‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite mhodiquement des diffens res de la nature, consid soit en eux-mes, d'apr l'at actuel de nos connoissances, soit relativement l'utilitqu'en peuvent retirer la mecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus cres naturalistes (volume 2)Chapitre 9 sur 160 · ARC · texte numérisé non relu

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sagréable. Enfin, elle s'écorne, et laisse voir sa pâte rouge, qui contraste désagréablement avec la blancheur de la piéce. |

On a paré à la plupart de ces inconvéniens en faisant la faïence fine , dont l’histoire devroit se trouver ici : nous avons exposé les raisons pour lesquelles nous avons décrit les procédés de sa fabrication au commencement de cette histoire abrégée des poteries.

Des pipes.

La plupart des pipes sont faites avec la même pate que les faïences fines; elles n’en diffèrent que parce qu elles sont moins cuites et toujours sans couverte.

La terre à pipe doit donc être une argile plastique, blanche , fine, facile à travailler et ne rougissant point au feu.

On la prend, en France, à Fossay, à Gournay, à la Bellière et aux environs de Forge; et celle que l’on emploie a Rouen vient de S. Aubin et de Bellebœuf. Celle de Hollande vient d’'Andenne prés de Namur , des environs de Liége , etc.

La terre doit être ho et lavée avec soin, ensuite bien battue et bien divisée, enfin pétrie et corroyée avec plus de travail que pour aucune autre sorte de poterie. On n’y ajoute ni sable ni silex, mais seulement du ciment de cette même terre qui résulte de la trituration des pipes cuites et cassées.

On se sert en Hollande d'üne machine particuliére pour Ja diviser parfaitement. On la met dans une cuve dans laquelle tourne un arbre vertical, armé en fer de branches horizontales qui portent des couteaux verticaux; par ce . moyen toutes les parties de la pâte sont exactement mêlées. L'art de façonner les pipes n’est pas aussi simple que le

prix modique de ces objets devroit le faire supposer. __ On fait des rouleaux de päte à peu près du -volume de la pipe. On leur laisse prendre de la consistance; on les perce alors avec une brochette de fer, et on relève d’un coup de pouce l'extrémité qui doit former la tête ou fourneau de la pipe.

On met cette gTOssiére ébauche dans un moule de cuivre graissé intérieurement; on ferme le moule, et on le met en presse. L’extérieur de la pipe est fait, et même marqué d’ornemens, s’il y en avoit de gravés sur le moule.

I1 faut creuser la tête ou fourneau. Cette opération se commence avec le doigt ,-et se finit avec un poinçon ou moule de fer nommé étampeux, la pipe étant toujours dans le moule et celui-ci en presse.

On retire alors la pipe du moule; on la as à la main, en abattant les coutures et bavures. On la marque et on la polit, d’abord avec un morceau de corne (d'aprés Jars), ensuite avec des silex creusés de maniere à recevoir dans leurs rainures la tête et le tuyau.

Les pipes se cuisent à peu prés comme la faïence, et dans les mêmes fours. On les met dans des gazettes cylindriques bien lutées, ou dans des espèces de grands creu- : sets : elles y sont disposées en pyramides; toutes les têtes ou fourneaux placés en bas et circulairement, les tuyaux réunis, et appuyés sur un pilier de terre Étnete qui s'élève au milieu de la gazette et que l’on nomme chandelier. Ces gazettes sont mises au four; on en maçonne la porte, et on le chauffe au bois ou à la tourbe, à la manière ordinaire : le feu dure environ seize heures.

Lorsque la terre est un peu ferrugineuse, les pipes deél rougeàtres au feu. Roussel, manufacturier de S. Omer, assure pouvoir remédier à ce malheur par le procédé suivant.

Lorsque les pipes sont dans le four, il ferme toutes les ouvertures supérieures du four, et les enfume: il les fait ensuite rougir ; il répète cette opération toutes les heures pendant la cuisson : il prétend qu’elles deviennent par ce moyen d’un trèés-beau blanc.

Les pipes, étant sans couverte et peu cuites, happent facilement à la langue, s’attachent aux lèvres et se salissent promptement : ce sont des inconvéniens que l’on évite en leur donnant une sorte de vernis. On fait dans de l’eau un mélange de savon, de cire blanche et:de gomme arabique; on fait fondre le tout à la chaleur, et on méle la cire par l’agitation; on y plonge les pipes et on les frotte

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ensuite avec une flanelle : elles acquièrent un lustre qui leur donne plus de propreté et plus de valeur.

On fait des pipes de toutes sortes de matieres. Nous ne devons parler ici que de celles composées d’une pâte argileuse. Cent

Les peuples de l'Orient fument presque tous. Leurs pipes sont d’une composition tres-différente de celles que nous venons de décrire.

Les unes sont faites avec une matière terreuse, assez remarquable / dont nous parlerons au mot Sréarire : c’est une terre légérement onctueuse, nommée improprement écume-de-mer , que l’on trouve à Kiltschik, à deux lieues de Konie en Natolie. On la pétrit en-sortant de la fosse, , et on la moule. Ces pipes n’ont que le fourneau et point de tuyau; cette partie, faite d’une matière différente, y ‘est ajoutée aprés : elles sont tres-grandes. On les laisse” sécher au soleil; on les cuit, jusqu’au rouge -cerise, dans un four semblable à ceux du boulangers; on les fait ensuite bouillir dans du lait, et quand ue sont sèches, on les frotte avec de la prêle, equisetum. Les Tures n’aiment pas ces pipes ; ilsles vendent aux Grecs, aux Russes, aux Polonoïs, aux Allemands : ils préfèrent des pipes moins grandes, d’un rouge brique trés-vif. On fait ces dernieres tantôt avec une argile ocreuse naturelle, comme à Trébisonde, a Poli, à Césarée ; tantôt avec un mélange d'argile grasse, bien lavée , et de ciment de tuile tamisé. On les cuit; elles deviennent d’un brun foncé : on leur rend leur couleur rouge. en les frottant avec du cuir et de la sanguine en poudre. C'est ainsi qu’on les fait à Constantinople et a Tokat. On voit beaucoup de ces pipes dans tout l'Orient, en Égypte, etc.; elles sont souvent assez agréablement gravées, et même rene ;

On fait au Sénégal des pipes rouges, assez semblables aux précédentes. l'argile qui entre dans leur composition

1. Ces détails sont extraits des Annales des arts et manufactures ; t. 3, p. 297. On désireroit que de nouvelles observations assurassent l’exactitude des détails de celle-ci; car il est douteux qu’un mélange de ciment de tuile et d’argile grasse puisse donner des pipes d’un rouge aussi vif que celles que l’on à rapportées d'Égypte.

est une argile ocreuse, peu liante, mêlée de beaucoup de

mica jaune que l'on a pris pour des paillettes d’or. Ces”

pipes sont d’un rouge vif, et d’une pâte moins fine que

celles d'Orient. | Des grès.

Nous étendrons un peu la signification de ce nom de poterie, et nous appellerons grès les faïences à pâte compacte , assez bien cuites pour n'être point rayées par le fer, et qui ne reçoivent pas ordinairement de couverte de plomb. ;

La base des grès est une aroile trés-plastique et fine, peu ferrugineuse, qui contient naturellement une assez grande quantité de sable fin, mais qui ne renferme presque point de chaux. On peut prendre pour exemple celle de Forgeslés-eaux, département de l’Yonne, dont Vauquelin à fait l'analyse, que nous avons déja rapportée pag. 15; celle-ci est une des plus ferrugineuses.

La préparation de l'argile consiste à la pétrir très-fortement avec les pieds, en y ajoutant encore un peu de sable saupoudré d’un peu de chaux, dit Duhamel - Dumonceau; les pièces que l’on en fait sont fabriquées d’aiileurs comme celles des autres faïences.

La premiére différence des faïences de grès aux faïences communes et fines, consiste donc dans le choix de la terre, dont la finesse est intermédiaire entre celle de la faience commune et celle de la faïence fine. La seconde

- différence vient du degré de cuisson. Les grés sont cuits à une température beaucoup plus élevée que les faïences à pâte rouge : la plupart de ces dernières se fondroient, ou au moins se boursoufleroient à cette température, en raison de la chaux et du fer qu’elles contiennent en plus grande quantité que les grés. w |

Le four dans lequel on les cuit est assez semblable à celui des potiers, décrit plus haut : il en diffère en ce qu'il va en montant du foyer jusqu’au fond, qu'il n’a point de cheminée proprement dite, et que le foyer ou la fournaise est plus grande. Le feu dure huit jours consé-

- cutifs , par conséquent beaucoup plus long-temps que pour la cuisson de la faïence, ?

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Les grès suite né par cette cuisson une grande solidité, etune telle dureté qu'ils peuvent faire feu avec l'acier; ils deviennent compactes, et en tout analogues à la porcelaine : leur homogénéité est même telle qu'ils ne peuvent aller sur le feu sans se casser.

Cette faïence étant tres-compacte n’a pas besoin de couverte; cependant, pour plus de propreté, on met à quelques-unes une espèce de vernis. |

Ce vernis est tantôt produit par la vitrification de la surface même de la terre, tantôt par la vapeur du sel marin. qu’on jette dans le four quand il est rouge ; tantôt enfin il est appliqué particulièrement aux pièces. Il est fait avee des scories et du laitier vitreux de forge, pulvérisé; on trempe les D crues dans l’eau, et on y saupoudre cette couverte. Il n’y à donc qu'un seul feu pour cuire la pâte

et sa, couverte, qui devient par la fusion d’un brun

marron.

Les faïences de grès les plus connues à Paris, sont celles de S. Fargeau, département de l'Yonne, de Savigny, S. Samson, et. autres villages des environs de Beauvais; de Martin - Camp, près de Neufchàtel en Bray, département de la Seine inférieure, où l’on fait des grès vernissés; de Zimmerzen , à quatre lieues de Trèves, et de plusieurs autres endroits de la province de Luxembourg.

Nous verrons bientôt que les grès ne différent des porcelaines dures que par les matières colorantes que contient l'argile qui entre dans leur composition. Cette matière colorante, métallique, presque toujours ferrugineuse, empêche d’ajouter à la pâte la quantité de chaux nécessaire pour lui donner la demi- . qui caractérise la

porcelaine; car cette addition de chaux feroit fondre le.

grès, long-temps avant qu'il eût pu acquérir cette translucidité.

Il suit de ce principe que tous les grés doivent être co-

lorés, et qu’un grès blanc qui peut devenir demi- transparent par une température convenable, est de la porcelaine dure sans couverte.

Cette identité du gres et de la porcelaine a été remarquée par plusieurs écrivains, et notamment par Bertrand,

dans une note sur l’art de la porcelaine. (Collection des arts et métiers, par l'académie, édition de Neufchâtel. )

Nous sommes arrivés par gradation à l’article de lg porcelaine, dont nous traiterons sis nous aurons parlé de quelques espèces particulieres de grès - Donne par leur couleur ou leur texture.

Les grès des environs de Beauvais sont jaunes, gris ou bruns; tels sont les pots à beurre d’Isigny : ceux de Bretagne sont d’un bleu ardoisé : ceux de Lorraine sont gris de lin.

‘On apporte du Japon des théières qui sont de grés rouge sans couverte : on a fait à Musigny, avec l’argile du lieu, des poteries de grés rouge, un peu orangées, absolumert semblables à celles du Japon. Elles different des vases rouges faits avec l'argile d’Arcueil, en ce qu’elles sont imperméables à l’eau, quoique privées de couverte. La poterie noire, faite d’abord en Angleterre par Wedgwood, est un véritable gres; elle en a la dureté et la compacité : elle est composée d’argile plastique du Devonshire , d’oxide de fer calciné au rouge violet, et d’oxide de manganèse; la pâte en est rouge, elie noircit au feu.

On a fait, dans les années dix et onze, à la manufacture nationale de porcelaine de Sèvres, de la poterie noire, aussi belle par sa couleur, sa dureté et la finesse de sa pâte, que celle d'Angleterre ; mais sa composition est un peu diffé: rente. On a employé l’argile de Montereau, l’oxide rouge de fer, l’oxide de manganése; et pour dégraisser cette pâte, on y à ajouté un ciment résultant de la scorification de l’oxide noir de fer avec l'argile d’Arcueil. La pâte de ce grès est noire et reste noire en cuisant.

Tous les grès dont nous venons de D. ont une pâte: assez compacte pour être imperméable à l’eau; mais leur surface n’est point encore assez lisse pour qu’on puisse les employer sans couverte dans les usages domestiques. Nous avons Vu que quelques-uns étoient vernissés ; ces poteries, pouvant subir une température élevée , reçoivent un vernis sans plomb, exempt par conséquent des inconvéniens qui accompagnent ceux qui en contiennent beaucoup. Elles auroient donc tous les avantages que l’on peut

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