Partie de la basse-cour de son père , où il avait volée
Enfin minuit sonne; le marchand de génies se présente. 11 fait un noir effrayant ; cependant l’homme , le génie ou le démon qu’ils ont devant eux paraît habillé d’un costume qui n’a rien d'épouvantable ; il a une veste, un gilet, un pantalon comme eux. 11 n’a pas de cornes ; mais sa grosse voix qui crie : La poule! la poule ! ne laisse pas que de faire entrer dans leur coeur une certaine crainte. 11s lui présentent la fameuse poule; vite il s’en empare, la met dans une espèce de havresac qui pend à son cou, et tirant de dessous sa veste un petit fouet de poste , il leur distribue des faveurs bien différentes de celles qu’ils attendaient, et les accompagne ainsi , malgré leurs cris , jusqu’à leur demeure ; il les laisse là , en emportant la poule grasse, sans penser à leur faire signer le marché qui devait leur procurer tant d’argent.
Us apprirent par la suite que le génie qui les avait si bien houspillés n’était autre que le mari de la soi -disant sorcière, avec laquelle il ne manqua pas de manger la poule dès le lendemain ; et la vieille Marceline ajouta cette hisloire-là à toutes celles dont sa mémoire était déjà armée; les habitants de l’endroit ne la trouvaient pas la moins amusante.
Pour Achille et Jules, depuis celte aventure, ils ne crurent plus aux sorciers ni aux revenants; et comme ils ne pouvaient plus voir un billard sans penser à la gaule de la vieille et au fouet de son mari, ils perdirent le goût qu’ils avaient eu pour le jeu ; ils s’adonnèrent d’autant plus à l’étude y firent de rapides progrès , et leurs parents n’eurent plus que des louanges à leur adresser. Si quelquefois on parlait devant eux de sorcière, de revenants ou de génies familiers,
son
SOR
ils souriaient, et sans nommer les héros de leur histoire, ils la contaient et détrompaient les jeunes gens qui , comme eux, auraient pu se laisser séduire.