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chambre inférieure, où se trouvaient trois dames, au nombre desquelles madame Gatian de Clérambault , et frappa successivement ces trois dames à la nuque, en les renversant l’une après l’autre.
« Madame Gatian, qui, dans cette circonstance, avait conservé le plus de sang-froid et qui se releva la première, put observer complètement ce qui se passait. Elle vit le tonnerre parcourir assez lentement la chambre, sous la forme d’un globe de feu de la grosseur d’un fauteuil, renverser les deux personnes qui étaient avec elle, et enfin sortir de l’appartement par la fenêtre, en brisant tous les carreaux. En descendant au rez-de-chaussée, la foudre tua un cheval dans la cour.
« Le premier soin de madameGatian, après ce qui venait d’avoir lieu, fut de monter précipitamment au grenier, pour savoir si quelque accident n’était point arrivé à son mari. Elle l’aperçut étendu sans connaissance, auprès du domestique et du meunier. Le meunier était mort; le domestique, qui n’avait été qu’étourdi par le coup, aida à transporter M. Gatian dans son appartement, où il ne revint que tardivement de son évanouissement.
« Des phénomènes fort singuliers ont été observés sur la personne de M. Gatian. La foudre, en le frappant, souda sa montre, qui était dans son gousset, suivit la chaîne d’or qui la retenait, la fondit et répandit l’or comme un semis sur le gilet; puis transporta une partie de l'or de la chaîne sur les lunettes que portail M. Gatian, et dont elle souda les jointures. Enün, passant entre la chemise et le corps, la foudre descendit, en brûlant la peau du côté droit , cl, laissant seulement , sans la détériorer, une trace noire sur la chemise, suivit la jambe droite et sortit par l’extrémité de la botte.
« Ce sont là des singularités intéressantes à ajouter au-x phénomènes bizarres que l’observation a recueill s relativement aux accidents causés par le tonnerre. »
TOQU1 (Grand). Les Araucans, peuplades indépendantes du Chili, reconnaissent sous ce nom un grand esprit qui gouverne le monde. Ils lui donnent des ministres inférieurs, chargés des petits détails d'administration, tels que les saisons , les vents, les tempêtes, la pluie et le beau temps. Ils admettent aussi un mauvais génie qu’ils appellent Guécuba , qui se fait un matin plaisir de troubler l’ordre et de molester le grand Toqui.
TOUNGAUSUK. Les Grocnlandais ne font ni prières ni sacrifices, et ne pratiquent aucun rite; ils croient pourtant à l’existence de certains êtres surnaturels. Le chef et le plus puissant de ces êtres est Tornguriuk, qui habite selon eux sous la terre, et qu’ils représentent tantôt sous la forme d’un ours, tantôt sous celle d’un homme avec un bras , tantôt enfin sous celle d’une créature humaine; grande au plus comme un des doigts de la main.
C’est auprès de cette divinité que les anguekkoks sont obligés de se rendre pour lui Dictîonn. des sciences occultes. II.
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demander conseil, quand un Grocnlandais tombe malade ou qu’il se trouve dans quelque autre embarras. Indépendamment de ce bon génie, qui est invisible à tout le monde, excepté à l’anguekkok , i! en est plusieurs autres qui sont moins puissants; ce sont les génies du feu, de l'eau, de l’air, etc., qui, par l’entremise de l’anguekkok, enseignent aux habitants ce qu’ils doivent faire ou ce qu’ils doivent éviter pour être heureux. Chaque anguekkok a en outre son esprit familier, qu’il évoque et qu’il consulte comme un oracle.
Nous empruntons ces détails à l’expédition du capitaine Graah dans le Groenland. 11 en donne d’autres fort curieux sur l’esprit de ces peuples. Ils croient, dit-il, que le soleil, la lune et quelques-unes des étoiles étaient, dans l’origine, des Grocnlandais qui ont pris leur vol vers le ciel. Quand il y a une éclipse de lune, ils s’imaginent que l’àstre profite de ce moment pour descendre sur la terre, cl entrer dans leurs maisons, dont il parcourt tous les coins et les recoins pour y chercher des peaux et des aliments ; de sorte qu’ils cachent avec soin tout ce qu’ils possèdent, cl font le plus de bruit possible, afin de faire peur à leur hôte importun, et de ie chasser de chez eux.
S’ils prennent un veau marin dans un temps de diset'e, ils ne manquent pas de jeter dans la mer une partie de ses entrailles et tous ses os. Quand une personne meurt, ses parents s’abstiennent de certains aliments, et ne mangent rien en plein air.
Les jeunes personnes, avant d’être mariées, ont une foule de précautions fort gênantes à prendre poui ne pas offenser l’air ou la lune; la moindre omission de ee genre nuirait à leur réputation et mettrait leur vie en danger. Yoici un fait qui caractérise bien l’état social de celte contrée.
Au commencement du mois de décembre, un des Groënlandais de Nukarbik eut le malheur de se blesser au poignet avec un couteau. 11 ne fit point attention à cet accident, se contenta de bander très-fortement le bras pour arrêter l’hémorragie, et retourna à son travail comme à l’ordinaire. Mais ce traitement empira le mal ; une tumeur se forma au-dessus de l’artère ; elle était large comme une tasse à thé; tout le bras enfla et le patient éprouva des douleurs très-vives. Un soir, comme il revenait d’une expédition de chasse, ii consulta le capitaine Graah , qui fut fon embarrassé, ne voulant pas encourir de responsabilité en lui donnant des conseils qui auraient pu lui devenir plus nuisibles qu’utiles; mais on savait que le capitaine était en possession d’un emp'âtrc qu’il atait employé avec succès contre les cious ; on le pria d’en essayer l’effet dans celte occasion, et comme on commençait à éprouver des craintes sérieuses pour la vie du malade, il finit par y consentir. 11 lui remit donc un de ces emplâtres, en le prévenant que nonseulement il n’en garantissait pas l’efticacité, mais qu’il serait même possible qu’il lui Ht du mal, ce qui n’empêcha pas le Groënlan-
dais de l’appliquer sur-le-champ. Le lendemain, il s’élait formé quelques petites cloches, mais la douleur fut si vive, que le malheureux perdit connaissance et parut être sur le point d’expirer, instruit de cette circonstance, le capitaine se hâta d’aller le voir. En entrant dans la cabane, il le trouva dans un état alarmant; scs amis pleuraient et sanglotaient, les enfants criaient, et la seule personne qui montrât un peu de présence d’esprit était sa femme, qui le tenait dans scs bras. A l’aide d’une cuillerée de vin de Porto mêlé à du jus de citron, ii revint bientôt à lui, mais il avait arraché l’emplâtre et ne voulait plus le remettre. Il resta pendant trois semaines dans cet état, souffrant des douleurs atroces. Une espèce de sorcière fut alors appelée; elle noua une ligature autour de la tête du patient, puis elle la souleva, et l’ayant trouvée lourde, elle déclara qu’il était impossible qu’il vécût. Le lendemain le malade refusa toute espèce de nourriture. Le capitaine, pour l’exciter, lit préparer un plat de gruau qu’il alla lui porter avec un morceau de pain; mais, à son grand étonnement, son protégé refusa , en disant que, sa situation étant désespérée, il avait pris la résolutiun de ne plus rien manger, afin de ne pas prolonger ses souffrances. Sa femme fut de son avis, et repoussa, même avec une sorte de colère, le gruau que le capitaine persistait à offrir. Du moment où le malade eut annoncé sa résolution, la femme et les enfants reprirent leur tranquillité ordinaire, et quoique leurs traits exprimassent un profond chagrin, pas un murmure, pas une plainte ne sortit de leur bouche. Mais la constance du pauvre malade ne fut pas mise à cette seule épreuve. Trois jours après, vers neuf heures du soir, plusieurs des habitants de la maison accoururent auprès du capitaine en criant : « Il est mouranllll perd tout son sangl » M. Graah retourna aussitôt avec eux, et fut témoin d’un spectacle affreux.
En entrant dans la maison, il vit le patient assis sur sa couchette et étendant le bras, d’où le sang coulait à flots; il n’avait personne pour le soutenir. Mais pendant que les femmes s’occupaient, en pleurant et en sanglotant, à jeter hors de la maison les habits, les lils, les peaux, les provisions, etc., comme s’il se fût agi de les sauver d’un incendie, les hommes s’approchaient tour à tour du malade, le regardaient en face, et se retiraient en poussant des cris effroyables. Pendant ce tumulte, la femme du malade allait à lui de temps en temps et tâchait de le persuader à consentir qu’on l’enterrât vivant sous la neige, au lieu d’être traîné au rivage dans son traîneau, par son (ils , et jeté à la mer comme il l’avait proposé. A la lin, le sang cessa de couler; le malade avait à peine la force de respirer, et tous ses membres étaient agités de convulsions. On s’attendait d’un instant à l’autre à le voir ex-
(!) I.es Groënlandais ont un tel elTroi pour les morts qu ils ont coutume d'ensevelir <1 avance les moi (bonds* pour u avoir pus besoin de les loucher quand ils ne seront
pirer. Il ne mourut pourtant pas. An bout de quelques heures il reprit connaissance; la douleur et l’enflure du bras semblaient avoir disparu ; le lendemain il se sentit beaucoup mieux. Il commença même à avoir quelque espérance de guérison et mangea volontiers le gruau qu’on lui présenta. Convaincu que l'artère avait été blessée, le capitaine prafiqua une espèce de tourniquet qu’il lui posa au bras au-dessus de l’épaule, et enseigna à sa femme la manière de le serrer dans le cas où l’hémorragie recommencerait. Cet accident arriva en effet le lendemain au soir, mais les instructions du capitaine n’ayant pas été assez promptement suivies, le malade perdit de nouveau beaucoup de sang, et se trouva si mal, que tout le monde crut qu’il ne passerait pas la nuit. Alors la scène que nous avons déjà décrite se renouvela, et sa femme recommença ses inslances pour qu’il se laissât ensevelir sous la neige, au lieu de se faire jeter à la mer.
Quand un Groënîandais en est arrivé au point de ne p'us savoir ce qui se .passe autour de lui, on commence les préparatifs de ses funérailles. Aussi la femme de notre malade lui demandait-elle à chaque instant:
« Entendez- vous ? comprenez vous? » s’attendant sans doute à ne pas recevoir de réponse. Mais comme toutes les fois qu’elle le questionnait, il répondait toujours d’une voix assez forte : « Oui , » elle finit par perdre patience; et quoique son mari eût évidemment toute sa connaissance et qu’il pût voir et entendre tout ce qui se passait dans la chambre, elle ordonna néanmoins à deux jeunes filles, ses enfants adoptifs, de décrocher la peau qui pendait au mur et qui devait lui servir de linceul, puis elle se mit à l’arranger (1). L’indifférence avec laquelle cet ordre fut donné cl exécuté, et le sang froid avec lequel le patient vit faire celte opération étaient également surprenants.il contempla pendant quelques instants, avec le calme le plus parfait, ces préparants ' pour son passage dans un autre monde; puis, sans prononcer une parole, sans faire le moindre signe qui indiquât la crainte de la mort, il retourna la tête et tomba en syncope. Quelques instants après on lui mit ses plus beaux habits; la peau dans laquelle il devait être enseveli était déjà étendue, la fenêtre par laquelle, selon l’usage, on devait le faire sortir, était ouverte ; en un mot, tout était prêt quand le patient dit à ceux qui l’entouraient de ne pas continuer, parce qu’il se sentait mieux. 11 appela après cela le capitaine, le remercia de ce qu’il avait fait pour lui, le pria de serrer la vis du tourniquet, et exprimant ses regrets de ce que l’on avait troublé son repos, il demanda un pea de jus de citron : on le lui donna mêlé avec une demi-once de vin et d’eau, et il s’en trouva si bien, qu’au bout de quelques heures tout semblait annoncer qu’il était, hors de danger. En effet, la tumeur du poignet se.détacha par degrés et finit par
plus. Ils enterrent même les malades vivants quand ils eii? lutté trop longtemps avec la mort.