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Quand on trouve dans un buisson une branche aplatie et revêtue d’une écorce bourgeonneuse, on se garde bien d’y toucher, c’est la baguette des fées; de même si sur un arbre on trouve une branche cassée, tordue, éclatée d’une certaine manière, on dit: c’est la branche à Bobou, laissez-la sur l’arbre. Quand j’étais enfant, la pensée de cet esprit me faisait tressaillir de frayeur chaque fois qu’une nuit d’automne j’entendais le vent rugir dans les tilleuls qui se trouvaient devant notre maison.

«Une conviction, que j’ai longtemps partagée, c’est que les saules ont un esprit familier, qui cause avec ceux quivont souvent se reposer sous son arbre, et surtout pendant une averse, ou bien une petite pluie mêlée de coups de vent.

« Les lamies écossaises enlèvent surtout des enfants, et c’est ce qui a rendu les fées en général si redoutables en nos contrées. Il y en avait en Flandre qui envoyaient de toutes parts des esprits inférieurs, qui conduisaient des voitures peintes en rouge, couvertes de toiles rouges, attelées d’un cheval noir. Les enfants qu’ils trouvaient isolés, ceux qu’ils pouvaient attirer par des promesses, ou en leur montrant des dragées et des joujoux, étaient emmenés par eux, et ils les jetaient dans la voilure avec un bâillon dans la bouche. Selon d’autres, ils les massacraient aussiiôt ; c’est pour que le sang ne se vît pas qu’ils avaient adopté la couleur rouge pour leurs voitures. Ces voitures s’appelaient bloed-chies et ceux qui les menaient bloed-elven. Dès qu’on les poursuivait ils disparaissaient, et l’on ne trouvait plus que de grandes taupinières, au beau milieu du pavé. — Cetie croyance causait un effroi si grand aux enfants, que dès qu’une voiture de couleur rouge venait à passer, tous se sauvaient en grande hâte. Je me rappelle fort bien avoir partagé la terreur générale.

«Les lutins ou feux follets, en Ecossebogles, en Flandre stal-kerrssen, jouent un grand rôle dans les annales de la superstition. Ces clartés vagues et vacillantes, que l’on aperçoit le plus souvent au-dessus des tourbières, des prairies basses, des cimetières, et dont la physique donne l’explication: — sont, suivant les uns, des esprits qui cherchent à attirer les voyageurs dans les frondrières ; suivant les autres, des enfants, morts sans baptême, qui doivent attendre sous celte forme que le jour dernier soit arrivé. Dans ces deux hypothèses, il serait également dangereux de les montrer du doigt; car dans le premier cas, le follet vous atlirerait infailliblement, et dans le second l’âme en peine viendrait s’asseoir sur vos épaules, et vous devrez la porter à un prêtre pour lui faire administrer le baptême. — et les démons vous maltraiteraient tant, le long du chemin, que vous y risqueriez votre vie et votre salut éternel.

« Cependant le stal-keers s’amuse le plus souvent aux dépens du voyageur, en l’égalant, le faisant tomber, ou le faisant mar-

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cher longtemps à travers un chemin difficile. Deux hommes qui pendant une nuit obscure suivaient le bord d’une rivière, entendirent une voix p/ainiive qui criait au secours. Ils se dirigèrent vers le lieu d’où partait cette voix, qui semblait celle d’un homme qui se noyait, et à leur grand étonnement ils reconnurent qu’el e remontait le courant. Ils continuèrent, pendant toute la nuit, qui était fort mauvaise, à suivre le cri plaintif; mais arrivés aux sources mêmes de la rivière, ils entendirent la voix qui descendait l’autre pente de la montagne qu’ils venaient de gravir. Les voyageurs, harassés de fatigue, renoncèrent à leur poursuite. Au môme instant ils entendirent l’esprit rire aux éclats du succès de sa malice.

« Un brag apparut en 1809 dans la cité d’York. Le brag est le même que notre hennisseur, hoesschaert, dont les malices se terminent d’ordinaire par un hennissement gai et prolongé, qu’il pousse en se plongeant dans l’eau, il s’annonce de loin par un bruit de grelots si fort, qu’on le prendrait d’abord pour un cheval de poste, arrivant au grand trot avec son collier tout garni de sonnettes en globe. Son grand amusement est de poser sur les épaules de son patient ses deux pattes de devant, et de se laisser traîner ainsi quelques centaines de pas.

«Une dame, croyable et pieuse, arrivant un soir dans une ville du pays de Waes, se rendit seule, tandis que l’on déchargeait ses bagages, à son hôtel, situé de l’autre côté de l’immense marché. Il était onze heures, la nuit était faiblement éclairée par une lune pâle et nuageuse. Au milieu de la place, elle vil un chien noir fort grand, qui se mit à la suivre ooucement, sans faire aucune démonstration de méchanceté. La dame crut que c’était le chien de quelque boucher revenant de la campagne, et elle hâta le pas. Arrivée à la porte de l'hôtel, elle sonna avec force, car le chien noir ne l’avait pas quittée; comme tout le monde, dans Uhôtel, dormait profondément, elle fut obligée de sonnera plusieurs reprises. Enfin les domestiques descendirent, et l’un d’eux, ouvrant la porte , s’écria tout épouvanté : Jésus ! c’est le lutin! — Celte imprudente exclamation ne causa heureusement aucune impression fâcheuse à la dame, qui tout le long du trajet avait récité l’Evangile de saint Jean, prière puissante contre toutes sortes de sorciers et d’esprits.

«Un vieux jardinier allant à la ville, un matin d’hiver, de fort bonne heure, vit le lutin venir droit à lui ; pour l’éviter, il se jeta à droite de la route dans une prairie et se mit à prier. Le lutin disparut après s’être un instant arrêté à le regarder, et lorsqu’il voulut continuer sa marche, il lui fut impossible de retrouver une issue à la prairie, environnée de toutes parts d’un large et profond fossé. Impatienté de ces retards, et s’imputant son embarras, il lâcha un gros juron. A peine l’eut-il prononcé, que le lutin se posa en hennissant sur ses épaules, et lui montra le plus large du fossé eu lui disant

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d’y passer hardiment. Après quelque hésitation, le jardinier fit ce qu’on lui disait, il trouva que ce qu’il croyait un fossé n’était autre que la route. En récompense de ce service, il porta le lutin la distance d’un gros quart de lieue, jusqu’à ce qu’il le vit se jeter dans la hotte d’une bonne femme qui s’étonna de trouver tout d’un coup sa charge si pesante. Le lutin rend quelquefois des visites d’ami à des personnes âgées. J ai connu un homme de cent huit ans, qui avait la singulière habitude de ne coucher en été que dans son verger. 11 disait que très-souvent le lutin venait l’entretenir et lui apprendre des choses intimes. En effet les habitants du village étaient étonnés de le voir instruit de bien des choses qu’ils croyaient ignorées. 11 dit un jour à un riche avare, presque aussi vieux que lui : Hier vous avez touché mille couronnes, et vous vous êtes couché sans souper. — La chose se trouva vraie.

« Une femme se plaignait un soir à ses voisines de ce que son mari rentrait presque tous les jours ivre chez lui, et la battait cruellement. Le lutin, faut-il croire, entendit ces doléances ; car le même soir, comme l’ivrogne revenait du cabaret, le lutin le saisit et le jeta dans un fossé. La terreur dissipa l’ivresse du malheureux, qui se releva le mieux qu’il put, trempé et grelottant. Le lutin le prévint qu’à chaque fois qu’il reviendrait ivre, la même correction lui serait administrée. — L’homme ne s’enivra plus, et il n’y eut pas de meilleur ménage. Depuis lors les commères du pays tiennent le hennisseur en odeur de sainteté.

« Je fus une fois moi-même la dupe d’un feu follet.

« Etant à visiter les environs deHeysl-opden-Berg, je poussai mes promenades fort loin, pour mieux jouir des contrastes d’un pays où la végétation luxuriante de la Flandre tranche avec les landes arides de la Campine. Un jour je me dirigeai vers cette partie du pays qu’on appelle le Moer, entre Heyst et Arschot, sables entassés en collines, coupés de mares et de terrains fangeux. Je chassais avec ardeur, m’arrêtant çà et là, pour entamer quelques provisions, ou considérer les pittoresques accidents du pays. La nuit vint que j'étais à plusieurs lieues de mon logement, ignorant le chemin qui devait m’y ramener, et ne trouvant personne pour m’en instruire. Mais je jugeai n’êlre qu’à une lieue environ d’Arschot, et je m’orientai de manière à marcher droit sur la ville. La nuit s’obscurcissait, pas d’étoiles et un vent trèsviolent, dont le bruit était superbe dans les forêts de sapin qui chantaient comme des orgues, dans les bruyères où il froissait les maigres végétaux avec un cliquetis semblable à celui des épées. Je marchais dans la plus parfaite sécurité, et bientôt j’aperçus le clocher d’Arschot, noir sur le ciel noir, et une petite clarté brilla un peu à droite, que je pris pour celle d’une lampe allumée dans quelque chaumière. Le Dénier qui arrose Arschot pouvait fort bien se trouver sur mon passage, et ne me souciant guère de me bai-

gner à l’heure qu’il é’.ait, j’avançai avec précaution du côté de la petite lumière afin de demander un guide. Préoccupé vivement de celte pensée, je ne m’aperçus pas que je marchais depuis longtemps dans celte direction, et que la lumière semblait toujours à la même distance. Enfin, elle parut se rapprocher et je fus bientôt jusqu’à la ceinture dans un terrain mouvant, dont j’eus toutes les peines du monde à me tirer. Il est vrai que je n’entendis pas d’éclats de rire ; mais en revanche, quand je me retournai, je vis Arschot à une grande distance. J’y arrivai vers l’aube, dans un état de fatigue que je n’ai pas besoin de décrire. Depuis, quand j’étais surpris par la nuit, je me couchais tout bonnement sous un bouleau, et j’attendais pour retourner que le jour me préservât des lutins et des terrains fangeux.»

Un nouveau voyage dans l’Inde nous fournirait sur les superstitions de ces contrées de nombreux passages, nous n’en citerons que quelques-uns :

« Lorsqu’un Indien touche à ses derniers moments, on le transporte au bord du Gange; étendu sur la berge, les pieds dans l’eau, on lui remplit de limon la bouche et les narines; le malheureux ne tarde pas à être suffoqué et à rendre le dernier soupir. Alors, ses parents, qui l’environnent, se livrent au plus frénétique désespoir; l’air retentit de leurs cris ; ils s’arrachent les cheveux, déchirent leurs vêtements et poussent dans le fleuve ce cadavre encore chaud et presque palpitant, qui surnage à la surface jusqu’à ce qu’il devienne la proie des vautours et des chacals,

« Après avoir traversé plusieurs villes et villages, me voici devant Bénarès! la ville sainte des Indous, le chef-lieu de leurs superstitions, où plusieurs princes ont des maisons habitées par leurs représentants, chargés de faire au nom de leurs maîtres les ablutions et les sacrifices prescrits par leur croyance.

« Le soleil n’est pas encore levé, que les degrés du large et magnifique escalier en pierre de taille qui se prolonge jusqu’à l’eau, et qui à lui seul est un monument remarquable, sont chargés d’indous qui viennent prier et se baigner dans le Gange. Tous sontchargés de fleurs ; à chaque strophe de leurs prières, ils en jettent dans l’eaü, dont la surface, au bout de quelques moments, est couverte de camélias, de roses, de mongris ; hommage que tous les sectateurs de Brama rendent chaque jour au roi des fleuves.

« En parcourant les rues, qui sont toutes fort étroites, je vis une foule nombreuse se diriger vers une large avenue de manguiers, qui aboutissait à l’une des Payades. Celait un jour de grande solennité. Je parvins avec peine près de ce temple, où les plus étranges scènes s’offrirent à mes regards. Je me crus un moment entouré de malfaiteurs subissant la peine de leurs crimes, ou, bien certainement, de fous furieux; les uns, véritables squelettes vivants, étaient depuis vingt années renfermés dans des cages de fer d’où ils n’étaient jamais sortis t

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