‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 110 sur 222 · SI · texte numérisé non relu

SI

cendre dans la grotte où l’esprit propliétique les attendait. Quoi qu’il en soit, le sang de taureau n’empoisonne pas, à moins qu’il ne soit vicié; tous les jours on en fait du boudin (1). Pline assure que le sang de cheval tue aussi l’homme; mais il se contredit dans un autre passage, lorsqu’il dit que les Sarmales mêlaient de la farine et du sang de cheval pour en faire des gâteaux fort délicats. Enfin les anciens, qui regardaient le sang de taureau comme un poison pour le corps, l’estimaient comme un remède pour l’âme; on expiait les crimes en se faisant asperger de sang de taureau. On immolait un taureau, on en recueillait le sang dans un vase dont le fond était percé de petits trous, le criminel se tenait dessous ; après quoi il se relirait purifié.

SANTABAKENUS. Basile , empereur de Constantinople, ayant perdu son fils Constantin, qu’il aimait uniquement, voulut le voir à quelque prix que ce fût. 11 s’adressa à ua moine hérétique, nommé Sanlabarenus, qui, après quelques conjurations, lui montra uu spectre semblable à son fils (2).

SAPH1S, morceaux de papier sur lesquels sont écrits des passages du Koran, et que les Maures vendent aux nègres, comme ayant la propriété (Te rendre invulnérable celui qui les porte.

SAPONDOMAD, génie sous la protection duquel est la terre, et qui, seion les guèbres, fait des souhaits pour celui qui la cultive, et des imprécations contre celui qui la néglige.

SAKCUEiL, démon que nous ne connaissons pas, invoqué dans les litanies du sabbat.

SAKE (Marguerite). Prévenue de sorcellerie à seize ans, elle mourut en prison à Bordeaux, où elle avait été renfermée pour avoir fait un pacte avec le diable (3). Vers l’an 1609.

SARMENIUS-LAPIS, pierre à laquelle on attribuait la vertu de prévenir les avortements.

SAS, divination par le sas ou tamis, Voy. COSQUINOM ANCIE.

SATAN, démon du premier ordre, chef des démons et de l’enfer, selon l’opinion générale; démon de la discorde, selon les démonomanes , prince révolutionnaire dans l’empire de Belzébuth. Quand les anges se révoltèrent contre Dieu, Satan, alors gouverneur d’une partie du nord dans le ciel, se mita la tête des rebelles; il fut vaincu et précipité dans l’abîme. Le nom de Satan, en hébreu, veut dire ennemi, adversaire. Milton dit que Satan est semblable à une tour par sa taille, et, un peu plus loin il fixe sa hauteur à quarante mille pieds. 11 n’est pas invoqué dans les litanies du sabbat. On a publié, il y a vingt ans, une Lettre de Satan aux francs-maçons ; elle eût pu être plus piquante. On voit de nos jours, à Paris, un journal intitulé d’abord Satan , et depuis un peu de temps le Corsaire-Satan, comme il y en a un à Bruxelles, intitulé Méphistophélès. Ce ne sont pas des esprits bien spirituels qui se

t) M. Salgues, des Erreurs et des préjugés.

2) Michel Glycas.

mettent ainsi sous le couvert des esprits malins.

SATANALOGÎE. Dans un tableau remarquable des écarts de l’école philosophique allemande, publié à Louvain il y a quelques années, le savant professeur Moeller a consacré un curieux chapitre à la salanalogie. Nous ne pouvons faire mieux que de le reproduire ici.

« La théorie du christianisme de Schelling serait incomplète s’il avait passé sous silence l’esprit puissant qui, depuis le commencement des choses, a joué un si grand rôle dans le monde. La Salanalogie, ou la théorie du démon, ne pouvait manquer de trouver place dans son système. Ce chapitre de sa philosophie actuelle est si remarquable, il renferme des idées sur la nature du démon tellement neuves, il présente sur celte puissance méconnue jusqu’ici des vues et d >s éclaircissements si extraordinaires , qu’il mérite de fixer toute l’attention des savants. Nous l’exposerons donc à nos lecteurs, espérant qu’ils parviendront à comprendre le vrai sens des idées du philosophe de Berlin.

« Satan, selon lui, était d’abord une puissance, un principe universel : tout le système repose, comme on sait, sur des puissances qui précèdent les réalités. Dieu luimême débute comme puissance, et il en est de même du démon. Schelling avoue cependant que le mot hébreu husalan, avec l’article défini, signifie un adversaire déterminé, qu’on peut concevoir comme personne individuelle ou comme esprit général.

« Dans te Nouveau Testament, Satan est représenté comme l’adversaire du Christ, qui est venu pour détruire ses œuvres. Cette position du prince des ténèbres prouve sa dignité. S’il n’eût été qu’une simple créature, la lutte, qui ne peut avoir lieu qu’entre des puissances égales, n’aurait pas été possible entre le Christ et Saian. Le Christ n’aurait pas eu un adversaire digne de lui, s’il n’avait eu affaire qu’à une pauvre créature. Les grands préparatifs, les travaux et les souffrances du Sauveur ne pourraient alors se comprendre, dit-il. On a jusqu’ici regardé le diable comme une créature qui, bonne d’abord, devint méchante; mais, selon Schelling, c’est une erreur. Les bogomiles, secte hérétique du xie siècle, avaient mieux compris la nature du démon, dont ils faisaient le

frère aîné du Christ Dans le Nouveau

Testament, Satan est nommé le prince de ce monde : l’apôtre saint Paul l’appelle même le dieu de ce monde. 11 a ses anges, ses ministres à lui : voilà des dignités auxquelles une simple créature ne peut aspirer. Il est donc évident, pour Schelling, que Satan est un principe ou une puissance; qu’il est reçu dans l’économie de Dieu, dans l’ensemble des puissances, et nous lui devons du respect comme à une puissance légitime.

« 11 n’est pas permis, dit Schelling, de le méconnaître, de le mépriser, de s’en moquer. Témoin l’apôtre saint Jude, qui, parts) Delancrc, Tableau de l’inconstauee des déra.,elc., p. 93.

lantde lui, dit que l'archange Michel, dans la contestation qu’il eut avec le démon touchant le corps de M oise, n'osa le condamner avec exécration, et se contenta de lui dire : « Que le Seigneur te réprime ( Epist . v. 9) ! » Le même apôtre, continue Schelling, blâme ceux qui méconnaissent la dignité des démons, et dit d’eux : Ces personnes méprisent la domination et blasphèment la majesté (Vers. 8). L’apôtre nomme ici le démon la domination, s’il faut suivre l’inlerprétaiion de Schelling, comme on dit Sa Seigneurie en parlant d’un seigneur; car c’est de la majesté du démon qu’il est question, dit-il. Saint Pierre, dans sa seconde Epître, se trouve d’accord avec saint Jude : car il parle également, en les blâmant, de ces personnes qui méprisent les puissances (Fer*. 10). Dans ces puissances, le philosophe allemand voit encore les démons. Schelling nous explique aussi la cause de la lutte de saint Michel contre le démon : « Le corps de Moïse était le principe cosmique et païen, qui existait encore dans le judaïsme : voilà pourquoi le démon prétendit avoir un droit sur ce corps. » Si Satan n’avait été qu’une créature, comment, demande Schelling , aurait-il pu montrer au Christ tous les royaumes du monde, avec leur gloire, et lui dire : Je vous donne tout cela, si vous voulez m’adorer ? Satan est donc un principe cosmique.

« Sachant maintenant la haute dignité de Satan, il nous reste à comprendre quelle est son origine. Nous avons assigné, dit Schelling, au Christ une position intermédiaire entre Dieu et la créature. Son antagoniste, le démon, ne pouvait lui être inférieur, puisque le combat devait avoir lieu entre des personnes d’un rang égal. » Par conséquent, Satan n’est ni créateur ni créature , mais une puissance intermédiaire, fonctionnant dans l’économie de Dieu. Quelle est cette fonction? L’Ecriture sainte lui donne plusieurs épithètes : elle le nomme accusateur, calomniateur, celui qui excite des soupçons et des doutes. Le vrai sens de ces dénominations se trouve dans le livre de Job. Dans l’introduction de ce livre, il est dit qu’un jour Satan se présenta hardiment parmi les enfants de Dieu, pour rendre suspectes les intentions de l’ancien émir. Dieu lui permit alors de dépouiller Job de sa fortune. Satan, incapable d’ébranler la fidélité du serviteur de Dieu, apparut une seconde fois devant le Seigneur pour l’accuser. Voilà, dit Schelling, la fonction du démon : d’accuser les hommes devant Dieu, de prévenir Dieu contre eux, d’éveiller des doutes et des soupçons sur leur conduite. 11 est par conséquent le principe actif, qui travaille à la manifestation de ce qui est caché. Sous son influence, l’incertain devient certain, et ce qui est encore indécis parvient à être décidé.

« En vertu de ce principe, le mal, qui est caché au fond du cœur de l’homme, se manifeste, et Satan contribue ainsi à la gloire de Dieu; car le mal, pour pouvoir être vaincu et repoussé, doit être mis à nu. C’est à cause de cela qu’il remplit de si importantes fonc-

lions lors de la chute de l'homme. Si l’homme eût soutenu l’épreuve à laquelle il fut soumis, la fonction de Satan aurait été terminée; mais l’homme succomba, et ce fut au Christ de vaincre le démou. D’après Schelling, Satan était donc d’abord une puissance ayant pour fonction de révéler ce qui était caché au fond des cœurs; et ce ne fut pas Satan qui corrompit l’homme, mais bien l’homme qui corrompit le démon. « L’homme, dans son état primitif d’innocence, fut, dit-il, un être indécis : il ne prit une décision que par sa chute. L’être aveugle, le principe de toute existence, même celle de Dieu, était caché et latent au fond de l’homme, et devait rester dans cet état pour toujours. Le principe aveugle était renfermé dans des limites qu’il n’aurait jamais dû franchir ; mais Satan, le principe incitatif, vint alors et remua l’homme. Celui-ci éveilla le principe aveugle, qui s’empara de lui et l’assujettit. Dès lors Satan devint méchant; il de-, vint une personne réelle et cosmique qui tend partout des pièges à l’homme. »

« Aucune notion , dit encore Schelling, n’est aussi dialectique que celle de Satan, qui varie à chaque époque de son existence. D’abord il n’est pas méchant du tout : il révèle seulement le mal caché dans l’homme; mais insensiblement il s’envenime, il s’empire et devient méchant à la fin de la lutte, lorsque sa puissance lui a été enlevée par le Christ. Cependant il continue à exister; et l’on doit toujours être sur ses gardes pour ne pas retomber sous sa puissance. Mais à la fin, lorsque le Fils aura assujetti toutes choses au Pèie, lorsque Dieu sera devenu tout en tous, Satan aura terminé sa carrière. » Schelling explique dans sa Satanalogie plusieurs autres passages du Nouveau Testament. « Satan, comme créature, n’aurait jamais eu , dit-il , de puissance sur l’homme; mais comme principe universel et cosmique, il est le dieu du monde. Tous les hommes sont soumis à son pouvoir ; car chacun de nous sait que toute sa vie, quoi qu’il fasse, est mauvaise devant Dieu. C’est dans ce sens que l’Apôtre dit: « Nous avons à combattre, non contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances de l’air. »

« Dans la Genèse, continue-t-il, Satan est représenté comme un serpent. Le symbole est vrai et profond, car le démon s’insinue d’une manière imperceptible et empoisonne notre intérieur. 11 est la Proserpine de la mythologie ancienne : ce nom, en effet, vient de proserpere, ramper. Ce qui se passa intérieurement dans l’homme est raconté dans la Genèse comme un fait extérieur. « C’est un mythe, si l’on veut, mais c’est un mythe necessaire, puisque le principe latent sollicite continuellement l’homme pour arriver à une existence réelle. Il rôde autour de l’homme, comme un lion affamé, cherchant son repos dans l’homme, là où il trouve l’entrée ouverte; et chassé d’un lieu, il se rend à un autre. Il est le principe mobile de l’histoire, qui sttns lui arriverait bientôt à un état de

Page 1