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reni leur père dans la montagne de Brundelois. Pressine toutefois aimait encore sou mari ; elle fut irritée du trait de ses fi les , et les punit par différents châtiments; celui de Mélusine fut d’être moitié serpent tous les samedis, et fée jusqu’au jour du jugement , à moins qu’elle ne trouvât uu chevalier qui voulût être sou mari , et qui ne vît jamais sa forme de serpent. Raimondin , fils du comte de Forez , ayant, quelque temps après, rencontré Mélusine dans un bois, l’épousa; et ce fut cette princesse qui bâtit le château de Lusignan. Son premier enfant fut un fils nommé Vriam, en tout bien formé, excepté qu’il avait le visage court et large en travers; il avait un œil rouge et l’autre bleu , et les oreilles aussi grandes que les manilles d’un van. Le second fut Odon , qui était beau et bien formé ; mais il avait une oreille plus grande que l’autre. Le troisième fut Guion , qui fut bel enfant ; mais il eut un œil plus haut que l’autre. Le quatrième fut Antoine : nul plus bel enfant ne fut vu ; mais il avait apporté en naissant une grillé de lion sur la joue. Le cinquième fut Régnault; il fut bel enfant aussi, mais il n’eut qu’un œil, d nt il voyait si bien, qu’il distinguait tout de vingt et une lieues. Le sixième fut GeofiY oi ; il naquit avec une grande dent qui lui sortait de la bouche de plus d’un pouce, d’où il fut nommé Geoffroi à la grande dent. Le septième fut Froimond, assi-z beau, qui eut sur le nez une petite tache velue comme la peau d’une taupe. Le huitième fut grand à merveille ; il avait trois yeux , desquels il s’en trouvait un au milieu du front. Ainsi les enfants des fées , ces êtres matériels , ne pouvaient jamais être parfaits.
Vriam et Guion étant allés avec une armée secourir le roi de Chypre contre les Sarrasins et les ayant taillés en pièces , Vriam épousa Hermine , fille et héritière du roi de Chypre, et Guion, la belle Florie, fille du roi d’Arménie. Antoine et Régnault étantailés au secoursdu duc deLuxembourg, Antoine épousa Christine , fille de ce prince, et Régnault, Aiglantine , fille et hériiière du roi de Bohême. Des quatre aulres fils de Mélusine, un fut roi de Bretagne, l’autre seigneur de Lusignan , le troisième comte de Parthenay ; le dernier, qu’on ne nomme pas, se fit religieux.
Raimondin cependant ne tint pas avec constance la promesse qu’il avait faite à Mélusine de ne jamais la voir le samedi. Il fil une ouverture avec son épée dans la porte de la chambre où elle se baignait, et il la vil dans sa forme de serpent. Mélusine ne put dès lors demeurer avec lui davantage ; e le s’envola par une fenêtre sous la forme qu’elle subissait alors, et elle demeurera fée jusqu’au jour du jugement. Lorsque Lusignan change de seigneur, ou qu’il doit mourir quelqu’un de celte lignée, elle paraît troL jours avant sur les tours du château, et y pousse de grands cris (1).
Selon quelques démonomanes, Mélusine
(t) ttullei, Dissertations sur la mythologie française.
était un démon de la mer. Paracelse prétend que c’était une nymphe cabalistique ; le plus grand nombre en fait une fée puissante. Le beau château de Lusignan passa dans le domaine royal. Hugues le Brun avait fait à Philippe le Bel des legs considérables ; Guy, son frère, irrité, jeta le testament au feu. Le roi le fit accuser de conspiration et confisqua le château de Lusignan. A celte occasion, l’ombre de Mélusine se lamenta sur la plate-forme du château pendant douze nuits consécutives (1). On dit ailleurs que cette Mélusine ou Merline, ou encore Mère Lusine, comme dit le peuple (2), était une dame fort absolue, et commandait avec une telle autorité que, lorsqu’elle envoyait des lettres ou patentes scellées de son sceau ou cachet, sur lequel était gravée une sirène, il ne fallait plus songer qu’à obéir aveuglément. C’est de là qu’on a pris sujet de dire qu’elle était magicienne, et qu’elle se changeait quelquefois en sirène.
MELYE. II y avait, chez les fées comme chez les hommes, une inégalité de moyens et de puissance. On voit dans les romans de chevalerie et dans les contes merveilleux, que souvent une fée bienfaisante était gênée dans ses bonnes intentions par une méchante fée dont le pouvoir était plus étendu.
La célèbre fée Urgande , qui protégeait si généreusement Amadis, avait donne au jeune Esplandian, fils de ce héros, une épée enchantée, qui devait rompre tous les charmes. Un jour qu’Esplandian etleschevaiiers chrétiens se battaient en Galatie, aidés de la fée Urgande, ils aperçurent la fée Mélye , leur ennemie implacable , sous la figure la plus hideuse. Elle était assise à la pointe d’un rocher, d’où elle protégeait les armes des Sarrasins. Esplandian courut à elle pour purger la terre de cette furie (car, bien qu’immortelles de leur nature, jusqu’au jugement dernier, les fées n’éiaienl pas à l’épreuve d’un bon coup d’épée, et pouvaient, comme d’autres, recevoir la mort, pourvu qu’elle fût violente). Mélye évita 1e coup eu changeant de place avec la plus grande agilité ; et comme elle se vit pressée, elle parut s’abîmer dans un antre qui vomit aussitôt des flammes. Urgande reconnut Mélye au portrait que les chevaliers lui en firent ; elle voulut la voir ; elle conduisit donc Esplandan et quelques chevaliers dans une prairie, au bout de laquelle ils trouvèrent Mélye assGe sur ses talons et absorbée dans une profonde rêverie. Cette fée possédait un livre magique dont Urgande désirait depuis longtemps la possession. Mélye, apercevant Urgande, composa son visage, accueillit la fée, sa rivale, avec aménité, et la fit entrer dans sa grotte. Mais à peine y avait-elle pénétré que, s’élançant sur elle, la méchante fée la renversa par terre, en lui serrant la gorge avec violence. Les chevaliers, les entendant
(l) En Belgique, Mélusine passe pour être la protectrice de la maison de Gavre. Ou croyait qu'elle ne quittait jamais le eli&teau d’Engliien. (M. Jules de Saiul-Genois, La Cour de Jean IV, t. 1", p. 82.)
12) ilèie Lusine, mère des Lusignan.
se débattre, entrèrent dans la grotte : le pouvoir des enchantements les fit tomber sans connaissance ; le seul Esplandian, que son épée charmée garantissait de tous les pièges magiques, courut sur Mélye et retira Urgande de ses mains. Au même instant Mélye prit celui de ses livres qui portait le nom de Médée, et forma une conjuration ; le ciel s’obscurcit aussitôt : il sortit d’un nuage noir un chariot attelé de deux dragons qui vomissaient des flammes. Enlevant lestement Urgande, Mélye la plaça dans le chariot et disparut avec elle. Elle l’emmena dans Thésyphanle et l’enferma dans une grosse tour d’où Esplandian parvint à la tirer quelque temps après.
MENAH. C’est une vallée mystérieuse à quatre lieues de la Mecque. Les pèlerins qui la parcourentdoivent y jeter sept pierres pardessus leur épaule. Ou en trouve trois raisons chez les docteurs musulmans : c’est, selon les uns, pour renoncer au diable et le rejeter, à l’imitation d’Jsmaël, qu’il voulut tenter au moment où son père Abraham allait le sacrifier (car ils confondent Ismaël avec Isaac). Ismaël, disent-ils, fit fuir le démon en lui jetant des pierres.
Mais d’autres docteurs disent que le diable tenta Abraham lui-même, voulant l’empêcher d’égorger Ismaël. Il ne put rien gagner, ni sur le patriarche, ni sur Ismaël, ni même sur Agar : ces trois personnages l’éloignèrent à coups de pierres. Le troisième sentiment diffère: cette cérémonie aurait lieu en mémoire des pierres qu'Adam jeta au diable lorsqu’il vintl’aborder effrontément après lui avoir fait commettre le péché originel.
MENANDRE, disciple de Simon le Magicien ; il profila des leçons de son maître, et enseigna la même doctrine que lui. Il professait la magie. Simon se faisait appeler la grande vertu. Ménandre dit que, quant à lui, il était envoyé sur la terre par les puissances invisibles pour opérer le salut des hommes. Ainsi Ménandre et Simon doivent être mis au nombre des faux messies plutôtqu’au rang des hérétiques. L’un et l’autre enseignaient que la suprême intelligence, qu’ils nommaient Ennoïa, avait donné l’être à un grand nombre de génies qui avaient formé le monde et la race des hommes. Valentin, qui vint plus tard, trouva là ses émis (3). Ménandre donnait un baptême qui devait rendre immortel
MENASSEH BEN ISRAËL, savant ^uif portugais, né vers 1604. Il a beaucoup écrit sur le lhalmud. 11 y a quelques faits merveilleux dans ses trois livres de la Résurrection des morts (4). Son ouvrage de l 'Espérance d'Israël (5) est curieux.
Un juif renégat de Villallor en Portugal , Antoine Montesini, étant venu à Amsterdam vers 1649, publia qu’il avait vu dans l’Amérique méridionale de nombreuses traces des
(5) Bergier, Diction», théologique.
(4) Libri très deResurrectione înortuoruni. Amsterdam, 1636, in-8 ’. Typls et sumplibus auctoris.
(5) Spes Lraelis, Amsterdam, 1630, iu-12.