‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 102 sur 222 · LE NOUVEAU COMTE DE SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU COMTE DE SAINT-GERMAIN

M. L" partit pour Sceaux , il y a huit jours, à quatre heures après midi à peu près ; il allait dîner chez madame de Mairan, vieille amie de sa famille, qui habite une des dernières maisons du village, du côté de la forêt... Il y avait peu de monde chez madame de Mairan ; mais après le dîner le temps se brouilla. On entendit dans le lointain quelques coups de tonnerre, tristes messagers de la fin de l’été, et une pluie assez forte rendit les sentiers de la forêt impraticables. La maîtresse de la maison, frileuse comme une douairière, fil allumer du feu, et les voisins arrivèrent. C’étaient des gens graves et âgés pour la plupart. Madame de Mairan se mit à une partie de wist, un groupe se forma, et M. L“ qui fuyait le wist comme un avare fuit un emprunteur, se rapprocha des discoureurs, tous inconnus pour lui. On était à Sceaux, pris à l’improvisle par une soirée pluvieuse, et une conversation entre gens qui ne s’étaient pas attendus à être rassemblés dans un salon devait se ressentir de cet accident imprévu, et se ûxerau hasard sur le premier sujet venu.

— Avez-vous vu le tombeau de Florian?

demanda quelqu’un. — Non, répondit un grand monsieur sec qui parut un diplomate à M. L...; non, quand je suis à Sceaux, je vous avoue que je ne pense ni au duc de l'euthièvre, ni à son page, mais seulement «à la duchesse cl surtout au duc du Maine. —

— Bah 1 répondit un vieil ami de madame de Mairan, qui a été préfet sous la restauration, malgré mes opinions, je suis forcé d’avouer que c’était un pauvre homme que ce duc du Maine, et bien peu en état de lutter contre le régent, Stairs et Dubois. Un petit homme, à figure ridée, d’une complexion sèche et vigoureuse, et que M. L... avait remarqué assis dans une vaste bergère, caressant ses mollets absents , s’élança d’un bond au milieu du cercle. — Monseigneur lé duc du Maine un pauvre homme 1 dit-il d’une voix aigre et criarde, monseigneur un pauvre homme I je voudrais bien savoir... L’ancien préfet se plaça comme fail un professeur d’histoire quand il donne une leçon :

— Il est bon de vous dire, messieurs, que quand la mort eut ravagé la tamille de Louis XIV et n’eut plus laissé d’intermédiaire entre un dauphin de quatre ans et un roi presque octogénaire, tout se prépara pour les événements d’une régence inévitable. — Je sais tout cela mieux que vous, s’écria le petit vieillard.

L’ex-prëfet continua : — La tutelle du monarque orphelin était une proie que pouvaient disputer deux prétendanîs, dont l’un occupait sans gloire le trône d’Fspagne, et l’autre végétait à la cour de France. — Ahl vous voulez parler du petit duc d’Anjou,

DlCTIONN. DES SCIENCES OCCULTES. IL

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