‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite mhodiquement des diffens res de la nature, consid soit en eux-mes, d'apr l'at actuel de nos connoissances, soit relativement l'utilitqu'en peuvent retirer la mecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus cres naturalistes (volume 2)Chapitre 49 sur 160 · A SS · texte numérisé non relu

A SS

Maïs dans les terres fortes et dont le fonid présente une certaine profondeur, comme celles des arrondissemens du sud du même district, le blé revient tous les quatre ans; Après l'avoir récolté la premiére année, on sème la seconde du turneps, la troisième de l'crge, la quatrième du trèfle, et l’on revient ensuite au blé.

Il faut remarquer que cet ordre dans la succession des récoltes ne peut être suivi invariablement, car toute l’habi= leté d’un fermier de Norfolk ne peut pas assurer une récolte de turneps ou de trèfle, et quand l’un ou l’autre manque, la régularité de la succession est altérée.

Si c'est la récolte de turneps qui manque, le fermier laisse son terrain en jachère jusqu’au printemps : il séme alors de l’orge ; ou plus souvent encore il sème du blé en automne, puis au printemps du trèfle, mêlé de reygrass, par dessus le blé, de maniere RR rentre dans son cours de récoltes.

Si c’est le trèfle qui manque, le remède est plus difficile, et on répare cet accident de diverses maniéres : quelquefois on sème des pois la même année, et l’année suivante du blé sarrasin, que l’on enterre à la charrue ; quelquefois encore on sème de l’avoine avec du trèfle, et le blé vient à la troisiéme année reprendre son tour dans la rotation.

Les auteurs modernes qui ont écrit sur l’agriculture angloise , prétendent que ce système de rotation ges récoltes, qui ramène le blé tous les quatre à six ans seulement dans la même terre; y assure une abondante moisson, parce que, disent-iis, dans l'intervalle d’une récolte de blé à une autre, la terre a donné des productions qui, par leur variété même, ont soutenu sa fertilité et ont fourni en même temps les moyens de nourrir, d'élever, d’engraisser de nombreux bestiaux, qui la rendent plus féconde ; ainsi 1ls conseillent de semer peu de blé, afin d’en LECHErE URE quantité plus grande.

On a vu que, dans le district de Norfolk, on ne laisse reposer la terre que lorsqu'on y est forcé par la non-réussite de la récolte qu'elle devoit produire; mais il existe beaucoup de provinces d'Angleterre dans lesquelles, malgré les efforts d'Arthur Yung et de plusieurs autres écrivains

célèbres, l'usage des jachères est encore conservé après un cours de récoltes qui signale la routine la plus ignorante.

C'est ainsi que, dans le Westmoreland, on sème de Vavoine d’abord, puis de l’orge, puis de l’avoine encore ; aprés quoi on abandonne la terre à elle-même pendant quelques années. En Cumberland on sème aussi, pendant neuf à douze ans, des grains blancs sans interruption ; puis on laisse reposer la terre pendant sept ou huit ans. Dans le Carmarthen, on sème de Porge et de l’avoine jusqu'a ce que le soi ne donne plus rien et soit devenu un mauvais pèturage. Dans le Cardigan enfin, l’on prépare, par une jachére, huit récoltes successives de grains blancs. En Somerset, on cultive les fèves dans les terres argileuses et on leur fait succéder la jachère, puis à celle-ci du blé et deux récoltes d'avoine. Dans beaucoup d’autres cantons d'Angleterre on suit à peu près, dans la succession des récoltes, un semblable systéme , que Pictet blâme avec raison dans son excellent mémoire sur les assolemens. Suivant cet auteur, l'usage des jachères est un préjugé qu’il faut abolir, et on ne doit jamais semer dans la imnême terre les mêmes espéces de grains pendant plusieurs années de suite. Il conclut des expériences d'Arthur Yung, de Marshall, du due de Grafton, d’Arbuthnot, que la féverolle, lorsqu'elle est houée ou sarclée, prépare dans les terres argileuses une belle récolte de blé, avec autant de certitude qu'un beau trèfle dans une terre légere.

La botanique et l’ tre étant propres à s’aider réciproquement, je crois devoir placer ici une remarque de botanique que j'ai faite relativement à l’ordre dans lequel on doit semer différens grains dans le même champ. Il m'a semblé qu’en général plus les espèces, surtout parmi les graminées, se rapprochoient par les caractères botaniques ou par les organes de la fructification, plus il étoit désavantageux de les semer ed Abe ia les unes après les autres, et vice versû : par exemple, un terrain dans lequel on a récemment récolté du seigle ou du froment, ne produit pas ordinairement du froment ou du seigle, ou n’en produit que très-peu ; mais il produit de l'orge, qui vient, s'il succéde à du méteil, en plus grande abondance que

s’il succède à du froment pur. L’avoine y prospère encore mieux. Les caractères de cette dernière plante sont plus éloignés de ceux du froment que les caractères de l'orge et que ceux du seigle, qui n’en différent que très-peu. Les plantes légumineuses et les crucifères, telles que les haricots, les fèves, les lentilles, ete., et la sanve, dont les feuilles ne ressemblent point à celies des graminées, croissent et rapportent beaucoup plus que les précédentes, quand on les sème immédiatement après le froment, comme on le pratique dans les environs d’Arpajon et d'Orléans. Souvent même on les cultive, dans une bonne terre, aux années de jachère, sans lui faire un tort notable, ainsi que je l’ai observé. |

En 1779, je cultivai, dans une terre de qualité médiocre, du froment qui vint assez bien. En ane je fis ense= mencer le même champ en différentes espèces de grains. Le blé de mars, qui en occupoit une partie, fut foible et ne produisit presque rien : j’eus beaucoup plus d’orge à proportion; l’avoine y étoit plus abondante encore ; la récolte en pois fut la meilleure de toutes. Plusieurs fois j'ai semé du blé de mars dans les champs où on avoit récolté du froment ordinaire, sans les fumer; il n’en est venu que quelques épis, qui ne contenoient que peu de grains. On re peut espérer de voir bien prospérer ce blé que dans les terres qui auroient été propres à produire le froment d'automne, et où l’on n’auroit. pu en sèmer, soit à cause d’un retard dans les labours, soit parce que la gelée auroit -détruit les grains d'automne, soit pour le soustraire aux fontes de neige, ou aux Honda nel ou aux avalanges d’eau qui ont lieu dans quelques pays; ou bien il faudroit préparer la terre par les engrais les meilleurs et les plus abondans.

Ce que j’ai remarqué à l'égard des plantes céréales, peut se remarquer à l’égard des arbres, tant de ceux qu’on destine à former des avenues ou des quinconces, que de ceux qu’on cultive dans les potagers ou dans les vergers pour en avoir du fruit. Lorsqu'on abat une avenue d’ormes, il ne faut pas la remplacer par d’autres ormes ; car on peut être assuré que la plantation ne réussira pas, comme j’en ai des preuves, à moins que les nouveaux arbres ne soient

plantés dans les intervalles qui éloiènt entre les anciens,

ou qu'on ne renouvelle la terre si on les plante dans les

mêmes places. De même, une plantation de pins doit être

remplacée par des mélézes, ceux - ci par dés chênes,

et ces derniers par des châtaigniers, etc. Chaque fois que, dans un potager, j'ai fait remplacer un poirier par

un autre poirier, 1l est mal venu : mais le pommier, quoiqu'il s'éloigne peu du poirier par ses caractères botaniques, réussit mieux s’il lui succède ; et l’on doit encore attendre

Fe de succès des arbres dont les fruits sontrà noyau, lorsqu’on les met à la place des arbres dont les fruits sont à pepins.

[n’est pas aisé de trouver la cause de ces phénomènes d'’agriculture. Croit-on qu’on la trouvera uniquement dans les degrés de profondeur où s’enfoncent les racines des diverses plantes? Cette circonstance peut y influer; on voit clai- ‘rement sans doute que les racines du navet, de la carotte ‘ou de la betterave, qui pivotent et se nourrissent dans les ‘couches profondes du sol, n’empêchent pas que, dans les champs où ces plantes auront végété, on n’en cultive de celles qui ne font que tracer et ne vivent qu'aux dépens de la surface : maïs cette cause ne seroit pas la seule. Croit-on que, malgré l'opinion de quelques physiciens, la terre qui fournit les sucs aux plantes, en a de diverse nadure; que ceux qui conviennent à une espece ne conviennent pas à l’autre, et ne sont pas pompés par Îles vaisseaux de celle-ci; et que quard une espéce a épuisé ce que la terre receloït de sucs pour elle , elle n’ÿ trouve plus rien et n’y peut plus végéter avant qu'ils soient renouvelés par les engrais et les influences atmosphériques? Je ne le décide point, et je me contente de rapporter des expériences.

$. II. Il est souvent utile de mettre des terres labourables

en prairies, et de convertir de nouveau celles-ci en terres

labourables quelque temps après : maïs les prairies exemptes

d'inondation sont les seules qui soient susceptibles d’être labourées et ensemencées en grains. On a recours à ce

mode d’assolement quand leur produit en foin diminue,

ou qu’elles n’en produisent que de mauvaise qualité. A la

faveur des labours, les herbes qui ne forment pas de bon fourrage périssent ; l’état du sol change; des récoltes absndantes en grains dédommagent amplement des frais de dé- | frichement, jusqu’à ce qu’on remette le terrain en prairie, soit en y semant de l'herbe, soit en ne le cultivant pas, comme il arrive aux environs de Phalsbourg, où les terres, ayant été ensemencées pendant deux ans, redeviennent ensuite un bon pâturage : il suffit pour cela de les laisser incultes, parce que le terrain étant frais, il pousse beaucoup d'herbes.

La raison qui détermine à former une prairie d’une terre a grains, c’est son épuisement. On lui choisit le genre d'herbe qui convient à sa nature et qui produit une plus grande quantité de fourrage : aussitôt que la prairie languit, ou qu’elle se couvre de mousse, ou se remplit de mauvaises herbes, de larves de hannetons , il est nécessaire de la défricher pour la mettre en état d'être ensemencée en grains.

L’alternative des champs en prés et des prés en champs est généralement établie en Suéde et surtout en Angleterre, où elle a plus contribué que toute autre chose à porter le prix des fermes et l’agriculture au point où ils sont aujourd’hui. On suit cette pratique en divers lieux de la Suisse, sur les montagnes qui ne sont pas trop élevées pour produire des grains,

$&. II. 11 existe un mode d’assolement qui consiste à mettre en culture des terrains couverts d’eau et à les laisser ensuite en eau: c’est un usage connu dans les pays où il y a des étangs qu’on empoissonne et qu’on pêche de temps en temps. On pense que, pour la nourriture du poisson, il est nécessaire qu’il croisse dans l’eau certaines plantes que favorisent des labours et une culture de quelques années. A ce motif sans doute il s’en joint un autre, c’est qu’en cultivant ainsi de temps en temps un sûl qui se repose pendant qu’il est en eau, et qui s engraisse des débris des végétaux et des corps des insectes qui s’y putréfient, on en retire plus de profit que si on le laissoit toujours en eau, la vente du poisson à certaines pêches ne pouvant égaler le revenu d’une ou de deux récoltes. Quoi qu'il en soit,

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pour RS on ouvre la bonde: l'eau s'écoule, et l'étang est mis à sec, sinon en totalité ,- au moins en tréès- grande partie, ce qui dépend de sa pente, ainsi que de la facilité que l'eau trouve pour sortir de l'étang et se perdre dans la campagne ou gagner quelque riviere.

Les étangs formés par des rivières sont moins susceptibles de cet assolement alternatif que ceux qui sont formés par les pluies, parce qu'il est plus difficile de les mettre à sec. On ne le peut faire qu’en partie. À

J’ai vu opérer de deux manières la culture des terres à étangs. Dans le Berry et la Sologne on écobue la terre, c'est-a-dire, on la pioche, on la fait sécher, brüler, eton en répand la cendre; on laboure à sillons élevés, et on sème du froment jusqu'a trois années de suite: il vient mal, la derniére année surtout. Le Berry a deux sortes de terrains: Tun absolument analogue à celui de la Beauce, et c'est dans ce terrain que le froment est beau ét a beaucoup de qualité. L'autre ressemble à celui de la Sologne; c’est un pays à seigle, et il y a des étangs : dans ces cantons on ne . cultive du froment que dans les étangs mêmes, quand on en a fait écouler l’eau.

En Brie, où l’écobuage est aussi inconnu qu'il y seroit inutile, quand un étang est mis à sec, on lé laboure superficiellement ; on se contente, pour ainsi dire, d’égratigner seulement le limon qui en fait la première couche, et on y sème de l’avoine : l’année suivante on laboure un peu plus profondément pour un nouvel ensemencement. Cette manière, qui est bien moins dispendieuse, est aussi employée en Berry et en Sologne : la végétation y est d’une beauté étonnante, et le produit répond amplement à ce qu’elle promet.

On alterne les étangs de la Lorraine allemande en y semant du chanvre l’année où ils sont à sec, Cette plante y vient très-bien. -

Le moment de remettre er eau un étang est indiqué par le peu de produit qu’on en retire, comparé à ce qu'il rendoit en poisson. On ferme la bonde, l’eau s’y amasse, et on empoissonne. /

$ IV. Un autre mode d’assolement qui a quelquefois lieu,

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