‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 130 sur 222 · SU P · texte numérisé non relu

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luwmême dira : Voilà une fleur que je veux cueillir, au lieu de : Voilà une coupe d’or dont je veux m’emparer. Celle ruse réussit presque toujours aux elfes qui entraînent l'enfant , tandis que l’un d’eux prend sa forme, rejoint ses camarades et ne se sépare d’eux qu’au village, afin qu’on ne découvre point l’espièglerie.

« On reconnaît aisément les traces des fées sur l’herbe où elles ont passé. Quelquefois elle est comme fauchée avec une étonnante régularité et légèrement roussie ; d’autres fois jaune et comme brûlée à son extrémité, et l’on y voit les marques de fort pelils pied>. Ces marques sont parfois aussi d'un vert plus foncé que celui de l’herbe sur laquelle elles se trouvent imprimées: alors elles sont attribuées aux veld-elfen (fées des champs).

« En quelques pays, notamment en Saxe et en Ecosse, les fées ont des armes, et l’on y appelle flèches de fées de petits silex triangulaires que l’on trouve dans les rochers rocailleux. En Flandre, les fées, moins guerrières, ne portent ni flèches ni haches d’armes, mais de légères baguettes de coudrier, sur l’écorce desquelles elles ont tracé des caradères magiques, brillants comme le soleil. Ces baguettes sont bien autrement terribles que toutes les armes du monde; rien qu’à les lever, les fées peuvent suspendre le cours des rivières, empêcher les nuages d’aller plus loin, changer l’homme en pierre, le plomb en or, un fumier en résidence royale, et le vieillard en jeune homme. Avec celte baguette elles suscitent l’orage, appellent la grêle et les vents destructeurs, brisent les navires comme des coques d’œuf et les rochers comme un boulon de rose. La foudre même leur obéit et se met, disent les campagnards, à genoux devant elles. A propos de ceci, que je cite une tradition répandue dans le pays de Waes. — Suivant cette tradition, nul ne sait, nul ne saura jamais ce que c’est que la foudre : c’est le secret de Dieu et du démon, secret horrible qui coûterait immédiatement la vie à qui le découvrirait. Un homme cependant, à force d’études et de vertus, eut la connaissance de cette chose, et Dieu l’épargna à condition qu’il ne dirait à personne ce qu’il savait. Le savant, voulant duper le bon Dieu, résolut de Yécrire et de communiquer ainsi sa découverte aux philosophes ses confrères. Mais au moment qu’il posait la majuscule du premier mot de la première ligne, la foudre elle-même , toute rugissante, vint lui tenir la main qu’elle brûla impitoyablement. Le philosophe en porta les marques toute sa vie.

« Si la foudre tombe sur un arbre, les campagnards s’efforcent d’y reconnaître les traces des griffes du diable, que leur imagination prévenue leur montre toujours dans la trace du courant électrique. Ce serait, selon eux, un grand crime que de fouiller au pied d’un arbre pour découvrir le carreau. — La tradition que nous venons de citer rappellera sans doute au lecteur que l’un des physiciens qui constatèrent l’électricité,

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et dont lo nom ne me revient pas en ce moment, fut frappé durant une de ses expériences et mourut.

« Les daonie-shie et les spi-ghen d’Ecosse, sans nom générique en Flandre, habitent les montagnes et sont toutes-puissantes le vendredi. On se garde bien alors de les irriter, soit en leur parlant, soit en s’approchant de leur demeure. Le ruisseau de Beaurnent est habité par ces fées, aussi bien que le Minchmuir, dans le comté de Péables : à celles-ci il faut jeter un fromage en offrande pour les apaiser.

« Les fées de Flandre diffèrent de celles d’autres contrées en ce qu’elles n’aiment pas autant la chasse ; la raison de cette dis— similitude de goût est que nous n’avons pas chez nous de ces landes incultes, de ces grandes forêts, Je ces chaînes de montagnes que l’on trouve ailleurs. C< pendant elles aiment l’exercice du cheval, et il n’est pas rare qu’elles se servent des étalons dos fermiers, qui les matins les trouvent à l’écurie épuisés de fatigue, écumants de sueur. — Dans les Ardennes néanmoins on entend parler de la chasse des fées ; les bûcherons qui traversent de nuit la forêt entendent parfois le son des cors, les aboiements des chiens et le bruit des chevaux qui passent au galop. Le lendemain on trouve un sanglier, un daim, un chevreuil morts çà et là, sans qu’il soit possible de voir où ils ont été blessés. — Un pauvre braconnier, qui s était assis au tomber de la nuit au pied d’un chêne vieux et gros, se plaignait à soi-même de ce qu’il eût fait si mauvaise journée. Tout à coup le chêne s’ouvrit, et il en vit sortir un petit vieillard qui lui dit : Voulez-vous chasser avec moi? Le braconnier, tout pâle et ébahi, lui répondit qu’il le voulait bien. Le petit vieillard prit alors un sifflet d’argent suspendu à son cou, et remplit la forêt de trois coups de sifflet si perçants, que le braconnier faillit en perdre l’ouïe. Aussitôt une foule d’hommes et de dames débouchèrent de tous les sentiers, suivis de nombreux piqueurs et d’une forte meule des meilleurs chiens. — On soupa d’abord ; il mangea de leur pain et but de leur vin qu’il trouva excellent ; il vit passer plusieurs de ses amis retournant de la chasse, qui traversèrent les rangs des chasseurs fantastiques sans apercevoir personne. La chasse commença ensuite cl dura jusqu’à minuit. On tua tant de gibier que le braconnier fut quinze jours à saler les sangliers, sans compter la menue venaison : — assez pour vivre à son aise une année entière. Seulement il n’avait pas un seul cerf.

« Un gentleman de Ballafletcher raconta que ces excursions nocturnes des elfes lui avaient coûté trois ou quatre excellents coureurs. Parfois des elfes , plus honnêtes que leurs amis, achètent les chevaux dont ils font usage. Une personne avait envie de vendre un cheval, et fut accoslée dans les montagnes par un étranger qui marchanda la bote, disputa sur le prix et finit par l’acheter. 11 paya le prix convenu, monta le

cheval ; aussitôt la (erre venant à s’ouvrir, cheval et cavalier disparurent aux yeux du vendeur épouvanté. — Il jeta loin de lui l’argent qu’il venait de recevoir, mais le retrouva le soir dans un tiroirde son gardepapiers.

« 11 fut un temps où les enlèvements opérés par les fées étaient chose très-commune : celles qui s’en rendaient le plus souvent coupables étaient les dracques ou lamies, — en Flandre vaerwifkin, femmes terribles. Les draques sont des esprits aquatiques du genre des shellicoats écossais. Dans la Catalogne était une montagne, fameuse à cause des esprits qui habitaient un lac magique situé au sommet. Un jour ils enlevèrent la fille d’un nommé Cabinam de Junchera. 11 alla la redemander longtemps après, sur la montagne, et elle lui fut rapportée dans un tourbillon de vent. Elle était d’une pâleur effrayante et ne recouvra jamais la raison, que la terreur et la brutalité des esprits lui avaient fait perdre.

« Les fées s’établissent parfois sous les maisons. Sir Godfried Mamelloch, rapporte Walter-Scott, prenait l’air auprès de sa demeure, quand il fut soudainement accosté par un vieillard vêtu de vert et monté sur un palefroi blanc. Après les compliments d’usage, le cavalier se plaignit à sir Godfried de ce que la gouttière venait se vider juste dans son salon d’apparat. Godfried se doutant à qui il avait affaire, lui répondit avec beaucoup de courtoisie, lui donnant l’assurance qu’il ferait changer la direction du conduit, et il tint parole. Quelques années après, Godfried eut le malheur de tuer, dans une dispute, un gentilhomme du voisinage ; il fut mis en prison, jugé et condamné à mort. L’échafaud sur lequel il devait avoir la tête tranchée avait été dressé sur la hauteur où s’élève le château d’Edimbourg. Déjà il touchait l’endroit fatal, lorsque le vieillard vert et son palefroi blanc fendirent la presse avec la rapidité de l’éclair. Godfried, par son ordre, s’élança en croupe, et le cheval blanc descendit au grand galop la pente presqu’à piede la hauteur. Jamais depuis on n’entendit parler du criminel ni de son libérateur.

« A Leith, près d’Edimbourg, était un enfant que l'on appelait le garçon des fées : Voici comment fiurlon en parle dans son Pandémonium. — ....Quelque temps après, je fus abordé par cette femme, qui me dit que le garçon des fées était là, et me le montra dans la rue, jouant avec d’autres enfants. Je m’approchai et par de douces paroles, accompagnées d’une pièce d’argent, je l’engageai à entrer dans la maison avec moi. Là, en présenre de plusieurs personnes, je lui fis quelques questions astrologiques, auxquelles il .répondit avec beaucoup d’esprit ; d’ailleurs tous ses discours marquaient une finesse bien au-dessus de son âge, lequel paraissait ne pas excéder dix à douze ans. Comme il était toujours à tambouriner sur la table avec ses doigts, je lui demandai s’il savait bailrc du tambour, il me répondit :

«— Ohl oui, monsieur, aussi bien que per-

sonne en Ecosse, car tous les jeudis je bats toutes les marches possibles, pour certaines personnes qui ont l’habitude de se réunir sous cette montagne là-bas. Et il ine montra la grande montagneenlreEdimbourgelLeith.

« — Comment! lui dis-je, mon garçon, quelle compagnie avez-vous donc là?

» — Une grande compagnie d’hommes etde femmes ; ils ont, pour se divertir, toute espèce de musique, outre mon tambour. Ils ont une grande quantité de vins et de viandes, et souvent, dans la même nuit, nous sommes transportés en France ou en Hollande, et rapportés ici en Ecosse.

«Je lui demandai comment il faisait pour entrer sous cette montagne. A quoi il me répondit qu’il y avait deux grandes portes-, qui s’ouvraient pour eux, bien qu’elles fussent invisibles pour tout autre. Je lui demandai à quoi je pourrais reconnaître qu’il disait la vérité. Là-dessus il me répondit qu’il allait me dire ma bonne aventure; que j'aurais deux femmes, qu’il voyait leur apparence se repo-er sur mes épaules, et que toutes deux seraient de très-jolies femmes. Comme il parlait de la sorte, une femme du voisinage entra dans la chambre, et lui demanda sa bonne aventure. 11 lui dit qu’elle avait eu deux bâtards avant son mariage, ce qui la mit dans une telle colère, qu’elle ne voulut pas entendre le reste. La maîtresse de la maison me dit que toute l’Ecosse ensemble n’aurait pu empêcher le garçon des fées d’aller à son rendez-vous le jeudi soir, sur quoi, en lui donnant encore un peu d’argent, je lui fis promettre de venir me trouver au même endroit dans l’après-dîner du jeudi suivant. 11 revint effectivement au lieu et à l’heure désignés, et j’avais décidé quelques amis à me tenir compagnie, afin de le retenir, si cela était possible. Nous le plaçâmes au milieu de nous et nous lui fîmes force questions, auxquelles il répondit fort bien, jusqu’à près de onze heures, qu’il disparut tout à coup. Cependant je courus à la porte et parvins à le ramener; nous avions tous les yeux fixés sur lui, cependant il nous échappa encore à l’improviste. Je le poursuivis de près et j’allais l’atteindre, quand il poussa un cri et disparut. Depuis lors je n’ai pu jamais l’engager à venir encore auprès de moi.

«Certains esprits habitent les tombeaux, dont ils ne sortent que pour enlever les hommes les plus sains et les plus forts ; ce sont les vampires. Il est des esprits guerriers qui se livrent très-volontiers à l’exercice des armes. Le camp nocturne qui assiégea Prague était formé par ces esprits, qui disparurent quarrd une vieille femme leur cria du haut des murailles : — Vézélé! Vézélél

« Chez nous, il n’y a pas d’exemples de ces esprits chevaliers, dont par conséquent nous ne ferons pas autrement mention. Nos elven se contentent de nous faire la guerre avec les éléments qui leur obéissent. Le grand elve Bobou préside aux vents tempétueux de l’automne; il vient la nuit s’asseoir sur les arbres, principalement les tilleuls , dont il flétrit le feuillage et casse les branches.

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