‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 146 sur 222 · THO · texte numérisé non relu

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raphim. Selon d’autres rabbins, les théraphirns étaient des mandragores.

THERMOMETRE. L’abbé Chappe, né à Mauriac en Auvergne, en 1722 , de l’académie des sciences , s’est immortalisé par ses deux voyages, l’un à Tobolsk, dans la Sibérie, en 1761 , l’autre en 1769, en Californie, où il est mort. Dans le premier de ces voyages, il arriva un jour qu’après s’être livré au sommeil, auquel la fatigue l’avait fait succomber, il se trouva, en s’éveillant, au milieu de la nuit, abandonné par ses gens, seul dans son traîneau, dans tyi désert de glaces, sans vivres et loin de toute espèce d’habitation. 11 ne perd point courage ; il marche au hasard, s’abîme dans un trou rempli de neige, s’en tire par miracle, aperçoit dans le lointain une faible lumière, la suit, arrive, retrouve ses gens, les réveille , leur pardonne et poursuit sa route. Il approche enfin de Tobolsk ; il ne restait que trois rivières à passer : mais tout annonçait le dégel ; on voyait l’eau partout. Les postillons refusent le service. Il les enivre d’eau-de-vie, et traverse les deux premières.

A la dernière il n’éprouve que des refus insurmontables. Indigné, il entre chez le maître de poste, en tenant à la main son thermomètre, que la chaleur du poole fait monter, au grand étonnement des spectateurs. L’abbé, qui s’en aperçoit , saisit la circonstance. Il leur fait dire par son interprète qu’il est un grand magicien, que l’instrument qu’il porte l’avertit de tous les dangers ; que si le dégel était à craindre, l’animal qu’il renferme, étant exposé au grand air, ne descendrait pas, mais que si la glace était encore forte, il descendrait au-dessous d une ligne qu’il marque avec le doigt. H sort alors : lous le suivent en foule, elle thermomètre de descendre. Pleins de surprise et d’admiration, les postillons se hâtent d’obéir, et la rivière est traversée malgré la glace fléchissant sous le poids du traîneau, et menaçant à chaque instant de se rompre et de l’engloutir avec les voyageurs.

THESPESIUS. Citoyen de Cdicie, connu de Plutarque. C’était un mauvais sujet qui exerçait toutes sortes de friponneries, et se ruinait de jour en jour de fortune et de réputation. L’oracle lui avait prédit que ses affaires n’iraient bien qu’après sa mort. En conséquence, il tomba du haut de sa maison, se cassa le cou et mourut. Trois jours après, lorsqu’on allait faire ses funérailles, il revint à la vie et fut dès lors le plus juste, le plus pieux et le plus homme de bien de la Cilicie. Comme on lui demandait la raison d’un tel changement, il disait qu’au moment de sa chute son âme s’était élevée jusqu’aux étoiles, dont il avait admiré la grandeur immense et l’éclat surprenant; qu’il avait vu dans l’air un grand nombre d’âmes, les unes enfermées dans des tourbillons enflammés, les autres pirouettant en tout sens, celles— < i très-embarrassées et poussant des gémissements douloureux ; celles-là, moins

nombreuses, s’élevant en haut avec rapidité et se réjouissant avec leurs semblables. Il racontait tous les supplices des scélérats dans l’autre vie ; et il ajoutait que, pour lui, une âme de sa connaissance lui avait dit qu’il n’était pas encore mort, mais que, par la permission des dieux, son âme était venue faire ce petit voyage de faveur ; et qu’après cela il était rentré dans son corps poussé par un souffle impétueux.

Mais vous, lecteur, croyez-moi, n’attendez pas la mort pour bien vivre.

THESSÀLIENNES. La Thessalie possédait un si grand nombre de sorciers, et surtout de sorcières, que le nom de sorcière et de Thessalienne étaient synonymes.

THEURG3E, art de parvenir à des connaissances surnaturelles et d’opérer des miracles par le secours des esprits ou génies que les païens nommaient des dieux, et que les Pères de l’Eglise ont appelés avec raison des démons. Cet art imaginaire a été recherché et pratiqué par un grand nombre de philosophes. Mais ceux des troisième eî quatrième siècles, qui prirent le nom d’éclectiques ou de nouveaux platoniciens, tels que Porphyre, Julien, Jamblique, Maxime, en furent principalement entêtés. Ils se persuadaient que, par des formules d’invocation, par certaines pratiques, on pou vaitavoir un commerce familier avec les esprits, leur commander, connaître et opérer par leurs secours des choses supérieures aux forces de la nature. Ce n’était, dans le fond, rien autre chose que la magie, quoique ces philosophes en distinguassent deux espèces, savoir: la magie noire et malfaisante, qu’ils nommaient goétie , et dont ils attribuaient les effets aux mauvais démons, et la magie bienfaisante qu’ils appelaient théurgie, c’esi-àdire opération divine par laquelle on invoquait les bons esprits (1).

Comment savait-on, ajoute Bergier , que telles paroles ou telles pratiques avaient la vertu de subjuguer ces prétendus esprits et de les rendre obéissants? Les Ibéurgistes supposaient que les mêmes esprits avaient révélé ce secret aux hommes. Plusieurs de ces pratiques étaient des crimes, tels que les sacrifices de sang humain; et il est établi que les théurgistes en offraient. Vog. Julien, Magie, Art notoire, etc.

THIERS (Jean-Baptiste), savant bachelier de Sorbonne, professeur de l’Université de Paris, et ensuite curé de Vibraye dans le diocèse du Mans, né à Chartres en 1638, mort à Vibraye en 1703, auteur un peu janséniste de plusieurs ouvrages curieux, parmi lesquels on recherche toujours le Traité des superstitions, k vol. in-12. H y rapporte une foule de petits faits singuliers.

THOMAS (Saint). On lit dans les démonomanes que saint Thomas d’Aquin se trouvait incommodé dans ses éludes par le grand bruit des chevaux qui passaient tou s les jours de va ut ses fenêtres pour aller boire : comme il était habile à faire des talismans, il fit une petite

(lj Berlier, Dictionn.de liiéulogie.

figure de cheval qu’il enterra dans la rue, et depuis, les palefreniers furent contraints de chercher un autre chemin, ne pouvant plus à toute force faire passer aucun cheval dans cette rue enchantée.

C’est un conte comme un autre. F. Albert le Grand.

THOMAS. On lit dans plusieurs conteurs ce qui suit :

« Un moine, nommé Thomas, à la suite d’une querelle qu’il eut avec les religieux d’un monastère de Lucques, se relira tout troublé dans un bois, où il rencontra un homme qui avait la face horrible, le regard sinistre, la barbe noire et le vêtement long. Cet homme vint au moine et lui demanda pourquoi il allait seul dans ces lieux détournés. Le moine répondit qu’il avait perdu son cheval et qu’il le cherchait. — Je vous aiderai, dit l’inconnu.

« Comme ils allaient ensemble à la poursuite du prétendu cheval égaré, ils arrivèrent au bord d’un ruisseau entouré de précipices. L’inconnu invita le moine, qui déjà se déchaussait, à monter sur ses épaules, disant qu’il lui était plus facile de passer à lui qui était plus grand. Thomas, fasciné par son compagnon, quoiqu’il en eût peur, y consentit; mais lorsqu’il fut sur le dos de l’inconnu, ils’aperçut qu’il avaitles pieds difformes d’un démon ; il commença à trembler et à se recommander à Dieu de tout son cœur. Le diable aussitôt se mit à murmurer et s’échappa avec un bruit affreux, en brisant un grand chêne qu’il arracha de terre. Quant au moine, il demeura étendu au bord du précipice et remercia son bon ange de l’avoir ainsi tiré des griffes de Satan (1). »

THQR, dieu de la foudre chez les anciennes races germaniques , qui l’armaient d’un marteau.

THOU. 11 arriva en 1593 une aventure assez singulière au président de Thou. 11 se tiouvait depuis peu de temps dans la ville de Saumur. Une nuit qu’il était profondément endormi, il fut réveillé tout à coup par le poids d’une masse énorme qu’il sentit se poser sur ses pieds. Il secoua fortement ce poids et le Gt tomber dans la chambre... Le président ne savait encore s’il était bien éveillé quand il entenditmarcher toutauprès de lui. Il ouvrit les rideaux de son lit, et comme les volets de ses fenêtres n’étaient pas fermés et qu'il faisait clair de lune, il vit distinctement une grande Ggure blanche qui se promenait dans 1 appartement.... Il aperçut en même temps des hardes éparses sur des chaises auprès de la cheminée. Il s’imagina que des voleurs étaient entrés dans sa chambre; et voyant la figure blanche se rapprocher de son lit, il lui demanda d’une voir forte: — Qui êtes-vous ?

— Je suis la reine du ciel, — répondit le fantôme d’un ton solennel.

Le président, reconnaissant la voix d’une femme, se leva aussitôt ; et, ayant appelé ses domestiques, il leur dit de la faire sortir, et

se recoucha sans demander d’éclaircissement. Le lendemain, il apprit que la femme qui lui avait rendu une visite nocturne était une folle qui, n’étant point renfermée, courait çà et là et servait de jouet au peuple. Elle était entrée dans la maison, qu’elle connaissait déjà, en cherchant un asile pour la nuit. Personne ne l’avait aperçue, et elle s’était glissée dans la chambre du président, dont elle avait trouvé la porte ouverte. El e s’était déshabillée auprès du feu et avait étalé ses habits sur des chaises. Cette folle était connue dans la ville sous le nom de la reine du ciel, qu’elle se donnait elle-même.

THUGGISMÉ , assassinai religieux dans l’Inde. La Revue d'Ed mbourg a publié en 1837 un article des plus intéressants sur ce sujet singulier.

<« Les annales des sociétés humaines n’ont pas conservé le souvenir d’un phénomène plus extraordinaire , dit le savant rédacteur. Ce phénomène date de plusieurs siècles : il dure encore. Il résiste à l’influence de la domination anglaise. 11 s’est perpétué dans l’Inde, à travers toutes les variations des gouvernements et des coutumes; le mahométisme et la conquête sourde et silencieuse opérée par nos marchands ne l’ont pas détruit.

« Déjà l’Europe effrayée avait entendu parler de cette nation d’assassins, fraternité immense, répandue sur tous les points de l’Indoustan ; respectée par les autorités, conforme aux coutumes, consacrée par la religion, fondée sur des principes philosophiques. Mais jusqu’ici on n’avait obtenu sur elle que des renseignements incomplets et partiels. L’organisation de celte société, vouée à la destruction de l'humanité , se trouve enfln éclaircie, grâce aux efforts de sir William Bentinck, gouverneur des possessions anglaises dans l’Inde ; et l’on n’a plus aucun doute sur son existence, sur ses ramiflcalions , sur les profondes racines qu’elle a jetées dans les mœurs du pays. Les preuves sont abondantes, les mobiles qui la dirigent sont connus.

« Depuis le cap Comorin jusqu’aux monts Hymalaya, une vaste association couvrant le sol, répandue dans les forêts, habitant les villages, mêlée aux citoyens les plus respectables, soumise à un code de moralité d’ailleurs sévère , parcourant tout le territoire, n’a d’autres moyens d’existence, d’auire gloire, d’autre but avoué, d’autre religion que de tuer. Les philosophes occidentaux sont restés bouche béante, les yeux fixés sur ce phénomène : lorsque des faits avérés sont venus l’attester, ils n’ont pu ni le réfuter ni le comprendre. Quelle explication rationnelle donner d’une telle anomalie? La s«>ciclé repose sur le besoin de la conservation : voici des milliers d’hommes associés pour la destruction.

« Us tuent sans scrupule, sans remords, d’après un système lié, logique, complet. Assurément ceci est un prodige. Les assas-

(t) Wierus, del’ræst., elc.

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gins ou thugs (1) sont non-seulement moralistes, mais artistes ; leurs formules pour étrangler le voyageur sont savantes; ils recherchent l’élégance et la grâce dans le procédé même de l’assassinat.

« Nul d’entre eux n’oserait employer un nœud coulant grossièrement fabriqué. Cesdémons se croient des anges; la justice britannique met-elle la main sur eux, ils se présentent sans crainte et meurent sans honte. Ils développent ingénument les principesde leur caste, en soutiennent l’excellence et en rapportent les actes les plus horribles à une nécessité supérieure, divine, dont ils ne sont que les instruments louables

«La pensée religieuse qui a présidé à la civilisation immémoriale de l’Inde , c’est la déification de toutes les forces, l’apothéose gigantesque de tout ce qui est puissance, faculté, penchant... A côté de la puissance de création représentée par Vishnou et adorée comme telle, se trouve la puissance de destruction qui a aussi ses autels. Siva c’est le Rien , la Destruction; par conséquent la Mort. La subtilité sagace des philosophes, trouvant la mort sans cesse associée à la vie, le monde toujours occupé à se dévorer lui-même, l’existence sans cesse renouvelée par l’anéantissement, a élevé des temples à la force qui détruit, et les a opposés à ceux de la force qui féconde et crée. Nous n’hésitons pas à regarder le panthéisme indien comme le père de tous les polythéismes. Dans son enceinte immense, il renferme toutes les religions païennes. Prakrili est adoré comme raison ordonnatrice des choses; Pourouche, comme âme du monde, comme esprit de Dieu; Siva, c’est le feu dévorant, ne rallumant la vie qu’au flambeau de la mort. Entrez dans le domaine de la mythologie sivaïte; lisez les odes, les hymnes, les traditions qui lui sont consacrés, vous n’y reconnaîtrez rien qui se rapproche de la simplicité patriarcale, de la contemplation pure , de l’élévation sublime qui respire dans les autres vedas. Un certain mysticisme y respire encore; mais c’est un infernal enthousiasme, un délire de sang et de voluptés, un culte de l’orgie, où ce qu’il y a de plus subtil se joint à ce qu’il y a de plus gigantesque. Vous vous rappelez les fureurs sanglantes des prêtres de Phrygie, la singularité atroce de ces croyances qui commandaient l’éviration; la fable des Titans qui mettent Bacchus en lambeaux; celle de la Ménade qui, échevelée, frénétique, va secouer son thyrsc au milieu des tigres et des panthères se roulant sur les débris d’ossements humains. Religion redoutable qui révèle ses mystères avec férocité, dans un pourana, ou chant sacré, nommé le markandia , pourana consacré ù Devi, femme de Siva.

« Devi représente l’instinct féroce, l’énergie de Siva; c’est à elle que se rattache la secte des assassins par système nommes Thugs.

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C’est elle qu’ils invoquent; c’est à elle qu’ils demandent des augures et des auspices; divinité terrible, errante au milieu d’un cimetière, le cou chargé d’ossements humains, mêlant la volupté au meurtre, s’enfermant dans une grotte mystérieuse et sombre pour y chercher des plaisirs secrets, pendant que des victimes humaines périssent dans les bûchers...

« Est-il vrai qu’un rapport existe entre ces anciennes doctrines philosophiques et l’effrovable coutume de l’assassinat systématique? Ce rapport est-il réel et irrécusable? On ne peut en douter. Tous les interrogatoires des thugs arrêtés par les autorités anglaises donnent sur ce point curieux les explications les plus nettes. Chacun des assassinats qu’ils commettent est un acte religieux : le code renfermant les principes du thuggisme est inviolable dans ses maximes. Sanctionné d’un côté par le fanatisme et de l’autre par la soif du gain, il tient à la fois à la terre et au ciel. On ne peut effacer de l'esprit des thugs les axiomes fondamentaux des dogmes dictés par Devi. « J’en ai connu, dit le capitaine Sleeman, qui avaient vécu familièrement, pendant douze années, chez des Européens ; ils savaient parfaitement l’anglais ; ils demeuraient convaincus de l’originedivine du thuggisme. Ceux que nous tenions en prison à Joubelpore appartenaient à toutes les provinces de l'Inde; il y en avait qui venaient de la Karnatique, des bords de l’Indus et de ceux du Gange. La plupart comptaient dix ou quinze années d’exercice ; ils parlaient de leurs fonctions comme de fonctions sacerdotales, honorablement remplies ; de leurs victimes, comme un prêtre de Jupiter ou de Saturne eût parlé des bœufs et des génisses immolés sur les autels de sou dieu. Toujours, quand on questionne un thug, le nom de Devi, sa patronne, la déesse du meurtre philosophique, explique et excuse tout.»

« Cette effroyable déesse Devi se nomme aussi Kalie, Dourga ou Bhowanie; elle a posé les bases et dicté les principes de l’affiliation. Tous les meurtriers la regardent comme leur protectrice; les sacrifices humains lui plaisent seuls. Pour la satisfaire, beaucoup de dévots se suicident ; d’autres enlèvent des enfants dont ils versent le sang devant sa statue; mais si tous les assassins croient en elles, les thugs se regardent seuls comme ses enfants orthodoxes.

« — Vous croyez donc, demandait un juge au thug Saït), qu’un homme qui commet l’homicide sans se conformer aux présages et aux rites, est puni dans ce monde et dans l’autre?

« — Puni rigoureusement; la famille d’un meurtrier périt et s’efface; son nom même disparaît de la terre. Le thug qui assassine sans formalités perd les enfants qu’il a : Dieu ne lui en donne plus d’autres.

(t) Prononcez theuijs, avec l’aspiration du </i. Ce mot, d'origine hindoue, signifie séducteur. (Traduction de la Revue Britannique.)

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