‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 133 sur 222 · SL P · texte numérisé non relu

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« Pendant une année entière, l’enfant ne rut retrouver, malgré toutes ses tentatives, le sentier qui conduisait au passage souterrain. Enfin, après avoir éprouvé bien des manieurs, il réussit à renouer quelques rapports avec cette race mystérieuse. ÎI avait appris leur langue, qui, selon Giraldus, avait quelque ressemblance avec le grec fl). »

« Nous passerons maintenant à la descripde,s JHyUon OU mauvais lutins. Si les lylwyth-leg choisissent le plus souvent leur résidence dans de vertes clairières et sur des monticules exposés au soleil, les Ellyllon fréquentent les cavernes et les montagnes. Malheur a 1 infortuné qui rencontre ces joyeux et malicieux lutins dans un temps de broui lard ! Ils ont pour habitude de saisir imprudent voyageur et de l’emporter avec rapidité, lui donnant d’abord le choix de taire le voyage au-dessus de l’air, sur l’air ou sous l’air. De ces trois modes, s’il choisit Je premier, il est tout à coup transporté dans es plus hautes régions; s’il préfère, au contraire, le dernier, il périt misérablement déchiré par les buissons et les ronces, sali par les marécages qui se trouvent sur son chemin. Aussi 1 homme adroit a-t-il soin de se rappeler le conseil d’Apollon à Phaélon et de faire choix de la route intermédiaire’ qui lui assure un voyage agréable, également éloigné des ronces et des nuages.

« 11 faut diviser les traditions relatives à tous les etres merveilleux en deux espèces fort distinctes : les fées proprement dites et les génies mystérieux de toute nature, qui ri curent le nom générique û' Elves.

« H y en avait de deux espèces : les Elves champêtres, habitants des bois, des montagnes et des cavernes, et les Elves domestiques,appelés aussi H obgoblins ou Robin bon compagnon (Robin Goodfellows). L’auteur des (Jeta imperialia, Gervais de Tilburv cet Anglais, maréchal du royaume d’Arles, dans je xur siecle, nous a conservé quelques détails a ce sujet : ^

Parrai nous, dit-il, certains esprits s rnaturels qui peuvent aussi être appelés démons, auxquels on a donné, en France le nom de Hep tunes, et en Angleterre celui’de Porlunes. Ils ont pour habitude de vivre en bons fermiers. Après avoir travaillé tout le jour, quand vient la nuit, que tout repose autour d eux, ils s’établirent auprès du feu

le,Ursein de l'et‘tes grenouilles, les ont rôtir et les mangent. Ils ont l’apparence d hommes vieux et ndes; leur taille, trèsexiguè, ne s’élève pas au-dessus d’un pied • leurs vetements sont misérables. Si l’on aDporte quelque chose dans la maison qu’ils abilent, ou si la be-ogne presse, ils y mettent la main et ont tout achevé en peu d’instants. Il est dans leur nature de pouvoir

rio'mai 'erv,lce» mais non de faire beaucoup de mal. Quelquefois cependant ils se plaisent a jouer de malins tours. Ainsi, quand un cavalier se perd au milieu du brouillard souvent un Fortune monte à cheval avec lui,'

sur

s’empare des rênes, conduit l’animal dans quelque bourbier, puis s’échappe en poussant un long éclat de rire. F

« Il existe encore en Angleterre, dit le meme chroniqueur, un autre genre de démons que les gens du pays appellent Grant. 1 a i apparence d un jeune poulain à l’œil brillant comme l’éclair, à la course rapide et vagabonde. Souvent, au milieu de la nuit ces démons rôdent autour des maisons, hennissant et provoquant les chiens à aboyer et a courir sur eux. Ils réveillent les habitants qui sont sur leurs gardes, et auxquels ils sauvent ainsi bien des dangers.

« Ces esprits, qu’on nommait Elves dans Ja 7v/e’ ® Angleterre, s’appelaient Duergar, fjkke • Dwarfs, Kobolds et Nixs chez les diilcrenls peuples du nord de l’Europe. Les uns et les autres, suivant les usages et les mœurs des pais qu’ils habitaient, avaient des goûts divers, et qui cependant se ressemblent quand on les compare : ce qui suffît pour établir la commune origine de la tradition populaire en Europe. Le naturel de ces etres merveilleux est la douceur, et leur bienveillance à l’égard des humains est inépuisable; seulement ils ne peuvent souffrir la familiarité ou l’indiscrétion, et l’ingratitude de quelques mortels à leur égard a été souvent punie. Ils habitent toujours, dans chaque pays, les lieux les plus déserts et les moins accessibles à l’homme. Ainsi, en Danemark, ou ils sont appelés Nokke, ces esprits ont pour demeure les forêts et les eaux Grands musiciens, on les voit assis au milieu des fleuves, touchant une harpe d’or qui a le pou.oir d’animer toute la nature. Veut-on eîudier la musique avec de pareils maîtres, il faut se présenter à l’un d’eux avec un agneau noir, et lui promettre qu’au jour du jugement dernier Dieu le jugera comme les autres hommes. A ce sujet on° raconte la legende qui suit :

« Deux enfants jouaient au bord d’une ri- Ttere qui co «lait au pied de la maison de

sur |Peie‘ Un M°kke parQt’ el’ s’étant assis sur les eaux, îi commença à jouer de sa

harpe d or; mais l’un des enfants lui dit • — Bon Nokke, a quoi Ion chant peut-il te servir? tu ne seras jamais sauvé!

« A ces paroles, le Nokke fondit en larmes, et de longs soupes s’échappèrent de son sein. Les enfants revinrent dans la maison de leui pere, qui était ministre de la paroisse, et lui racontèrent cette aventure. JLe

enfan V'i"3 beau.couP la conduite de ses entants il leur ordonna de retourner au

bord de 1 eau et de consoler le Nokke en lui promettant miséricorde. Les enfants obéirent. IL trouvèrent l’habitant des ondes assis a la meme place et pleurant toujours.

Bon Nokke, dirent-ils, ne pleure plusnotre pere assure que tu seras sauvé comme les autres.

« Aussitôt le Nokke reprit sa harpe d’or et jour°Ua deIlcIeusemenl jusqu’à la fin du

(I) G;r. ldus Cambrensis , Ilinerarium Cambriæ, l.b. cap. 8. Dictionn. des sciexces occultes, il.

« Si l’on veut trouver sur l’origine des fées quelques documents remontant à une haute antiquité, c’est à la littérature, c’est à l’histoire du pays de Galles qu’il faut les demander. Chez les Bretons, la croyance aux fées est indigène; elle se lie aux plus vieilles traditions, et l’on en reconnaît la trace dans les premiers monuments de son histoire. L un des plus anciens passages relatifs aux lées gauloises se trouve dans le géographe Pomponius Mêla : '< L’île de Sein, dit-il, est sur la côte des Osismiens. Ce qui la distingue, c’est l’oracle d’une divinité gauloise. Les prêtresses de ce dieu gardent une perpétuelle virginité ; elles sont au nombre de neuf; les Gaulois les nomment Sènes. Ils croient qu’animées d’un génie particulier, elles peuvent, par leurs vers, exciter des tempêtes et dans les airs et sur la mer, prendre la forme de toute espèce d’animaux, guérir les maladies les plus invétérées, prédire l’avenir : elles exercent leur art surtout pour les navigateurs qui se mettent en mer dans le seul but de les consulter. »

« Tel est ce témoignage, qu’on peut considérer comme le premier qui nous soit parvenu sur les fées du pays de Galles. On sait en effet que le culte druidique, proscrit par la politique romaine , se réfugia dans la Grande-Bretagne, qui n était pas encore conquise, et que les derniers vestiges de ce culte se retrouvèrent longtemps encore parmi les descendants de la race kimrique L’hypothèse qui rattache l’origine des fées à l'histoire des anciens dru des n’est pas sans fondement. Les coutumes attribuées aux fées ont entre elles tant de liaison, tant de rapport, qu’elles indiquent évidemment les opérations d’un corps constitué, existant dans le royaume, distinct de ses propres habitants, agissant de concert, et forcé de vivre mystérieusement. Toutes leurs actions sont le résultat d’une politique conséquente et régulière, instituée pour empêcher la trahison aussi bien que pour inspirer la crainte de leur pouvoir et une haute idée de leur bienfaisance : aussi la tradition veut-elle que lomte tentative faite pour les découvrir ait été suivie d’une mort certaine : Ce sont des fées, dit le vaillant Falstaff; celui qui se mêle d'elles mourra. 11 ne fallait pas les arrêter dans leur entrée et leur sortie; il fallait mettre un bol de lait, le soir, sur l’âtre, pour elles. En récompense, elles laissaient un petit cadeau en argent si la maison était tenue proprement; sinon, elles inlligeaient quelque punition aux négligents; ei, comme ceux-ci ne pouvaient les regarder sans mourir, ils étaient forcés d’endurer cette punition.

« Le docteur Owen Pughe, à l’opinion duquel une connaissance étendue de la littérature galloise donne un si grand poids, observe que l’on considéra longtemps la race des fees comme les mânes des anciens druides qui n’étaient pas assez purs pour mériter le ciel, ni assez vicieux pour mériter l’enfer. Ils doivent rester ainsi jusqu’au jugement dernier, où ils recevront une meilleure existence, Si l’on interroge les anciens bardes

bretons au sujet des fées, on retrouve dans leurs poëmes les prêtresses de l’île de Sein; on y retrouve aussi les deux sortes de fées connues aujourd’hui encore dans le pays de Galles. Taliessin et Merdhin parlent de ees êtres mystérieux, les uns bons, les autres méchants. Les premiers avaient leurs demeures dans les clairières et les vertes prairies; les seconds, dans les montagnes et les bois épais. Ils avaient encore, bien loin vers le nord, au delà de la Grande-Bretagne, une terre qui leur appartenait. On l’appelait Vile d'Avalon, île enchantée, où toutes les richesses de la nature se trouvaient en abondance. Là surtout croissaient ces herbes précieuses qui guérissent les blessures; c’est là aussi que fut porté Arthur apiès le terrible combat d’Ëubelin : — Nous l’y avons déposé sur un lit d’or, dit le barde Taliessin, dans la chronique de Geoffroy de Monmouth. Mourguel la fée, après avoir considéré ses blessures, nous a promis de les guérir. Heureux de ce présage , nous lui avons laissé notre roi.

« Àvalon est riche et belle, dit un romancier français du xiiie siècle; le château est le plus magnifique qu’on puisse jamais rencontrer. Tout homme couvert de blessures qui se frotte à l’une des pierres de cette demeure est aussitôt guéri ; elles sont brillantes comme le feu. Chaque porte est faite de l’ivoire le plus pur, < t cinq cents fenêtres éclairent la tour, dont les murs sont d’or mêlé de pierreries. La couverture est aussi en or; au sommet brille un aigle d’or qui lient en son bec un gros diamant : là demeure le peuple des fées. »

« Ces fées, pendant tout le moyen âge, ont exercé beaucoup d’empire, et leur influence, bonne ou mauvaise, était fort redoutée.

Aussi nous voyons dans le pays de Galles, en Ecosse, en Angleterre et en France, s’établir peu à peu la coutume de vouer aux fées les enfants nouveau-nés. C’est dans les romans de chevalerie qu’il faut chercher les preuves de cette ancienne coutume.

« Voici le commencement de l’une des plus anciennes versions du roman français d’Ogier le Danois :

« La nuit où l’enfant vint au monde, les demoiselles du château le portèrent dans une chambre séparée; et quand il fut là, six belles fées se présentèrent. S’éianl approchées de l’enfant, l’une d’elles, nommée Gloriande, le prit dans ses bras, et le voyant si beau, l’embrassa en disant : — Mon enfant, je te donne un don : c’est que toute ta vie lu seras le plus hardi des chevaliers.

« — J’ajoute à ce don, dit une autre fée, nommée Palestine , que jamais tournoi et bataille ne le manqueront.

« — Dame, reprit une troisième fée, nommée Pharamonde, ces dons ne sont pas sans péril : aussi je veux qu’Ogiersoit toujours vainqueur.

« — Je veux, dit alors Meüor, qu’il soit le plus beau des chevaliers.

« — Et moi, dit Pressine, le plus heureux.

« Enfin Mourguel, la sixième et la plus pais*

sur*

s.'inte, ajouta : — J’ai entendu tous les dons que vous avez faits à cet enfant : eh bien 1 il en jouira seulement après avoir habité mon chateau d’Avalon. »

« La croyance au pouvoir des fées donna naissance à l’usage de placer dans la chambre des nouvelles accouchées un dressoir et une table chargés de vins exquis et de mets délicats. On lit à ce sujet dans le roman de Guillaume au court nez : « 11 y avait alors dans plusieurs pays une coutume qui consistait à placer sur la table trois pains blancs, trois pots de vin et trois hanaps ou verres à côté. On mettait le nouveau-né au milieu, puis les dames reconnaissaient le sexe de 1 enfant, qui ensuite était baptisé. »

« Le (ils de Maillefer fut ainsi exposé; puis quand la nuit vint, pendant que le ciel était pur, la lune brillante, trois fées parurent • elles prirent l’enlant, le réchauffèrent, lé couvrirent et le placèrent dans son berceau; ensuite elles soupèrent, puis chacune d’elles lit présent au nouveau-rié d’un beau souhait.

« Souvent, et surtout en Bretagne, au lieu d attendre les fées, on allait au-devant d’elles, et on portait 1 enfant dans les endroits connus pour servir de demeure à ces divinités. Ces endro.ts étaient célèbres, comme on peut le penser, et dans beaucoup de pays ils ont gardé le nom de grottes ou de roches aux jees.

« Dans le pays de Galles, comme partout, les fees sont habillées de vert, afin qu’elles puissent mieux se cacher. Dans la crainte que les enfants , qu’elles ont toujours en grand nombre, ne viennent à trahir leur retraite, on ne leur permet pas de sortir, excepte la nuit. C’est alors que ces petits êtres mystérieux paraissent en grand nombre, et se plaisent à danser en rond au clair de la lune. Ils choisissent généralement une verte prairie ou bien un tertre ombragé d’arbres touffus, mais toujours un lieu vois n de la demeure de leur mère, afin de pouvoir s’y réfugier au premier bruit. 11 est arrivé quelquefois que des mortels ont été témoins de ces danses et ont osé s’y mêler; mais alors, malheur a eux I car les fées enirainent ces imprudents dans un cercle rapide; ils tournent, tournent sans cesse, et finissent par trouver ia mort dans cette ronde surnaturelle.

« On pense que la montagne du comté de Merionelh appelée Cader Idris a été longtemps le théâtre de ces sortes de réunions. Le sommet est couronné par un enclos irrégulier de pierres : probablement ce sont les resles de quelque ancien tumulus ou Carnedd, eî la tradition s’est plu à donner à ces ruines le nom de Cader Idris, ou le tombeau diaris, .un des derniers maîtres de cette iorteresse des rochers. Ce lieu solitaire est oevenu doublement sacré dans la pensée des paysans gallois, qui le regardent encore comme fréquenté par les Tylwylh-Teg, dont les jeux no. turnes ont été vus de plusieurs personnes. Il y a quelque chose d’imposant » ans cet endos grossier et solitaire, situé au sommet d une haute montagne. On attribue a ces lieux une vertu dont la réalité peut

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