‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite mhodiquement des diffens res de la nature, consid soit en eux-mes, d'apr l'at actuel de nos connoissances, soit relativement l'utilitqu'en peuvent retirer la mecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus cres naturalistes (volume 2)Chapitre 8 sur 160 · ARCS · texte numérisé non relu

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plicables à presque toutes les pièces ; il s’agit actuellement de les cuire et de leur donner la couverte.

Le four pour cuire la faïence fine est d’une construction assez simple ; c’est un cylindre terminé par une voûte en dôme surbaissé : le combustible est placé sur quatre, six ou huit espèces de grilles extérieures , que l’on nomme allandiers. La flamme du combustible est renversée et pénètre dans le four ; elle en sort par de petites ouvertures carrées, percées dans le dôme. La figure que nous donnons fera beaucoup mieux concevoir la construction de ce four que la plus longue description.

Les pièces bien sèches ne sont pas placées à nu dans le four ; elles sont enfermées dans des étuis cylindriques faits en terre. Ces étuis sont aussi nommés cassettes, et par corruption gazettes ; ils doivent être faits d’une bonne argile: il entre dans leur composition au moins un tiers de ciment,! résultant des débris broyés de ces mêmes étuis. On cherche a les faire résister le plus long-temps possible aux changemens fréquens de température qu’ils doivent éprouver.

Chaque étui renferme plusieurs pièces placées l’une sur l’autre avec précaution, mais sans intermédiaire. Le four est rempli defces étuis disposés en piles ou en colonnes, suffisamment espacées pour que la flamme puisse cireuler entre elles, mais point assez pour que le tirage en soit diminué : ils sont réunis par un lut composé d’argile et de beaucoup de sable , qui empêche ce lut de s'attacher trop fortement aux étuis; il est façonné en longs boùdins, et porte le nom de colombin.

On cuit cette poterie avec du bois ou avec de la houille.

Lorsqu'on emploie le bois, la flamme circule à travers les étuis et n’est dirigée par aucun conduit particulier.

Lorsqu'on se-sert de houille, la flamme et la fumée suivent des canaux perpendiculaires, qui partent des ouvertures intérieures des grilles et rampent sur les parois intérieures du four; ces canaux ont plusieurs ouvertures latérales.

Le feu est d’abord conduit trés-doucement; il est continué jusqu’à ce que toute la masse des étuis soit d’un beau rouge. On juge de l’état de cuisson des pièces par des frag-

mens de poterie placés dans un étui qui a une ouverture latérale par laquelle on peut les retirer pour les examiner.

Le feu dure environ quarante heures; on laisse refroidir complétement le four avant d’en retirer les pièces.

La poterie retirée du four est cuite : elle a de la consistance, mais elle est spongieuse, sa surface est terne; il faut la recouvrir d’un vernis solide, que l’on nomme couverte.

Ce-vernis est un verre composé de silice, d’un aleali fixe et d’oxide de plomb. Les proportions de ces substances varient selon la nature de la poterie a Ge ce vernis est destiné. - -

L’oxide de plomb que l’on emploie, est ordinairement l’oxide rouge ou minium ; il rend le verre dans lequel il entre plus fondant et plus éclatant : maïs lorsqu'on l’ÿy met en trop grande quantité, la couverte devient jaunâtre, tendre, et elle est facilement attaquée par les acides et par les graisses chaudes : c’est dans ce cas qu’elle peut être nuisible. Si l’oxide de plomb n’y est qu’en petite proportion, la

couverte est transparente, sans couleur, dure, et ne peut

nuire à la santé ; car la crainte que l’on a voulu donner de toutes les couvertes dans lesquelles il entre du plomb, est chimérique ou exagérée. |

Un angiois, nommé James Keeling, a proposé de substituer au minium le sulfure de plomb , et il paroît que ce minerai est généralement employé actuellement. Il faut le bien griller et le laver avant de l’introduire dans la composition dela couverte. Voyez Annales des arts et manuf. 4 pa r66::

La bonne couverte dont nous venons de parler présente deux inconvéniens, qui empêchent de l'employer dans plusieurs circonstances.

Étant plus dure que ceile qui Fouine beaucoup de plomb, il faut une plus forte -chaleur pour la fondre, ce qui augmente d’aütant le prix de la faïence.

En second lieu, elle ne peut point aller également sur toutes les poteries; celles qui sont faites avec une argile qui se colore à une haute température, ne peuvent la recevoir, le feu nécessaire pour la-faire fondre étant justement celui auquel ces poteries se colorent.

62 ARG | Les ingrédiéns de la couverte sont fondus à l'état de verre dans le four à poterie même, ou dans un fourneau

particulier. Ce verre est ensuite pulvérisé et broyé trés-fine-

ment dans un moulin semblable à celui dans lequel on broie le silex. On suspend cette poussière dans l’eau à l’aide d'un peu d'argile et du mouvement.

On plonge, un trés-court instant, dans cette eau trouble les pièces que l’on veut mettre en couverte : comme elles sont sèches et poreuses, elles absorbent l’eau avec promptitude. La couverte , suspendue dans l’eau qu'elles ont absorbée, s’applique à leur surface et l’enduit également; les pièces sont sèches dés qu’elles sont sorties de l’eau. On met de la couverte avec un pinceau sur les points par lesquels on tenoit la piece.

Il faut maintenant reporter la faïence au feu pour fair fondre la couverte. On place les piéces dans de séne à gazettes; mais comme elles se colleroient ensemble si elles se touchoient, en est obligé de les tenir écartées.

Ces gazettes sont percées sur leur hauteur de trois lignes perpendiculaires de trous également espacés; on place dans chaque trou une petite cheville triangulaire de faïence, qui fait saillie en dedans de la gazette. C'est'sur les trois angles trés-aigus que présentent ces chevilles nommées pernettes, que sont posées les pièces plates que l’on veut cuire. Les trois points par lesquels elles touchent aux angles des pernettes sont si petits qu'ils sont à peine visibles. Cependant on peut ie sous toutes les assiettes de faïence trois points, à peu prés à égale distance, où la couverte semble avoir été piquée. |

Les étuis ou gazettes dans lesquels se mettent les pièces en couverte, sont eux-mêmes enduits intérieurement d’une couverte dans laquelle il entre beaucoup de plomb. Les étuis à assiettes en contiennent environ une douzaine.

Le four où se cuit la couverte est plus petit que celui où se cuit la faïence en cru; il n’a jamais que six bouches à feu ou allandiers. Le feu est conduit ccmme pour le biscuit, mais il ést beaucoup moins fort et ne monte guéres audela du rouge cerise.

On donne quelquefois à cette faïence, ou aux espèces

analogues , le vernis a l'aide du sel marin, ce qui change ha chose à l’enfournement. |

° Les cheminées des allandiers n’ont point de trous Late 3

2.° La voûte du four est percée de plusieurs trous : audessous de chaque trou est platée une pile d’étuis renfermant les pièces en cru; ces étuis sont percés sur les côtés de plusieurs trous : chaque pile d’étuis est terminée par un couvercle conique, dont le sommet répond exactement au milieu du trou de la voûte correspondant à la pile.

Les trous de la voûte sont fermés pendant la cuisson: mais quatre à cinq heures avant la fin de la cuisson, un ouvrier monte sur le four, ouvre chaque trou, y verse une cuillerée de sel marin et le referme; il répète cette opération plusieurs fois. Le sel est dispersé également autour de la pile par le couvercle conique ; il se volatilise par la chaleur du four; il pénètre dans les étuis par les trous dont ils sont percés, et fait éprouver à la surface de chaque pièce une fusion qui lui donne le vernis.

L'opération de la fusion de la couverte est la dernière : la faïence est faite : elle est seulement susceptible de recevoir divers genres de décorations, notamment quelques peintures , d'ornemens que l’on y fait: a la main ou que l’on y applique par le moyen de l'impression. Nous parlerons de ces procédés à la fin des généralités des métaux, au mot Mérar. | :

Nous allens reprendre actuellement la série des diverses poteries, et notamment des faïences, en commençant par les plus communes.

Des creuses.

Les usages auxquels les creusets sont destinés, sont si différens qu'il est difficile d’établir les principes généraux de leur fabrication. Ce sont, comme on sait, des vases de terre destinés à recevoir des matières auxquelles on veut faire éprouver une violente action du feu. Comme l’objet qu’on se propose est presque toujours de faire fondre ces matières, de les tenir même long-temps en fusion, ces creusets doivent être eux-mêmes infusibles; avoir la faculté de passer d’une température basse à une température

trés-élevée sans se fendre ; être imperméables, et même inattaquables par les matières fondues qu’ils doivent contenir.

Tous les creusets n'étant pas destinés à recevoir les violentes épreuves de l’action d’un feu continu et d’un fondant alcalin ou métallique, ils n’ont pas tous besoin de réunir toutes les qualités que nous venons d’exposer. Il leur suffit quelquefois d’être d’un tissu assez lâche pour ne point se briser par l’action du feu : tels sont les creusets que les fournalistes fabriquent et qui sont employés dans les opé-

rations. ordinaires des arts, de la pharmacie, et surtout

pour la fonte des métaux; ils sont faits d’une argile plastique brune, bien épluchée, mêlée de ciment d’argile ou

même de sable. C’est la même pâte que pour les fourneaux ;

elle est seulement plus fine et plus soignée. Ces creusets, exposés à un feu violent, se boursouflent, se fondent même; étant tres-poreux , ils laisseroient passer les verres liquides que l’on voudroit y mettre : d’ailleurs le sable qu'ils contiennent en abondance est facilement attaquable par les alcalis.

Les creusets qui sont destinés à résister aux verres alcalins, doivent être presque uniquement composés d’argile; mais comme de l’argile pure feroit des creusets trop compactes, qui se casseroient par les plus légères différences de température , on y ajoute du ciment très-cuit de cette même argile. C’est ainsi que sont faits les creusets ou pots de verrerie qui doivent contenir pendant prés de trois mois du verre fondu : cependant il n’y en a aucun qui ne soit attaqué et comme dissous à la noie par cette matière. La proportion ordinaire du ciment à l'argile est d’un à trois selon Loysel, de deux à un, selon Haba

Les creusets qu’on regarde comme les meilleurs pour les opérations de laboratoire, sont ceux de Hesse. Ils sont composés, d’après Pott, de deux parties de sable d’une moyenne

grosseur contre une d'argile; ils résistent très - bien aux

changemens de température, et ne prennent point de re-

traite sensible par la chaleur considérable des fours de

porcelaine : mais ils ne peuvent résister à l’action dissolvante du verre de plomb; il faudroit, pour leur donner cette propriété, substituer du ciment d'argile au sable. Li

parüït que la qualité particulière de l'argile que l’on emploie, influe sur celle des creusets, puisqu'on ne parvient pas à en faire d'aussi bons en suivant les proportions indiquées et en se servant d’argile très-réfractaire.

Rouelle à assuré que les petits pots de beurre de Bretagne faisoient des creusets qui résistoient parfaitement au verre de plomb; mais ils ont l'inconvénient de se briser trés-aisément à la plus légère chaleur.

Les creusets des fournalistes de Paris se font sur des moules de bois qui ont un manche; ils se cuisent avec les

fourneaux.

Des poferies rouges.

Cette division renferme la plupart des pots à fleurs, beaucoup de petites terrines et autres poteries trés-communes, mais sans couverte; des vases même d’une pâte assez fine; enfin les fameux vases étrusques : la base de cette espèce de poterie, la plus commune et la plus imparfaite, est une argile ferrugineuse, dégraissée par une quantité suffisante de sable, ou de ciment de cette même poterie. Quand on veut mettre du soin dans la fabrication de ces vases, qui sont quelquefois d’un joli ton, on lave la terre grossièrement et on broie la pâte dans un moulin. On a fait de ces vases à Paris, etsurtout à Sèvres, avec de l’argile d’Arcueil et du sable : leurs formes étoient élégantes, leurs moulures délicates, leur ton rouge assez agréable, et leur pâte légéere. 5

Lorsque ces vases sont destinés à recevoir des fleurs, ils doivent être enduits intérieurement d’une couverte de verre de plomb, afin que l’eau ne les traverse pas en raison de leur porosité. IlS sont mats et sans couverte extérieurement, mais susceptibles «’être ornés de peintures noires ou blanchâtres , à la manière des vases étrusques. Ces couleurs sont métalliques et s’attachent sur la terre par la fusion.

Les vases étrusques, qui n’ont de mérite que dans leurs formes, dans la naïveté et la pureté de style des figures qui les décorent, ont été faits d’après ces principes. Leur ton de couleur est moins rouge que celui des vases faits avec l'argile d’Arcueil; cela dépend de la nature de l'argile qu'employoient les anciens, D'ailleurs ils ne sont guère plus

légers que les nôtres; et, leur pâte étant généralement moins fine, les moulures et les arêtes'sont toujours moins vives.

Des alcarazzas ou vases à rafraichir.

Dans plusieurs contrées chaudes de l’ancien continent on se sert, pour rafraîchir l’eau que l’on veut boire, de vases poreux dans lesquels on met ce liquide ; il suinte peu à peu à travers les pores fins et nombreux de ces vases, ét se présentant à l'air sous une grande surface, il s'évapore promptement. Cette évaporation perpétuelle abaisse de quatre à cinq degrés la température de l’eau, celle de l'atmosphère étant de vingt à vingt-cinq. je

‘Ces vases sont connus en Espagne sous Îe nom d’alca- Tazzas, en Égypte sous célui de balasse; on en fait aussi usage en Syrie, en Perse en Chine et en d’autres parties de l'Asie. Ils différent dans différentes contrées par jeur forme, leur couleur, leur consistance ; mais tous sont fabriqués à peu près d’après les mêmes principes.

Ceux d’Espagne ressemblent à(des bouteilles de grès, et peuvent être suspendus par deux petites anses : ils sont assez solides, assez durs; leur pâte à de la finesse : mais ïls sont mal faits. |

Lasteyrie a publié le procédé de leur fabrication; 11 assure que l’on fait entrer du sel dans la composition de teur pâte. Nous-avons essayé d'en fabriquer par ce procédé, sans pouvoir y réussir, tandis que nous y sommes parvenus par un autre moyen plus d'accord avec la théorie.

Les alcarazzas d'Égypte, nommés balasse, du lieu où on les fait, sont verdâtres, trés-peu solides, et ressemblent a de l'argile plutôt durcie que cuite. On emploie pour Îes fabriquer une marne grasse, à laquelle on n’ajoute aucune autre terre : on les fait sécher au soleil, et on achève de les durcir au moyen d'un feu de païlle. Ces vases, d’un trèsbas prix, sont envoyés dans toute l'Égypte, en Syrie et dans les îles de l’Archipel. (Denon, Voyage en Égypte.)

Fourmy a fait à Paris des vases à rafraîchir, qui remplissent leur objet aussi bien que les précédens; ils sont d'une pâte grossière et grenue, et d’un blanc sale. La poréclaine dégourdie, c’est-à-dire celle qui n’a reçu quuz

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premier et léger degré de cuisson, laisse transsuder l’eau comme les alcarazzas, et la rafraîchit sans lui communiquer aucun goût. Ce refroidissement est même porté plus bas; il fait descendre l’eau jusqu’à cinq degrés au-dessous de la température qu’elle avoit, tandis que/dans les mêmes circonstances je n'ai pu obtenir que quatre degrés des autres alcarazzas.

On peut deviner, d’après ce que nous venons easoiers les principes de composition de ces vases. Ils doivent être faits avec une argile rendue poreuse et perméable par une forte addition de sable ou par une trés-légère cuisson Le sel n’y paroît point nécessaire. La chaleur que l’on donne à ces vases pour les faire cuire, n’est même pas suffisante pour PORRIReE ce corps. Fe

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Des faïences communes,

Nous rangeons sous ce titre toutes les faïences dont la pâte, ordinairement poreuse, est rouge ou jaunâtre, et dont la couverte est colurée ou d’un blanc opaque.

-. La composition de cette pâte est très-différente de celle

de la pâte des faïences fines. C’est un mélange d’une argile souvent ferrugineuse, quelquefois calcaire, et d’un sable qui n'est pas non plus composé de silice pure, mais qui contient de l’oxide de fer, quelquefois un peu d'argile, ou même de la chaux.

L'argile que l’on emploie est tantôt bleue et ferrugineuse, tantôt verte et calcaire ; c'est une espèce de marne : quelquefois même, comme dans plusieurs manufactures de Paris, on y ajoute de la marne. Il paroît qu’elle produit dans la pâte un effet analogue au sable, en facilitant lévaphtaton égale de l’eau, et s’opposant par cela même à la fente : mais je crois, avec d’Antic, que son principal usage est de faciliter la fusion de l’émail par sa propre fusibilité, et d'en augmenter l’adhérence.

Ces matières ne sont jamais broyées, et souvent elles ne sont lavées que grossièrement. Elles sont mélangées dans des proportions qui différent dans chaque fabrique : le

terme moyen paroît être de trois cinquièmes d'argile et de deux cinquièmes de sable.

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Les procédés de lavage et de pétrissage sont à peu près ( les mêmes que Ceux mis en usage pour la faïence fine: mais

on doit remarquer qu’il y a une grande différence dans la composition des pâtes. | ù

Cette pâte est quelquefois passée au tamis; mais elle n’est jamais raffermie par l’évaporation à l’aide du feu, comme celle de la faïence fine. On se contente de la faire séjourner dans des fosses creusées dans le sol, carrelées dans leur fond et planchéiées sur leurs côtés. La pâte s’y dépose ; on fait écouler l’eau par des robinets latéraux; et cette pâte ,exposée a l'air, s’y raffermit. On la met ensuite en ballons et on la place dans des caves jusqu’au moment de l’employer.

Les pièces de faïence commune se fabriquent exacte-

ment comme celles de faïence fine. Il n’y a de différence que dans le soin qu’on y apporte, et quelquefois dans la forme du tour que l’on emploie.

- Ce tour, qui porte particulièrement le nom de tour du potier, consiste en une roue de fer horizontale, évidée et semblable à une roue de carrosse qui n’auroit que quatre raies; elle est traversée d’un axe vertical, surmonté par une tête, sur laquelle on place la pâte. Le potier, assis sur un banc, a les jambes tres-écartées, et les pieds appuyés sur des traverses de bois; ce n’est point avec le pied qu'il fait aller sa roue, mais avec un morceau de bois pointu, qu’il quitte lorsqu'il a imprimé à la roue le mouvement nécessaire. On voit combien cette méthode est défectueuse; c’est l'enfance de l’art : elle est cependant encore suivie par beaucoup de potiers.

Le four dans lequel on cuit la faïence commune est trésdifférent de celui qui sert à cuire la faïence fine : ce n’est plus un cylindre terminé par un dôme; ce sont deux galeries voûtées, courtes et larges, fermées complétement à une de leurs extrémités, et posées l’une sur l’autre. Il ressemble entiérement au four de porcelaine tendre, dont nous donnons la figure. Ses proportions sont seulement plus grandes. Les piéces en cru sont placées dans la galerie supérieure; on les met dans des étuis ou gazettes. Quelquefois on les place les unes au-dessus des autres, em chapelle ou échappade; elles sont alors seulement séparées

et supportées par de grands carreaux octogones de terre cuite, portés eux - mêmes sur des piliers de même nature. (Voyez la fig.)

Dans plusieurs manufactures il n’y a point de voûte de séparation entre les parties inférieures du four où l’on met la couverte et la partie supérieure qui reçoit le cru

Lorsque les pièces sont ainsi disposées dans le four, on en mure la porte avec des briques, et on allume le feu sous la voûte inférieure; la flamme passe par les ouvertures qui traversent le plancher de séparation des deux voûtes, et circule entre les pièces. Lorsqu’elles comimencent à rougir, on ne jette plus le bois sous la voûte, mais on le pose transversalement sur l'ouverture par où on le jetoit, et on l’y dispose en talus : la flamme plonge sous la voûte pour sortir par les ouvertures dont nous avons parlé; la chaleur augmente rapidement, et les pièces sont cuites en trente à trente-six heures. On les défourne: élles sont alors bonnes à être mises en couverte.

Le four à poterie proprement dite est aussi défectueux que toutes les autres parties de cet art; c’est une simple voûte : à son extrémité est une cheminée, et à son entrée se place la plus grande partie du combustible ; il est séparé des pièces par une cloison percée de trous. Les pièces sont mises les unes sur les autres dans ce four, sans gazettes; on y interpose du bois, de distance en distance : lorsque le four est plein, on en muraille la porte.

Nous avons dit que la pâte de la faïence commune étoit ordinairement rouge, ou au moins jaune; elle est d’ailleurs grossière et poreuse : elle supporte assez bien les passages alternatifs du chaud et du froid, surtout si on a fait entrer dans sa composition du ciment trés-fin de cette même pâte, ou du sable en grande quantité.

Cette faïence est presque toujours fusible à une haute température ; et quand elle contient beaucoup de fer et de chaux, elle est fusible à une température peu élevée, ou bien elle s’y boursoufle. Ces mauvaises qualités exigent une couverte tres-différente de celle de la faïence fine : il] faut qu’elle soit très-fusible , et trés-colorée ou même opaque.

La faïence tres-commune , que l’on nomme ordinairement

poterie de terre, et dont la couverte est brune, jaune ou même verdâtre, est de toutes les poteries la plus mauvaise : non-seulement sa pâte est grossière, poreuse et fragile, mais sa couverte est souvent dangereuse; elle est presque entiérement composée d’oxide de- plomb fondu et quelquefois mêlé ou d’oxide de cuivre ou d’oxide de manganèse. Si on laisse séjourner dans de pareils vases des alimens acides, si on y fait chauffer fortement des graisses, 1a couverte en est attaquée, et le plomb communique aux alimens ses propriétés délétéres.

Cette qualité nuisible de la couverte ajoute done aux inconvéniens de cette faïence ; le seul avantage qu’elle présente, c’est d’aller facilement au feu sans se casser, et d’être à un prix très-bas : elle doit ce dernier avantage ‘au peu de combustible qu’il faut employer pour la cuire, en raison de la grande fusibilité de sa couverte. RE

La préparation et l'application des couvertes dont on vient de parler, n’exigent pas de grands soins. On prend de l’oxide jaune de plomb (litharge), ou même du sulfure de plomb, qui donnent une couverte d’un jaune transparent \et sale : on ajoute quelquefois à ces substances de loxide de manganèse ou de l’oxide de fer, qui donnent une couleur brune, ou de l’oxide de cuivre, lorsque la litharge n’en ‘contient pas naturellement; e’est ce qui produit la couverte ou vernis vert de certaines poteries. On broie ces matières, on les suspend dans l’eau, et on y plonge les pièces.

Les potiers, qui ne font que des poteries fort communes et ordinairement très-mauvaises, emploient un procédé plus simple, sujet à bien des inconvéniens. Ils laissent simplement, sécher leurs piéces, sans leur donner une cuisson préalable; ils les trempent alors dans une eau qui tient de l'argile fine en suspension et qu'on nomme eau grasse : Vargile s'attache à la surface de la piéce ; on la saupoudre alors de vernis et on la porte au four. La pâte se cuit, et le vernis se fond au même feu. Ces procédés sont trèséconomiques ; mais les pièces sont remplies de défauts.

Lorsque les pièces ont reçu avant la couverte une pre-

iére cuisson, les oxides métalliques dont nous avons parlé et qui sont fixés à leur surface, se vitrifient au dernier feu:

et s'incorporent tout aussi bien avec la pâte qui aide leur vitrification.

Ces pièces mises en couvertes sont placées dans des gazettes et soutenues par des pernettes, comme nous l'avons décrit en parlant de la faïence fine. Elles se cuisent dans le même four que le cru, qui prend après ce premier feu le nom trés-impropre de biscuit; maïs elles n’exigent pas une température aussi élevée.

La faïence commune, moins grossiére, mais dont la pâte est rouge, reçoit une couverte d’une autre nature: la blancheur opaque de cette couverte cache la couleur de la pâte et donne à cette faïence l’aspect de la porcelaine. Cette espèce porte essentiellement le nom de faïence; c’est à Rouen, à Nevers, qu’on la fabrique en plus grande quantité.

Cette couverte, qu’on nomme aussi émail, est composée

de quatre parties de plomb et d’étain oxidés ensemble et que l’on nomme calcinés, de six parties de sable de Nevers, ou d’un sable quelconque incolore, mais fusible, et d'une partie de soude.

Ces matières mélangées sont placées sous le four où se cuit le biscuit; on les met, ou dans des creusets, ou dans un bassin fait avec du Sable. Elles se fondent pendant la cuisson en une masse vitreuse, blanche et opaque; c’est lémail ou la couverte. On reprend cet émail, on l’épluche, on le broie tres-finement dans des moulins que nous avons décrits, et on le suspend dans-l’eau par l'agitation; c’est dans cette eau que l’on plonge les piéces en biscuit.

Lorsque le biscuit est trés-cuit, il est trop dur et l'émail s’y attache difficilement; on l’enduit d’une couche mince d’argile trés-divisée, et l’émail y adhère alors facilement. Cette espèce de faïence est assez belle, surtout si elle à été fabriquée avec soin, si elle n’est pas trop épaisse, etc, Elle est d’abord inattaquable par les acides et par les graisses. Maïs elle ne conserve pas long-temps cette belle apparence. Elle supporte difficilement le passage subit du froid au chaud. Sa couverte, devant être assez épaisse pour cacher entièrement la couleur de la pâte, gâte toutes les formes; bientôt elle se fendille, les graisses pénetrent la pâte, et donnent aux alimens qu’on y prépare un goût dé.

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