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toute trempée, lui en fit prendre une autre. Un moment après, le duc d’Anjou ( depuis Henri 111), qui avait aussi beaucoup dansé, y entra pour raccommoder sa chevelure , et s’essuya le visage avec le premier linge qu’il trouva : c'était la chemise qu’elle venait de quitter. En rentrant dans le bal, il jeta les yeux sur Marie de Clèves, la regarda avec autant de surprise que s’il ne l’eût jamais vue; son émotion, son trouble, ses transports, et tous les empressements qu’il commença de lui marquer, étaient d'autant plus étonnants, que, depuis six mois qu’elle était à la cour, il avait paru assez indifférent pour ces mêmes charmes qui, dans ce moment, faisaient sur son âme une impression si vive et qui dura si longtemps. Depuis ce jour, il devint insensible à tout ce qui n’avait pas de rapport à sa passion. Son élection à la couronne de Pologne, loin de le flatter, lui parut un exil ; et quand il fut dans ce royaume, l’absence, au lieu de diminuer son amour, semblait l’augmenter; il se piquait un doigt toutes les fois qu’il écrivait à celle princesse , et ne lui écrivait jamais que de son sang. Le jour même qu’il apprit la nouvelle de la mort de Charles IX, il lui dépêcha un courrier pour l’assurer qu’elle serait bientôt reine de France; et lorsqu’il y fut de retour, il lui confirma celle promesse et ne pensa plus qu’à l’exécuter; mais, peu de temps apres , celle princesse fut attaquée d'un mal violent qui l’emporta. Le désespoir de Henri III ne se peut exprimer; il passa plusieurs jours dans les pleurs et les gémissements, et il ne se montra en public que dans le plus grand deuil. Il y avait plus de quatre mois que la pi incesse de Condé était morte et enterrée à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, lorsque Henri III, en entrant dans cette abbaye, où le cardinal de Bourbon l’avait convié à un grand souper, se sentit des saisissements de cœur si violents, qu’on fut obligé de transporter ailleurs le corps de celle princesse. Enfin il ne cessa de l’aimer, quelques efforts qu’il fît pour étouffer cette passion malheureuse (1). Quelques-uns virent là un sortilège.

On raconte qu’un roi et une reine d’Arracan (dans l’Asie, au delà du Gange) s’aimaient éperdument; qu’il n’y avait que six

TABAC. Nicot, ambassadeur à Lisbonne, est le premier qui ait fait connaître le tabac en France ; le cardinal de Sainte-Croix l’introduisit en Italie ; le capitaine Drack en An-

(t) Saint-Foix, Essais.

(2) Les antipathies ne sont pas moins singulières en certains cas que les sympathies. On a vu à Calais un homme qui entrait en fureur malgré lui lorsqu’il entendait crier des canards. 11 les poursuivait l’épée a la main. Cependant il en mangeait avec plaisir; c’était son mets favori.

Helvétius raconte ce petit trait :

« Le duc de Lorraine donnait un grand repas a toute sa cour. On avait servi dans le vestibule, et le vestibule donnait sur un parterre. Au milieu du souper, une femme croit voir une araignée. La peur la saisit; elle pousse un eri, quille la table, fuit dans le jardin et tombe sur le ga-

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