‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 124 sur 222 · P-77 SOR · texte numérisé non relu

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renl dans l’église. Un cinquième mania sur la voiture, et jetant à Will un petit paquet qui contenait son manteau et sa toque , fouetta le cheval, s’éloigna précipitamment et s’enfonça dans les rues obscures de la cité. Tout cela s’était fait à la hâte et sans qu’aucun mot fût échangé. Will, laissé à luimême, suivit le corps et entra dans l’église, dont la porte fut aussitôt fermée. L’édifice n’était éclairé que parla lueur de deux torches que tenaient deux hommes masqués et couverts de longs manteaux. Chacun de ces hommes soutenait une femme dont les traits étaient cachés sous un voile noir ; les assistants gardaient un profond silence. Will s’approcha et vit qu’une des longues dalles de la nef avait été levée d’avance. On descendit le cadavre dans celte espèce de caveau funéraire. Toutes les têtes se découvrirent pour un dernier et solennel adieu. Après quoi la dalle fut scellée de nouyeau.

Alors l’un des personnages mystérieux qui portaient les torches glissa dans la main de Will Marks une bourse pesante.

— Prends, lui dit une voix que le jeune homme crut avoir déjà entendue la veille , éloigne-toi et ne parle jamais de ce qui s’est passé.

— Que les bénédictions d’une veuve désolée vous conduisent, généreux jeune homme; dit une voix dont Will Marks reconnut le timbre harmonieux. Que la sainte Vierge et les saints anges soient avec vous !

Will Marks fit un mouvement involontaire pour rendre la bourse. Mais les deux cavaliers éteignirent leurs torches el-l’avertirent qu’il fallait se séparer sans retard. 11 entendit en même temps le bruit de leurs pas sur les dalles de l’église ; lui-même se dirigea au milieu de l’obscurité vers la porte par où il était entré et qui était encore entr’ouverte. Au bout de quelques instants, il se trouva seul dans la rue. Ceux qu'il venait de voir s’étaient évanouis dans les ténèbres.

— Par mon patron, dit a ors le neveu de John Podgers, ce sont là de bonnes sorcières. J’épouserai Alix.

Cependant les dignes magistrats de Kingston avaient jugé nécessaire de veiller toute la nuit. Maintes fois ils avaient cru entendre des cms sinistres apportés par le vent. Lorsque la pluie retentissait sur les volets extérieurs et que l’orage remplissait les airs de ses hurlements, faisant crier les enseignes des boutiques voisines, tressaillant de peur, ils s'étaient serrés les uns contre les autres , en se rapprochant du feu. 11 est juste de dire qu'ils buvaient fréquemment à la santé du hardi jeune homme qui faisait sentinelle au pied du gibet dans l'intérêt de la bonne ville. La nuit s’était écoulée de la sorte, mais le lendemain matin, on attendit vainement Will Marks. On apprit bientôt que le corps suspendu au gibet avait disparu, aussi bien que la sentinelle. Toute la ville fut en rumeur. On multiplia les recherches; on dépêcha des messagers dans différentes directions : tout fut inu'ile. 11 semblait que le malheureux W 11 Marks eût été emporté à

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travers les aiis. Qu’on se figure les suppositions auxquelles les bourgeois de Kingston se livrèrent, lorsqu’ils virent la journée et la nuit suivante se passer sans en recevoir de nouvelles! ils s’étaient tellement pénétrés de l’idée qu’il était devenu la proie des sorcières, tant de gens affirmaient qu’on n’en entendrait plus parler, qu’il y eut désappointement général lorsqu’il reparut.

C’était bien lui cependant, la mine riante, la démarche pleine d’aisance, la toque sur l’oreille. Les magistrats ouvraient des yeux émerveillés ; John Podgers, que l’on avait envoyé chercher à la hâte, n’était pas encore sorti de son étonnement. Will, qui avait embrassé son oncle, se vit alors accablé de tant de questions, que pour y répondre, pour être mieux entendu et mieux vu de la foule impatient, il monta sur une table. Mais >i son retour inattendu avait désappointé les amis du merveilleux, ils furent amplement dédommagés par l’histoire qu'il leur raconta, histoire véritablement surprenante et entremêlée de sauts et de pantomimes, car Will, pour mieux décrire à ses auditeurs la danse satanique des sorcières, ne dédaigna pas de leur donner une représentation, à l’aide d’un manche à balai qu’on lui tendit. 11 dit ensuite comment elles avaient emporté le cadavre dans un chaudron de cuivre; comment, par l’elTet de leurs enchantements, il avait lui-même perdu les sens ; comment enfin il s’éiait trouvé sous une haie à dix milles de Kingston. Cette histoire, débitée avec une rare assurance, exciia l’admiration générale. Le bruit s’en répandit jusqu’à Londres. Hopkins, l’homme de son temps qui découvr t le plus de sorcières, voulut interroger Will Marks; et après s’élre fait rendre compte de cerla.nes particularités un peu obscures, il prononça que c’était l’histoire la plus cxlraordinai e et la plus digne de foi. Elle fut publiée sous le litre d 'Histoire surprenante et véritable, à l’enseigne des Trots-Bibles, sur le pont de Londres, en petit in-4-°, avec un dessin du chaudron d’après l’original.

Ajoutons que Will eut soin de décrire les sorcières qu’il prétendait avoir vues, sous des traits qu’il était impossible de rencon- Irer. 11 sauva ainsi de la corde ou du feu nonseulement trois vieilles femmes que l’on soupçonnait, mais tussi (outes cellesque l’on fit passer en revue devant lui, afin qu’il tâchât de reconnaître les coupables Chose inconstante que la gloire et la populariié S On oublia John Podgers pour ne parler que de son neveu. John lui-même se sentit dépassé. Mais, trop grand pour être jaloux, il conçut pour Will une sorte de respect et parut disposé à le doter convenablement.

El maintenant, avons-nous besoin de décrire la joie d’Alix, en revoyant son fiancé qu’elle croyait perdu ? L’aventure dont il était le héros le lui rendait plus cher encore. Will s’efforça de la rassurer contre les suites qu’elle en redoutait pour lui. Mais il ne parvint jamais à dissiper entièrement la croyance qu’elle avait aux sorcières. Grâce

aux libéralités de son oncle, il l’épousa ; et l’argent qu'il avait gagné par sou courage , et dont il se servait avec discrétion, entretint dans son ménage une heureuse aisance.

Quant aux scènes mystérieuses où il avait joué un rôle, le voile qui les cachait ne fut point levé, et pour lui-même la prudence lui défendit de faire aucune recherche (1).

SORT. On appelle sort ou sortilège certaines paroles, caractères, drogues, etc., par lesquels les esprits crédules s’imaginent qu’on peut produire des effets extraordinaires, en vertu d’un pacte supposé fait avec le diable ; ce qu’ils appellent jeter un sort. La superstitionpopulaireattribuait surtout celte faculté nuisible aux bergers; et cette opinion était, sinon fondée, au moins excusée par la solitude et l’inaction où vivent ces sortes de gens. Voy. Maléfices, Charmes, Scopélisme, etc.

Les hommes ont de tout temps consulté le sort, ou, si l’on veut, le hasard. Cet usage n’a rien de ridicule lorsqu’il s’agit de déterminer un partage, de fixer un choix douteux, etc. Mais les anciens consultaient le sort comme un oracle; et quelques modernes se sont montrés aussi insensés. Toutes les divinations donnent les prétendus moyens de consulter le sort.

SORTILÈGES. Voy. Sort.

SOT RAY, nom que les Solognots et les Poitevins donnent à un lutin qui tresse les crinières des chevaux.

SOUAI), goutte noire, germe de péché, inhérente depuis la chute originelle , au cœur de l’homme, selon les musulmans, et dont Mahomet se vantait d’avoir été délivré par l’ange Gabriel.

SOUGAI-TOYON, dieu du tonnerre chez les Yakouts ; il est mis par eux au rang des esprits malfaisants. C’est le ministre des vengeances d’Oulon-Toyon, chef des esprits

SOULIÉ (Frédéric). Dans les Mémoires du Diable, l’auteur a employé un très-beau talent à faire malheureusement un mauvais livre en morale.

SOURIS. Le cri d’une souris était chez les anciens de si mauvais augure, qu’il rompait les auspices. Voy. Rats.

SOUTERRAINS (Démons) , démons dont parie Psellus, qui du vent de leur haleine, rendent aux hommes le visage bouffi , de manière qu’ils sont méconnaissables. Voy. Mineurs, Terrestres, eic.

SOUTHCOTT (Jeanne), visionnaire anglaise du dernier siècle , qui se fit une secte avec des cérémonies bizarres. De temps à autre on entend encore parler de cette fanatique. Une centaine de sectaires se sont réunis dans un bois, il y a une trentaine d’années, auprès de Sydenham, et ont commencé leur culie superstitieux par le sacrifice d’un petit cochon noir, qu’ils ont brûlé pour répandre ses cendres sur leurs têtes. Ces fous disent et croient que Jeanne Souihcott, qu’ils appellent la fille de Siori , est montée au ciel, et qu elle reviendra avec le Messie. Elle avait

IL Racler humpbry’j dock.

annoncé qu’el’e accoucherait d’un nouveau messie ; mais elle est morte sans avoir rempli sa promesse ; ce qui n’empêche pas ses crédules disciples d’attendre sa résurrection, qui sera suivie de l’accouchement tant désiré. Les seclaîeurs de celle prétendue prophétesse portent, dans leurs processions, dès cocardes blanches et des étoles en ruban jaune sur la poitrine. Le ruban jaune est, selon eux, la couleur de Dieu ; leur messie se nommera le Shelo.

SOUV1GNY. Une tradition populaire attribue aux fées la construction de l’église de Souvigny. Au milieu de la délicieuse vallée qu’arrose la petite rivière appelée la Queune, une laitière vit surgir celte église d’un brouillard du malin, avec ses aiguilles dentelées, ses galeries festonnées, et son portail à jour , à une place où, la veille encore, s’élevaient de beaux arbres etcoulait une foniaine. Frappée de stupeur, la pauvre femme devint pierre ; on montre encore sa tête placée à l’angle d’une des tours. II y a bien, en effet, quelque chose de féerique dans l’église de Souvigny. Un jour qu’il allait s’y livrer à ses études, M. Achille Allier y découvrit un curieux support de nervure ogivique; c’était une femme d’une délie atesse de formes presque grecque, qui se tordait et jouait avec une chimère; il lui sembla voir l’intelligence de l’artiste créateur de ce temple fantastique aux prises avec son caprice (2).

SOV AS-MUNUSINS ( empoisonneurs et suceurs de sang), espèce de vampires, chez les Quojas ; esprits ou revenants qui se plaisent ci sucer le sang des hommes ou des animaux. Ce sont les broucolaques de l’Afrique.

SPECTRES, sorte de substance sans corps, qui se présente sensiblement aux hommes, contre l’ordre de la nature , et leur cause des liayeurs. La croyance aux spectres et aux revenants, aussi ancienne que les sociétés d’hommes, est une preuve de l’immortalité de l’âme, et en même temps un monument de la faiblesse de l’esprit humain, abandonné à lui-même. Olaiis Magnus assure que, sur les confins de la mer Glaciale, il y a des peuples, appelés Py lapions, qui boivent, mangent et conversent familièrement avec les spectres. Ælien raconte qu’un vigneron ayant tué, d’un coup de bêche, un aspic fort long, était suivi en tous lieux par le spectre de sa victime !...

Suétone dit que le spectre de Galba poursuivait sans relâche Olhon, son meurtrier, le tiraillait hors du lit l’épouvanlait et lui, causait mille tourments. Voy. Apparitions, Fantômes, Flaxbinder, Glubbdudbrid , PhILINNION , PoLYCRITE, REVENANTS, VAMPI- RES, etc.

SPEGTRIANA, recueil mal fait d'histoires et d'aventures surprenantes , merveilleuses et remarquables de spectres, revenants, esprits , fantômes , diables et démons ; manuscrit trouvé dans les catacombes. Paris, 1817; 1 vol. in-18.

SPÉCULA1RES , nom que l’antiquité donnait aux magiciens ou devins qui faisaient voir

(2) Jules Duvernay, Excursion d’artiste en 1341.

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dans un miroir les personnes ou les choses qu’on désirait connaître.

SPÉË. Leibnitz remarque que le P. Spée, jésuite allemand, auteur du livre intitulé : Cantio criminalis circa processus contra sagas, déclarait qu’il avait accompagné au supplice beaucoup de criminels condamnés comme sorciers ; mais qu’il n’en avait pas trouvé un seul duquel il pût croire qu’il fût véritablement sorcier, ni qu’il fût allé véritablement au sabbat. Il ne faut pas s’imaginer pour cela que ces gens fussent .injustement punis :car ils avaient fait du mal. Seulement, on leur appliquait sans doute des peines trop sévères.

SPE R, en patois de Liège, revenant ou plutôt esprit ; de spiritus.

SPHINX, monstre fabuleux, auquel les anciens donnaient ordinairement un visage de femme avec un corps de lion couché. 11 devinait les énigmes.

SPINELLO, peintre né à Arezzo, dans la Toscane, au xive siècle. A l’âge de soixantedix-sept ans, il s’avisa de peindre la chute des mauvais anges. 11 représenta Lucifer sous la forme d’un monstre tellement hideux, qu’il en fut lui-même frappé. Une nuit, dans un songe, il crut apercevoir le diable tel qu’il était dans son tableau, qui lui demanda, d’une voix menaçante, où il l’avait vu, pour le peindre si effroyable ? Spinello, interdit et tremblant, pensa mourir de frayeur, et eut toujours, depuis ce rêve, l’esprit troublé et la vue égarée.

SPiRINX (Jean), astrologue belge du xv” siècle, qui prédit à Charles le Téméraire que, s’il marchait contre les Suisses, il lui en arriverait mal ; à quoi le duc répondit que la lorce de son épée vaincrait les influences des astres : ce que lui, son épée et toute sa puissance ne purent pas faire, puisqu’il s’en suivit sa défaite et sa mort.

SPODOMANTIE ou SPODANüMANClE , divination par les cendres des sacrifices, chez lesanciens. 11 en reste quelques vestiges en Allemagne. On écrit du bout du doigt, sur la tendre exposée à l’air, ce que l’on veut savoir ; on laisse la cendre ainsi chargée de lettres à l’air de la nuit, et le lendemain matin, on examine les caractères qui sont restés lisibles, et on en tire des oracles. Quelquefois le diable vient écrire la réponse. V oy: Cendres.

SPUNKIE, démon qui protège en Ecosse les maraudeurs et les bandits. Sous les initiales A. M. lin spirituel écrivain a publié un feuilleton de 1 une des aventures du Spunkie:

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