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LES VISIONS DE SWEDENBORG

Chacun sait que le célèbre visionnaire qui va nous occuper un instant mena dans sa jeunesse une vie simple, paisible etsans éclat, et qu’il avait plus de quarante ans lorsque ses missions, ses correspondances célestes, ses entrevues avec les morts et scs visions pro-

(1) Traduit de l’alleinaad; par M. D.... y

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poétiques commencèrent. A partir d’un jour iisé, d’une heure précisée avec exactitude, il se considéra comme un cire d’une espèce toute particulière, comme un instrument d s révélations immédiates de Dieu. Le citoyen paisible, l’homme naïf et gai, l’ami

fidèle et communicatif moui urent, et firen’. place au prophète de Dieu , brûlant de la flamme mystérieuse, qui s’efforça aussitôt de communiquer son feu à son époque froide < t vaniteuse. Ses écrits, très-nombreux et qui se succédèrent avec beaucoup de rapidité, datent de celte période, qu’il passa alternativement dans l’agitation des voyages et au milieu de ses amis à Stockholm et à la campagne. Ce n’est pas ici le lieu de nous occuper du système renfermé dans ces ouvrages ; notre époque a dirigé de ce côté des regards attentifs, et on a fait l’examen le plus spirituel des doctrines de cet homme remarquable. 11 ne s’agit que d’un petit événement de sa vie, qui paraîtra même insignifiant à ceux qui sont accoutumés aux relations extravagantes qu’on fait aujourd’hui de cet empire ténébreux.

Lorsque Emmanuel Swedenborg quitta la Suède eu 1746, po .r aller faire imprimer un de ses traités eu Angleterre, il laissa à Gothenbo’jrg une dame qui vivait avec lui dans l’amitié intime, dans ce lien des âmes qui suffisait seul aux exigences du prophète enthousiaste. Le baron Silverhielm, parent de Swedenborg, nous a laissé un beau portrait de cette femme. 11 ne la représente ni comme très-jeune , ni comme très-beile ; mais ce charme qui forme l’attrait le plus délicat et le plus constant était répandu sur toute sa personne. La sérénité intérieure d’une âme saine se réfléchissait sur son visage pâle et souffrant, Chacune de ses paroles témoignait de la pureté de sa pensée. Pas la moindre trace de fanatisme ou d’enthousiasme mystique ne se montrait sur le miroir si lisse de cette conscience pure, et pourtant elle était l’amie de Swedenborg, la confidente d’un visionnaire ; elle prenait part aux mystères de l’enthousiaste fantastique , comme le monde l’appelait. Ne portons pas sur ce point un jugement précipité; mais il paraît certain que c’étaient leurs esprits qui s’aimaient ; car nous allons voir tout à l’heure que la distance de cent milles qui séparaient leurs corps ne mettait pas d’obstacle à leurs entrevues.

On ne connaît pas précisément le nom de la comtesse; mais c’était assurément un de ces antiques noms suédois qui finissent tous par kron, hieltn ou sparre, /iyclU et stjernn , qui commencent ordinairement par adler, loewc ou koenig , et qui sonnent si pompeusement â l’oreille, qu’ils sont dignes de rappeler d’antiques et grands souvenirs historiques. Ses pronoms ne pouvaient guère être qu’Ulrique , Eléonore , deux noms qui ont quelque chose de fier et de mélancolique , et qui désignent presque avec précision une personne pâle et de haute stature, au maiulieu noble, Quoique un peu froid. Tel e paraissait précisément la comtesse à ce ui qui

la voyait pour la première fois dans son palais solitaire de Gothenbourg, sans parents, sans amis, sans société, entourée seulement des portraits de scs aïeux. Ceux-ci, du milieu des cadres dorés dont les salons étaient garnis, regardaient tout aussi fièrement qu’ellemême, tout aussi silencieusement et avec non moins d’assurance. L’essaim des domestiques se tenait dans un grand éloignement, afin de ne pas troubler le repos ni la solitude de la comtesse.

Mais pourquoi ce repos, celle solitude?

Pour raffiner peut-être sur les découvertes étranges de son ami , à qui les anges en faisaient parvenir tous les jours de nouvelles. Peut-être le visionnaire et la comtesse étaientils assis sur ce canapé de satin blanc parsemé d’étoiles d’argent, dans ce petit salon où des tapis moelleux empêchaient jusqu’au moindre bruit, même celui du craquement d’un soulier de soie; peut-être l’enlretenait-il , en retenant son haleine, avec ce ton prophétique qui sait toucher le nerf le plus secret; peut-être l’enlretenait-il de ses voyages dans les planètes, des créatures qu’il a vues dans Uranus et dans Saturne , et des habitants de la lune, qu’il a trouvés petits comme des enfants de six ans. La comtesse ne peut pas cacher un petit sourire profane quand son ami lui parle des palais de la Jérusalem céleste , brillants de pierres précieuses et de perles , et entourés de fleurs qui parient. Mais elle ne sourit pas quand il lui dit que les anges s’intéressent encore humainement à ce qui concerne les cœurs ici-bas. Cette doctrine est trop consolante.

Le portrait d’un ange, tel que nous le donnent les livres saints, nous représente u:i messager de la toute-puissance, beau, magnifique, exécutant sévèrement les ordres du maître , sans le moindre motif d’intérêt particulier. Le sort de l’humanité est à trop grande distance d’un tel esprit ; il ne doit déployer qu’avec une répugnance secrète le précieux ornement de ses ailes si pures , pour les plonger dans la mer orageuse des vapeurs fumantes et impures de la terre, d’une terre qu’il n’a jamais connue, où il n’a jamais souffert ni pleuré. L’ange qui chasse du paradis le couple infortuné de nos aïeux, et leur assigne pour séjour une terre froide et sombre , semble au rêveur suédois aussi inflexible et aussi impassible que son glaive de flamme. Swedenborg lie fut pas satisfait de tes anges. 11 trouva que, quand la suprême sagesse jugeait nécessaire d’adresser des messages aux mortels , ces messages étaient bien positivement confiés aux cœurs aimants, et les anges qui nous viennent en aide furent, selon lui, des âmes d’hommes que la mort a moissonnés. Il entretenait la comtesse Ulrique Eléonore de ces nouveaux anges, de ces anges de sa fabrique , et peutêtre se permettait-il l’allusion que cette doc-, trine lui plaisait surtout , parce que maintenant il pouvait être pour ainsi dire certaia de la destination future de son amie.

Que le visionnaire et la com'esse s'entretinssent sur lu nature dçs anges, cela n’avait

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