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nière dont il s’était sauvé de la corde ; si des archers le renconlraient sur la roule, ils se signaient et laissaient leur arc débandé à la selle ; les femmes disaient en le voyant de loin : voilà Johny, voilà le sorcier qui passe.
Son cheval noir passait pour un esprit.
Une nuit cependant, Johny allait voir Mary, sa fiancée, à la ferme; il avait laissé son cheval dans le taillis où il le cachait d’habitude, et il s’avançait doucement, sur la pointe des pieds, vers la petite fenêtre. 11 s’arrêta à la voir faiblement éclairée par une petite lampe posée sur une table au fond de la pièce. Il eut d’abord une pensée de pitié, croyant qu’elle était indisposée, et l’état de la pauvre fille autorisait cette supposition. — Mais ce sentiment fit bientôt place à un tout autre , quand il entendit une voix mâle et sonore prononcer tendrement : — Mary, Mary, ma bien-aiméc. — Johny proféra entre les dents une horrible imprécation, sa main toute frémissante chercha la garde de son épée ; il l’arracha du fourreau avec une terrible rapidité. Son plaid tomba de ses épaules ; il jeta loin de lui sa toque de velours noir. Quand il la vit se lever et tendre les bras à l’inconnu, quand il vit celui-ci, il ne se contint plus ; il poussa un cri de rage et se précipita vers la porte. Il heurta violemment. Mary demanda ce qu’on voulait.
— Qu’on ouvre, cria Johny , qu’on ouvre ou je renverse celte muraille.
La ferme entière était en émoi , les valets se sauvaient à la terriblé voix du maraudeur, les chiens aboyaient et hurlaient; il semblait que le vent grondât depuis une minute avec plus de violence. Mary ouvrit, toute joyeuse de reconnaître la voix de son ami. Elle ouvrit, la pauvre fille, et au même instant elle sentit quelque chose de froid, d’acéré, lui labourer le sein : c’était l’epée de Johny, l’épée toujours victorieuse; elle tomba, sans pousser un soupir, sans exhaler une syllabe, morte sur les joncs qui couvraient le parquet de glaise.
Johny ne s’arrêta point , il ne regarda pas même le cadavre, il se précipita vers son cheval, pour se mettre à la poursuite de son rivai. — Arrivé dans le taillis, son cheval n’y était plus, et il entendit le même éclat de rire qui avait épouvanté le vieux laird.
C’était le Spunkie.
Johny ne le vit pas, il ne chercha pas à le voir; mais il sentit ses ailes lui eflleurer la face, et la voix surnaturelle laissa tomber ces paroles :
— J’ai eu ta main, tu as tenu tes promesses : je tiendrai les miennes.
Johny roula sans connaissance au milieu des broussailles : il revint à lui que le jour avait déjà paru. La veille, un frère de Mary, habitant un autre clan et poursuivi de près par les archers du laird, était venu chercher un asile auprès d’elle : c’était lui que Johny avait vu. 11 ne survécut pas longtemps à la pauvre Mary. Après avoir pleuré sur sa fos-
(1) Dæmoniana, p. 193, après Perry.
(2) Delaucre, Tableau de l’incousiance des démons, etc.,
Diction n . des sciences occultes. IL
se, il reprit son épée et se jeta dans la plaine. Quelque temps après, un pâtre qui allait à la ville trouva son corps, à moitié dévoré par les corbeaux, dans un ravin, de l’autre côté des montagnes. Il reconnut Johny à sa toque de velours noir, fendue, ainsi que le crâne, d’un large coup de sabre. L’épée était dans le fourreau, la dague à la ceinture, les pistolets chargés : Johny n’avait pas voulu se défendre...
Jamais, depuis, IeSpunkie n’a reparu dans la contrée.
SPURINA. Suétone assure que l’astrologue Spurina prédit à César que les ides de mars lui seraient funestes. César se moqua de lui, et fut assassiné dans la journée.
SQUELETTE. Un chirurgien qui était au service du czar Pierre le Grand avait un squelette qu’il pendait dans sa chambre auprès de sa fenêtre. Ce squeleüe se remuait toutes les fois qu’il faisait du vent. Un soir que le chirurgien jouait du luth à sa fenêtre, le charme de ce'te mélodie attira quelques strelitz, ou gardes du czar, qui passaient par là. Us s’approchèrent pour mieux entendre ; et, comme ils regardaient attentivement, ils virent que le squeletle s’agitait. Cela les épouvanta si fort , que les uns prirent la fuite hors d’eux-mêmes , tandis que d’autres coururent à la cour, et rapporlôrent à quelques favoris du czar qu’ils avaient vu les os d’un mort danser à la musique du chirurgien... La chose fut vérifiée par des gens que l’on envoya exprès pour examiner le fait, sur quoi le chirurgien fut condamné à mort comme sorcier. Il allait être exécuté, si un boyard qui le protégeait et qui était en faveur auprès du czar, n’eùt intercédé pour lui, et représenté que ce chirurgien ne se servait de ce squeleüe et ne le conservait dans sa maison que pour s’instruire dans sou art par l’étude des différentes parties qui composent le corps humain. Cependant, quoi que ce seigneur pût dire , le chirurgien fut obligé d’abandonner le pays , et le squelette fut traîné par les rues, et brûlé publiquement (1).
STADIUS, chiromancien qui, du temps de Henri lil, exerçait son art en public. Ayant un jour été conduit devant le roi, il dit au prince que tous les pendus avaient une raie au pouce comme ia marque d’une bague. Le roi voulut s’en assurer, et ordonna qu’on visitât la main d’un malheureux qui allait être exécuté; n’ayant trouvé aucune marque, le sorcier fut regardé comme un imposteur et logé en prison (2).
STAG1RUS , moine hérétique , qui était souvent possédé. On rapporie que le diable, qui occupait son corps, apparaissait sous la forme d’un pourceau couvert d’ordure et fort puant (3).
STANOSKA, jeune fille de Hongrie, dont on raconte ainsi l’histoire. Un défunt nomme Millo était devenu vampire ; il reparaissait les nuits, et suçait les gens. La pauvre Sla-
bv. ri, p. 187.
(3) Saint Jean Chrysostome.
noska, qui s’était couchée en bonne santé , se réveilla au milieu de la nuit en s’écriant que Alillo , mort depuis neuf semaines, était venu pour l'étrangler. De ce moment elle languit et mourut au bout de trois jours. Ce vampirisme pouvait bien n’être que l’efTet d’une imagination effrayée? Voy. Vampires.
STAUFFENBERGER, famille allemande qui compte parmi ses grand’mères une ondine ou esprit des eaux , laquelle s’allia au xme siècle à un Stauffenberger.
STEGANOGRAPH1E ou STENOGRAPHIE, art d’écrire en chiffres ou abréviations, d’une manière qui ne puisse être devinée que par ceux qui en ont la clef. Trithême a fait un traité de stéganographie, que Charles de Bouelles prit pour un livre de magie, et l’auteur pour un nécromancien. On attribuait autrefois à la magie tous les caractères qu’on ne pouvait comprendre; et beaucoup de gens, à cause de son livre, ont mis le bon abbé Trithême au nombre des sorciers.
STE1NL1N (Jean). Le 9 septembre 1625, Jean Steinlin mourut à Altheim, dans le diocèsede Constance. C’était un conseiller de la ville.Quelquesjoursaprèssamort,ilse fit voir pendant la nuit à un tailleur nommé Simon Bauh, sous la forme d’un homme environné de flammes de soufre, allant et venuntdans la maison, mais sans parler. Bauh, que ce spectacle inquiétait , lui demanda ce qu’on pouvait faire pour son service ; et le 17 novembre suivant , comme il se reposait la nuit, dans son poêle, un peu après onze heures du soir, il vit entrer le spectre par la fenêtre, lequel dit d’une voix rauque : — Ne me promettez rien, si vous n’êtes pas résolu d’exécuter vos promesses. — Je les exécuterai si elles ne passent pas mon pouvoir, répond t le tailleur. — Je souhaite donc , reprit l’esprit , que vous fassiez dire une messe à la chapelle de la Vierge de Rotembourg ; je l’ai vouée pendant ma vie, et ne l’ai pas fait acquitter; de plus, vous ferez dire deux messes à Altheim, l’une des défunts, et l’autre de la sainte Vierge; et comme je n’ai pas toujours exaclem' ni payé mes domestiques , je souhaite qu’on distribue aux pauvres un quaiteron de blé.
Le tailleur promit de satisfaire à tout. L’esprit lui tendit la main, comme pour s’assurer de sa parole, mais Simon, craignant qu’il ne lui arrivât quelque chose, présenta le banc où il était assis, et le spectre, l’ayant touché, y imprima sa main, avec les cinq doigts et les jointures, comme si le feu y avait passé et y eût laissé une impression profonde. Après cela , il s’évanouit avec un si grand bruit, qu’on l’entendit trois maisons plus loin. Ce fait est rapporté dans plusieurs recueils.
STERNOMANCIE, divination parle ventre.
Ainsi on savait les choses futures lorsque l’on contraignait un démon ou un esprit à parler dans le corps d’un possédé, pourvu qu’on entendît distinctement. C’était ordinairement de la ventriloquie.
STIFFEL. Nous empruntons cette anecdote à une publication anonyme, que les
petits journaux, d’ordinaire plus spirituels que les grands, ont mise en lumière :
« Il y avait, en 1544, un prédicant rogue et bourru, nommé Sliffel, fou de cabale, et croyant à la divination par la magie, qui se fourra dans la cervelle que le monde n’avait plus que pour un an à demeurer sur le globe, dont nous ne sommes après tout que les locataires. Il consulta les nombres, les étoiles et les virgules de la Bible; les astres et les chiffres s’entendirent pour le mystifier.
« Il monta donc en chaire et prêcha. Il annonça la septième trompette de l’Apocalypse et le triomphe de la bête à deux cornes : c’était visiblement Charles-Quint. La conviction se propagea dans les alentours : i on se prépara pour la fin du monde. Ce devait être le 15 août 1545, à raidi, midi sans faute.
« Alors toutes les passions éclatèrent à la fois. L’expectative de l’absolution, que les ministres protestants donnaient avec facilité, encouragea le désordre. Les villages de la Saxe devinrent une véritable kermesse, où l’on but au jugement dernier, au grand branlebas de l’univers, à l’espoir de se retrouver frais et vermeils dans le paradis.
« Les laboureurs brisèrent les charrues; les vignerons se chauffèrent avec les échalas ; on avait assez de blé pour vivre jusque-là, assez de vin pour se griser au jour le jour. La propriété devint une chimère. Il n’y avait plus qu’à s’en donner jusque par-dessus les oreilles, sauf à se faire habilement absoudre au moment préfix. On s’en donna ferme.
« Cependant le jour arriva. On fit alors un feu de joie de ses meubles, on lâcha les bestiaux dans les plaines; et, sur la fin de cette dernière orgie, qui devait être suivie de ce qu’on appela depuis lors le grand quartd’heure de Rabelais, on se précipita dans lo temple, où Sliffel distribuait des bénédictions en masse.
« Au coup de midi, voilà de grands nuages qui se rassemblent de tous les points de l’horizon, sillonnés de pâles éclairs et de roulements sinistres. Le jour s’efface, les ténèbres gagnent. Il fait nuit. Une immobilité menaçante se répand sur tous les objets, ciel, terre, arbres; le vent tombe et se tait. L’air est allumé par des exhalaisons ardentes et souterraines qui se dégagent des entrailles du sol, comme des âmes échappées de la tombe. Pas une feuille ne bouge, pas un oiseau ne bat de l’aile, pas un souffle ne ride les eaux; tout est noir et tout est lumineux à la fois, car bientôt le firmament s’affaisse lui-même, comme une voûte que le rellet d’une étincelle embrase. Une psalmodie commence à la lueur des cierges qui flambent avec timidité. Sliffel seul a' le courage d'élever la voix. A celte voix, des commotions effroyables répondent; c’est la foudre qui tonne de concert avec le glas des clochers qui tremblent et qui sonnent le tocsin sans que l’on y touche. Le vitrail de l’église assiégé par la grêle, plie et se brise avec fracas : des tourbillons de feuilles, de grêlons et de poussière éteignent les cierges,
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aveuglent les pécheurs épouvantés ; leur foule tombe à genoux sous le vitrail que l’ouragan éparpille à travers le parvis, au milieu des femmes et des enfanls qui se répandent en cris affreux. Le monde est à l’agonie 1...
« Trois minutes après il faisait un temps
magnifique.
« Un arc-en-ciel immense se dressa sur l’orage dont la colère parcourait la Saxe.
« A ce signe de la miséricorde céleste, les premiers paysans qui revinrent de leur frayeur, en reprenant leur incrédulité, demandèrent à Stiffel ce que cette mauvaise plaisanterie voulait dire. Le prédicateur essaya de leur démontrer que la cabale était formelle, le pronostic d’une certitude mathématique; mais après avoir écouté en hochant la tête, furieux d’avoir gaspillé leur patrimoine, et de s’en être donné de façon à se trouver dans la misère la plus profonde, ils se mirent à vouloir pendre le démonstrateur qui ne voulait pas en avoir le démenti. Stiffel épouvanté se sauva de son mieux à Viltemherg : non sans gourmades, il raconta l'histoire à Luther.
« — Ah ! lui dit Luther, s’il y avait quelque chose de certain, je ne serais pas fâché de l’apprendre moi-même. Prédire est bon , mais il faut prédire saus se compromettre. Pourquoi, d’avance, ne pas vous être porté fort d’essayer de désarmer la colère du ciel? Vous avez gâté le métier, mon ami. Apprenez le fin du métier avant de vous mêler de prédire la fin du monde. — Stiffel trouva juste le raisonnement de l’hérétique, et mourut fou à l’hôpital. »
STOFFLER, mathématicien et astrologue allemand, qui florissait vers la fin du xv* siècle. 11 annonça qu'il y aurait un déluge universel au mois de février 1524; Saturne, Jupiter, Mars et les Poissons devaient être en conjonction. Celte nouvelle porta l’alarme dans l’Europe : tous les charpentiers furent requis pour construire galiotes, nacelles et bateaux ; chacun se munissait de provisions, lorsque le mois de février 1524 arriva. Il ne tomba pas une goutte d’eau; jamais il n’y avait eu de mois plus sec. On se moqua de Sloffler; mais on n’eu fut pas plus raisonnable : on continua de croire aux charlatans, et Sloffler continua de prophétiser (1).
STOICHEOMANCIE, divination qui se pratiquait en ouvrant les livres d'Homère ou de Virgile, et prenant oracle du premier vers qui se présentait. C’est une branche de la rhapsodomancie.
STOLAS, grand prince des enfers, qui apparaît sous Informe d’un hibou; lorsqu’il prend celle d’un homme, et qu’il se montre devant l’exorciste, il enseigne 1 astronomie. 11 connaît les propriétés des plantes et la valeur des pierres précieuses. Vingt-six légions le reconnaissent pour générât (2).
STOLISOMANCIË, divination par i a ma-
(1) M. Salgues, des Erreurs et des préjugés, etc.,
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nière de s’habiller. Auguste se persuada qu’uue sédition militaire lui avait été prédite le matin, par la faute de son valet, qui lui avait chaussé le soulier gauche au pied droit.
STRAS1TE, pierre fabuleuse à laquelle ou attribuait la vertu de faciliter la digestion.
STRATAGEMES. On lit dans les Récréations mathématiques et philosophiques d’Ozanam (tom. IV, page 177), un trait qui prouve que l’usage du phosphore naturel ne fut pas entièrement inconnu aux anciens. Kenneth, deuxième roi d’Ecosse, monta, en 833, sur le trône de son père Alpin, qui fut tué indignement par les Pietés révoltés. Voulant soumettre ces montagnards farouches, ennemis de toute domination , il proposa à toute sa noblesse et à son armée de les combattre. La cruauté de« Pietés et leur succès dans la derniere guerre épouvantaient les Ecossais, qui refusèrent de marcher contre eux. Pour parvenir à les résoudre, il fallut que Kenneth recourût à la ruse. 11 fait inviter à des fêles, qui devaient durer plusieurs jours , les principaux gentilshommes d i royaume et les chefs de l’armée. 11 les reçoit avec la plus grande bienveillance, les comble de ca> esses, leur prodigue les festins et les jeux, l’abondance et la délicatesse.
Un soir que la fête avait été plus brillante et le festin plus somptueux, le roi, par son exemple, invile ses convives aux douceurs du sommeil, après l’excès des vins les plus généreux. Déjà le silence régnait par tout le palais; tous dormaient profondément, quand des hurlements épouvantables retentissent. Etourdis par le vin, le sommeil et par un bruit si étrange, tous sautent en bas du lit et chacun court à sa porte. Us aperçoivent le long des corridors, des spectres imposants, affreux, tout en feu, armés de bâtons enflammés et soufflant dans une grande corne de bœuf, pour pousser des beuglements terribles et pour faire entendre ces paroles : Vengez sur les Pietés la mort du roi Alpin; nous sommes envoyés du ciel pour vous annoncer que sa justice est prête a punir leurs crimes.
Comme il ne lut pas difficile d’en imposer à des gens assoupis par le sommeil, par le vin, épouvantés par un spectacle d’autant plus effrayant qu’il se présentait à des hommes qui n’étaient rien moins que physiciens, le stratagème eut tout l’effet que le roi s’en était promis. Le lendemain, dans le conseil, ces seigneurs se rendent compte de leur vision; cl, le roi assurant avoir entendu et vu la même chose, on convient d’une voix unanime d’obéir au ciel, de marcher contre les Pietés, qui, vaincus en effet trois fois de suite, sont passés au fil de l’épée : l’assurance de la victoire que l’on avait en marchant au combat eut beaucoup de part à Ces succès. Ainsi Kenneth sut mettre à profit la connaissance qu’on lui avait donnée des phosphores naturels. Tout ce manège consistait à avoir
(2) Wierus, in Pseiuiooa. dæm.
choisi de grands hommes couverts de peaux de grands poissons dont les écailles luisent extraordinairement la nuit, et à les avoir munis de grands bâtons de bois pourri, appelés communément bois mort, lequel est resplendissant au milieu des ténèbres.
STRYGES. C’étaient de vieilles femmes chez les anciens. Chez les Francs, nos ancêtres, c’étaient des sorcières ou des spectres qui mangeaient les vivants. 11 y a même, dans la loi salique, un article contre ces monstres : « Si une stryge a mangé un homme, et qu’elle en soit convaincue, elle payera une amende de huit mille deniers, qui font deux cents sous d’or. » Il paraît que les stryges étaient communes au v" siècle, puisqu'un autre article de la même loi condamne à cent quatre-vingt-sept sous et demi celui qui appellera une femme libre stryge ou ; prostituée . Comme ces stryges sont punissables d’amende, on croit généralement que ce nom devait s’appliquer, non à des spectres insaisissables, mais exclusivement à des mag ciennes. Il y eut, sous prétexle de poursuites contre les stryges, des excès qui frappèrent Charlemagne. Dans les Capitulaires qu’il composa pour les Saxons, ses sujets de conquête, il condamne à la peine de mort ceux qui auront fait brûler des hommes ou des femmes accusés d’être stryges. Le texte se sert des mots slryga vel masca; et l'on croit que ce dernier terme signifie, comme larva, un spectre, un fantôme, peut-être un loup-garou. On peut remarquer, dans ce passage des Capitulaires (1), que c’était une opinion reçue chez les Saxons, qu’il y avait des sorcières et des spectres (dans ce cas des vampires) qui mangeaient ou suçaient les hommes vivants; qu’on les brûlait, et que, pour se préserver désormais de leur voracité, on mangeait la chair de ces stryges ou vampires. Quelque chose de semblable s’est vu dans le traitement du vampirisme au xvni' siècle. Ce qui doit prouver encore que les stryges des anciens étaient quelquefois des vampires, c’est que, chez les Russes, et dans quelques contrées de la Grèce moderne où le vampirisme a exercé ses ravages, on a conservé aux vampires le nom de stryges. V oy. Vampires.
STUFFE (Frédéric). Sous Rodolphe de Habsbourg, il y eut en Allemagne uu magicien qui voulut se faire passer pour le prince Frédéric Stuffe. Avec le secours des diables, il avait tellement gagné les soldats, que les troupes le suivaient au moindre signal, et il s’était fait aimer en leur fascinant les yeux. On ne doutait plus que ce ne fût le vrai Frédéric, lorsque Rodolphe, fatigué des brigandages que ce sorcier exerçaii, lui fit la guerre. Le sorcier avait pris la ville de Cologne; mais, ayant été contraint de se réfugier à Wetzlar, il y fut assiégé, et comme les choses étaient aux dernières extrémités, Rodolphe fit déclarer qu’on eût à lui livrer le faux prince pieds et poings liés, et qu’il accorderait la
paix. La proposition fut acceptée : l’imposteur fut conduit devant Rodolphe, qui le condamna à être brûlé comme sorcier (2).
STYX, fontaine célèbre dans les enfers des païens.
SUCCOR-BÉNOTH, chef des eunuques de Belzéhuth, démon delà jalousie.
SUCCUBES, démons qui prennent des figures de femmes. On trouve dans quelques écrits, dit le rabbin Élias, que, pendant cent trente ans, Adam fut visité par des diablesses, qui accouchèrent de démons, d’esprits, de lamies, de spectres, de lémures et de fantômes. Sous le règne de Roger, roi de Sicile, un jeune homme, se baignant au clair de la lune, avec plusieurs autres personnes, crut voir quelqu’un qui se noyait, courut à son secours, et ayant retiré de l’eau une femme, en devint épris, l’épousa et en eut un enfant. Dans la suite, elle disparut avec son enfant, sans qu’on en ait depuis entendu parler, ce qui a fait croire que celte femme était un démon succube. Hector de Boëce, dans son histoire d’Ecosse , rapportç qu’un jeune homme d’une extrême beauté était poursuivi par une jeune démone, qui passait à travers sa porte fermée et venait lui offrir de l’épouser. Il s’en plaignit à son évêque, qui le fit jeûner, prier et se confesser, et la beauté d’enfer cessa de lui rendre visite. Delancre dit qu’en Egypte, un honnête maréchal-ferrant étant occupé à forger pendant la nuit, il lui apparut un diable sous la forme d’une belle femme. Il jeta un fer chaud à la face du démon qui s’enfuit.
Les cabalistes ne voient dans les démons succubes que des esprits élémentaires. Voy. Incubes, Abrahel, etc.
SUCRE. Les Grecs ont à la vérité connu le sucre, mais seulement comme un article rare et précieux, et Théophraste le premier en fait mention. On l’appelait ie sel indien. Cependant les Chinois connaissaient déjà l’art de le raffiner. De la Chine le sucre fut porté vers l’Inde occidentale, où il reçut le nom qu’il porte encore aujourd’hui, succar. Parmi les peuples européens du moyen âge ce furent les Portugais qui connurent les premiers le sucre dans les ports de l’Inde.
Les Indiens racontaient des merveilles de la vertu du sucre; ils cherchèrent à induire les Portugais en erreur sur son origine. Mille contes fabuleux avaient couru à ce propos en Europe. Les savants l’appelaient miel de l'Orient. Cependant on objectait qu’on le découvrait dans le miel ordinaire. Les théoriciens répondaient qu’il ne fallait pas s’en laisser imposer par les praticiens, et que ce miel était une espèce de manne qui tombe du ciel en Inde. Il n’y avait rien à opposer à cet argument : la blancheur, la pureté,- la suavité extraordinaire de ce remarquable produit, semblaient donner de l’appui à cette assertion.
La chimie s’occupa de l’analyse de la nouvelle manne, et conclut que c’était la résine
(2) Leloyer, Hist. des spectrps ou appar. des esprits, U. 305.
(1) Capitul. Caroli Mag. pro partibus Savoniæ. cap. 6.
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qui s’écoule d’un tronc d’arbre à la manière de la résine du cerisier. C’est ainsi qu’on extravaguait sur l’origine du sucre ; le vulgaire ne manquait pas d’y ajouter du romanesque ; il regardait le sucre comme un ouvrage des sorcières indiennes, qui le liraient des cornes de la lune pendant son premier quartier. Enfin Marco Polo vint élonner le monde européen lorsque, de retour de ses voyages, il entra dans Venise la canne à sucre en main, et expliqua le secret de préparer le sucre.
La culture de la canne à sucre fut introduite en Arabie ; de là, comme le café, on la transplanta dans les régions méridionales, en Egypte, en Sicile, à Madère, à Hispaniola, au Brésil, etc.
SUEUR. On dit qu’un morceau de pain placé sous l’aisselle d’une personne qui transpire, devient un poison mortel; et que si on le donne à manger à un chien, il devient aussitôt enragé. C’est une erreur. La sueur de l’homme ne tue pas plus que sa salive.
SUMMANUS, souverain des mânes dans l’ancienne mythologie.
SUPERCHERIE. Henri Eslienne raconte que, de son temps, un curé de village répandit pendant la nuit, dans le cimetière, des écrevisses sur le dos desquelles il avait attaché de petites bougies. A la vue de ces lumières errantes, tout le village fut effrayé et courut chez le pasteur. Il fit entendre que c’étaient sans doute les âmes du purgatoire qui demandaient des prières. Mais malheureusement on trouva le lendemain une des écrevisses que l’on avait oublié de retirer (1), et l’imposture fut découverte. Ce petit conte de Henri Estienne est une de ces malices calomnieuses que les protestants ont inventées en si grand nombre.
SUPERSTITIONS. Saint Thomas définit la superstition : un vice opposé par excès à la religion, un écart qui rend un honneur divin à qui il n’est pas dû ou d’une manière qui n’est pas licite. Une chose est superstitieuse : l°lorsqu’elle est accompagnée de circonstances que l’on sait n’avoir aucune vertu naturelle pour produire les effets qu’on en espère; 2U lorsque ces effets ne peuvent être raisonnablement attribués ni à Dieu, ni à la nature ; 3° lorsqu’elle n’a été instituée ni de Dieu, ni de l’Eglise ; 4° lorsqu’elle se fait en vertu d’un pacte avec le diable. La superstition s’étend si loin, que cette définition, qui est du curé Thiers, est très-incomplète. II y a des gens qui jettent la crémaillère hors du logis pour avoir du beau temps; d’autres mettent une épée nue sur le mât d’un vaisseau, pour apaiser la tempête ; les uns ne mangent point de têtes d’animaux, pour n’avoir jamais mal à la tête ; les autres louchent avec les dents une dent de pendu ou un os de mort, ou mettent du fer entre leurs dents, pendant qu’on sonne les cloches , le samedi saint, pour guérir le mal de dents, lien est qui portent, contre la crampe, un
anneau fait pendant qu’on chante la Passion ; ceux-ci se mettent au cou deux noyaux d’avelines joints ensemble, contre la dislocation des membres ; ceux-là mettent du fil filé par une vierge, ou du plomb fondu dans l’eau, sur un enfant tourmenté par les vers. On en voit qui découvrent le toit de la maison d’une personne malade, lorsqu’elle ne meurt pas assez facilement, que son agonie est trop longue, et qu’on désire sa mort; d’autres enfin chassent les mouches lorsqu’une femme est en trava'l d’enfant, de crainte qu’elle n’accouche d’une fille. Certains Juifs allaient à une rivière et s’y baignaient en disant quelques prières ; ils étaient persuadés que si l’âme de leur père ou de leur frère était en purgatoire, ce bain la rafraîchirait.
Voici diverses opinions superstitieuses : Malheureux qui chausse le pied droit le premier. Un couteau donné coupe l’amitié. Il ne faut pas mettre les couteaux en croix, ni marcher sur des fétus croisés. Semblablement, les fourchettes croisées sont d’un sinistre présage. Grand malheur encore qu’un miroir casse, une salière répandue, un pain renversé, un tison dérangé !... Certaines gens trempent un balai dans l’eau, pour faire pleuvoir. La cendre de fiente de vache est sacrée chez les Indiens; ils s’en mettent, tous les matins, au front et à la poitrine; ils croient qu’elle purifie l’âme. Quand une femme est en travail d’enfant, on vous dira, dans quelques provinces , qu elle accouchera sans douleur, si elle met la culotie de son mari. Pour empêcher que les renards ne viennent manger les poules d’une métairie, il faut faire, dans les environs, une aspersion de bouillon d’andouille le jour du carnaval. Quand on travaille à l’aiguille les jeudis et les samedis après midi, on fait souffrir Jésus-Christ et pleurer la sainte Vierge. Les chemises qu’on fait le vendredi attirent les poux... Le fil filé le jour du carnaval est mangé des souris. On ne doit pas manger de choux le jour de saint Etienne, parce qu’il s’était caché dans des choux. Les loups ne peuvent faire aucun mal aux brebis et aux porcs, si le berger porte le nom de saint Basile écrit sur un billet et attaché au haut de sa houlette. A Madagascar, on remarque, comme on le faisait à Rome, les jours heureux et les jours malheureux. Une femme de Madagascar croirait avoir commis un crime impardonnable si, ayant eu le malheur d’accoucher dans un temps déclaré sinistre, elle avait négligé de faire dévorer son enfant par les bêtes féroces, ou de l’enterrer vivant, ou tout au moins de l’étouffer. On peut boire comme un trou, sans craindre de s’enivrer, quand on a récité ce vers :
Jupiter lus alla sonuit clementer ab Ida.
La superstition est la mère de beaucoup d’erreurs. C’est cette faiblesse de l’esprit humain qui attache aux moindres choses une importance surnaturelle. Elle engendre les
(tj Henri Estienne , Apol. pour Hérodote.
terreurs, bouleverse les faibles (êtes, sème les jours de vaines inquiétudes. La superstition amène partout les démons , les spectres, les fantômes; ses domaines sont les déserts, le silence et les ténèbres ; elle apparaît aux hommes , entourée de tous les monstres imaginaires. Elle promet à ceux qui la suivent de leur dévoiler les impénétrables secrets de l’avenir. Elle a enfanté le fatalisme, les sectes, les hérésies.
Presque tous les articles de ce livre mentionnent quelque croyance superstitieuse.
Nous citerons encore, avec un peu de désordre, plusieurs petits faits. Voici des notes de M. Marmier sur la Suède :
« Quand on enterre un mort, on répand, sur le sentier qui va de sa demeure au cimetière, des feuilles d'arbre et des rameaux de sapin. C’est l’idée de résurrection exprimée par un symbole. C’est le chrétien qui pare la route du tombeau. Quand vient le mois de mai, on plante à la porte des maisons des arbres ornés de rubans et de couronnes de fleurs, comme pour saluer le retour du printemps et le réveil de la nature. Quand vient Noël, on pose sur toutes les tables des sapins chargés d’œufs et de fruits, et entourés de lumières; image sans doute de cette lumière céleste qui est venue éclairer le monde. Cette fête dure quinze jours, et porte encore le nom de jul. Le jul était l’une des grandes solennités de la religion Scandinave. A celte fête, toutes les habitations champêtres sont en mouvement. Les amis vont visiter leurs amis, et les parents leurs parents. Les traîneaux circulent sur les chemins. Les femmes se font des présents, les hommes s’asseoient à la même table et boivent la bière préparée exprès pour la fête. Les enfants contemplent les étrennes qu’ils ont reçues. Tout le monde rit et chante et se réjouit, comme dans la nuit où les anges dirent aux bergers : Réjouissez-vous, il vous est né un sauveur. Alors aussi, on suspend une gerbe de blé en haut de la maison. C’est pour les petits oiseaux des champs qui ne trouvent plus de fruits sur les arbres, plus de graines dans les champs. 11 y a une idée touchante à se souvenir, dans un temps de fête, des pauvres animaux privés de pâture, à ne pas vouloir se réjouir sans que tous les êtres qui souffrent se réjouissent aussi.
« Dans plusieurs provinces de la Suède, on croit encore aux elfes qui dansent le soir sur les collines, aux nymphes mystérieuses qui viennent chanter à la surface de l'eau, et séduisent, par leurs chants, l’oreille et l’aroe du pécheur. Dans quelques autres, on a une coutume singulière : Lorsque deux jeunes gens se fiancent, on les lie l’un à I autre avec la corde des cloches, et on croit que celle cérémonie rend les mariages indissolubles. »
D outres détails sur le Nord nous sont fournis par un fragment anonyme que la presse a donné :
« Au-dessous des rites publics et solennels, célébrés dans les temples, vivent et se ca-
chent dans la chaumière du pauvre, auprès du foyer domestique, d’autres croyances, d’autres mystères que le père transmet à ses enfants, et qui se perpétuent d’âge en âge. Les peuples chrétiens, et surtout les peuples du Nord, après avoir renoncé à leurs grands dieux à Thor, à Odin , etc. , ont conservé une mythologie de second ordre, imaginée par le peuple et pour le peuple, et que le christianisme, religion exclusive, par cela même qu’elle est vraie, n’a pu autoriser, mais qu’il n’a pu non plus détruire entièrement. Pendant longtemps , au milieu des neiges de la Scandinavie, l’existence et le pourvoir des elfes, des nains, des koboldes, a été un article de foi non moins sacré que les mystères de l’Evangile ; aujourd’hui même en Islande, en Norwége, en Ecosse, ces lutins vivent encore dans les souvenirs et dans l’imagination des montagnards ; les paysans peuplent encore leurs rochers, leurs torrents, leurs grottes, leurs maisons de ces êtres fantastiques qui semblent tenir à la fois de l’ange et du démon. Celte mythologie de farfadets et de génies est sans doute moins solennelle, moins régulière, plus capricieuse que le majestueux conseil de l’Olympe homérique, mais cependant la poésie peut y chercher aussi et y a trouvé souvent d’heureuses inspirations.
« Les Norwégiens se représentent les elfes ou sylphes ( Alfen ), qu’ils nomment aussi les êtres souterrains, sous la forme de petits hommes nus , coiffés de chapeaux retroussés : ils croient généralement que leur souffle donne certaines maladies qu’ils appellent de leur nom , alvgust ; quelques-uns cependant prétendent qu’il suffit pour les contracter de se trouver dans un lieu où un elfe a craché. Ils établissent, dit-on, leur demeure sous des collines, des arbres, des maisons. Du reste, si leur peau n’était bleue, ils ressembleraient entièrement aux hommes.
Il leur arrive quelquefois de s’attaquer à un pauvre campagnard, de l’emmener bien loin, si loin même qu’il ne reparaît jamais. Cependant on a revu quelques-unes de leurs victimes, quidansleur longueabsence avaient perdu la raison, et ne pouvaient donner aucun renseignement sur l’être mystérieux qui les avait égarés. Lorsqu’un elfe affectionne un arbre, une maison, malheur à celui qui s’aviserait de l’arracher, de rabattre, de planter ou de construire autre chose à la place 1 On les a vus transportera une distance de plusieurs milles des églises dont le voisinage leur déplaisait,
« Les Islandais ont aussi leurs elfes , mais bien plus poétiques et plus aimables. Ces petits génies forment une cité, un peuple souterrain semblable en tout point à l’Islande. Ils sont soumis à un gouverneur qui, tous les deux ans, accompagné de quelques-uns de ses sujets, se rend en Norwége, où réside le chef suprême de la nation. Le vice-roi lui rend compte de la fidélité et de la soumission du peuple ; les sujets, de la conduite des autorités ; s’il est prouvé que les magistrats aient abusé de leur pouvoir, ils reçoiveui
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sur-le-champ leur destitution. Il leur arrivait souvent autrefois de dérober des enfants nouveau-nés qui n’avaient pas encore reçu le baptême, et de mettre à la place un des leurs ; mais aujourd’hui les mères, les nourrices, les sages-femmes savent si bien prendre leurs précautions, que ces sortes d’accidents sont devenus bien rares. Ces lutins habitent dans des rochers, dans des collines ou même dans la mer. Leurs demeures sont d’une propreté éblouissante : leur vaisselle surtout brille du plus vif éclat. Ils ont de beaux troupeaux, moins nombreux, il est vrai, que les troupeaux des hommes, mais aussi plus riches en lait et en toisons. Ces détails ne sont pas de simples conjectures. Les elfes aiment les hommes, et invitent parfois leurs voisins à venir s’asseoir à leur table. On dit même que leurs sœurs et leurs filles qui, malgré leur teint d’azur, sont belles et ravissantes, préfèrent parfois des mortels à leurs amants souterrains. On citait autrefois des familles en Islande qui devaient leur origine à ces unions mystérieuses. Malheureusement ces petits génies n’ont point d’âme, ou du moins d’âme immortelle ; mais comme les enfants nés d’une elfe et d’un homme participent à la fois de la nature de leur père et de leur mère, il suffit de les baptiser par immersion, de les plonger tout entiers dans l’eau sainte, pour leur assurer à la fois et une âme et l’immortalité. Certaines traditions parlent donc de mariages et d’affections durables ; mais il paraît que ces unions, d’abord fortunées, ont toujours eu une fin malheureuse.
« Les elfes sont invisibles et ne se montrent que fort rarement aux regards des hommes. Cependant on les voit quelquefois s’ébattre aux rayons du soleil, dont la douce chaleur ne réjouit point leurs demeures souterraines. Ils aiment aussi à se promener sur terre et principalement dans les carrefours, la première nuit du nouvel an. Alors les devins, les sorciers se répandent dans les campagnes, attendent les génies au passage, et par certaines formules magiques les déterminent à leur révéler l’avenir. Les autres Islandais, qui ne sont pas initiés aux sciences mystérieuses et ne vont pas importuner les petits visiteurs nocturnes, recommandent à leurs gens sous des peines très-sévères de ne rien faire qui puisse offenser les hôtes invisibles qui pourraient s’arrêter dans leur demeure. D’autres, plus prévenants encore, ouvrent les portes et les fenêtres, font servir un repas, et laissent une lumière sur la table pour témoigner leur bonne volonté aux Elfes qui parcourent la contrée.
« Dans les îles Féroë, les elfes, semblables du reste à ceux de l’Islande, portent un habit gris et un chapeau noir. Leurs troupeaux invisibles paissent confondus avec ceux des habitants. Parfois, mais bien rar> nient, les bergers aperçoivent l’image confuse d’une de leurs génisses ou d’un de leurs chiens.
« En Suède, les elfes sont plus gracieux encore que dans l’Islande. Ils sont célèbres