MER
anciens Israélites. Ménasseh ben Israël s’imagina là-dessus (avait-il tort?), que les dix tribus enlevées par Salmanasar étaient allées s’établir dans ce pays-là, et que telle était l’origine des habitants de l’Amérique ; il publia son Spes lsraelis peur le prouver. Dans la ni® partie de son livre Souffle de vie (1). il traite des esprits et des démons, selon les idées des rabbins de son temps , et , dans la ive partie, de la métempsycose, qui est pour beaucoup de juifs une croyance, il avait commencé un traité de la science des thalmudisles et un autre de la philosoph e rabbinique, qui n’ont pas été achevés.
MENKSTRIER (Claude-François), jésuite, auteur d’un livre intitulé : La Philosophie des Images énigmatiques, où il traite des énigmes, hiérogyphes, oracles, prophéties, sorts, divinations, loteries, talismans, songes, centuries de Nostradamus et baguette divinatoire, in-12, Lyon, 1694..
MENEURS DE LOUES. Près du château de Lusignan, ancienne demeure de Mélusine, on rencontre de vieux bergers, maigres et hideux comme des spectres : on dit qu’ils mènent des troupeaux de loups. Celte superstition estencore accréditéedans quelques pays, entre autres dans le Nivernais (2).
MEN1PPE , compagnon d’Apollonius de Tyanes. Visité d’une lamie ou démon succube, il en fut délivré par Apollonius (3).
MENJOIN. Voy. Chorropique.
MENSONGE. Le diable est appelé dans l’Evangile le père du mensonge.
MEPHISTOPHÉLÈS, démon de Faust ; on le reconnaît à sa froide méchanceté, à ce rire amer qui insulte aux I. truies , à la joie féroce que lui cause l’aspect des douleurs. C’est lui qui, par la raillerie , attaque les vertus , abreuve de mépris les talents, fait mordre sur l’éclat de la gloire la rouille de la calomnie. Il n’était pas inconnu à Voltaire, à Parny et à quelques autres. C’est, après Satan, le plus redoutable meneur de l’enfer (4). Voy. Faust.
MERCATJ (Michel). Voy. Ficino.
MERCIER, auteur d’un Tableau de Paris, qui a fait quelque bruit, et de Songes philosophiques, où l’on trouve deux ou trois songes qui roulent sur les vampires et les revenants.
MERCREDI. Ce jour est celui où les sorciers jouent au sabbat leurs mystères et chantent leurs litanies. Fow. Litanies du Sabrât.
Les Persans regardent le mercredi comme un jour blanc, c’est-à-dire heureux, parce que la lumière fut créée ce jour-là; pourtant ils exceptent le dernier mercredi du mois de séphar, qui répond à février; ils appellent celui-là le mercredi du malheur ; c’est le plus redouté de leurs jours noirs.
MERCURE. Il est chargé, dans l’ancienne mythologie, de conduire les âmes des morts à leur destination dernière.
(I) En hébreu, Amsterdam, 5U2 (1652), in-i°.
(i) M. de Marchangy, Tristan le Voyageur, ou la France gu quatorzième siècle, t. 1".
(3) Leloyer, Histoire des spectres et des apparitions des
MERLE, oiseau commun, donl la vertu est admirable. Si l’on pend les plumes de son aile droite avec un fil rouge au milieu d’une maison où l’on n’aura pas encore habité, personne n’y pourra sommeiller tant qu’elles y seront pendues. Si i’on met son cœur sous la tête d’une personne endormie et qu’on l’interroge, elle dira tout haut ce qu’elle aura fait dans la journée. Si on le jette dans l’eau de puits, avec le sang d’une huppe , et qu’on frotte de ce mélange les tempes de quelqu’un, il tombera malade et en danger de mort. On se sert de ces secrets sous une planète favorable et propre, comme celles de Jupiter et de Vénus, et, quand on veut faire du mal, celles de Saturne et de Mars (5). Le diable s’est quelquefois montré sous la forme de cet oi. eau. On sait aussi qu’il y a des merles blancs.
MERLIN. M'-rlin n’est pas né en Angleterre, comme on le dit communément, mais en basse Bretagne, dans File de Sein. Il était fils d’un démon et d’une druidesse, fille d’un roi des bas Bretons. Les cabalistes disent que le père de Merlin était un sylphe. Que ce fût un sylphe ou un déinon, il éleva son fils dans toutes les sciences et le rendit habile à opérer des prodiges. Ce quia faiteroire à quelques-uns que Merlin était Anglais, c’est qu’il fut porté dans ce pays quelques jours après sa naissance. Voici l’occasion de ce voyage.
Wortigern, roi d’Angleterre, avait résolu de faire bâtir une tour inexpugnable où il pût se mettre en sûreté contre les bandes de pirales qui dévastaient ses Etais. Lorsqu’on en jeta les fondements, la terre engloutit pendant la nuit tous les travaux de la journée. Ce phénomène se répéta tant de fois, que le roi assembla les magiciens pour les consulter. Ceux-ci déclarèrent qu’il fallait affermir les fondements de la tour avec le sang d’un petit enfant qui fût né sans père. Après beaucoup de recherches, dans le pays et hors le pays, on apprit qu’il venait de naître dans l’île de Sein un petit enfant d’une druidesse, qui n’avait point do père connu. C était Merlin. Il présentait les qualités requises par les magiciens ; on l’enleva et on l’amena devant le roi Wortigern. Merlin n’avait que seize jours. Cependant il n’eut pas plutôt entendu la décision des magiciens, qu’il se mil à disputer contre eux avec une sagesse qui conslerna tout l’audituire. Il annonça ensuite que, sous les fondements de la tour que l’on voulait bâtir, il y avait un grand lac, et dans ce lac deux dragons furieux. On creusa ; les deux dragons parurent: l’un, qui était rouge, représentait les Anglais ; l’autre, qui était blanc, représentait les Saxons. Ces deux peuples étaient alors en guerre, et les deux dragons étaient leurs génies protecteurs. Ls commencèrent, à la vue du roi et de sa cour, un combat terrible, sur lequel Merlin se uiit a
esprits, liv. iv, p. ô!0.
(4) MM. Desaur et de Sainl-Geniès, les Aventures de Faust, t. Fl
Albert le Grand, Admirables secrets, p. Uo.
prophétiser l’avenir des Anglais. On pense bien qu’après ce qui venait de se passer, il ne fut plus question de tuer le petit enfant. On se disposa à le reconduire dans son pays et on l’invita à visiter quelquefois l’Angleterre. Merlin pria qu’on ne s’occupât point de lui ; il frappa la terre, et il en sortit un grand oiseau sur lequel il se plaça ; il fut en moins d’une heure dans les bras de sa mère, qui l’attendait sans inquiétude, parce qu’elle savait ce qui se passait. Merlin fut donc élevé dans les sciences et dans l’art des prodiges par son père et par les conseils de sa mère, qui était, prophétesse ; on croit même quelle était fée. Quand il fut devenu grand, il se lia d’amitié avec Ambrosius, autre roi des Anglais. Pour rendre plus solennelle l’entrée de ce prince dans sa capitale, il fit venir d’Irlande en Angleterre plusieurs rochers qui accompagnèrent en dansant le cortège royal, èt formèrent en s’arrêtant une espèce de trophée à la gloire du monarque. On voit encore ces rochers à quelques lieues de Londres, et on assure qu’il y a des temps où ils s’agitent par suite du prodige de Merlin ; on dit même que pour ce roi, son ami, il bâtit un palais de fées en moins de temps que Satan ne construisit le Pandémonium des enfers.
Après une foule de choses semblables , Merlin , jouissant de la réputation la plus étendue et de l’admiration universelle, pouvait étonner le monde et s’abandonner aux douceurs de la gloire ; il aima mieux agrandir ses connaissances et sa sagesse. Il se retira dans une forêt de la Bretagne, s’enferma dans une grotte , et s’appliqua sans relâche à l’étude des sciences mystérieuses. Son père le visitait tous les sept jours et sa mère plus fréquemment encore ; il fit , sous eux , des progrès étonnants et les surpassa bientôt l’un et l’autre. On a lu, dans les histoires de la chevalerie héroïque, les innombrables aventures de Merlin. 1.1 purgea [Europe de plusieurs tyrans ; il protégea les dames ; et bien souvent les chevaliers errants bénirent ses heureux secours. Las de parcourir le monde , il se condamna à passer sept ans dans l’ile de Sein. C’est là qu’il composa ses prophéties, dont quelques-unes ont été publiées. On sait qu’il avait donné à l’un des chevaliers errants qui firent la gloire de la France une épée enchantée avec laquelle on était invincible ; un autre avait reçu un cheval indomptable à la course. Le sage enchanteur avait aussi composé pour le roi Arthus une chambre magique , où ne pouvaient entrer que les braves , une couronne transparente qui se troublait sur la tête d’une coquette, et une épée qui jetait des étincelles dans les mains des guerriers intrépides.
Quelques-uns ont dit que Merlin mourut dans une extrême vieillesse; d’autres, qu’il tiit emporté par le diable ; mais l'opinion la plus répandue aujourd’hui en Bretagne, c’est que Merlin n’est pas mort, qu’il a su se mettre à l’abri de la fatalité commune, et qu’il est toujours plein de vie dans une forêt du Finistère nommée Broccliande, où il est en-
clos et invisible à l’ombre d’un bois d’aubépine. On assure que messire Gauvain et quelques chevaliers de la Table - Ronde cherchèrent vainement partout ce magicien célèbre; Gauvain , seul , l’entendit, mais ne put le voir, dans la forêt de Brocéliande. Voy. Gargantua.
MEROFEE, troisième roi des Francs, dont la naissance doit être placée vers l’an il 0; il monta sur le trône en kïO et mourut en 458. Il siégeait dans les provinces belgiques. Des chroniqueurs rapportent ainsi sa naissance.
«La femme de Clodion le Chevelu, se promenant un jour au bord de la mer, fut surprise par un monstre qui sortit des flots; elle en eut un fils qui fut nommé Mérovée,et qui succéda à Clodion.»
Sauvai croit que celte fable fut inventée par Mérovée lui-même, pour imprimer du respect dans l’esprit des siens en s’attribuant une origine si extraordinaire. Des chroniqueurs ont dit que son nom Mer-YVech signifie veau marin...
MERVEILLES. Pline assure que les insulaires de Minorque demandèrent un secours de troupes à l’empereur Auguste contre les lapins qui renversaient leurs maisons et leurs arbres. Aujourd’hui , dit un critique moderne, on demanderait à peine un secours de chiens.
Un vieux chroniqueur conte qn’il y avait à Cambaya , dans l’indoustan , un roi qui se nourrissait de venin, et qui devint si parfaitement vénéneux, qu’il tuait de son haleine ceux qu’il voulait faire mourir.
On lit dans Pausanias que , quatre cents ans après la bataille de Marathon, on entendait toutes les nuits , dans l’endroit où cette grande lutte avait eu lieu , des hennissements de chevaux et des bruits de gens d’armes qui se battaient. Et ce qui est admirable , c’est que ceux qui y venaient exprès n’entendaient rien de ces bruits : ils n’étaient entendus que de ceux que le hasard conduisait là.
Albert le Grand assure qu’il y avait en Allemagne deux enfants jumeaux, dont l’un ouvrait les portes les mieux fermées en les touchant avec son bras droit ; l’autre les fermait en les touchant avec son bras gauche.
Paracelse dit qu’il a vu beaucoup de sages passer vingt années sans manger quoi que ce fut. Si on veut se donner cette satisfaction , qu’on enferme , dit-il , de la terre dans un globe de verre, qu’on l’expose au soleil jusqu’à ce qu’elle soit pétrifiée , qu’on se l’applique sur le nombril, et qu’on la renouvelle quand elle sera trop sèche, on se passera de manger et de boire sans aucune peine. Paracelse assure intrépidement avoir fait luimême cette expérience pendant six mois.
Voy. la plupart des articles de ce Dictionnaire.
MESMER ( Antoine ) , médecin allemand , fameux par la doctrine du magnétisme animal , né à Mersburg en 173à , mort en 1815. 11 a la issé plusieurs ou\ rages dans lesquels il soutient que les corps célestes, en vertu de la même force qui produit leurs attractions
MES
MES
mutuelles , exercent une influence sur les corps animés, et principalement sur le système nerveux, par l’intermédiaire d’un fluide subtil qui pénètre tous les corps et remplit tout l’univers. Il alla s’établira Vienne, et tenta de guérir par le magnétisme minéral , en appliquant des aimants sur les parties malades. Ayant trouvé un rival dans cet art , il se restreignit au magnétisme animai, c’està dire à l’application des mains seulement sur le corps , ce qui le fit regarder à tort comme un fou et un visionnaire par les différentes académies de médecine où il présenta ses découvertes. Mais les academies nous prouvent tous les jours qu’elles ne sont pas infai. libles. 11 vint à Paris : le peuple et la cour furent surpris de ce nouveau genre de cures. On nomma des docteurs pour examiner le magnétisme animal , et on publia des écrits si violents contre Mesmer, qu’il fut contraint de quitter la France. 11 alla vivre incognito en Angleterre , ensuite en Allemagne, où il mourut. 11 reste de lui: 1° De l'influence des planètes, Vienne, 1766, in-12; 2° Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, Paris, 1779, in-12 ; 3' Précis historique des faits relatifs au magnétisme animal , jusqu'en avril 1781, Londres, 1781, in-8°; k° Histoire abrégée du magnétisme animal, Paris, 1783, in-8°; 5° Mémoire de F.-A. Mesmer sur ses découvertes, Paris, an vu (1799), in-8°.
On a jugé Mesmer bien diversement, et l’instruction de sa cause n’est pas mûre encore; elle ne le sera que quand la doctrine du magnétisme se trouvera assise. Nous rapporterons , en attendant , quelques opinions plus ou moins savantes émises de nos jours sur cet homme, dont le nom se relève. S’il y a du pour et du contre, c’est que nous ne sommes pas en position de prendre parti.
Un écrivain fort spirituel , que nous regrettons de ne pouvoir nommer , ne le connaissant pas , a publié dans le Siècle , il y a huit ou dix ans , une série de piquants articles sur cette matière. Nous en citons des fragments curieux :
« Entre les absurdités de la magie et le scepticisme des encyclopédistes, dit-il, Mesmer crut voir une lacune facile à combler par les hardiesses de la physique expérimentale. Ses rêves le conduisirent à puiser dans l’étude des philosophies anciennes ce qu'elles ont toujours vénéré comme des secrets inabordables de la nature , pour en faire un corps de doctrines et de résultats qui fût la base de l’école audacieuse qu’il prétendait fonder. A peine eut-il jeté les yeux dans l’histoire, que les événements les plus inexplicables, les lumières les plus surprenantes jaillirent de toutes parts à sa vue; mais au lieu d’y reconnaître une preuve de la faiblesse humaine, il les compulsa, il s’en éclaira témérairement, et découvrit des mystères où ne se trouvent peut-être encore que des ténèbres. Sa retraite fut encombrée de bouquins, de plantes et (le fourneaux ; l’alchimie , la botanique et la médecine pas-
saient successivement sous ses regards tous les matins comme un panorama.
«C’étaient d’abord , dans 1’anliquité égyptienne,les cérémonies du temple de Sérapis, à Memphis , où les prêtres guérissaient les malades par l'attouchement et déterminaient la cure en les plongeant dans une léthargie complète. Le savant professeur Kluge a voulu démontrer que les gestes des hiérophantes de l’Egypte se rapportaient aux pratiques actuelles du magnétisme. Rien ne prouve que les prêtres gesticulaient dans l’intérêt du fluide ; mais il y a parité dans les mouvements, c’est un fait historique ou du moins graphique. Les hiéroglyphes des momies et des obélisques présentent même encore des Figures humaines dans l’altitude des magnétiseurs et de leurs patients; et la pose ordinaire des slaïueltes et des colosses qni servaient, ou de pénates, ou de nécropoles à la race des Pharaons, le torse droit, les genoux joints et collés , les mains placées à plat sur les cuisses ou levées en croix; cette pose est précisément la situation élémentaire dans l’œuvre de Mesmer.
«En sortant des épreuves du nome de Memphis, l’empirique invoquait avec Schelling les empoisonneuses romaines, qui connaissaient l’art de provoquer le sommeil par une imposition des mains ; il était d’ailleurs tourmenté au souvenir des paroles que Plaute prêle à Mercure , dans son Amphitryon : Quid si ego ilium traclim tangam, ut c/ormïat? paroles queMolière s’est bien gardé de traduire, ne pensant guère au fluide nerveux. Et quand Mesmer relisait Pline , à ce passage où le naturaliste raconte que certains loups d’Italie paralysaient l’usage de la voix dans l’homme, par leur seule approche, avant même de s’être montrés, le médecin allemand frissonnait d’épouvante, comme si les loups de la Forêt-Noire refluaient par le Wurtemberg jusque sur les fraîches métairies du lac de Constance.
« Des Romains, Mesmer remontait aux Grecs: il s’arrêtait avec Pythagore au bord du fleuve Nessus , que le philosophe aimait beaucoup comme promenade , et lui entendait réciier les vers dorés où il a chaulé la sagesse. Le fleuve , charmé d’ouïr la poésie de Pythagore et surtout de voir cd homme divin, répondait devant Mesmer: Salut, Pythagore! Celte singulière réponse , que ie fleuve adressait devant tous les voyageurs qui prenaient Pythagore pour guide, était un premier avertissement sur les propriétés magiques de l’eau. Mesmer en Fit plus lard , à Meudon , une épreuve incroyable , et que Thourel n'en a pas moins consignée dans son livre. Il était près du grand bassin ; il proposa à deux personnes qui l’accompagnaient de passer de l’autre côté du bassin , tandis qu’il resterait à sa place. 11 leur (il plonger une canne dans l’eau et y plongea la sienne. A cette distance, les deux personnes éprouvèrent , dit-il , la secousse du rapport que l’eau mettait entre les cannes: Fuue ressentit une attaque d’asthme, l’autre une douleur au foie.
« lîn quittant les Fivcs du Nessus, Mesmer se dirigeait vers Claros et surprenait le prêtre colophonien se disposant à rendre l’oracle en buvant une coupe d’eau des sources de la grotte ; ou bien il vérifiait dans Pindare que la Pythie mâchait du laurier avant de monter sur le trépied de Delphes, comme les négresses mâchent du tabac avant de faire leurs prières à la lune ; ou encore , il croyait à ces parfums secrets, perdus comme des langues et des races , et dont les anciens usaient en fumigations pour se procurer des songes révélateurs de l’avenir. Souvent il se perdait au milieu des forêts des druides et ne regardait pas sans étonnement les prophétesses de la Germanie trouver leur extase dans le voisinage des sources, des torrents et des cascades. Cet emploi répété de l’eau pour les merveilles de l’épilepsie le plongeait dans les ardeurs d’une curiosité insatiable. Quand ce n’était pas l’eau, le feu, c’était le son, la musique des corybantes de Crète et des darvas de l’Hindoustan. Alors il se plaçait en face de la statue de Memnon , vis-à-vis d’un monument si extraordinaire, dont la fabuleuse immortalité lient à une espièglerie de l’acoustique.
« Mesmer était excusable de rapporter la vocalité de Memnon à des prodiges de l’air atmosphérique transformé en agent inconnu, en fluide supérieur. Plus tard, il est vrai, M. de Humboldt constata qu’en passant la nuit près des rochers de granit de l’Orénoque, on entendait distinctement, aux premiers rayons du soleil, un bruit souterrain analogue aux vibrations d’un instrument à cordes. MM. Jollois et Derilliers, ingénieurs particuliers du général Bonaparte pendant l’expédition d’Egypte, ont entendu le même bruit près d’un monument de granit situé dans le palais de Karnac, à Thèbes ; et tout récemment M. Cray, de l’université d’Oxford, a saisi sur les bords de la mer Rouge, dans les environs de Naïkero, le battement d’une cloche souterraine : fantaisies de la nature qui s’expliquent , selon M. de Humboldt , par la différence de température de l’air exiérieur et de l’air renfermé dans les crevasses du granit. Mesmer ignorait ces recherches de la science moderne , et son imagination brûlante appliquait aux caprices d’un élément un pouvoir divin sur les sens de l’homme.
« C’est ici qu’il se passionna pour un instrument de musique dont la limpidité pénétrante et chatouilleuse devait un jour produire des effets irrésistibles sur le système nerveux de ses malades, et dans lequel il acquit bientôt une étonnante supériorité. L’harmonica précédait sous ses doigts la baguette magnétique. D’ailleurs, tous les phénomènes inexplicables de l’eau, du son, de la lumière, relatés dans les annales du monde, et dont les sciences physiques ne nous rendent compte aujourd’hui même que par l’intermediaire d’un fluide, ces phénomènes que Cornélius Agrippa rapporte si habilement dans sa Philosophie occulte , Mesmer les groupait dans son esprit autour d’un principe
unique, l'âme de l'univers. « ... Si vous réfléchissez l 'esprit du monde, agent du magnétisme, comme on réfléchit la lumière par une glace, il sera possible de diriger sa puissance comme vous vous rendez maître des rayons du soleil.... C’est ainsi que le basilic se tue lui-même , que les femmes imprégnées de poison, en se regardant trop souvent dans une glace, le renvoient à leur propre corps et le réfléchissent sur leurs yux et sur leur visage. » En lisant ces pages étranges, il sentit ses cheveux se dresser d’horreur à la pensée du fameux miroir d’Agrippa.
« Mais quel n’était pas son espoir caché lorsqu’il rencontrait dans Sanlanelli et dans Van Helmont cette anecdote extravagante, bien digne de Nicolas Flamell
« ... Un homme de Bruxelles s’étant fait faire un nez artificiel par l’opération de Taliacot, s’en retourna, ainsi réparé dans ses traits, au lieu de son séjour ordinaire, où il continua de vivre bien portant, l’opération ayant parfaitement réussi. Mais tout à coup, dit-on, la partie factice qu’il s’était procurée devint froide, pâle, livide, se pourrit et tomba. On ne savait à quelle cause tenait ce changement imprévu , lorsqu’on apprit que le jour même de la chute du nez factice à Bruxelles, un crocheleur de Boulogne, qui, pour de l’argent, avait fourni une portion de chair prise a son bras, était mort dans celle ville, où l’opération avait eu lieu... » Les alchimistes s’étaient emparés de ce fait bizarre; c’est alors qu’ils préparèrent le sel du sang , dont ils prétendaient sérieusement que la couleur changeait et se ternissait à la mort de la personne qui en avait tiré la matière de ses veines. Au sel du sang on ajouta la lampe de vie , dont la lumière, disait-on, s’affaiblissait ou s’éteignait absolument dans le cas do mort ou de maladie.
« Ainsi s’ouvrait à Mesmer une route que l’Anglais Digby seul, du temps de Louis XÎ11, avait parcourue ; il s’y lança hardiment. Les émanations, dit Maxwel dans ses aphorismes de médecine magnétique, s’étendent fort loin, et c’est par leur effet que nous sommes souvent pris de maladies dont les causes restent ignorées. Les philosophes du xvie siècle tiraient partie des émanations pour faire converser en tête à tête les personnes les plus éloignées , au moyen d’un alphabet magnétique empreint sur le bras. Bostius de Bornlt nous en a transmis le procédé. 11 consistait à enlever de l'un des bras de chacune de ces personnes un petit lambeau de chair de forme égalé, d’appliquer le lambeau de l'un au bras de l’autre, et réciproquement. Sur ces lambeaux qui faisaient bientôt corps avec l’individu, on gravait en rond les lettres de l’alphabet, et quand une de ces personnes, ainsi préparées, louchait avec un stylet les différentes lettres, l’autre en était instruite par un sentiment de douleur et de piqûre à l’endroit où se trouvait la lettre désignée.
« D’une santé débile dans sa jeunesse, un prêtre (Gassner) avait lu pour son compte des ouvrages de médecine; mais ne retirant aucun fruit de cette lecture, ni même des me-
MES
101 MES
decins qu’il avait consultés, il soupçonna que sa maladie avait une cause occulte et provenait de la puissance du diable. Sa conjecture fut vérifiée, dit-il, par le succès qu’il obtint en chassant le diable de son corps au nom de Jésus-Christ. Un pareil essai l’entraîna à connaître tous les auteurs qui ont écrit sur l’exorcisme. 11 se confirma par la lecture de leurs ouvrages dans l’opinion que plusieurs maladies sont produites par le démon. Il fit d’abord des cures sur ses paroissiens, et sa réputation s’accrut tellement en Suisse et dans le Tv roi, que chacune des deux dernières années, plus de quatre à cinq cents malades accoururent à son presbytère. 11 quitta sa paroisse; après avoir parcouru différents cantons, il vint à Ralisbonne. 11 distingua les maladies en deux classes , les naturelles et les démoniaques ; ces dernières, selon lui, étaient beaucoup plus nombreuses, et il prétendait les guérir toutes. C’était au nom de Jésus Christ qu’il opérait >es cures. Si la foi manquait, la guérison manquait aussi.
« Gassner avait été précédé, il y a cent cinquante ans, par un jardinier, Levret , qui passait pour avoir guéri par attouchement même les princes ; le docteur Slreper imita son imposture spirituelle avec profit. Mais le plus surprenant fut un gentilhomme irlandais , Greatrakes.
« Valentin Greatrakes voulait guérir tou- ( tes les maladies en touchant. On raconte qu’il sentait un jour comme une espèce de révolution organique et qu’il entendit une voix secrète lui crier : Je le donne la faculté de quérir. Importuné par ce bruit dont on ne pouvait le distraire, il résolut d’éprouver ce qu’il en devait croire. Il guérit successivement des écrouelles, des fièvres et des épidémies tous ceux qni ajoutèrent foi au caractère divin du bruit dont nous parlons. Greatrakes était d’un extérieur simple; ses traitements n’offraient aucun appareil; mais il rapportait tout à Dieu et faisait un usage particulier et très-étendu du toucher. Le mal fuyait en quelque sorte devant sa main; il pouvait, disait-on, le déplacer en le portant vers les parlies moins utiles à la vie. C’élan du magnétisme. Gassner, au contraire, étalait une pompe religieuse susceptible de frapper l’imagination des malades. Il avait un crucifix à sa droile et prenait soin de tourner la gauche de son corps vers une fenêtre; son visage regardait les assistants, car il opérait en public. Il portait à son cou une élole, stola rubella , de couleur rouge, nuance de la cabale, et une croix suspendue par une chaîne d’argent. Elle contenait , suivant lui, un fragment de la croix de Jésus-Christ. Une ceinture noire entourait ses reins; il gardait ce costume dans sa chambre, même quand le public n’y était pas.
« Ce qui egara plus complètement la raison de Mesmer , c’était peut-être la fortune inouïe du baron de Vesins, dont je vais vous raconter l’histoire, sans la garantir plus que tout le reste. Lorsque le comte de Latour- Landré était à Londres en qualité d’ambassadeur de la cour de France , sous le règne
de Louis XIII, un jeune cordonnier vint lui prendre mesure de souliers, et fut saisi à ses pieds d’une agitation extrême accompagnée d’une violente hémorrhagie. On traita ce fait d’accident, mais l’en faut étant revenu avec les souliers, quelques jours après, la même scène se renouvela. La doolrine des sympathies était alors dans toute sa vogue, et le chevalier Digby, son auteur, tellement à la mode à Saint-James, comme au Louvre, qu’on ne fut pas surpris du régime auquel il avait soumis sa femme, Venelra Ànastasia, la plus belle personne du siècle. Pour prolonger la vie de cette incomparable dame, il lui faisait manger, dit-on, aux applaudissements de Paris et de Londres, des chapons nourris avec des vipères, qu’elle avalait sans difficulté et même avec reconnaissance. Or, le comte de Latour-Landré, admirateur de Digby, rêva à son petit cordonnier et ordonna des recherches actives sur l’histoire de cet enfant. Il apprit que, né en France, il avait été conduit dans un âge tendre en Bohême, d’où il avait plus tard passé en Angleterre. Le comte avait eu une sœur morte en donnant le jour à un enfant qui avait disparu sans laisser de trace. Frappé de l’impression que le cordonnier éprouvait à son approche, il prit de nouvelles informations et acquit la preuve que ce jeune artisan était son neveu. Rétabli dans les titres el dans les propriétés du baron de Vesins, mari de la sœur du comte de Latour-Landré, le cordonnier devint pour le chevalier Digby un argument vivant en faveur de la doctrine des sympathies.
« Tels sont les antécédents les plus célèbres, dans les derniers siècles, du lluide auquel le médecin badois voulait emprunter des moyens de renommée.... »
Voyons maintenant Mesmer à Paris.
« L’hôtel Bourret, dont il avait fait son temple dans cette capitale, était rempli de (répieds grecs el de caisses de fleurs, d’où s’exhalaient de doux parfums, cette première séduction des sens. Un demi-jour augmentait le mystère et faisait rêver. On se parlait à voix basse; on se regardait avec curiosité. Dans la grande salle était une cuve en bois de chêne, de quatre à cinq pieds de diamètre, d’un pied de profondeur, fermée par un couvercle en deux pièces et s’enchâssant dans la cuve ou baquet. Au fond se plaçaient des bouteilles en rayons convergents, et de manière que le goulot se tournait vers le centre de la cuve. D’autres bouteilles partaient en sens contraire ou en rayons divergents, toutes remplies d’eau, bouchées et magnétisées. On mettait souvent plusieurs lits de bou eiiles ; la machine était alors à haute pression. La cuve renfermait de l’eau qui baignait les bouteilles ; quelquefois on y ajoutait du verre pilé et de la limaille de fer. U y avait aussi des baquets à sec. Le couvercle était percé de trous pour la sortie de tringles en 1er coudées, mobiles, plus ou moins longues, afin de pouvoir être dirigées, appliquées vers différentes régions du corps des malades qui s’approchaient du baquet. D’un anneau du couvercle partait
une corde très-longue, dont les patients entouraient leurs membres infirmes sans la nouer. On n’admettait pas du reste les affections pénibles à la vue, telles que les plaies, les loupes et les difformités. Enfin les malades se rapprochaient pour se toucher par les bras, les mains, les genoux et les pieds. Les plus robustes magnétiseurs tenaient, par-dessus le marché, une baguette de fer dont ils touchaient les retardataires et les indociles. Comme le baquet, les bouteilles, les tringles et les cordes étaient préparées, les passions entraient bientôt en crise. Les femmes éprouvaient d’abord des bâillements ; leurs yeux se fermaient, leurs jambes ne les soutenaient plus ; elles étaient menacées de suffocation. En vain les sons de l’harmonica, les roucoulements du piano et des chœurs de voix se faisaient entendre : ces secours paraissaient accroître les convulsions des malades. Des éclats de rire sardoniques, des gémissements douloureux, des torrents de pleurs éclataient de toutes parts. Les corps se renversaient en des mouvements tétaniques; la respiration devenait râleuse; les hoquets des mourants, la face hippocratique, le collapsus, tous les symptômes les plus effrayants se manifestaient. A ce moment, les acteurs d’une scène si étrange couraient les uns au-devant des autres, éperdus, délirants ; ils se félicitaient, s’embrassaient avec joie ou se repoussaient avec horreur. On emportait les plus fous dans la salle des crises, où les femmes battaient de leurs têtes les murailles ouatées ou se roulaient sur un parquet en coussins avec des serrements à la gorge. Au milieu de celle foule palpitante, Mesmer se promenait en habit lilas, étendant sur les moins souffrantes une baguette magique, s’arrêtant devant les plus agitées, enfonçant ses regards dans leurs yeux, tenant leurs mains appliquées dans les siennes avec les quatre pouces et les doigts majeurs en correspondance immédiate, pour se mettre en rapport , tantôt opérant par un mouvement à distance avec les mains ouvertes et les doigts écartés, à grand courant, tantôt croisant et décroisant les bras avec une rapidité extraordinaire pour les passes en definitive. Souvent le geste du magnétiseur, effleurant les articulations les plus sensibles, lirait subitement de la malade un éclair brillant, pareil à ceux qu’on observe à la suite des journées très-chaudes. Ce phénomène frappait de terreur la cohue des femmes échevelées qui se pressaient haletantes sur les pas de Mesmer, et le thaumaturge lui même, épouvanté de sa puissance, reculait devant l’étincelle du tluide.
« Il manquait pourtant aux représentations de la place Vendôme un élément: c’est le somnambulisme. Lemarquis de Puységur, disciple de Mesmer, inventa ce troisième degré de l’extase et delà catalepsie : on sait combien le magnétisme ainsi varié a fait son chemin dans le monde. A force de solliciter par des passes en définitive le système nerveux d’une jeune fill<* , il plongea sa victime dans une léthargie imprévue. Le marquis
crut avoir tué la malheureuse enfant ; son désespoir était inexprimable. Quel ne fut pas ensuite son étonnement, lorsqu’il s’aperçut de l’obéissance involontaire qui unissait* la patiente à son magnétiseur, et enfin de la faculté merveilleuse qui permet aux somnambules magnétiques de parler comme dans l’état de veille! Cette découverte couronna les mystères de la place Vendôme, mais la cuve en souffrit un peu.
« Thouret, qui a écrit contre le magnétisme, rapporte un fait singulier.
« Un soir, M. Mesmer descendit avec six personnes dans le jardin de monseigneur le prince de Soubise. Il prépara un arbre, et, peu de temps après, madame la maréchale de...., mesdemoiselles de Pr..., tombèrent sans connaissance. Madame la duchesse de C... se tenait à l’arbre sans pouvoir le quitter. M. de Mons... fut obligé de s’asseoir sur un banc, faute de pouvoir se tenir sur ses jambes. Je ne me rappelle plus quel effet éprouva M. Ang.., homme très-vigoureux; mais il fut terrible. Alors M. Mesmer appela son domestique pour enlever les corps ; mais je ne sais par quelles dispositions celui-ci, malgré son habitude, se trouva hors d'état d’agir. II fallut assez longtemps pour que chacun pût retourner chez soi. » ( Recherches sur le Magnétisme, p. 67.)
« Ce que l’on raconte des livres dont il magnétisait une ligne, un mot, un passage, et que des femmes ne pouvaient lire ensuite sans se trouver mal à l'endroit désigné, no paraît pas moins incroyable. Lorsque Mesmer touchait un malade pour la première fois, il le touchait au plus grand point de réunion d’influences vitales, par exemple à l’épigastre. Dans ce moment avait lieu, disait-il, la sympathie électrique. Cela fait, il retirait sa main, et il prétendait qu’en levant le doigt, une traînée de fluide se formait entre le sujet traité et lui-même, traînée par laquelle se maintenait le rapport établi. Il nommait ce rapport concaténation.
« L’influence magétique du docteur semblait durer plusieurs jours. On disait que pendant ce lemps-lâ, si la personne était susceptible, il opérait sur cette victime, par l’intermédiaire du fluide , à distance et au travers des murs. Quelquefois il réfléchissait le fluide sur les patients au moyen d’une glace vers laquelle se dirigeait ou son doigt, ou sa baguetie. Devant une maison des boulevards, où le docteur avait établi une succursale du baquet, s’élevait un arbre dont l’ombrage protégeait les curieux qui attendaient l’entrée et la sortie de Mesmer; il magnétisa cet arbre, qui vraisemblablement existe encore aux abords de la rue Caumartin : les mémoires de l’époque nous affirment que les feuilles s’y conservaient mieux que dans les autres, et qu’il verdissait le premier de tous au printemps.
« Lorsque les réunions de l’hôtel Bourrel eurent enfin une célébrité incontestable , Mesmer publia une sorte d’almanach magnétique , contenant la liste des cent pre-
MES
miers inombres fondateurs de la Société de l'harmonie , depuis le 1er octobre 1783 jusqu’au 5 avril 1784. En quelques jours cet almanach, qui renfermait, les noms les plus illustres de France, fut répandu scandaleusement dans toute l’Europe. Il y avait un grand maître et des chefs d’ordre , absolument comme dans la franc-maçonnerie. On y comptait Montesquieu, Lafayette, MM. de Noailles, de Choiseui-Gouffier, de Chastelux, de Puységur, etc. Des baquets s’établissaient partout. Les candidatures n’étaient pas toujours heureuses. Berthollet, le fameux chimiste, avait donné ses 100 louis, mais en se réservant le droit de critique. 11 vint un soir à l’hôtel Bourret avec de méchantes dispositions. Le piano, l’harmonica, les chants invisibles se firent entendre, et le novice ne semblait pas ému. Mais quand Mesmer, appliquant la branche de fer au chimiste, éleva gravement la voix et traita le récipiendaire comme un infidèle, Berthollct se fâcha tout rouge, culbuta le baquet, apostropha ironiquement les malades qui entraient en crise et sortit furieux. On lui rappela son serment; il répondit qu’il n’avait pas juré le secret à une mascarade. Ce fut la première, la plus périlleuse indiscrétion. On se représenterait avec peine la surprise des incrédules.
« L’enthousiasme cependant ne se modérant plus, des colonies magnétiques se formèrent. La Société de l'harmonie eut des succursales qui relevaient toutes de la métropole. Lenghmans, médecin suisse, admirateur et compatriote de Mesmer, établit un club à Berne. Oslende, malgré ses traditions flamandes, avait un club de magnétisme où le chevalier deBarbarin endormait les populations fiévreuses de Nieuport, de Bruges et de Fûmes. A Strasbourg, on magnétisait la garnison. M. de Puységur avait une terre magnifique à Busancy, près de Boissons. Les paysans et les jeunes filles de son domaine se réunissaient sous un orme séculaire du parc, le dimanche, pour y danser : le seigneur de Busancy magnétisa l’orme; les scènes du baquet de la place Vendôme se répétèrent sous cet ombrage, et le violon ne fut plus indispensable : les villageois sautèrent
comme des torpilles. Le comte de Rouvre améliora beaucoup l'invention du marquis de Puységur. Il avait, à six lieues de Paris, à Beaubourg, un château dont il ne savait que faire; on y prépara un arbre comme était préparé l’arbre de Busancy. L’arbre de Beaubourg servait de pivot à un nombre infini de cordes et de ficelles qui partaient de son tronc et de ses branches, et s’élendaient fort loin dans la campagne. Get arbre était public, accessible comme un hôpital qu’il eût pu remplacer. Les infirmes y venaient à la ronde, saisissaient un bout de corde, et, lorsqu’ils étaient suffisamment rompus par te fluide, on tes transportait dans 1e château, où ils recevaient tous tes soins imaginables, gratuitement, pour l’honneur du magnétisme. 11 n’était question à la cour que de l’humanité du jeuue comte de Rouvre et de DlCTiONN. .DBS SCIENCES OCCULTES. IL
MES tes
la singulière corvée qu’il imposait à scs vassaux.
« A cette époque, Paris possédait dans ses murs 1e prince Henri de Prusse. En sa qualité de Prussien, Henri aimait tes innovations militaires. Le maréchal de Biron crut devoir lui montrer un officier qui employait ses loisirs de garnison à magnétiser tes pauvres ; cet exempte de philanthropie renlrait au besoin dans la perfectibilité du soldat. On emmena 1e prince à Beaubourg. Mesmer, prévenu, se trouvait au château avec sa plus puissante baguette; mais 1e héros lut insensible même aux grands courants, et la baguette magique resla sans vertu à l’égard du vieux conquérant de la Bohême. On conduisit le prince à l’arbre, et il voulut bien sc mettre en rapport avec une ficelle. Le résultat ne fut pas plus heureux. Alors on prétendit sérieusement à Versailles que les hommes de race royale étaient garantis du fluide par l’excellence de leur sang et la nature choisie de leur organisation.
« Forcé de respecter tes dynasties, le magnétisme se rejeia sur l’océan. On fut sur le point de voir des fioltes entières en somnambulisme et des escadres gouvernées à la baguette. Le marquis de Puységur avait un frère, 1e comte de Chastenay, homme d’une imagination très-vive , qui , ne pouvant écrire des romans maritimes, puisqu’ils n’étaient pas inventés, résolut d’illustrer la marine française, dont ii était officier, par une crise. Il embarqua sa femme, qui lui servait de somnambule, contre tes règlernems de la discipline ; il se mit en rapport avec tes mâts, tes canons, tes vergues de son navire; il fit un immense baquet du vaisseau ; n’ayanl pas de villageois, il magnétisait ses matelots. Tout l’équipage obéissait au même fluide ; ses manœuvres avaient quelque chose de surnaturel, et les curieux qui visitaient son bord tombaient en spasme. Louis XVI fui obligé de rendre une ordonnance pour prévenir tes convulsions de la marine française »
L’écrivain donne au^si des détails intéressants sur les phénomènes de la prévision du somnambulisme.
«Ce serait le moment de rappeler, dit— il, que tous ies hommes d’une haute intelligence lurent superstitieux. Pour nous restreindre à l’époque, il faut uniquement, et comme prélude, rapporter ces lignes de Cabanis :
« Nous avons quelquefois en songe .des idées que nous n’avons jamais eues. Nous croyons converser, par exempie, avec un homme qui nous dit des choses que nous ne savions pas. On ne doit pas s’étonner que, dans le temps d’ignorance, tes e-prits crédules aient attribué ces phénomènes singuliers à des causes surnaturelles, j’ai connu un homme très-sage et très-éclairé, l’i 1 1 us Ire Benjamin Francklin , qui croyait avoir été plusieurs fois instruit en son°e sur des affaires qui i’occupaient dans 1e moment. Sa tête forte, et d’ailleurs eniièrement libre de préjugés , n’avait pu se garantir de toute idée superstitieuse, par
rapport a ces avertissements intérieurs... » (Considérations sur la vie animale.)
« Ainsi, l’esprit le plus positif du xviue siècle, Franckiin lui-même, ne s’est pas défendu des pressentiments. Cabanis connaissait les phénomènes du somnambulisme, bien qu’il ait jugé à propos de n’en rien dire; il n’en fut pas moins des premiers élèves de Mesmer, et il est inscrit sous le numéro 10 dans le catalogue de l’ancienne Société de l'harmonie.
« Ce qu’on aura peine à croire, et pourtant ce qui est authentique, c’est que la révolution française a été non-seulement prévue dans ses causes, mais aussi prédite dans scs effets. Depuis l’épître dédicatoire de Noslradamus au roi de France jusqu’au sermon du père Keauregard, depuis les vers d’un anonyme destinés au fronton de Sainte- Geneviève jusqu’à la chanson de M. de Lille, jamais tempête sociale ne fut plus clairement annoncée. Cette prévision extraordinaire , répandue dans toutes les classes, constituait un étal magnétique permanent. On ne saurait expliquer autrement que par une contagion sympathique la terreur dont furent saisies, à Notre-Dame,- treize années avant la révolution, les personnes qui entendirent le pèreBeauregard jeter du haut de la chaire ces incompréhensibles paroles :
« Oui, Seigneur 1 vos temples seront dépouillés et détruits , vos fêles abolies, votre nom blasphémé , votre culte proscrit! Aux saints cantiques qui faisaient retentir les voûtes sacrées en votre honneur succèdent des chants lubriques et profanes 1 Et toi , divinité infâme du paganisme, impudique Vénus, tu viens ici même prendre audacieusement la place du Dieu vivant, l’asseoir sur le trône du Saint des saints, et recevoir l’encens coupable de tes nouveaux adorateurs. » « Il y avait inspiration, cela est évident. D’après les doctrines du magnétisme, le père Beauregard représentait ici un somnambule au premier degré. Nous ne discuterons pas cette étrange interprétation de son prône. En 1789, il paraît que le somnambulisme du prédicateur durait encore; dans la chapelle de Versailles, en présence de la cour, il dénonça, comme un nouveau Jérémie, les secousses prochaines de la France.
« A peu près dans le temps où ce religieux célèbre ébranlait de sa voix prophétique les pilars de Notre-Dame, un officier au régiment de Champagne, M. de Lille , à la suite d’un souper, tomba dans une surexcitation morale dont tous ses camarades furent épouvantés. H rentra dans sa chambre, s’enferma à double tour et griffonna sur un bout de table , une chansonnette fameuse dont nous copierons les plus étonnants couplets.
On verra tous les étals Entre eux se confondre;
Les pauvres sur leurs graLials Ne plus se morfomJre.
Des biens on fera des lots
Qui rendront les gens égaux.
Le bel œuf à pondre,
O gai !
Le bel œuf a pondre! .
De même pas marcheront Noblesse et roture;
Les Français retourneront Au droit de nature.
Adieu, parlements et lois,
Adieu, ducs, princes et lois,
La bonne aventure,
O gai !
La bonne aventure
Puis, devenus vertueux,
Par philosophie,
Les Français auront des dieux A leur fantaisie.
Nous reverrons un oignon A Jésus damer le pion.
Ali ! quelle harmonie,
O gai 1
Ah ! quelle harmonie !
A qui devons-nous le plus?
C'est à noire maître,
Qui, se croyant un abus,
Ne voudra plus l'être.
Ah ! qu’il faut aimer le bien Four de roi n'êire plus rien !
J’enverrais tout paître,
O gai!
J’enverrais tout paître.
« On peut lire cette incroyable chanson dans les Mémoires de l’abbé Georgel, tome II, pag. 267. Elle fut appelée, en 1778, la prophétie turgotine. Consultez les articles philosophiques de M. Hoffman sur le magnétisme dans le Journal des Débats du mois de décembre 1814, vous y verrez qu’une somnambule de Normandie avait exactement prédit les quatre étals politiques par où la révolution a passé. Dans sa Lettre au peup’r, français , datée de Londres, 1786, Cagiioslro annonce qu « la Bastille sera détruite et deviendra un lieu de promenade. On n’accusera pas M. Hoffman de superstition, non plus que nous qui transcrivons, sans y rien comprendre, ces passages de l’épître dédicatoire de Noslradamus au roi Henri 11, 14 mars 1547 :
« Mes nocturnes et prophétiques supputations ont été composées plutôt d’un naturel instinct, accompagné d’une fureur poétique, que par règle de poésie. »
« Plus loin, il annonce une persécution chrétienne pour l’an mil sept cent nouante deux, que l'on cuidera être une rénovation du siècle. Cette phrase est assurément fort remarquable, puisque l’ère de la république commença le 22 septembre 1792. La fureur , l’instinct naturel de Noslradamus doit-il è re pris comme un somnambulisme involontaire, irrésistible, spontané, et le pressentiment en toute chose rangé au nombre des prodiges élémentaires opérés par le fluide magnétique? Telle est la controverse qui divise les adeptes depuis trente ans.
« Mais le cheval de bataille des magnétiseurs, c’est la prédiction de Cazotle,et il faut avouer que ce fait irrécusable plaide éloquemment leur cause. Nous renvoyons les sceptiques aux œuvres posthumes de La Harpe, Paris, 1806, tom. ir, et au mémoire de M . de Leuze.
« il me semble que c’était hier, dit La Harpe ; on se trouvait au commencement de 1788. Les membres de l’Académie française soupaient chez le duc de Nivernois , qui leur avait lu son proverbe, Une hirondelle ne
MES
109 MES
fait pas le printemps , dernier acte littéraire de ce chansonnier célèbre. Dans la bonne compagnie, le proverbe du duc avait éclipsé l’assemblée des notables. Au dessert, les vins de Malvoisie et de Constance étaient prodigués ; on en venait alors dans le monde au point où tout est permis pour provoquer le rire. Champfort avait récité ses contes impies et libertins, et les grandes dames avaient écoulé sans même recourir à l’éventail. A ce mot fameux de son coiffeur : Voyez-vous, monsieur deChamp fort, quoique je ne sois qu'un misérable perruquier, je n'ai pas plus de religion qu'un autre , les convives s’étaient livrés à des éclats d’ivresse et de joie si bruyants, qu’un homme de bon sens, nullement somnambule , mais à jeun, eût facilement prophétisé, rien qu’à voir cette folie, l’imminence de la révolution.
« Cazotte seul ne riait pas. Cazotte était un littérateur singulier, dont la vie présente un roman bien supérieur aux romans ennuyeux qu’il a inventés. Planteur à la Martinique, après avoir fait beaucoup de sucre, il voulut se retirer en France, vendit ses possessions, se fit homme de lettres et publia le Diable amoureux.
« — Buvez, lui cria Condorcet, buvez; un philosophe n’est pas fâché de trinquer avec un prophète.
« Ou attendait le résultat de la plaisanterie; Cazotte aima mieux boire. La coupe étant vide, il se leva.
« — M. de Condorcet, fit-il en étendant la main vers l’académicien goguenard, vous mourrez sur le pavé d’un cachot, du poison que vous aurez pris pour vous dérober au bourreau, et que vous porterez toujours dans vos poches.
«Cazotte était donc un original, et d’autant plus original pour les convives du duc de Nivernois, qu’il appartenait à la secte des illuminés de Lyon. On se regarda dans la salle avec une surprise mêlée de terreur et de moquerie. Champfort saisit la bouteille, et, à son tour, versa une rasade au prophète, Cazotte but froidement.
« — M. de Champfort, dit-il, d’une voix plus ferme, vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n'en mourrez pas sur-le-champ.
• « On riait déjà moins, on ne rit bientôt plus du tout. La bouteille passa dans les mains de Vicq-d’Azir, et le prophète but un troisième coup.
« — M. Vicq-d’Azir, continua-t-il en regardant le médecin, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même , mais vous vous les ferez ouvrir six fois dans un jour, au milieu d'un accès de goutte , et vous mett rez dans la nuit.
« — Et moi?
« — M. de Nicolas, à l’échafaud.
« — El moi ?
« — M. Bailly, à l’échafaud.
« — Et moi ?
« - M. de Malesherbes, à l’échafaud.
« Bailly, Nicolaï et Malesherbes pâlirent ; le maître de la maison devenait soucieux.
lit)
La Harpe chercha une plaisanterie qui dissipât ce nuage.
« — il paraît, dit-il, en regardant Cazotte, que vous me réservez pour faire l’oraison lunsbre de ces messieurs.
« — Justement, car vous serez chrétien.
« — Oh ! oh ! ceci est trop fort ! s’écrièrent les encyclopédistes.
« Un mouvement très-pénible se manifesta parmi les convives; la figure du duc de Nivernois se rembrunissait toujours , il ne chantait aucune chanson, Tout le monde commençait à trouver que la facétie allait trop loin. Ce fut madame de Grammont qui brisa la glace.
« — Vous verrez qu’il ne nous laissera pas même un confesseur.
« — Vous l’avez dit-, madame, reprit Gazelle d’un ton ému, un seul homme aura cette grâce...
« Des explications désespérées et ironiques s’élevèrent; on entoura précipitamment l’oracle. Toutes les inquiétudes croissaient d’heure en heure; on attendait la dernière parole de Cazotte avec autant d’impalienc® et d’effroi que les habitants de Babylone l’explication des paroles flamboyantes du palais de Balthasar. La bouche du prophète enfin s’ouvrit.
« — Le roi de France.
« A ces mots, M. de Nivernois se leva brusquement, ses convives l'imitèrent. Un profond silence avait succédé aux premières folies. Le duc, s’adressant au personnage qui jouissait d’une faculté en môme temps si rare et si lugubre, lui représen’a à voix basse qu’il se compromettait inutilement. Cazotte prit son chape su et se relira. Comme il sortait, madame de Grammont lui dit :
« — Mais vous n’avez point parlé de vous?
« — Madame, répondit le prophète tenant scs yeux baissés, avez-vous lu le siège de Jérusalem dans l’historien Josèphe?
« — Quelle question! je l’ai peut-être lu. Eh bien?
« — Eh bien, madame, pendant ce siège un homme fit sept jours de suite le lourdes remparts, criant incessamment d’une voix tonnante et sinistre : Malheur à Jérusalem ! et le septième jour il cria : Malheur à Jérusalem ! Malheur à moi-même! Dans ce moment une pierre énorme, lancée par les machines ennemies , le frappa et le mit en pièces.
« Après celte réponse, Cazotte disparut.
Quatre années plus tard, le 22 septembre 1792, il fut arrêté; sa fille parvint à le sauver. Au lieu de partager la joie qu’elle en ressentait, il annonça que dans trois jours on l’arrêterait de nouveau et que celte fois il n’en réchapperait pas. Effectivement, Cazolte fut massacré le 25 septembre, à l’âge de soixante-douze ans.»
« La Harpe, Deleuze , madame de Genlis, madame de Beauharnais, la famille de Vicqd’Azir et une foule d’autres personnes garantissent l’authenticité de c tte prédiction au moins remarquable. Si vous consultez là dessus les magnétiseurs u > peu avancés,
ils vous répliqueront sans hésiter que Cazolte était somnambule au premier chef.
« Une paysanne, Susanne Labrousse , du Périgord, se présenta un jour, en 1784, au séminaire de Périgueux, se jela au pied delà croix, annonça les états généraux , en fixa l’époque, et depuis ce moment jusqu’à l’ouverture de l’assemblée, récita tous les matins un Ave Maria solennel dans les couvents de !a ville. Si vous lisez d’ailleurs une brochure de 1789, attribuée au comte de Lameth et plus tard à M. deYeines, vous y verrez avec surprise le portrait d’une femme de la haute noblesse, la comtesse de 1..., qui, en proie à d s attaques de catalepsie, d’un corps faible, d’une poitrine allumée, et n’ayant plus que des nerfs misérables, prédit les circonstances de la révolution française, dont elle partageait les principes sans doute par somnambulisme. C’est en parlant d’un voyage de cette dame au mont Vésuve que le chevalier de Bouffiers disait :
« Voilà ce qui s’appelle une politesse de volcan à volcan. »
« On établit maintenant, d’après le professeur Kluge, six degrés dans l’état magnétique : dans le premier, on participe encore aux impressions extérieures ; le second est le demi-sommeil , ou la crise imparfaite; le troisième, le sommeil magnétique, ou le somnambulisme; le quatrième est la crise parfaite; le cinquième, la clairvoyance et la prévision ; le sixième, la vision magnétique ou l’extase. Ce n’est qu’au troisième degré, à ce qu’il parait, que les phénomènes se manifestent aujourd’hui d’une manière scientifique. Vous trouverez dans Pézold, Nasse, Gmelin, des histoires merveilleuses et des expériences incroyables. Caullet de Vaumorel soutient, dans ses aphorismes, que les somnambules distinguent les objets au travers de corps opaques , tels que des meules de moulins, pourvu que ces corps ne soient point électriques, comme la soie et la cire à cacheter. Le Courrier de Strasbourg de 1817 raconte la maladie d’une dame cataleptique qui tombait à des époques fixes dans l’état de somnambulisme et avait le pouvoir de lire dans un livre placé à une fort grande distance. Enfin, Poteiin connaissait un somnambule qui voyait et nommait tout ce qu'il tenait dans sa main fermée, dès qu’il la plaçait sur le creux de son estomac. Les magnétiseurs de Paris prétendent que leurs somnambules habituelles jouissent de la même faculté; mais comme ces prodiges apparaissent rarement et sont indépendants de la volonté des patientes et de l’agent, leur évidence demeure toujours une question de principe où les sceptiques auront longtemps beau jeu, avec justice.
« Les phénomènes du cinquième et du sixième degré sont encore plus singuliers ; ici, nous revenons au pressentiment. Kluge, Heineckeos et Pischer parlent de somnambules qui décriva.enl le jeu de leurs viscères sans connaître l’anatomie. Le docteur Chapelain, à Paris, a guéri des malades sur les indications données par une somnambule ;
l’esprit et la probité de cet habile médecin sont pourtant incontestables. Suivant ces magnétiseurs, on a vu des personnes connaître h s événements qui se passaient dans des endroits fort éloignés et prédire l’avenir. Une dame d’Exeter vint à Londres et se fit magnétiser : un gentilhomme, inquiet sur le sort d’un ami absent, lui demanda ce qu’il était devenu , et reçut cette réponse : « Je l’aperçois sous les eaux. » Quelques jours après, on renouvela la même question, et elle répondit de nouveau qu’elle le voyait au milieu de poissons nageant autour de lui. Bientôt on apprit que la personne avait péri dans un naufrage. 11 faudrait des volumes pour rapporter tous les exemples de prévision et de lucidité dont s’appuient les praticiens. A Gœttingue, dans le Hanovre, on ne vous a pas parlé sans terreur superstitieuse de l’histoire de mademoiselle Julie de Slrombeck, qui s’est guérie eile-même, en 1810, par le magnétisme. En 1793, pendant le siège de Lyon, une somnambule prédit au docteur Pététin la journée sanglante du 29 septembre, la reddition de la ville pour le 7 octobre, l’entrée des troupes le 8, et les proscriptions qui suivirent les promesses trompeuses dont on berça la crédulité des habitants. Tels sont les monuments les plus authentiques et les plus curieux du somnambulisme moderne.»
Rapportons maintenant un fait qui a eu beaucoup de retentissement en 1837. Nous ne saurions mieux l’exposer qu’en reproduisant le rapport de M. Dubois d’Amiens à l’Académie royale de médecine :
Messieurs ,
Quelques discussions élevées dans le sein de l’Académie royale de médecine, au commencement de celte année , avaient reporté de nouveau l’attention des médecins sur le magnétisme. Votre confrère, M. Oudet, bien que se plaçant en dehors de toute question de doctrine, avait confirmé en pleine séance un fait inséré dans quelques feuilles pub iques, et qui plus lard l’a été dans le bulletin de l’Académie, savoir: qu’un magnétiseur était venu le chercher le 14 novembre 1830, pour le conduire chez une jeune dame, en état, disait-on, de somnambulisme ; qu’arrivé près d’elle, le magnétiseur l’avait piquée fortement et à plusieurs reprises, qu’il lui avait plongé un doigt pendant quelques secondes dans la flamme d’une bougie, le tout pour explorer sa sensibilité, et puis que lui, M. Oudet, avait déplié sa trousse, arraché à la jeune dame une grosse dent molaire ; qu’au moment de l’évulsion la jeune dame avait retiré un peu la tête et poussé un léger cri. Ces deux signes de douleur avaient eu , ajoutait-on, la rapidité de l’éclair. Toutefois, après une demi-heure de sommeil, le magnétiseur avait procédé au réveil de sa somnambule, et lui avait appris ou du moins lui avait dit ce qu’il venait de faire pour lui épargner des terreurs et de la souffrance.
C’est le 24 janvier dernier que, sur l’interpellation de M. Capuron, ces explications ayant été ainsi données à l’Académie, provoquèrent une discussion animée. Cette discus-
MES
MES
sion eut quelque retentissement dans le public médical, principalement sans doute chez ceux qui s’occupaient alors du magnétisme animal; aussi, peu de jours après, c’està-dire le 12 février, un jeune médecin, docteur de la faculté de Paris, M. Berna, adressa à l’Académie une lettre dans laquelle il se faisait fort de donner à ceux pour qui, disait-il, l’autorité n’esl rien, l’expérience personnelle comme moyen de conviction. L’Acadéinie, ainsi mise en demeure, prit en considération la demande toute spontanée de M. Berna.
C’est le 27 février 1837 que la commission nommée par l’Académie s’est réunie pour la première fois; le rendez-vous avait été assigné dans le domicile même de M. Berna.
La commission , composée de MM. Bouillaud, Cloquet, Caventon, Cornac, Dubois (d’Amiens), Emery, Oudet, Pelletier et Roux, a dû commencer par se constituer cl soumettre à une discussion préalable l’ordre de ses travaux. M. Roux, à l’unanimité, a été élu président, puis M. Dubois, secrétairerapporteur. Après plusieurs explications amiablement données de part et d’autre, il resta convenu entre vos commissaires et M. Berna : 1° que les expériences auraient lieu non chez M. Berna, mais chezM. Roux, président de la commission ; 2“ que M. Berna ne pourrait amcneravec lui d’autres personnes que les sujets destinés aux expériences ; 3" que, d’un autre côté, vos commissaires ne pourraient introduire aucune personne étrangère dans le lieu des séances.
Les conventions une fois arrêtées, M.
Berna quitta vos commissaires pour aller chercher une somnambule qui l’attendait dans les environs. Peu de minutes après, à huit heures moins un quart environ, il introduit en présence de vos commissaires une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans, d’une constitution en apparence nerveuse et délicate, mais d’un air assez dégagé et résolu.
La jeune fille, introduite au milieu des commissaires, dans le salon de M. Roux, y est accueillie avec prévenance et affabilité; on s’entretient avec elle de choses indifférentes ; dans le but de constater, avant tout essai de magnétisation , jusqu’à quel point, dans l’état ordinaire, elle est sensible aux piqûres, on lui a enfoncé à la profondeur d’une demi-ligne environ des aiguilles de force moyenne que M. Berna avait apportées lui-même. On fil pénétrer leurs pointes à la main et au cou de cette jeune personne ; interrogée par quelques-uns des commissaires, et avec l’air de doute, si elle sent les piqûres, elle répond positivement à MM. Roux et Caventon qu’elle ne sent rien ; sa figure n’exprime du reste aucune douleur. Rappelons à l’Académie qu’eiie était bien et dûment éveillée, de l’aveu même de son magnétiseur. Ceci ne concordait guère avec le programme, car l’insensibilité ne devait être accusée qui* dans l’état dit de somnambulisme, ou après et par l’injonction meulale du magnétiseur, injonction qui elle-mcme ne pouvait être faite que dans cet état.
Vos commissaires étaient donc un peu surpris de ce singulier début. — Comment! vous ne sentez rien? lui dil-on, mais vous êtes donc absolument insensible ? Alors elle finit par avouer qu’elle sentait un petit peu de douleur.
Ces préliminaires terminés, M. Berna fit asseoir près de lui celle que nous nommerons désormais sa somnambule, pour parler son langage. Penché tête à tête vers elle, il paraît d’abord la contempler en silence, sans pratiquer aucun des mouvements qu'on nomme des passes; après une ou deux minutes environ, il dit à vos commissaires que le sujet est en somnambulisme. Les yeux de la jeune fi. le sont garnis de coton et recouverts d’un bandeau. M. Berna n’a d’autres preuves à donner aux commissaires de ce prétendu état de somnambulisme, que du reste il ne définit pas théoriquement, que les expériences comprises dans son programme. Ainsi, après avoir de nouveau contemplé sa somnambule, et à une distance très-rapprochée, il annonce aux commissaires qu’elle est frappée d’une insensibilité générale. Quelques-uns de vos commissaires, armés d’aiguilles, entre autres M. Bouillaud, M. Emery et M. Dubois, se mirent à piquer cette pauvre fille ; elle n’accusa verbalement aucune douleur; sa figure , autant que nous avons pu en juger, n’exprimait aucun sentiment douloureux ; nous disons autant que nous avons pu en juger, car ses yeux étant couverts d’un large bandeau, la moitié de sa figure nous était cachée ; il ne nous restait guère à observer que le front, la bouche et le menton. M. Bouillaud n’allait pas, dans sa tentative, au delà des limites convenues ; mais le rapporteur ayant enfoncé la pointe de son aiguille sous le menton avec plus de force, la somnambule exécuta au moment même et avec vivacité, un mouvement de déglutition ; M. Berna s’en aperçut, se récria et fit de nouvelles recommandations. Touchée du bout du doigt par M. Cloquet, à la surface de sa main, la somnambule dut sentir cette impression, de sorte qu’indépendamment delà perception des températures, elle aurait encore conservé celle des attouchements, ce qui, dans le système de M. Berna, aurait ajouté de nouvelles restrictions à celte prétendue perte générale delà sensibilité. Néanmoins le magnétiseur, poursuivant le cours de ses expériences, prévint les commissaires qu’il allait, par la seule et tacite intervention de sa volonté, paralyser, soit de la sensibilité, soit du mouvement, telle partie du corps de la demoiselle qu’on voudra bien lui désigner. M. Bouillaud demande par écrit à M. Berna de vouloir bien paralyser du mouvement le bras droit seulement de la somnambule ; alors que le fait aura lieu, de le lui indiquer enfermant les yeux. Vous voyez, Messieurs, quenousallions jusqu’à adopter le langage de M. Berna. M. Berna, de son côté, adopta nos formalités. Assis près de son sujet, il abaissa la tête vt rs ses mains (les mains de la jeune fille) ; elle les tenait sur son giron. Le rapporteur, fondé
sur co que M. Berna avait dit, savoir : qu’il n’aurait aucun contact immédiat avec sa somnambule, interposa une feuille de papier entre la figure de M. Berna et les mains de la jeune fille. Bientôt M. Berna fait le signe convenu, ce qui voulait dire que sa volonté tacite avait été assez puissante pour paralyser le bras droit seulement de sa somnambule. M. Bouillaud procède à la vérification du fait, et pour cela il prie la demoiselle, il n’y avait pas d’autre moyen, de remuer successivement tel ou tel membre: arrivé à la jambe droite, par voie d’élimination, comme l’on dit , il obtient d’elle cette réponse , qu’elle ne peut remuer ni la jambe droite ni le bras droit.
Mais le magnétiseur, dès les premiers moments de ses rapports avec nous, nous avait parlé de ces merveilleux faits de vision sans le secours des yeux, de ces fameuses transpositions des sens , dont il est tant parlé dans les archives du magnétisme anima! ; vous devez présumer combien nous étions désireux de voir de semblables expériences ; jamais rien de pareil n’avait été fait devant une commission académique. Le 3, vos commissaires sc réunirent de nouveau et furent témoins dos faits suivants :
Sur les instances de M. Berna, qui avait demandé que les nouvelles expériences fussent faites chez lui, on n’hésita pas à se transporter dans son domicile. Les commissairi s crurent devoir faire cette concession, Iven qu’ils eussent arrêté primitivement que toutes les expériences seraient faites chez l’un d’eux. Comme on leur présentait des faits de vision sans le secours des yeux, ils pensèrent que les dispositions du local , quelles qu’elles fussent, n’auraient plus la même influence sur des faits de cette nature. Suivant la recommandation de M. Berna, ils se firent précéder de MM. Roux et Cornac ; à huit heures moins un quart, tous étaient chez le magnétiseur. M. Berna était placé à côté d'une femme âgée d’une trentaine d’années environ ; après notre arrivée seulement il lui a couvert les yeux d’un bandeau ; puis il nous a dit qu’elle était en état de somnambulisme, et s’est mis à s’entretenir avec elle à haute voix. Interrogée par son magnétiseur (car nul de nous ne parlait dans cette séance) si elle voyait ce qui se passait autour d’elle, cette femme déclare que, pour mieux distinguer les < bjets , elle a besoin de se tourner en face de lui; M. Berna s’approche d’elle, et tellement que leurs jambes s’entretouchaient, malgré ce qui avait été dit au programme. Vos commissaires, attentifs à ce qui allait se passer, étaient cependant pénétrés de l’idée que, dans cette séance, il y aurait deux sortes de faits : 1° des faits dont la situation serait proposée à la femme dite en état de somnambulisme, mais qui seraient connus de M. Berna ; 2° dos faits dont la solution serait également proposée au jury d’expériences, mais qui seraient ignorés de M. berna et qui seraient en partie arrangés ii son insu.
Cette distinction, Messieurs, est très im-
1iG
porlante: les uns devaient avoir une haute valeur , une valeur absolue, indépendante des localités, indépendante de tout degré de moralité des acteurs ; ce qui devait emporter avec eux la conviction ; les autres resteraient sujets à des interprétations diverses, à des objections plus ou moins fondées , et dès lors ils devaient laisser des doutes dans l’esprit; ainsi, pour en citer un premier exemple, le magnétiseur a commencé par demander à cette femme combien il y avait de personnes présentes ?
— Plusieurs Messieurs, au moins cinq.
Nous éiions sept en comprenant son magnétiseur. Ce fait était aussi bien connu de M. Berna que de nous; ajoutons qu’approxi* malivement elle-même devait savoir à quoi s’en lenir, puisqu’on ne lui avait couvert les yeux qu 'après notre arrivée.
D’après l’invitation du magnétiseur, qui dirigeait tout dans cette séance solennelle, M. Dubois devait écrire sur une carie un ou plusieurs mots, afin de les faire lire à la somnambule. Ce commissaire, grâce aux soinsofficieux de M. Berna, avait à sa disposition, sur une table, deux paquets decartes, l’un de cartes entièrement blanches, l’autre de cartes à jouer. Ainsi, comme on le voit, l’ordre de la séance avait été obligeamment réglé par le magnétiseur; il n’y existait plus de ces hésitations, de ces incertitudes qui avaient quelque peu troublé les autres somnambules; ici tout était coordonné à l’avance, matériel et personnel, succession do faits, demandes, inierpellalions ; bref nous étions déchargés de tout. Quoi qu’il en soit, le rapporleur écrit sur une carte blanche le mot Pantagruel en lettres moulées et parfaitement distinctes ; puis, se plaçant derrière la somnambule , il présente cette carte tout près de l’occiput du sujet. Le magnétiseur, assis à l’opposite deM. Dubois, c’est-à-dire en face de la somnambule, ne pouvait voir lui-même les caractères tracés sur la carte; c’était un fait de second ordre , c’est-à-dire décisif en lui-même. La somnambule interrogée uniquement par son magnétiseur sur ce qu’on lui présenle ainsi derrière la tête, répond après quelque hésita* ion que c’est quelque chose de blanc , quelque chose qui ressemble à une carte, à une carte de -visite.
Jusque-là, comme vous le pensez bien, Messieurs, il n’y avait pas de quoi émerveiller vos commissaires; M. Berna avait dit à haute voix au rapporteur de prendre une carte et d’écrire quelque chose sur cette carie; la somnambule pouvait donc dire qu’elle voyait quelque chose de blanc, quelque chose qui ressemblait à une carte. Mais on ne larda pas à lui demander si elle pouvait distinguer ce qu’il y avait sur celte carte.
— Oui, répondit-elle, il y a de l'écriture ; réponse qui ne nous surprit pas alors.
— Est-elle grande ou petite, celle écriture ?
— Assez grande, répliqua- 1 — elle ; ici comme vous le voyez, commencent les di i’û >-•
MES
MES
lîÜ
Ml
cultes sérieuses ; aussi la somnambule se retranche dans les approximations.
■ — Attendez, je ne vois pas bien. Ah 1 il y a d’abord un M... ou c’est un mot qui commence par un M ; telles ont été les premières réponses de, Ja somnambule.
M. Cornac, à l’insu du magnétiseur Berna qui, seul pendant toute cette séance, pose la question à sa somnambule , M. Cornac fait alors passer à M. Dubois une carte entièrement blanche ; celui-ci la substitue aussitôt à celle qui portait le mot Pantagruel ; et sur cette carte blanche la somnambule n’en persiste pas à moins à dire qu’elle voit un mot qui commence par un M. Cependant, M.
Berna, qui ne se doute en aucune manière de notre manège, la presse toujours de questions ; elle est invariable : elle ne peut, ditelle, distinguer qu’une seule lettre, un M enfin. Après quelques efforts, elle ajoute , mais sous la forme du doute, qu’elle voit deux lignes d’écriture.
MM. Oudet et Cornac se trouvaient alors placés derrière la somnambule ; celle-ci donne à entendre qu’elle distingue l’un de çes messieurs, M. Cornac. On lui demande si ce monsieur est grand.
— Pas trop grand, dit-elle, pas aussi grand que vous.
C’était à M. Berna qu’elle répliquait, car elle ne s’entretenait qu’avec lui.
M. Cornac, avec le consentement du magnétiseur, présente à son tour à- l’occiput du sujet une carte sur laquelle il a écrit le mot aimé; elle distingue, dit-elle, quelque chose d’écrit ; mais elle ne saurait dire çe que c’est, ce que cela signifie ; M. Cornac tire une longue bourse de sa poche : C’est quelque chose de rond , lui dit-elle. Ce commissaire, après avoir remis la bourse dans sa poche, lui présente sa main seule ; elle dit qu’elle voit toujours quelque chose de rond.
Après ces premiers travaux, la somnambule se plaint d’être éblouie ; elle est, dit— elle, gênée par des clartés. Oui, répond le magnétiseur, par des brouillards ; attendez. Et au moyen de quelques passes transversales, il lui dit qu’il la débarrasse. Le rapporteur, chargé de prendre des notes, écrivait en ce moment à deux pas de la somnambule ; on entendait le bec de sa plume cou rir sur le papier; la somnambule se tourne de son côté et lève la tète, comme pour chercher à le voir sous le bord inférieur de son bandeau. Son magnétiseur lui demande bien vite si elle voit le jour : — Oui, dit-elle, il tient quelque chose de blanc et de long. Le rapporteur écrivait debout sur un papier plus long que large.
Le rapporteur se rapproche alors de la somnambule, se place derrière elle, et met, cessant d’écrire, sa plume à la bouche. M. Berna s’empresse encore d’interroger sa somnambule dans le même sens, c’est-à-dire sur des faits dont lui a connaissance aussi bien que nous.
Voyez-vous toujours, lui dit-il, le monsieur placé deri ière vous ?
— Oui, dit-elle.
— Voyez-vous sa bouche ?
— Pas trop bien.
— Pourquoi ?
— 11 y a quelque chose de blanc et de long en travers.
Le magnétiseur jette sur nous un coup d’œil de satisfaction, et recommande au rapporteur de bien noter ce fait.
Ce fait, messieurs, nous n’avons eu garde de l’oublier; mais quelle est sa valeur, quelle est son importance sous le rapport de la doctrine du magnétisme animal ? D’une part, la somnambule savait qu’elle venait de se tourner vers quelqu’un qui écrivait ; le bruit très-distinct de la plume sur le papier aurait suffi pour lui donner cette certitude ; en admettant même qu’elle n’ait pu voir le rapporteur au-dessous de son bandeau, tentative à laquelle elle venait de se livrer sans obstacle de notre part, parce que, nous l’avons déjà dit, dans cette séance, nous voulions laisser le magnétiseur agir sans la moindre apparence de contrainte. Le rapporteur, toujours écrivant, se place derrière cette femme, alors seulement il cesse d’écrire, et met sa plume entre ses dents ; le magnétiseur ne prend pas pour objet de ses questions un autre commissaire ; la somnambule venait de répondre, suivant lui, d’une manière assez satisfaisante ; il ne quitte donc pas l’écrivain de la commission, et il adresse à sa somnambule, sans le vouloir assurément, une question trop significative, trop spécialisée : Voyez-vous toujours bien; mais pourquoi dire : Voyez-vous sa bouche? Qu’est-ce qu’il y a donc à sa bouche? pouvait aussi se demander la somnambule. 11 vient d’écrire, il vient de se placer derrière moi en écrivant , il n’écrit plus.Serait-cela plume qu’il a placée dans sa bouche? c’est quelqueehose de blanc et de long.
Ces réflexions, Messieurs, nous sont venues tout aussitôt à l’esprit, et ont enlevé à ce fait la valeur qu’il aurait pu avoir peutêtre. Dans ces circonstances, la commission aurait désiré que M. Berna, qui ne sentait pas sans doute toute la portée de sa question, lui eût donné un sens plus général.
Maintenant, Messieurs, nous allons arriver à des faits plus décisifs, plus curieux, et dans lesquels la lucidité de la somnambule devait apparaître dans toute son évidence.
La transposition du sens de la vue devait nous être prouvée d’une manière péremptoire, non plus à l’aide de ces questions vagues ! — Voyez-vous ce mot? Est-il grand? Est-il petit ? — Pas trop grand, pas trop petit ; — toutes choses bonnes, comme l’on dit, pour amuser le tapis, pour intermède obligé. Nous allions passer à des faits qui devaient étonner le monde médical. Nous vous avons déjà prévenu que M. Berna avait préparé sur un des meubles de son salon un paquet de cartes à jouer. S’adressant cette fois encore au rapporteur, il le prie à haute voix , et sans quitter ses rapports intisnes avec sa somnambule, il le prie maintenant de prendre une carte, et de la placer à "occiput de
la somnambule. Est-ce une carte avec figures ? lui demande le rapporteur. — Comme vous voudrez, répond M. Berna.
Celte question toute naturelle, le rapporteur l’avait faite d’abord sans arrière-pensée, tout simplement ; mais en se dirigeant vers la table sur laquelle était tout préparé d’avance le paquet de cartes à jouer, l’idée lui vint de 11e prendre dans le paquet ni une carteavecfigure,ni une carteavec des points, mais bien, tout en feignant de prendre réellement une carte à jouer, de rapporter une carte entièrement blanche et de même dimension ; ce qui fut fait toujours à l’insu de M. Berna, nous n’avons pas besoin d’ajouter, et à l’insu de sa somnambule, puisque celle-ci ne s’apercevait pas des substitutions faites à un pouce de son occiput, là où, pour elle, le sens de la vue devait être transposé.
Ainsi muni de sa carte blanche, le rapporteur \ ienl la placer à l’occiput du sujet et se lient derrière lui : le magnétiseur, assis en avant, magnétisait de toutes ses forces. La somnambule est interrogée; elle hésite, elle fait des efforls, et dit qu’elle voit une carte. Mais le magnétiseur, pas plus que nous, ne voulait se contenter de si peu de chose ; il lui demande ce qu’elle remarque sur cette carte ; elle hésite encore, puis elle dit qu’il y a du rouge et du noir. La commission impassible laisse M. Berna continuer ses manœuvres, afin d’amener à bien ce qui paraissait encore très-confus devant le sens transposé de la somnambule, ce qui ne consistait encore qu’en un peu de rouge et un peu de noir. Apres quelques essais infructueux, le magnétiseur, peu satisfait sans doute des fonctions du sens visuel ainsi transposé, invite le rapporteur à faire passer sa carte en avant de la tête de la somnambule, tout près du bandeau qui lui couvre les yeux. C’était, dira-l-on, changer les termes de la question, et même de la doctrine du magnétisme ; c’était remonter à la transposition des sens pour la clairvoyance à travers un bandeau. Peu importe, c’était déjà assez remarquable pour êlre constaté.
Le rappoiteur fit donc passer la carte comme le désignait le magnétiseur , mais il eut soin de la placer rapidement et de telle sorte que M. Berna pouvait et devait même supposer qu’il ne voyait que le revers naturellement blanc de ladite carte, tandis que la partie colorée était tournée vers le bandeau de la somnambule. Une fois la carte dans cette nouvelle position, le magnétiseur continue ses manœuvres et sollicite de nouveau la somnambule. Celle-ci avoue qu’elle voit mieux la carte, puis elle ajoute en hésitant qu’elle voit comme une figure. Nouvelles instances de M. Berna, nouvelles sollicitations; la somnambule, de son côté, paraît faire bien des efforts, et après quelques tentatives, elle déclare nettement qu elle voit un valet ! Mais ce n’est pas tout encore ; restait à dire quel valet, car il y a quatre valets. Procédant sans doute par voie d’élimination, elle répond à son magnétiseur «jue c’est du noir qu’il y a à côté de son va-
Iet. Ce n’était pas tout encore; il y a deux valets qui ont du noir à côté d’eux. Nouvelles instances de la part du magnétiseur, nouveaux efforts de la part de la somnambule, nouvelle profonde attention de la part des commissaires. Enfin elle lient; c'est le valet de trèfle ! M. Berna, ayant ainsi terminé cette expérience, prend la carte des mains du rapporteur, et en présence de tous les commissaires il voit, il s’assure qu’elle est entièrement blanche.
Pour dernière expérience, laissant là les cartes écrites et les cartes à jouer, M. Berna demande à M. Cornac un objet qu’il ait apporté avec lui, ajoutant qu’il se chargera de le présenter dans sa main fermée devant le bandeau de la somnambule. Cet objet, que nous ne voulons pas vous indiquer d’avance, est remis par M. Cornac au magnétiseur. Celui-ci, d’une main, lé présente tout près du bandeau de sa somnambule; de l’autre, il cherche à agir magnétiquement sur elle. Et alors recommencent les interpellations, les sollicitations ordinaires ; la somnambule, qui n’a pas perdu courage encore, paraît se livrer à de grandes recherches; son magnétiseur lui demande si elle, peut distinguer ce qu’il tient dans la main : Attendez, dit-elle; puis après des incertitudes feintes ou réelles, elle dit que c’est quelque chose de rond ; puis, toujours pressée de questions, elle ajoute que c’est couleur de chair , que c’est jaune et enfin que c’est couleur d'or. Sur de nouvelles et incessantes questions , elle ajoute que c’est épais à peu près comme un ognon, que. c’est jaune d’un côté, blanc de l’autre, et qu’enfin il y a du noir dessus.
Ici la somnambule se plaint; elle voudrait, dit-elle, que son magnétiseur finît et qu’il la réveillât; elle le demande avec instance. Pas encore, répond M. Berna, quand vous aurez répondu à mes questions ; et alors le magnétiseur agite les mains devant elle, disant qu’il chasse des obscurités, des brouillards. Pressée de nouveau d’indiquer le nom de l’objet qu’on lui présente, elle répète que c’est jaune et blanc.
— Vous dites que c’est blanc ? reprend M. Berna.
Ici la commission fait incidemment remarquer que M. Berna a peut-élre eu tort de rappeler seulement le mot blanc. Il y avait en cela, comme vous le verrez tout à l’heure, quelque chose de trop indicatif encore, de trop spécial; mais la somnambule disait poshivement, jaune d’un côté, blanc de l’autre, avec du noir dessus.
— Possédez-vous, lui dit le magnétiseur, un objet semblable ?
— Non, dit-elle.
— Et moi ?
— Oh 1 oui, vous avez cela.
Mais, reprit le magnétiseur, si vous aviez cela, qu’en feriez-vous?
— Je le placerais à mon cou.
Sollicitée, pour la dernière fois, de mieux s’expliquer, de dire au moins l 'usage de cet objet, si elle ne peut en retrouver le nom , la somnambule paraît rassembler toutes ses
121 MES
forces, puis elle fait entendre seule le mot heure , puis enfin, comme soudainement illuminée , elle s’écrie que c’est pour voir l'heure.
M. Berna rend à M. Cornac ce mystérieux objet; c’était une médaille d’argent du poids et de la grandeur d’une pièce qui vaudrait 3 francs ; sur l’une des faces on remarquait un caducée; sur l’autie deux lettres majuscules.
Ainsi s’est terminée cette dernière séance.
Concluons cet article par une facétie empruntée à un petit livre intitulé : Physiologie du médecin.
Voici comment se donne une consultation médico-somnambulo-charlatano-mag né tique :
Vous allez chez le docteur auquel vous avez résolu de donner toute votre confiance et 10 francs. La bonne pour tout faire vient vous ouvrir la porte; vous annoncez l’objet de votre visite, et la bonne pour tout faire vous fait passer dans le cabinet du docteur. Après quelques minutes d’entretien , que fait le docteur? 11 sonne à son tour, et la même personne pour tout faire vient dans le cabinet et se place dans le grand fauteuil où se passe invariablement la même scène de comédie, non, je veux dire de haute médecine. Après une douzaine de passes, la somnambule ferme l’œil, s’endort et ronde comme • une contre-basse. C’est l’instant 1 c’est le moment I
Le docteur (à la dame qui a les yeux fermés). — Voyez-vous monsieur?
La dame. — Oui, je le vois.
Le docteur. — Comment le trouvez-vous?
La dame. — Bien laid.
Le docteur. — Non, ce n’est pas celi que je vous demande... Je vous parle de sa santé.
La dame. — Ah !... il est malade...
Le docteur. — Où est le siège du mal?
La dame (murmurant entre ses dents). — Eu... eu... eu... eu...
Le docteur. — Vous dites?...
La dame (même jeu). — Eu... eu... eu... eu...
Le docteur. — Elle dit que vous avez mal à l’estomac.
Le monsieur. — Pardon , monsieur..., mais c’est dans l’épaule droite que je croyais souffrir.
Le docteur. — Voilà où était votre erreur... C’est l’estomac qui chez vous est malade..., fort malade même. (A la somnambule : ) Quel remède doit-on faire prendre à monsieur?
La dame. — Je ne sais pas.
Le docteur. — Voici qui vous prouve combien le magnétisme est exempt de charlatanisme... Madame ne connaît pas un seul terme de pharmacie... Quand elle dit : Je ne sais pas, cela veut dire qu’elle ne sait pas la dénomination que les conventions pharmaceutiques ont donnée à ce remède... El cependant elle connaît parfaitement ce remède lui-même... Elle va nous l’indiquer d’une autre manière. Comment est ce remède?
La dame. — Brun.
Le docteur. — Où est-il situé?
La dame. — Dans une petite bouteille pla*
MES m
cée sur la deuxième planche de votre armoire... Je le vois d’ici... Monsieur devra en prendre trois cuillerées maiin et soir... pendant trois ans... pour commencer.
Le docteur. — C’est admirable... C’est bien effectivement le remède qui convient à votre genre de maladie 1
Le monsieur. — Vous croyez?
Le docteur. — Comment, monsieur 1...
mais j’en suis sûr..., et je vois avec peine que vous n’avez pas l’air d’avoir une confiance entière dans le magnétisme..., et pourtant il n’y a pas de guérison possible sans cela... : bien plus même..., si du jour où je vous dis : Vous êtes guéri, vous ne vous croyez pas guéri..., eh bien! j’en suis fâché pour vous, mais vous ne serez pas guéri !
Le monsieur. — Diable..., diablel
Le docteur. — Mais, pour peu que vous doutiez des admirables phénomènes produit» par le sommeil magnétique, je puis vous faire assistera une expérience concluante... : je vais faire lire madame par l’épigastre...; tenez, je lui applique mon journal sur l’estomac. Que lisez-vous?
La dame. — Le Constitutionnel.
Le docteur. — Vous le voyez, c’est admirable...; le sens de la vue s’est déplacé... : madame vient de lire par l’épigastre... ; et pour que rien ne manque au prodige..., tenez, il se trouve que j’avais mis le journal à l’envers...
La dame. — J’ai soif...
Le docteur (faisant un verre d’eau sucrée). — Je vais la désaltérer... (Il boit le verre d’eau sucrée.) Car, par suite du courant magnétique établi entre nous , nous sommes assimilés l’un à l’autre...; ce que je bois la désaltère parfaitement.
La dame. — Je boirais encore bien quel-r que chose.
Le docteur. — Non, ma bonne..., c’est assez pour le moment... : ça pourrait vous faire du mal.
Le monsieur. — C’est admirable.
Le docteur. — Monsieur, quand vous désirerez une seconde consultation, je suis à votre disposition... Si vous n’êtes pas à Paris, envoyez-moi tout simplement une mèche de vos cheveux... : cela suffira pour vous mettre en communication avec ma somnambule.
Le monsieur. — C’est que je porte perruque...
Le docteur. — En ce cas , monsieur, un léger fragment de votre perruque... s cela reviendra absolument au même, je vous prie.
Le monsieur. — Au plaisir I monsieur.
Le docteur. — À l’avantage! monsieur.
Mais ce n’est pourtant ni sur cette farce, ni même sur le rapport académique qui pré? cède, qu’il faut juger le magnétisme.
MESSA-HALA. Voy. Macha-Haj.la.
MESSE DU DIABLE. On a vu, par différentes confessions de sorciers, que le diable fait aussi dire des messes au sabbat. Pierre Aupetit, prêtre apostat du village de Fossas, en Limousin, fut brû’é pour y avoir célébré
s 2Ô DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES. m
les mystères. Au lieu de dire les saintes paroles de la consécration, on dit au sabbat : Belzébuth, Belzébuth, Belzébuth. Le diable vole sous la forme d’un papillon autour de celui qui dit la messe el qui mange une hostie noire, qu’il faut mâcher pour l’avaler (1).
MESSIE DES JUIFS. Quand le Messie viendra sur la terre (disent les rabbins dans le Talrrmd), comme ce prince sera révolu de la force toute-puissante de Dieu, aucun tyran ne pourra lui résister. Il remportera de grandes victoires sur tous ceux qui régneront dans le monde, el tirera d’entre leurs mains tous les Israélites qui gémissent sous leur domination. Après les avoir rassemblés, il les mènera en triomphe à la terre de Chanaan, où ils trouveront les habits les plus précieux, qui se feront d’eüx-mêmes et s’ajusteront à toutes sortes de grandeurs et de tailles; ils y auront aussi toutes les viandes qu’on peut souhaiter; le pays les produira cuites et bien apprêtées; un air pur et tempéré les conservera dans une santé robuste, et prolongera leur vie au delà de celle qui a été accordée aux premiers patriarches. Mais tout cela n’est rien, en comparaison du festin que leur fera le Messie : là, entre autres viandes, seront servis le bœuf Béhémoth , qui s’engraisse depuis le commencement du monde et mange chaque jour toute l’herbe qui croît sur mille montagnes; le poisson Leviathan, qui occupe une mer touteniière; et l’oiseau fameux qui, en étendant seulement ses ailes, obscurcit le soleil. On raconte qu’un jour cet oiseau .ayant laissé tomber un de ses œufs, cet œuf abattit par sa chute trois cents gros cèdres, et inonda, en se crevant, soixante villages. Avant de mettre ces animaux à la broche, le Messie les fera battre ensemble, pour donner à son peuple un plaisir agréable et nouveau : car, outre la monstrueuse grosseur de ces animaux qui s’entre-choqueront, il est rare de voir le combat d’un animal terrestre, d’un poisson et d’un oiseau. Mais aussi faut-il que toutes les actions de ce Messie soient extraordinaires. 11 tiendra dans son palais, pour marque de sa grandeur, un corbeau et un lion qui sont des plus rares. Le corbeau est d’une force prodigieuse : une grenouille , grosse comme un village de soixante maisons, ayant été dévorée par un serpent, le corbeau du Messie mangea l’un et l’autre aussi aisément qu’un renard avale une poire, comme dit le rabbin Bahba, présumé témoin oculaire du fait. Le lion n’est pas moins surprenant : un empereur romain en ayant ouï parler, et prenant ce qu’on en disait pour une fable, commanda au rabbin Josué de le lui faire voir. Le rabbin, ne pouvant désobéir à de pareils ordres, se mit en prières; el Dieu lui ayant accordé la permission de montrer celte bêle, il alla la chercher dans ie bois d’Ela, où elle se tenait. Mais quand elle fut à quatorze ceuls pas de Rome, elle se mil à rugir si furieuse-
ment, que toutes les femmes enceintes avortèrent et que les murs de la ville furent renversés. Quand elle en fut à mille pas, elle rugit une seconde fois, ce qui fit tomber les dents à tous les citoyens ; et l’empereur, ayant été jeté à bas de son trône, fit prier Josué de reconduire au plus tôt le lion dans son bois.
Voilà les croyances des Juifs sur le Messie qu’ils attendent; mais ils en ont déjà salué plusieurs qui étaient moins merveilleux : tel était Dosilhée, magicien de Samarie, qui se disait le Messie attendu. Regardé cDmme un des premiers hérésiarques, il s’appliquait toutes les prophéties de Jésus-Christ. Il avait à sa suite trente disciples, autant qu.’il y avait de jours au mois, et n’en voulait pas davantage. Il avait admis parmi eux une femme qu’il appelait la Lune. Pour persuader qu’il était monté au ciel, il se retira dans une caverne, où il se laissa mourir de faim.
Barkokébas, au nc siècle, et Zabatha'LSévi, au xvn% sont encore plus singuliers. Vanderviel rapporte qu’en 1684 un fou s’imagina, en Hollande, qu’il était le Messie des Juifs. Voulant surpasser le jeûne miraculeux de Notre-Seigneurj il s’abstint pendant soixante et onze jours de lout aliment; il ne but même pas d’eau : il ne fit que fumer et se laver la bouche. Pendant cette longue abstinence, sa santé ne sembla éprouver aucune altération, mais pourtant il fit peu de prosélytes.
MÉTAMORPHOSES. La mythologie des païens avait ses métamorphoses variées ; nous avons aussi les transformations gracieuses des fées et les transformations plus graves des sorciers.
Les sorciers qu’on brûla à Vernon, en 1566, s’assemblaient dans un vieux château, sous des formes de chats. Quatre ou cinq hommes, un peu plus hardis qu’on ne l’était alors, résolurent d’y passer la nuit; mais ils se trouvèrent assaillis d’un si grand nombre de chats, que l’un d’eux fut tué et les autres grièvement blessés. Les chats, de leur côté, n’étaient pas invulnérables ; et on en vit plusieurs le lendemain qui, ayant repris leur figure d’hommes et de femmes, portaient les marques du combat qu’ils avaient soutenu. Voy. Loups-garous.
Spranger conte qu’un jeune homme de l’ile de Chypre fut changé en âne par une sorcière, parce qu’il avait un penchant pour l’indiscrétion. Si les sorcières étaient encore puissantes, bien des jeunes gens d’aujourd’hui auraient les oreilles longues. On lit quelque part qu’une sorcière métamorphosa en grenouille un cabarelier qui mettait de l’eau dans son vin. Voy. Fées, Mélye, etc.
MÉTEMPSYCOSE. La mort, suivant cette doctrine, n’était autre chose que le passage de l’âuie dans un autre corps. Ceux qui croyaient à la métempsycose disaient que les âmes, étant sorties des corps, s’envolaient, sous la conduite de Mercure, dans un lieu souterrain où étaient d’un côté le Tartarc et de l’autre les champs Elysées. Là,
(\) Delancre, Incrédulité et mécréance, etc., p. 306.