‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 127 sur 222 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

par leurs danses et par les charmes de leur voix. Souvent ils se tiennent dans de petites pierres creuses, et là quand l’air est pur et la nuit silencieuse, ils chantent d’une voix douce et plaintive leurs chants d’amour et de douleur. Lorsque la nuit un voyageur entre par hasard dans un de ces cercles, les génies se dévoilent à ses yeux, et son sort est entre leurs mains. Mais ils n’abusent jamais de leur pouvoir ; tout au plus ils se permettent de lui jouer quelque tour bien plaisant et bien malin.

« L’île de Seeland ou de Seellan a aussi ses elfes, mais des elfes plus redoutés. Ce sont les lutins les plus espiègles et les plus malins du Nord. Les paysans connaissent un air magique, qu’ils appellent l’air du roi des elfes ou des el'es, et qu’ils se gardent bien de jouer jamais. A peine en ont-ils laissé échapper les premières notes, que tous les assistants, jeunes et vieux, et même les objets inanimés, se mettent en mouvement et dansent à l’envi, sans pouvoir s’arrêter, à moins que le musicien ne soit capable do jouer l’air à rebours, sans se tromper d’une seule note, ou qu’un ami ne survienne par hasard et ne se hâte de couper les cordes du violon. Encore faut-il qu’il arrive par derrière.

« Une bonne partie des fairies d’Ecosse portait aussi jadis le nom d’elfes. Le mot se trouve dans Douglas, l’ancien traducteur de Virgile , et dans les composés elfmill elfs~ hoot. Les Ecossais se représentent ces petits démons comme des êtres d’une nature mêlee et douteuse, capricieux et pleins de malice dans leur vengeance, ils habitent l’intérieur des collines verdoyantes, surtout de celles qui ont une forme conique, et ils dansent au sommet, pendant la nuit, au clair de la lune. Us laissent, comme en Suède, la trace de leurs pas sur le sol. Elle est tantôt d’une couleur jaune et flétrie, tantôt d’un vert foncé. 11 y a du danger à se reposer sur ces tertres quais honorent de leur présence, ou à s’y trouver après le coucher du soleil.

« Au sommet du Minchmuir est une source, nommée la Source des Fromages , dans laquelle les passants n’oublient jamais de jeter un morceau de fromage destiné aux elfes qui l’habitent. Ils aiment beaucoup le vin, le gibier elles chevaux des hommes, quoique rien ne leur manque dans leurs habitations souterraines ou aquatiques. Souvent le matin, lorsqu’on entre à l’écurie, on trouve les chevaux épuisés de fatigue, haletants, l’œil enflammé, la crinière hérissée, et on reconnaît, à je ne sais quel changement indéfinissable qui se fait remarquer dans tout leur extérieur, qu’ils ont servi de monture pendant la nuit aux elfes du voisinage. Souvent aussi dans les caves, surtout dans celles des riches, les bouteilles gisent çà et là débouchées et sans goulot, tantôt vides, tantôt pleines d’une liqueur qui n’est plus du vin, et dont ils ont extrait fort habilement toute l’essence et tout le parfum. Mais leur passion dominante, c’est la chasse. On raconte à ce sujet des histoires plus merveilleuses

les unes que les autres. Un jeune matelot voyageait une nuit dans Pile de Man. Tout à coup il entend un bruit de chevaux, des voix, des cors, des aboiements. Puis il aperçoit treize chasseurs montés sur d’élégants coursiers et qui tiraient de leurs cors des sons ravissants. Entraîné, séduit, il les suivit comme malgré lui, pendant plusieurs milles, et ce ne fut qu’en arrivant chez sa sœur qu'il apprit le danger qu’il avait couru.

« Les lerres habitées parles Anglo-Saxons n’étaient pas moins peuplées de génies et de luiins que les autres contrées du Nord. Leur nature y était même, s’il est possible, mieux connue, mieux étudiée.

« J’écrirais un volume si je voulais énumérer toutes les espèces de démons, d’esprits, de farfadets dont les Scandinaves et les autres habitants du Nord ont peuplé leurs montagnes, leurs mers, leurs nuages, leurs glaces et leurs neiges. Je ne parlerai donc ni des nains, ni des koboldes ou esprits du foyer, ni des nisses, ni des brownies qui séjournent en Ecosse sous le seuil des portes, ni des shellycoats, ni des kelpies, etc. Ils ont tous beaucoup de rapports, sinon pour la forme et le vêtement, du moins pour les caractères et les habitudes, avec les elfes ; et les détails que je pourrais ajouter à ceux que j’ai donnés sur ce petit peuple, ne porteraient absolument que sur leurs couleurs, la coupe de leurs vestes et de leurs jaquettes, la forme de leurs chapeaux, de leurs bonnets, de leur nez, de leurs oreilles, enfin 6ur les proportions plus ou moins grotesques, plus ou moins bizarres, de leurs corps et de leurs membres. »

Dans le plan que ce travail nous impose, nous ne pouvons inventer; il est donc convenable de choisir et d’extraire des faits. Ce qui suit est d’un écrivain flamand, qui est assez riche d’esprit et d’idées pour lever l’anonyme de ses initiales A. M.

Einard rapporte qu’un elve femelle, ayant eu un enfant d’un Islandais, demanda qu’il fût baptisé et le déposa à la porte d’une église avec une coupe d’or pour offrande.

« En Angleterre les elves ou fées s’appellent fairies, de l’oriental péri ou phéri. L’idée que nous nous formons des fées répond assez à celle qu’avaient des péris les Arabes et d’autres peuples orientaux. Les péris sont représentées avec un contour vague et indécis, un moelleux fantastique, une aérienne légèreté, pour laquelle nous n’avons pas d’expressions assez harmonieuses, d’idées assez douces, assez veloutées. L’indécis de leurs formes est la première chose qui frappe; et à lire ces descriptions on croit voir des apparitions vaporeuses quoique distinctes, insaisissables quoique sublimes, qui s’élèvent lentement, tantôt visibles, tantôt cachées, ou rasant légèrement l’herbe humide de rosée; elles vous sourient, vous font des signes, tressent des fleurs dans leurs cheveux, tantôt bleues et mornes comme un nuage du soir, tantôt blanches et scintillantes comme un rayon de lune, si belles, si pleines de grâce et de dignité céleste, qu’on

ne peut s’en faire qu’une idée incomplète, parce que la comparaison nous manque et que nous ne pouvons juger que par la comparaison. Elles habitent les rayons de la lune, et se nourrissent de l’ambroisie des roses et de l’oranger ; elles aiment à se balancer sur les nuages embaumés ou sur le calice des belles fleurs du tamarinier. Leur robe ressemble à celle de l’aurore , leurs longs cheveux châtains luisent comme l’or bruni et sont imprégnés des plus suaves odeurs. Elles embaument l’atmosphère où elles passent, l’eau dans laquelle elles se mirent : leur essence est de faire le bien.

« En face de ces créations sublimes et naïves tout à la fois, la mythologie persane a placé les dives, et celle des Arabes les djinnes ou skînes, esprits malfaisants et monstrueux, dont nos démons peuvent donner la mesure. C’est la théorie du bien et du mal.

« 11 n’était pas rare de voir les fées épouser de simples mortels, lorsque ceux-ci attiraient leur attention par quelque grande action ou par une vertu extraordinaire. Godefroid Plantagenet, roi d’Angleterre, avait épousé une fée : de là le léopard qui 6gure dans les armes anglaises, le léopard étant le fruit monstrueux de l’union du lion et du tigre, comme la souche des rois anglais est sorlie d’un homme et d’un esprit. — La fée Mélusine avait épousé Guy de Lusignan: il eut d’elle plusieurs enfants ; les plus grands trésors ne lui coûtaient qu’un désir. Mais un jour ayant épié son épouse, malgré sa défense expresse, au moment qu’elle se livrait à certaines opérations de magie, elle se métamorphosa en dragon et disparut en poussant des gémissements. Les chroniques assurent qu’elle protégea longtemps la descendance des Lusignan et qu’on l’entendait se lamenter autour de leur manoir chaque fois qu’un désastre les menaçait. — Espervel, seigneur écossais, avait pour femmeune fée ; il remarqua que lorsqu’il la conduisait à la messe, elle sortait toujours de l’égiise avant qu’elle fût achevée. Un jour il la força de demeurer, et au moment de l’élévation elle disparut, passant au travers de la muraille, et emporlant son mari et quelques-uns des assistants. — Dans le pays on soutient que ce n’était pas une fée, mais une succubr.

« Chez nous, les elfes sont quelque peu distingués des fées ; ils ont une grande analogie avec les brownies de l’Ecosse : on en parle souvent dans nos plus anciennes ballades flamandes, sous des noms qu’à leur grande divergence je reconnais pour des noms de fantaisie. Cependant on les désigne généralement sous ceux de scuugeest, scoumon, scoumin, termes qui tous ont la même signification : esprit du foyer, — esprit des cheminées.

Dans les campagnes, nos paysans les appellent tantôt kab-outer, klabber ou roodemuts. Ils descendent la nuit, quand il n’y a pas de clair de lune, par les cheminées des habitations, et viennent s’asseoir tranquilletnenl devant le foyerqu’ils rallument, mais

Page 1