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on cultive, dans le même champ, des grains de diverse nature, de façon que les uns succèdent aux autres et reviennent à leur tour, soit sans interruption, soit après une ou quelques années de repos.
Il y a en France des cantons où tous les ans les terres sont ensemencées : j'en conncis même qui produisent deux récoltes dans la même année. On conçoit qu'elles doivent avoir du fond, ou qu’on n’y épargne pas les engrais. Ces cantons sont privilégiés et peu nombreux, et les fermages y sont fort chers. Les pays de culture commune ont aussi quelques champs qui ne se reposent qu’apres un certain temps, ou qui ne se reposent jamais: ce sont des terrains où il y avoit du bois qu'on a arraché, ou des terrains situés auprés des habitations, appelés courtils, ouches. etc. ; la proximité de ces derniers étant favorable pour le transport des engrais, sans frais on y conduit et on y jette toutes les ordures de la maison. Les grains y viennent si forts qu’on est souvent obligé de les effaner, afin qu’ils ne versent pas. 3 * Parmi ces champs, les uns rapportent du froment plusieurs années de suite ; les autres produisent sans cesse différentes sortes de plantes. Dans un canton de la vallée d'Anjou, aprés qu’on a récolté dans un champ toutes les raves d'hiver, on y séme du chanvre au mois de Mai, et en automne du froment; quelquefois deux années de suite du froment, puis une espèce de lathyrus ou gesse appelée Jarrosse, que les bestiaux mangent en vert, et sans perdre de temps, du blé de Turquie, qu’on nomme italie dans le Pays. |
Dans la chatellenie de Lille en Flandres, la premiére année c’est de l’avoine, la seconde du lin, la troisième du froment, la quatrième de l’hivernage, c’est-à-dire un mélange de vesce et de seigle qu’on sème avant l’hiver; la cinquième, du colza, et la sixiéme du froment, avec lequel on sème ou de la franaine, qui est le trèfle, ou du sainfoin, ou de la luzerne : ces dernières plantes ne restent ‘en terre que l’année suivante et sont remplacées par l'avoine. Ce cercle se répète et varie quelquefois, puisqu'on combine de diverses manières les grains que je viens de
238 ASS désigner, et qu’on cultive en outre dans ces riches terrains les fèves, l’oliette, les choux et les navets. Plusieurs autres parties de la Fiandre, une grande partie du Brabant, de la Normandie, du Tirol, du Piémont, de la Lombardie, de la Toscane, de 'AdSabe etc., ue laissent point reposer leurs terres. ;
Les cultivateurs des environs de la Châtre, en Berry, sément deux fois de suite du froment dans la même terre. Communément, la première année ils retirent soixante et dix boisseaux, mesure de Paris ( 9 hectolitres, 7 décalitres) d’un arpent de cent perches, la perche étant de vingt-quatre pieds; la seconde récolte leur en donne quarante : en réunissant ces deux produits, celui de chaque année est de cinquante-cinq boïsseaux, qui font quatre setiers et trois quarts de setiers. L’orge de Mars, appelé marseiche, succède au froment ; et le terrain reste un an en jachéres pour être de nouveau ensemencé en froment,.
On voit des terres rapporter deux années de suite du froment, et se reposer la troisième seulement, sans qu’on y cultive autre chose que cegrain. On en voit qui alternativement portent du frgment une année et se reposent l'autre. L'usage ordinaire de la Picardie, de la Beauce, de la Brie, et de beaucoup d’autres fertiles provinces , est de partager les terres en trdis solles ou saisons ; savoir : celle des fromens, celle des mars et celle des jachéres ou guérets. Les campagnes même qui environnent les villages offrent à l’œil ce partage bien marqué et bien tranché. Les paysans comptent leurs années par les saisons des grains, et fixent les époques des événemens qui les ont intéressés, en se rappelant le canton où étoient alors les fromens. 4« Les e fromens, disent-ils, étoient la. ? Le seigle fait partie de la saison des fromens ; la saison des mars comprend l'orge, l’avoine, les menus grains ou grains ronds, enfin tout ce qu’on sème après l'hiver. Quand la terre est de bonne qualité, l’orge succède au froment ; le plus souvent c’est l’avoine. La troisième année est celle des jachères. Si la terre est médiocre , au lieu de froment on y met du seigle, et ensuite ou de l’orge ou de l’avoine, selon le degré de médiocrité. j
Le laboureur intelligent, qui s'aperçoit qu’un”terrain ne produit guëres en froment, y sème, dans l’année des jachères, des pois, ou des ,vesces, ou des lentilles, auxquels il fait succéder de l’orge ou de l’avoine : cette maniére de cultiver est nommée refroissi. Il arrive que dans les terres de la meilleure qualité, on fait porter aux jachères même des plantes lécumineuses ou de ia moutarde, destinées à être mangées en vert par les bestiaux, ou de gros navets ; ce qui n’a pas lieu cependant dans ces terres chaque fois qu’elles sont en jachéres, maïs de temps en temps. Dans ce cas, on leur donne un dernier labour, aprés les avoir fumées ou parquées , et on y, seme du fo nene nr y recommencer l’ordre des saisons,
La Sologne, dont le sol n’a pour ainsi dire aucune substance, cultive le seigle et le sarrasin l’un aprés l’autre. L'année de repos qui suit est remplacée par une nouvelle culture de seigle, et ainsi de suite pendant huit à neuf ans. Ce temps écoulé, les champs resient incultes autant d'années; on les défriche après pour un même espace de temps. On assure que dans beaucoup d’endroits de la Bretagne le même ordre s’observe.
Une partie de la Champagne est presque entiérement
consacrée à la culture de l’avoine, qui y est d'autant plus belle et d'autant plus abondante, que ce qu’on peut mettre d’engrais dans les terres est pour cette pliante. - Il y a, dans les provinces méridionales, des maniëres d’assoler qui se rapprochent plus ou moins des précédentes ; les grains qui forment les assolemens sont le froment, l'orge, le maïs, le lupin, les haricots, etc.
Beaucoup de laboureurs raisonnent pres qu’on ne croit leur agriculture. Quand ils s’'aperçoivent qu’un terrain, si on l’ensemence à l’ordinaire en froment et en avoine ensuite, ne rapporte pas ce qu’on en pourroit tirer, ils sément, dans l’année des jachères , de la vesce ou des pois, et la seconde année de l'orge, la troisième de l’avoine; et voici comme ils calculent.
Ce terrain dans lequel on ne pourroit mettre que du méteil, c’est-à-dire, un mélange de froment et de seigle, l'année d’après celle des jachères, n’en produiroit pas plus