel il entre de la silice, des alcalis et du plomb.
Cette porcelaine a une pâte plus vitreuse, plus transparente ,.un peu moins dure et moins fragile, mais beaucoup plus bic que célie de la porcelaine dure. Sa couverte est plus moelleuse, plus transparente, un peu moïns blanche, beaücoup plus tendre et plus fusible. ÿ
Nous traiterons particulièrement , quoique fort en abrégé,
entre eux aucun rapport: il n’y est question que de la porcelaine de Saxe. Dans l'édition de la Collection des arts et métiers, de l’Académie, faite à Neufchatel en 1777, par ie professeur Bertrand, il y a, pour toute addition, une seconde cepie du mémoire sur la porcelaine de la Chine, par Le père d’Entrecolle, plus exacte, dit-on, que celle de de Milly ,sans être beaucoup plus claire. L'article Porcelaine de l’Encyclopédie méthodique est une copie complète des ouvrages précédens, de Macquer même ; mais on l’a abrégée , eton a omis cette description claire et courte des procédés de fabrication des porcelaines dure et tendre, qui termine son article.
L'article Porcelaine du Dictionnaire des arts et métiers par l'abbé Jaubert , daté de 1801, paroît d’abord original, mais la -confusion n’en est que plus grande. On a confondu les procédés de fabrication de la porcelaine dure, et ceux de la porcelainé tendre ; on les à méêlés et on à fait un article inintelligible , terminé par une copie littérale de de Milly. Cependant Montamy avoit très-bien distingué ces deux porcelaines dans un mémoire placé à la suite de son Traité des couleurs pour la peinture en émail, publié en 1765 et copié en gatier dans l'Encyclopédie méthadique.
de la fabricaiion de la porcelaine dure : nous ne dirons
que deux mots de celle de la porcelaine tendre, dans laquelle
l’argile n’entre presque pour rien. ù Nous prendrons pour exemple les porcelaines de Sèvres.
La série des procédés étant connue, ce que nous pourrons dire sur l’histoire de la découverte de la porcelaine et sur les principales différences qui se remarquent dans la fabrication des porcelaines de divers pays, deviendra plus intéressant, plus clair et en même temps plus précis.
Porcelæine dure.
La pâte de la porcelaine dure, faite à la manufacture nationale de Sévres, est généralement composée d'argile kaolin et de la roche feld-spathique nommée pé-tun-zé. L'une et l’autre de ces matiéres viennent de Saint-Yriez-la-perche près Limoges.
Le kaolin n’est pas envoyé brut à cette manufacture,
c’est-à-dire, mêlé de son quartz et tel qu’il se retiré de la carriere ; il est préalablement lavé, et porte alors le nom de terre décantée. : |
Arrivé à la manufacture , on le lave encore avec soin : ce lavage se fait à peu près comme celui de l'argile destinée à la fabrication de la faïence fine. On retire du kaolin, par ce dernier lavage, à peu prés un quart de son poids de sable ; le kaolin est alors préparé pour entrer dans la composition de la pâte. C'est lui qui en fait la partie liante, infusible et opaque ; il s’agit d’y ajouter la substance qui doit donner à la pâte sa fusibilité et par conséquent sa demi-transparence. Cette seconde substance porte le nom général de fondant; elle diffère dans les différentes manufactures. C’est toujours un composé de silice et de chaux, et presque toujours une roche feld-spathique quartzeuse, qui doit être blanche ou tout au plus grise, et ne renfermer ni mica, ni fer oxidé ou sulfuré. Elle porte dans les manufactures le nom de spath ou de caillou, et rarement celui de pé-tun-zé , sous lequel les savans la connoissent. On la calcine pour la rendre friable; on la pile sous des bocards, et on la broie finement dans des moulins qui sont les mêmes que ceux dans lesquels on broie le silex de la
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{xïence fine, On ajoute ce fondant au kaolin lavé et mis à part: il y entre dans les proportions de quinze à vingt pour cent , selon la qualité de porcelaine que l’on veut faire.
On mélange exactement le kaolin et son fondant, et on
laisse séjourner cette pète dans des cuves ou dans des fosses le plus long-temps que l’on peut ; on assure qu’elle est d’autant meilleure qu’elle est plus äncienne.
: Lorsqu'on veut l’empleyer, on la place dans des coques ou moules de plâtre hémisphériques, qui absorbent promptement l'humidité surabôndante; alors on la divise en petites masses, et on la fait sécher complétement. On la puivérise, on l’humecte ensuite un peu, et on la place sur un plancher, sur lequel un ouvrier la marche pied nu , en allant du centre à la circonférence et de la circonférence au centre. Il y a ajouté les coupeaux et rognures retirés des pièces quand on les façonne. Cette vieille pâte, plusieurs fois maniée, donne à la nouvelle plus de liant.
Lorsqu'elle est suffisamment marchée, il en fait des masses de la grosseur de la tête, que l’on nomme ballons; on les conserve à l’humidité pour s’en servir au besoin.
La pâte est alors en état d’être remise aux ouvriers qui doivent faire les pièces : elle est bien moins liante que celle de la faïence, ce qui en rend le travail beaucoup plus long et sujet à un grand nombre de difficultés ; c’est une des premières et des principales causes de la différence des prix des porcelaines et des faïences.
Nous décrirons rapidement ce travail, parce qu il diffère trés - peu de celui de la faïence fine, et nous suivrons 1a même division. ( Voyez ci-dessus , de La faïence fine, pag. 53.)
Les plats ronds et les assiettes se moulent sur des moules de plâtre: mais tantôt la pâte est disposée en croûte, tantôt elle est ébauchée sur le tour. à
Quand on en fait une croûte, on étend sur une table de marbre une peau mouillée ; on étend sur cette peau la pâte de porcelaine avec un rouleau soutenu par deux règles. On transporte la croûte sur le moule de plâtre, en l’enlevant au moyen de la peau; la pâte est trop peu liante pour qu’on puisse l'enlever sans cette précaution.
Quand on l’ébauche au tour, on place une motte de pâte 3 6
sur un disque rond de plâtre ou de bois, posé sur la tête du tour. Le tour est le même que celui du faïencier. On. figure grossièrement l’assiette ou le plat en lui laissant beaucoup d'épaisseur.
On applique fortement da croûte ou: l’ébauche sur le moule de plâtre avec une éponge ; on forme le rebord qui doit faire le pied nécessaire aux assiettes de poser laine, et on laisse prendre de la consistance à la: pièce : alors on la détache du moule, on la replace sur le tour et on la tournasse en dehors, c’est-à-dire, qu’on la met à épaisseur et qu’on la finit complétement avec l'outil de fer très-coupant nommé tournassin. Un ben ouvrier fait à peu prés quinze à vingt assiettes de porcelaine par jour, tandis, qu'avec deux jeunes aides il en fait mille à douze cents en faïence.
Les pièces hautes et rondes, telles que saladiers, jattes, etc. , s'ébauchent et se tournassent comme celles de faïence ; mais leur fabrication est toujours plus longue et plus dificile, à cause du peu de liant de la pâte et des précautions qu’elle exige pour que les pièces soient bien faites, qu’elles ae soient point gauches, point vissées ‘, ete. Les pièces qui ne sont pas rondes se moulent dans des moules de plâtre, et se finissent à la main. Lorsque ces piéces sont trésgrandes, comme cuvettes, saladiers, etc., on fait une croûte sur la peau et la table de marbre, et on l’applique sur le moule avec l'éponge , comme pour les assiettes; on finit ces piéces a la main.
Les pièces de garnissage, telles que les anses, les becs ; les ornemens, se moulent et se réparent séparément; elles se collent aux pièces avec de la pâte ee dans de l'eau , et nommée barbotine.
On voit par ce qui vient d’être dit, que les DRE de fabrication sont à peu de chose pres les mêmes pour la porcelaine que pour la faïence : nous répéterons seulement
1. On dit qu’une pièce est vissée lorsq®’elle fait voir après la cuisson des saillies en spirale, qui sont quelquefois peu sensibles. Les pièces très-élevées et pointues par en bas sont plus susceptibles d’avoir ce défaut que les autres:
qu’ils sont toujours plus longs et plus difficiles, par les précautions qu’ils exigent. Le moindre défaut dans la fabrication, la plus petite pièce ajoutée, une compression inégale, les coutures des moules, quoique bien réparées et effacées, reparoissent aprés la cuisson. On doit laisser sécher les pièces lentement ; vouleir accélérer cette dessiccation, c’est s’exposer à les perdre. Lorsqu'elles sont bien sèches, on les porte au four.
Le four de porcelaine dure, dont nous donnons une figure exacte, est une espèce de tour à deux étages, construite en brique réfractaire ; il ressemble beaucoup au four à faïence fine. Le combustible est du bois de tremble jeune, très-sec et très- finement fendu: on le place extérieurement sur l’ouverture de quatre espèces de grilles nommées allandiers, qui s’ouvrent dans l’intérieur du four ; chaque étage est fermé supérieurement par une voûte percée de trous nommés carneaux. Le tout est recouvert d’un toit a claire voie, placé à une assez grande distance de la seconde voûte. On voit qu'il n’y a point de cheminée proprement dite. Nous verrons tout à l’heure quelle OpIE suif le courant de la flamme.
On mèt les piéces crues dans l’étage supérieur du four: elles y éprouvent une chaleur d’environ soixante degrés du pyromètre de Wedgwood, et un commencement de cuisson qui, sans les déformer encore, sans leur faire prendre une retraite sensible , les dessèche complétement et leur donne assez de solidité pour qu’on puisse les manier avec sûreté.
L'argile a déja perdu, par cette cuisson préliminaire, sa propriété de faire pâte avec l’eau. Les pieces sont alors propres à recevoir la couverte; on peut les plonger dans l'eau sans craindre de les briser.
La couverte de la porcelaine dure est, ainsi que nous l'avons déja dit, une roche feld-spathique. On la broie et. on la réduit en une poudre trés -fine, qu'on suspend par l'agitation dans de l’eau mêlée d’un peu de vinaigre. On plonge successivement toutes les pièces dans cette eau trouble; on ne fait que les y passer : comme elles sont trèsporeuses, elles absorbent l’eau avec avidité; l’eau, en les pénétrant, déposé à leur surface une couche de couverte
feld-spathique , qui estsèche aussitôt que la pièce est sortie de l’eau. On met au pinceau la couverte sur les parties saillantes ou sur les places qui n’en ont pas pris. Enfin, on enlève la couverte de la partie sur laquelle la piéce doit poser , afin qu'elle ne s’attache point sur son support. Ces opérations faites, on reporte les pièces au four pour les cuire complétement. ï |
On les met, comme les faïences fines, dans des gazettes ; et cette opération, que l’on nomme encastage, est une des plus délicates et des plus dispendieuses de la fabrication de la porcelaine.
Les étuis ou gazettes pour la porcelaine doivent être faits |
d’une argile tres-réfractaire, trés-solide au feu, et peu ferrugineuse. Celle dont on se sert à Sèvres est l'argile plastique d’Abondant, dans la forêt de Dreux. On la pétrit sans la laver. On y ajoute à peu prés un tiers de ciment de ces mêmes gazettes.
Les pièces de porcelaine, se ramollissant au feu, ne peuvent se placer l’une sur l’autre, quand même elles n’auroient point de couverte ; la même cause empêche de les cuire soutenues par. des pernettes et plusieurs dans un même étui, comme on le pratique dans la cuisson de la faïence : chaque pièce plate exige donc un étui particulier. Elles doivent en outre être placées sur une surface parfaitement plane, parce qu’en se ramollissant elles suivroient les inégalités d’une surface raboteuse ; or le fond des étuis tournés grossiérement est toujours inégal et ne peut être dressé sur un grès. Lors done que l’on veut encaster une pièce quelconque, telle qu’une assiette par exemple, on place d’abord dans l'étui une plaque ou rondeau, parfaitement dressé sur un grés de même nature que cet étui, et on l'y assujettit en l’appuyant sur trois petits morceaux de lut. Le lut est un mélange d'argile et d’une grande quantité de sable. Lorsque le rondeau est placé de niveau, on le mouille, on le saupoudre de sable, ou bien on l’enduit d’argile réfractaire délayée dans l'eau, et on y place l’assiette avec précaution. Le sable empêche l'assiette de se coler au rondeau par l’action du feu. |
Les petites pièces peuvent se placer plusieurs sur le même
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rondeau, à côté l’une de l’autre, en prenant garde qu’elles ne se touchent. |
Les étuis renfermant les pièces ainsi arrangées, sont placés dans le four les uns sur les autres. Ils forment des colonnes qui remplissent le four. On a soin de ne pas trop espacer ces colonnes, afin que le tirage soit rapide, de les espacer suffisamment, et surtout également , afin que le feu soit égal. Tout étant disposé avec les précautions que nous venons de rapporter et beaucoup d’autres, moins importantes, que nous sommes forcés de passer sous silence, on mure la parte du four avec trois rangées de briques, on y pratique seulement une ouverture carrée, d'environ deux décimètres de côté (8 pouces), par laquelle on peut pénétrer dans un étui échancré d’un côté. On place dans cet étui des morceaux de porcelaine destinés à être retirés de temps en temps pour juger les progres de la cuisson : on les appelle des montres. Cette ouverture des montres est fermée par un tampon de terre cuite.
On commence le feu en jetant dans les grils ou bad quelques morceaux de bois blanc assez gros. On continue le feu de cette maniére pendant environ quinze heures, en le faisant monter peu à peu par l'addition d’une plus grande quantité de bois : au bout de quinze heures le four, est rouge - cerise intérieurement. Alors on augmente beaucoup la chaleur en faisant l’opération qui s'appelle couvrir le feu : au lieu de jeter les büches verticalement dans les quatre foyers ;, on place horizontalement, sur l’ouverture de ces foyers, du bois de tremble bien sain et fendu trèsmenu, et on le dispose en talus; la flamme vive et longue qu’il donne plonge dans les allandiers, pénètre dans le four et circule entre les piles d’étuis. La chaleur croît rapidement, et au bout de douze à quinze heures de ce feu , l'intérieur du four est tellement blanc qu’on n’y distingue que difficilement les montres. Le tirage est si rapide à cette époque, que l’on peut placer la main sur les talus de bois sans éprouver une chaleur incommode: tout est brülé, il ne reste point de braise, il ne se produit plus de fumée, et la cendre même est volatilisée. On sent que le four et les gazettes doivent être composés d’une argile bien
réfractaire pour résister à un pareil feu. La chaleur dans les fours de Sèvres monte jusqu’à cent trente-quatre degrés du pyromètre de Wedgwood.
Au bout de quinze à vingt heures de grand feu, c’està-dire, de trente à trente-six heures de feu, la porcelaine est cuite ; on s’en assure en tirant des montres et les examinant. On laisse refroidir le four trois ou quatre jours, et on défourne.
Le sable que l’on a mis sur les rondeaux pour empêcher
-les pièces de s’y attacher, est lui-même attaché à leur pied::
on l’enlève en frottant cette partie avec un grès dur. C’est une opération qu’une femme peut faire à toute une fournée en moins de dix jours. C’est aussi la dernière que recoit Ja porcelaine blanche, lorsqu'il n’est pas nécessaire de la faire retourner au grand feu pour y corriger des défectuosités.
En observant avec quelque soin la suite des opérations qu’entraîne la fabrication de la porcelaine, on voit aisément par quelles causes son prix est toujours de beaucoup supérieur à celui des faïences les plus soignées.
Les matières premières propres à faire de la belle porcelaine sont très - rares. Il n’y auroit aucun avantage à faire de la porcelaine bise avec des matières moins belles et peut-être un peu moins chères, car les autres causes de cherté que nous allons exposer , et qui sont prépondérantes, n’en existeroient pas moins, tandis que la porcelaine, perdant son éclat, perdroit toute sa valeur.
Sa pâte, qui nécessite un broyage assez long , est beaueoup plus difficile à travailler; il suffit, pour en prendre une idée, de jeter les yeux sur le rapport de fabrication entre les assiettes de porcelaine et celles de faïence fine, qui est à peu près de un à quatre-vingts. On doit faire observer que l’assiette est toujours prise, avec raison, dans art de la poterie, comme le terme commun de comparaison. Les assiettes de porcelaine exigent chacune une gazette ; douze assiettes occupent dans ile four un espace en hauteur dans lequel on placeroit au moins trente -huit assiettes de faïence.
La terre à gazette pour la porcelaine devant être abso-
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lument réfractaire , est plus rare et plus chère; lés gazettes durent aussi beaucoup moins.
Enfin la température qu’exige la cuisson de la porcelaine entraîne une dépense de combustible qui augmente considérablement le prix de cette denrée.
On peut avec quarante stéres de bois cuire complétement douze mille assiettes de faïence, c’est-à-dire en biscuit et en couverte, tandis que la même quantité de bois ne cuiroit que mille assiettes de porcelaine au plus.
A ces causes de cherté, qui sont constantes et pour ainsi dire essentielles , il faut ajouter les accidens nombreux auxquels la porcelaine est exposée dans tous les instans de sa fabrication, et surtout au four ; ces accidens donnent près d’un tiers des pièces défectueuses , et souvent beaucoup plus lorsqu'on risque des pièces hardies et de grandes dimensions.
Il nous semble , d'aprés ces réflexions , que c’est un trésmauvais calcul que de chercher à faire de la porcelaine à bas prix, en employant des argiles qui, se colorant au feu, sont moins rares et à meilleur marché; la cuisson à une haute température, qui est la cause principale de la cherté de cette matière, subsistant toujours, quelle LE soit la nature de la pâte.
Porcelaine fendre.
Nous devons rappeler que la porcelaine tendre est faite avec une frite vitreuse, rendue moins fusible et opaque par une addition de marne blanche.
On doit donc préparer d’abord la frite : c’est une composition faite à Sévres avec du nitre, un peu de sel marin, de soude d’Alicante, d’alun et de gypse, et beaucoup de sable siliceux. On fait éprouver à toutes ces substances une fusion pateuse ; on les brasse afin de les mêler exactement: elles donnent une frite spongieuse trés-blanche. On la pulvérise et on y ajoute une partie sur trois, de marne blanche d'Argenteuil; ce mélange, finement broyé, donne la pâte de porcelaine tendre. |
Cette pâte, n’ayant aucune ténacité, ne pourroit se tra< vailler : on y ajoute un mucilage de gomme ou de savon
noir, qui lui donne un peu de liant; mais elle n’en a jamais assez pour être ébauchée. Aussi est-on obligé de mouler
les pièces a la presse, entre deux moules de plâtre. On leur :
laisse plus d'épaisseur qu’elles ne doivent en avoir ; lorsqu’elles sontséchées, on lés finit sur le tour avec des instrumens de fer.
On les fait cuire complétement dans ce premier état et avant de leur mettre la couverte. Maïs comme pendant la cuisson cette porcelaine ramollit beaucoup plus que la porcelaine dure, il faut la soutenir de toutes parts. On y parvient en faisant cuire sur des moules de terre les pièces qui en sont susceptibles, telles que les assiettes, soucoupes, compotiers , etc. On les renverse sur ces moules ; elles y prennent leur retraite sans se déformer. On met aux autres pièces des supports de même pâte, qui prennent en cuisant la même retraite que les pièces , et qui ne peuvent servir qu’une fois. 4
Nous venons de dire que les pièces n’avoient point de couverte; par conséquent ces supports ne peuvent s’y attacher ; on les encaste d’ailleurs dans des gazettes comme les porcelaines dures.
On obtient donc par cette premiére cuisson des pièces complétement cuites, mais sans couverte; on dit alors qu’elles sont en biscuit.
Le four de porcelaine tendre est absolument semblable à celui de la faïence commune, mais il est à deux étages ; et tandis qu’on cuit le biscuit dans l'étage inférieur, on cuit la couverte dans l'étage supérieur, ce qui procure une grande économie de combustible. Nous donnons dans nos planches la figure de celui dans lequel on cuit cette porcelaine à Sévres. |
La couverte de la porcelaine tendre est un verre ou cristal préparé exprès : il est composé de silex, de sable siliceux, d’un peu de pôtasse et de soude, et d'environ deux cinquièmes de plomb. On fait fondre ce mélange dans des creusets, sous le four de porcelaine tendre. On broiïe le cristal qui en résulte; on délaie cette poudre avec de l’eau et du vinaigre, jusqu’à la consistance d’une bouillie claire ; on en couvre toutes les pièces de biscuit, en versant cette bouillie dessus : le biscuit, n’étant point absorbant comme