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c’ect-à-dire de Philippe V et de monseigneur le duc d’Orléans. L’ex-préfet continua, malgré celte interruption. — Le vieux monarque hésita longtemps entre le désir d’enlever tout à fait la couronne à son neveu et la précaution de ne lui laisser qu’un titre sans pouvoir... Mais le petit vieillard, que la discussion paraissait réveiller et mettre en haleine, s’empara vivement de la parole : « Un mémoire fut remis à Louis XIV, dit-il ; on y établissait que les dispositions des régences ne se règlent en France ni par les droits du sang, ni par la volonté des rois, et on y rappelait le mépris qui avait couvert le testament de Louis XIII; la seule mesure convenable à Votre Majesté, y disait-on, consiste à faire, dès à présent, nommer un régent par les états généraux. Il est hors de doute qu’ une telle assemblée, convoquée pour ce seul objet, aurait opéré sans troubles, se serait séparée sans résistance, et aurait fixé sur la télé la plus agréable au roi une qual.té au-dessus de toute atteinte... Vous savez, messieurs, quel était l’homme que le roi aurait choisi le plus volontiers !... C’était le duc du Maine, u — Le projet était bon et i<e venait pas d’un homme ordinaire, dit le diplomate. — Et savez-vous, dit encore le petit vieillard, quel était l’auteur de ce mémoire?.... Monseigneur le duc du Maine 1 — Allons donc 1 s’écria le préfet. — Il fit plus, reprit le vieillard avec une ardeur nouvelle: quand il vit Louis XIV incertain, quand il craignit que les honneurs de la régence fussent réservés au duc d’Orléans, il chercha quelle dig ci on pourrait opposer à cet esprit audacieux, il proposa d’ériger le conseil de régence en une sorte de cour nationale, où serait admis un député de chaque parlement et un autre des états do chaque province. N’était-ce pas là une espèce de gouvernement constitutionnel présenté à la France bien avant celui de S. M. Louis XVIII ? — A peu près, dit une voix. — Et vous êtes sûr, monsieur, de ce que vous avancez? demanda le préfet. — Parfaitement sûr, répondit le vieillard. M. le chevalier de Libers et moi écrivîmes le mémoire sous la dictée de monseigneur le duc du Maine. — El vous 1 s’écria tout le monde. — Moi-même, répondit modestement le petit viei.lard et en se courbant un peu pour saluer. — Mais, monsieur, dit un des assistants, songez donc que nous sommes aujourd’hui au 25 août 1837, et que vous parlez de... — Je parle, reprit le vieillard en regardant fixement son interlocuteur, de juillet 1714; carie testament de Louis XIV ne fut signé à Mariy que le 2 août de la même année. J étais tort jeune alors. — Alors, dit le préfet ; mais il y a cent vingt-un ans de cela, et pour peu que vous coinplassiez vingt printemps à relie époque, vous auriez, monsieur, aujourd hui cent quarante et un ans. — Cent cinquante! cent cinquante à la Saint-Martin ! dit le vieillard. L’ex-prélet s’avança d’un air grave vers son singulier interlocuteur. — Monsieur, lui dit-il, à qui ai-je l’honneur de parler?—Le marquis de Ixergouët, gentilhomme
h ri' ion . on des gentilshommes de feu S. A. R. monseigneur le duc du Maine. — Vous voulez parler sans doute, M. le marquis, de Louis- Charles de Bourbon, comte d’Eu, petit-fils de Louis XIV. — Du tout, du tout, monsieur 1 je par'ede monseigneur du Maine, Iils de sa majesté Louis XIV et de la marquise Athénaïs de Montespan. M. le marquis de Kergouët éleva tellement , en parlant ainsi, sa voix perçante et criarde, que tout le monde, dans le salon, s’approcha du cercle dont il était le centre. — Que dit-il, que dit M. le marquis? — M. le marquis dit qu’il a cent cinquante ans, et qu’il a connu madame de Maintenon. — Parfaitement , répondit le vieillard, dont l’ouïe était encore trèsfine ; j’avais même l’honneur d’êlre l'allié de madame de Clapion. Ces deux dames voulaient me marier avec une demoiselle de Saint-Cyr; mais madame la duchesse du Maine ne voulut jamais le permettre. — Celte madame de Maintenon devait être bien vieille? demanda une jeune demoiselle qui s’était avancée pour voir l’étonnant vieillard. — Du tout, du tout! répondit le marquis; elle n’avait que quatre-vingts ans à l’époque dont je vous parle, et je vous assure que si elle avait su se dérober aux remèdes dont l’infectait Fagon, elle aurait été fort bien. Le diable ne rompra donc jamais la baguette de cette vieille fée? me dit un jour Saint-Simon, dans la galerie de Versailles. M. le duc, lui répondis-je, vous vous trompez de confident : je suis à M. du Maine... Et vraiment il me prenait pour Rocé, ce qui n’était pas flatteur, car Rocé était loin d’être un joli cavalier; et, comme le disait plaisamment madame du Maine, il avait le teint vert-crapaud.
Tout le monde étonné regardait ce vieillard calme, sérieux, qui parlait de la meilleure foi du monde, et, au milieu de la surprise générale, tirait de sa poche une petite tabatière d’ecaille dans laquelle il prenait du tabac d'Espagne, quand l’ex-préfet, qui est du comité de surveillance d’une caisse d’épargne, dit d’un air goguenard: — M. le marquis a connu Law, sans doute? — Moi, monsieur, répondit dédaigneusement M. de Kergouët, je n’ai jamais vu la finance ; c’était bon pour M. de Fontenelle, mais moi l 11 lira sa montre et ajouta : — 11 est dix heures, c’est l’heure où Louis XIV donnait à manger à ses chiennes de chasse; un jour Sa Majesté, m’en voyant admirer une : — Prenez, Kergouët, me dit-il, prenez... Eh bien! rarrière-pelite-fille de la chienne du grand roi jappe en m’attendant à l’heure qu’il est... Permettez, messieurs... Le marquis se tira doucement du cercle qui l’entourait, fit un geste d’adieu à la maîiresse de la maison et quitta le salon. — Voilà qui est bien étonnant 1 — Cent cinquante ans, qui croirait cela ? — Et marche sans bâton, voit sans lunettes, entend sans cornet. — C’est un original qui a voulu s’amuser, dit l’ex-préfet; vous voyez bien qu’il n’a su que répon-
dre quand je l’ai mis sur lecomptede M. Law. M. L‘* s’approcha de madame de Mairan, qui achevait au moment même sa partie de wist. — Que faut-il croire, madame, de ce que nous vient de raconter M. le marquis de Kergouët? — Ah! le marquis, dit négligemment madame de Mairan en mêlant les cartes pour faire une patience, c’est un fort brave homme; nous sommes un peu parents; il était fort lié avec le grand-père de mon père, et je me souviens d’en avoir entendu faire l’éloge, par mou grand-père à moi, durant toute mon enfance... Quel dommage qu’il ne soit pas riche 1 II ferait rebâtir le château de Sceaux...
SA1NT-GILLE, marchand épicier à Saint- Germain en Laye, qui fut présenté comme ventriloque à l’académie des sciences, le 22 décembre 1770. Il avait le talent d’articuler des paroles très-distinctes, la bouche bien fermée et les lèvres bien closes, ou la bouche grandement ouverte, en sorte que les spectateurs et auditeurs pouvaient y plonger. 11 variait admirablement le timbre, la direction et le ton de sa voix qui semblait venir, tantôt du milieu des airs, tantôt du toit d’une maison opposée, de la voûte d’un temple, du haut d’un arbre, tantôt du sein de la terre, etc.
SAKHAR, génie infernal qui, suivant le Talmud, s’empara du trône de Salomon.
Après avoir pris Sidon et tué le roi de cette ville, Salomon emmena sa fille Téréda ; comme elle ne cessait de déplorer la mort de son père, il ordonna au diable de lui en faire l’image pour la consoler. Mais cette statue, placée dans la chambre de la princesse, devint l’objet de son culte et de celui de ses femmes. Salomon , informé de celte idolâtrie par son visir Asaf, brisa la statue, châtia sa femme et se relira dans le désert, où il s’humilia devant Dieu. Ses larmes et son repentir ne le sauvèrent pas de la peine que méritait sa faute. Ce prince était dans l’usage de remettre, avant d’entrer dans le bain, son anneau, dont dépendait sa couronne, à une de ses femmes nommée Amina. Un jour, Salihar vint à elle sous les traits du roi , et , recevant l’anneau de ses mains, prit, en vertu de ce talisman, possession du trône, et fit dans les lois tous les changements dont sa méchanceté s’avisa. En même temps Salomon, dont la figure n’était plus la même, méconnaissable aux yeux de ses sujets, fut obligé d'errer et de demander l’aumône. Enfin, au bout de quarante jours, espace de temps durant lequel l’idole avait été honorée dans son palais, le diable prit la fuite et jeta l’anneau dans la mer. Un poisson qui venait de l’avaler fut pris et servi devant Salomon , qui retrouva sa bague dans ses entrailles. Rentré en possession de son royaume, ce prince saisit Sakhar, lui chargea le cou d’une pierre, et le précipita dans le lac de Tibériade.
SAKHRAT. Il y a une montagne que les mahométans croient entourer tout le globe.
(i) Le ventriloque de l’abbé de La Chapelle, cité par M. Carin^t, Iîist. de la Magie en France, p. ^78-
C’est la montagne deKaf. Elle a pour fondement la pierre Sakhral, dont Lokman disait que quiconque en aurait seulement le poids d’un grain ferait des miracles. Celte pierre est faite d’une seule émeraude, et c’est de sa réflexion que le ciel nous paraît azuré. Lorsque Dieu veut exciter un tremblement de terre, il commande à cette pierre de donner le mouvement à quelqu’une de ses racines. La terre se trouve au milieu de cette montagne, comme le doigt au milieu de l’anneau; sans cet appui , elle serait dans une perpétuelle agitation. Pour y arriver, il faut traverser un très-grand pays ténébreux ; nul homme n’y peut pénétrer s’il n’est conduit par quelque intelligence. C’est là que les l)ives ou mauvais génies ont été confinés, après avoir été subjugués par les premiers héros de la race des hommes ; c’est là aussi que les Péris ou fées font leur demeure ordinaire.
SAKIMOUNI , génie ou dieu , dont les légendes des Kalmouks racontent qu’il habitait le corps d’un lièvre; il rencontra un homme qui mourait de faim, il se laissa prendre pour satisfaire l’appétit de ce malheureux. L’esprit de la terre, satisfait de celte belle action, plaça aussitôt l’âme de ce lièvre dans la lune, où les Kalmouks prétendent la découvrir encore (1).
SALAMANDRES. Selon les cabalislos, ce sont des esprits élémentaires, composés des plus subtiles parties du feu , qu’ils habitent. « Les salamandres, habitants enflammés de la région du feu, servent les sages, dit l’abbé de Viliars; mais ils ne cherchent pas leur compagnie: leurs filles et leurs femmes se font voir rarement. De tous les hôtes des éléments, les salamandres sont ceux qui vivent le plus longtemps. » Les historiens disent que Romulus était fils de Mars. Les esprits forts ajoutent : c’est une fable; les démonomanes disent : il était fils d’un incube. Nous qui connaissons la nature, poursuit le même auteur, nous savons que ce Mars prétendu était un salamandre. Voy.
Cabale. 11 y a un animal amphibie, de la classe des reptiles et du genre des lézards, qu’on nomme la salamandre. Sa peau est noire, parsemée de taches jaunes, sans écailles et presque toujours enduite d’une matière visqueuse qui en suinte continuellement. La salamandre ressemble, pour la forme, à un lézard. Les anciens croyaient que cet animal vivait dans le feu. « La Salamandre loge dans la terre, dit Bergerac, qui est toujours farceur, sous des montagnes de bitume allumé, comme l’Etna, le Vésuve et le cap Rouge. Elle sue de l’huile bouillante et crache de l’eau-forte, quand elle s'échauffe ou qu’elle se bat. Avec le corps de cet animal, on n’a que faire de leu dans une cuisine. Pendu à la crémaillère, il fait bouillir et rôtir tout ce que l’on met devant la cheminée. Ses yeux éclairent la nuit comme de petits soleils ; et, placés dans une charn-
bre obscure, ils y font l’effet d’une lampe perpétuelle... »
SALGUES (Jean-Baptiste) , auteur d’un livre intitulé : Des erreurs et des préjugés répandus dans les diverses classes de In société , 3 vol. in-8% 3e édit., Paris, 1813. Une quatrième édition a paru depuis ; mais ce livre a maintenant peu de lecteurs.
SAL1ÈBE. Le sel, chez les anciens, était consacré à la sagesse; aussi n’oubliail-on jamais la salière dans les repas. Si l’on ne songeait pas à la servir, cet oubli était regardé comme un mauvais présage. 11 était aussi regardé comme le symbole de l’amitié ; les amis avaient coutume de s’en servir au commencement des repas, et si quelqu’un eu répandait, c’était le signe de quelque brocillerie future. Aujourd’hui c’est encore un très-mauvais augure pour les personnes superstitieuses, lorsque les salières se reu- ■ versent sur la table. Voy. Sel.
SAL1SATEUUS, devin> du moyen âge, qui formaient leurs prédiciions sur le mouvement du premier membre de leur c >rps qui venait à se remuer, et en liraient de bous ou mauvais présages.
SALIVE. Pline le Naturaliste rapporte, comme un ancien usage, celui de porter avec le doigt un peu de salive derrière l’oreille, pour bannir les soucis et les inquiétudes. Mais ce n’est pas là toute la vérin de la salive ; elle lue les aspics et les serpents, les vipères et les autres reptiles \ eniineux. Albert le Grand dit qu’il faut qu elle soit d’un homme à jeun et qui ait demeuré longlemps sans boire. Figuier assure qu’il a tué plusieurs serpents d’un petit coup de bâton mouillé de sa salive. M. Salgues ajoute qu’il est possible de tuer les vipères avec un peu de salive, mais qu’il est à propos que le coup de bâton qui l’accompagne soi i suffisant. Ce qui est certain, c’est que Redi a voulu vérifier les témoignages d’Aristote, de Galien , de Lucrèce, etc. 11 s’est amusé à cracher, à jeun , sur une multitude ne vipères que le grand duc de Toscane avait fait rassembler; mais, à la grande confusion de l’antiquité, les vipères ne sont pas mortes. Voy. Crachat.
SALOMON. Les philosophes, les botanistes, les devins, et les astrologues orientaux regardent Salomon ou Soliman comme leur patron. Selon eux, Dieu, lui ayant donné s i sagesse, lui avait communique en même temps toutes les connaissances naturelles et surnaturelles; et entre ces dernières, la science la plus sublime et la plus utile, celle d’évoquer les esprits et les génies ei de leur commander. Salomon avait, disent-ils, un anneau chargé d’un talisman qui lui donnait un pouvoir absolu sur ces êtres intermédiaires entre Dieu et l’homme. Cet anneau existe encore; il est renfermé dans le tombe. >u de Salomon, et quiconque le posséderais, deviendrait le maître du monde ; mais on ne sait où trouver ce tombeau. 11 ne reste que des formules , des pratiques et des figures , par lesquelles on peut acquérir, quoique hu-
it) Voyages de Tallas.
parfaitement, une petite partie du pouvoir que Salomon avait sur les esprits. Ces beaux secrets sont conservés dans les livres niais qu’on attribue à ce prince, et surtout dans ses Clavicules intitulées : les Véritables Clavicules de Salomon, in-18, à Memphis , chez Alibeck l’Egyplien. On y trouve des conjurations et des formules magiques. Agrippa, dit-on faussement, faisait grand cas de cet ouvrage. On attribue encore à Salomon un Traité de la pierre philosophale , les Ombres des idées, le Livre des neuf anneaux, le Livre des neu f chandeliers, le Livre des trois figures des esprits, des Sceaux qui chassent les démons, et un Traité de nécromancie, adressé à son fils Roboam. Voy. Conjurations, Sakhar , Bélial , Asrael , Asmodée , Art notoire, etc.
Les auteurs de la Revue britannique ont publié, traduit de VAsiatic Journal, une curieuse légende de Salomon. Nous la résumerons ici :