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croire les campagnards d’Axel et de Hulst. — Quelquefois ils portaient une aigrette sur leur bonnet : cette aigrette semble n’avoir appartenu qu’aux chefs de ces génies. Elle était de couleur diverse, suivant le titre sans doute ; mais on n’est pas sûr de la couleur propre à chacun de ces titres, ni de quels grades se composait la hiérarchie des klabbers elkabouters. Dans les Récits rimés on ne fait mention que d’un roi ou chef, et d’une reine, scouwif ou klabberigge. La superstition relative aux klabbers ne règne pas seulement dans nos provinces: on la retrouve dans toute l’Europe, surtout dans ces contrées où les bardes avaient leur séjour ; elle leur est évidemment due, et peut-être quelques-unes des ballades que nous avons recneillies à ce sujet ne sont-elles que la version plus ou moins exacte des chants de ces hommes étonnants ; car on y remarque un caractère que l’on ne rencontre dans aucune autre de ces compositions traditionnelles.
« En Allemagne, les scouminkes portent le nom générique de stille-volk , peuple tranquille ou silencieux, que, d’après le génie de la langue tudesque, nous pourrions traduire aussi par peuple mystérieux. Ce-; génies s’attachent aux maisons nobles, dit le vulgaire, qui ne leur attribue celte prédilection qu’en raison de son respect pour la noblesse du pays. Chaque membre de ces familles héraldiques a son génie qui naît avec lui et qui l’accompagne dans l’éternité. Si un danger le menace, lui ou quelqu’un des siens, le génie emploie tous les moyens possibles pour lui en donner avis et pour le préserver. Si le malheur est inévitable, on i’entend sangloter et gémir la nuit autour du château de la famille menacée. Ses gémissements ressemblent aux hurlements d’un chien, et très-fréquemment ils avertissent le maître, en effrayant ses lévriers qui ne sont alors entendus que de lui seul. Le génie prend quelquefois une forme fantastique, et vient jusque dans l’appartement de l’individu qu’il veut avertir. — Un noble Allemand vit ainsi une spirale lumineuse qui s’approchait et s’éloignaitalternativemenl de son lit. 11 se leva et prit la poste : quelques heures après on frappait chez lui avec un ordre de l’arrêter et de le conduire dans une forteresse de l’Etal.
« Les waeler-elven (fées des eaux) se retrouvent chez les marins, qui croient se les rendre favorables en sifflant des airs tristes et monotones: j’ai vu cent fois les hommes du Vasco de Gama regarder en sifflant déferler les lames, quand la mer était courte et mauvaise. — Ils sifflent aussi pour appeler le vent, lorsque le calme se prolonge trop au gré de leur impatience ; et si la brise trop forte menace de faire camper les écoutes, ils prononceront à voix basse, en y
portant la main : Résiste, ou tiens bon —
Tout le monde connaît l’histoire du brick hollandais, ce juif errant de la marine, que Dasil-Hall a si supérieurement décrit dans ses Voyages.
« Une superstition défend de rien accepter d’une personne étrangère , surtout d’une femme âgée, soit friandise, soit pièce de monnaie, ni même une fleur; ce serait risquer de se voir soumis à la puissance des fée9. De même on ne doit point dormir dans une prairie après le coucher du soleil, si l’on ne se veut mettre en danger d’être emporté par elles.
« La demeure des fées est le texte favori des ballades flamandes et des veillées d’hiver. S’il faut en croire une foule de descriptions traditionnelles, les fées habitent de beaux châteaux, bâtis d’or et de cristal, entourés de jardins magnifiques et de limpides pièces d’eau. Une musique délicieuse s’y fait toujours entendre ; l’hiver y est sans rigueurs, ou plutôt il n’y règne qu’un printemps éternel. Ce qu’il y a de singulier c’est que ces châteaux nous semblent des chaumières, ces jardins des fumiers, et ces pièces d’eau des fossés bourbeux. La musique enchanteresse nous fait l’effet d’un coassement de grenouilles; la neige nous paraît tomber là comme ailleurs, et les ouragans y exercer leurs ravages. C’est ainsi que les fées habitent au milieu de nous, sous la forme de pauvres femmes, bien vieilles, bien décrépites; nous les voyons couvertes de guenilles, avec des yeux rouges et des cheveux gris, les jambes nues, le corps maigre et voûté, et toujours la fatale jupe rouge toute en lambeaux leur entoure les reins. — Eh bien, si après avoir communié on va, la veille de la Saint-Jean, à minuit précis, tenant à la main gauche une herbe que les paysans appellent ren-vaen , s’asseoir les jambes croisées devant la porte d'une fée, on la verra dans son état réel, c’est-à-dire jeune, belle, splendidement habillée, environnée de dames d’honneur , assise sur un trône éblouissant de pierreries. On verra le palais de cristal, les fontaines d’eau de rose, les cascades de lait, les fleurs ambrées et transparentes, et puis les personnes que la fée reçoit dans son intimité ou qu’elle a fait enlever. — Mais il en est de cela comme du magnétisme : il faut avant tout y croire.
» Les witte-vroukin, dames blanches, connues en Flandre depuis un temps immémorial, habitaient l’intérieur des rares collines qui rompent l’égalité de notre sol. C’était, dit Ëekker quelque part, une classe de fées malfaisantes qui s’amusaient à épier les voyageurs et les entraînaient dans leurs demeures souterraines. Elles enlevaient aussi, mais plus rarement, des femmes et des enfants. Si l’on montait audacieusement sur la hauteur, on entendait des plaintes qui faisaient blanchir les cheveux. Un fermier me raconta qu’un soir, revenant de la ville par un chemin de traverse, il avait entendu ces gémissements et s’était pris d’une frayeur telle qu’en arrivant chez lui il se trouva tout le sommet de la tête blanc. Il me fit voir ses cheveux : en effet iis étaient d’un blanc parfait sur le sommet de la tête.
« Un procès, rapporté par sir Wallcr- Scolt, douncra une idée de ces habitations
souterraines que choisissent parfois aussi des fées bienfaisantes. Un homme guérissait une foule de malades, au moyen d’une poudre plus efficace mille fois que tous les racahout, les kaïffa, les allahtaïm du monde, autrement dits farine de sarrasin et fécule de pommes de terre. — 11 fut accusé d’avoir recours aux esprits infernaux. Devant les juges il donna l’explicalion suivante: — Un soir je revenais chez moi, désolé de me voir sans ressources, et repoussé de tous ceux auxquels je demandais du travail pour nourrir ma famille; je rencontrai une darne bien mise, étrangère au hameau ; elle me demanda bien doucement le sujet de ma tristesse : je lui expliquai ma situation et je fus fort aise de l’entendre me dire de revenir le lendemain, à la même heure, au même endroit, si je voulais qu’elle me donnât les moyens de vivre sans rien demander à personne. Le lendemain, je fus exact et bientôt arriva la dame qui me dit de la suivre et d’avoir confiance en elle. Arrivés devant une colline fort verte et peu haute, elle frappa trois fois du pied et la colline s’ouvrit. Nous entrâmes dans une salle spacieuse et bien décorée, où se trouvait Fairy-Queen (la reine des fées) entourée d’une foule de personnes. Fairy-Queen me donna une boîte de poudre et m’enseigna à l’administrer. — Cette salle était faiblement éclairée. — Maintenant, lorsque j’ai besoin de poudre, je vais frapper trois fois à la colline; on m’ouvre aussitôt et on me donne de nouvelle poudre.
« Le pauvre homme fut acquitté : on l’épia; on le vit frapper les trois coups, disparaître, puis revenir subitement au même endroit. On ne vit point cependant s’ouvrir la colline.
« Ces fées n’ont rien de commun avec le démon, et de nos jours, dit Walter-Scott, les montagnards écossais parlent de leurs liaisons avec elles comme d’une chose innocente et avantageuse. Stroobant se vantait également d’avoir un commerce très-actif avec des esprits qu’il nommait goedegeesten.
« Les fées sont quelque peu coureuses ; elles aiment à voyager la nuit, par un beau clair de lune, avec la rapidité du vent. — Souvent des bergers les entendent passer tout près d’eux, et sont avertis de leur approche par un sifflement fort aigu, pareil à celui des pipeaux d’écorce que les enfants se fabriquent au mois de mai. 11 serait dangereux alors de leur adresser la paroïe, caron serait infailliblement emporté à une grande distance. Un pâtre de Carterhaugh fut emporté pendant qu’il dormait, et déposé sur le marché d’nne ville populeuse qui lui était inconnue. Son habit était resté à Peallaw ; son bonnet fut trouvé accroché à la croix de fer du clocher de Lanark. — Vous riez? Rien n’est plus vrai pourtant.
« Lorsque les elfes aquatiques veulent surprendre un enfant, ils font flotter à la surface de l’eau une de leurs coupes d’or, qu’ils ne rendent visible que pour celui qu’ils ont dessein d’attirer. Ses compagnons ne voient qu’une bulle ou une jolie fleur, el
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