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va pour dire à la fenêtre aux musiciens qu’ils se trompent, qu’on ne donne le charivari qu’aux secondes noces, et que lui n’en est qu’à ses premières; mais il n’eut plus envie de rire quand, à la lueur de la lune, il vit quels gens étaient sous sa fenêtre, et qu’une voix lui cria : — C’est nous, Michel; nous avions bien dit que nous reviendrions ! 11 voulut prendre de l’eau bénite et en asperger l’assemblée; mais ils répondirent : — Nous sommes là par l’ordre du ciel et non de l’enfer, et nous ne craignons pas l’eau sainte, au contraire.

« Le magistrat de la ville, sachant ces choses, cherchait les moyens de se débarras er d’un tel homme, et on allait lui signifier de sortir de Clermont sous trois jours. II n'y eut pas besoin d’attendre ce terme, Michel étant avec son valet à faire ses paquets, il entendit un cheval s’arrêter à sa porte ; un paysan entra, qui lui dit qu’il venait le chercher pour la femme de son maitre, un métayer, à trois lieues de là; qu’elle était si malade, qu’il n’y avait que lui, entre tous les autres médecins, qui y pût quelque chose. Michel d’abord s’eu défendit : mais le valet lui montra une grosse somme et lui dit qu’il y avait le double s’il venait. Alors il monia sur le cheval avec le paysan en croupe et dit à son valet de l’attendre pour le soir. Quand il fut sur le cheval, celui-ci partit d’un pas leste, et en peu de temps ils furent loin de la ville ; les .champs, les vallons et les coteaux passaient à côté d’eux sans qu’on eût seulement le temps de les regarder. De temps à autre, Michel disait à son compagnon : N’arrivons - nous pas? — Tout à l’heure, répondait le paysan, et le cheval allait toujours. A la fin, voyant qu’on ne s’arrêtait pas, Michel dit au paysan : Vous m’avez trompé, nous allons à plus de trois lieues. — Oui, dit le paysan, j’ai dit trois lieues pour vous faire venir avec moi : mais n’ayez aucune craint.e, vous serez bien payé et bien couché, et dix lieues sont bientôt faites. — Dix lieues! reprit Michel, y pensez-vous? Ce cheval ne les fera jamais à ce train : il sera mort poussif avant. — N’ayez de garde, dit le paysan, c’est un bon cheval. Là-dessus i! le piqua, et le cheval prit une course si forte, que le docteur en perdait la respiration. Ils allèrent toute la journée, de manière qu’ils avaient fait au moins trente lieues. Quand le soleil fut tout près de descendre à l’horizon, que le vent du soir commença à se lever, le cheval ralentit sa course, et Michel, tout en colère, dit : Arrivons-nous enfin? — Oui, certes, reprit le paysan, car voilà le clocher. De fait on voyait tout près une église avec son cimetière verdoyant. Le cheval fit trois fois le tour de l’église, puis entrant d’un saut par-dessusle mur, qui élaitbas,dansle champ des morts, il s’y abattit, et renversa Michel Boëmius dans une fosse fraîchement faite, où il resta étourdi de la chute et du coup.

(1) M. Ch. ltabou, Le châtiment des pipeurs et charlatans.

(2) Yalère-Maxime.

Quand il se réveilla, la nuit était venue ; on n’entendait rien que le bruit du vent qui soufflait tristement à travers les grandes herbes des lombes, et le murmure d’une eau qui coulait dans le voisinage. Michel voulut aller de ce côté, car son gosier le brûlait, i! pensa que la fraîcheur de l’onde le remettrait; mais ce fut la plus mauvais* pensée de sa vie , car s’étant approché du bord du fleuve, qui était éievé cl à pic, il sentit la terre lui manquer, il tomba dans les flots, où il but jusqu’à se noyer;. son corps fui retrouvé dans le fil de l’eau le lendemain.

« Ainsi finit cet homme qui démontre que quand on dit aux médecins: Vous avez un bon métier et sûr, car ceux que vous tuez sont discrets et ne disent rien, on se trompe : car ils disent et font, comme on a vu. Ce sera donc chose sage aux jeunes gens qui se livrent à l’étude de la médecine, de le faire sévèrement et en bons chrétiens, de ne pas songer aux sortilèges et charlataneries dont on finit par mal se trouver : c’est le conseil que je leur donne en priant Dieu qu’il me garde et eux de toute mauvaise fièvre, de louie dyssenterie, et encore de toutes pleurésies qui sont bien mauvaises, surtout dans les années pluvieuses comme celle-ci (î). »

M1DAS. Lorsque Midas, qui fut depuis roi de Phrygie, était encore enfant , un jour qu’il dormait dans son berceau, des fourmis emplirent sa bouche de grains de froment. Ses parents voulurent savoir ce que signifiait ce prodige: les devins consultés répondirent que ce prince serait le plus riche des hommes (2). Ce qui n’a été écrit qu’après qu’il l’était devenu.

MIDI. Voy. Démon de midi.

MiGALENA, sorcier du pays de Labour, qui fut arrêté à l’âge de soixante ans et traduit devant les tribunaux, en même temps que Bocal, autre sorcier du même terroir. Migalena avoua qu’il avait été au sabbat, qu’il y avait fait des sacrifices abominables, qu’il y avait célébré les -mystères en présence de deux cents sorciers. Pressé par son confesseur de prier Dieu, il ne put réciter une prière couramment : il commençait io Pater ou VÂve, sans les achever, comme si le diable qu’il servait l’en eût empêché formellement (3).

MILAN, oiseau qui a des propriétés admirables. Albert le Grand dit que si on prend sa lêie et qu’on la porte devant son estomac, on se fera aimer de tout le monde. Si on l’atlache au cou d’une poule , elle courra sans relâche jusqu’à ce qu’elle l’ait déposée ; si on frotte de son sang la crête d’un coq, il ne chantera plus. 11 se trouve une pierre dans ses rognons, laquelle, mise dans la casserole où cuit la viande que doivent manger deux ennemis, les rend bons amis et les fait vivre en bonne intelligence...

MILLENAIRES. On a donné ce nom, 1° à des gens qui croyaient que Notre Seigneur,

(3) Delancve, Tableau de l'inconstance des démons, liv. yi, p. 423.

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à la fin du monde, régnera mille ans sur la lerrc; 2°à d’autres qui pensaient que la fin du monde arriverait en l’an mil; 3° à d’aucuns encore qui avaient imaginé que, de mille, ans en mille ans, il y avait pour les damnés une cessation des peines de l’enfer.

M1LLO, vampire de Hongrie au xvme siècle. Une jeune fille, nommée Stanoska, s’étant couchée un soir en parfaite santé, se réveilla au milieu de la nuit toute tremblante, letantdes cris affreux, et disant que le jeune Millo, enterré depuis neuf semaines, avait failli l’étrangler. Cette fille mourut au bout de trois jours. On pensa que Millo pouvait être un vampire; il fut déterré, reconnu pour tel, et décapité après avoir eu le cœur percé d’un clou. Ses restes furent brûlés et jetés dans la rivière. F oy. Vampires.

M1LON, athlète grec, dont on a beaucoup vanté la force prodigieuse. Galien, Mercurialis et d’autres disent qu’il se tenait si ferme sur une planche huilée , que trois hommes ne pouvaient la lui faire abandonner. Athénée ajoute qu’aux jeux olympiques il porta longtemps sur ses épaules un bœuf de quatre ans, qu’il mangea le même jour tout entier; fait aussi vrai que le trait de Gargantua, lequel avala six pèlerins dans une bouchée de salade (1).

MIMER. En face de Kullan , on aperçoit une colline couverte de verdure, qu’on appelle la colline d’Odin. C’est là, dit-on, que in dieu Scandinave a été enterré. Mais on n’y voit que le tombeau du conseiller d’état Schimmelmann, qui était un homme fort paisible, très-peu soucieux, je crois, de monter au Valhalla et de boire le miœd avec les Valkyries. Cependant une enceinte d’arbres protège l’endroit où les restes du dieu suprême ont été déposés ; une source d’eau limpide y coule avec un doux murmure. Les jeunes filles des environs, qui connaissent leurmylhologie, disent que c’estla vraie source de la sagesse, la source de Mimer, pour laquelle Odin sacrifia un de ses yeux. Dans les beaux jours d’été, elles y viennent boire (2).

M1MI. Voy. Z >zo.

MIMIQUE, art de connaître les hommes par leurs gestes, leurs habitudes. C’est la partie la moins douteuse peut-être de la physiognomonie. La figure est souvent trompeuse, mais les gestes et les mouvements d’une personne qui ne se croit pas observée peuvent donner une idée plus ou moins parfaite de son caractère. Rien n’est plus significatif, dit Lavaler, que les gestes qui accompagnent l’attitude et la démarche. Naturel ou affecté, rapide ou lent , passionné ou froid, uniforme ou varié, grave ou badin, aisé ou forcé, dégagé ou roide, noble ou bas, fier ou humble, hardi ou timide, décent ou ridicule, agréable, gracieux, imposant, menaçant, le geste est différencié de mille manières. L’harmonie étonnante qui existe entre la démarche, la voix et le geste, se dément rarement. Mais pour démêler le fourbe,

(l) Brown, Essai sur les erreurs popul., 1. vu, ch. 18, p. 534.

il faudrait le surprendre au moment où, se croyant seul, il est encore lui-même, et n’a pas eu le temps de faire prendre à son visage l’expression qu’il sait lui donner. Découvrir l’hypocrisie est la chose la plus difficile et en même temps la plus aisée ; difficile tant que l’hypocrite se croit observé , facile dès qu’il oublie qu’on l’observe. Cependant on voit tous les jours que la gravité et la timidité donnent à la physionomie la plus honnête un aperçu de malhonnêteté. Souvent c’est parce qu’il est timide, et non point parce qu’il est faux, que celui qui vous fait un récit ou une confidence n’ose vous regarder en face. N’attendez jamais une humeur douce et tranquille d’un homme qui s’agite sans cesse avec violence ; et en général ne craignez ni emportement ni excès de quelqu’un dont le maintien est toujours sage et posé. Avec une démarche alerte, on ne peut guère être lent et paresseux ; et celui qui se traîne nonchalamment à pas Comptés n’annonce pas cet esprit d’activité qui ne craint ni dangers ni obstacles pour arriver au but. Une bouche béante et fanée, une altitude insipide, les bras pendants et la main gauche tournée en dehors, sans qu’on en devine le motif, annoncent la stupidité naturelle, la nullité, le vide, une curiosité hébétée. La démarche d’un sage est différente de celle d’un idiot, et un idiot est assis autrement qu’un homme sensé. L’altitude du sage annonce la méditation, le*recueiliement ou le repos. L’imbécille reste sur sa chaise sans savoir pourquoi ; il semble fixer quelque chose, et son regard ne porte sur rien ; son assiette est isolée comme lui-même. La prétention suppose un fond de sotiise. Attendez-vous à rencontrer l’une et l’autre dans toute physionomie disproportionnée et grossière, qui affecte un air de solennité et d’autorité. Jamais l’homme sensé ne se donnera des airs, ni ne prendra l’attitude d’une tête éventée. Si son attention excitée l’oblige à lever la tête, il ne croisera pourtant pas les bras sur le dos ; ce maintien suppose de l’affectation , surtout avec une physionomie qui n’a rien de désagréable, mais qui n’est pas celle d’un penseur. Un air d’incertitude dans l'ensemble, un visage qui, dans son immobilité, ne dit rien du tout, ne sont pas des signes de sagesse. Un homme qui , réduit à son néant, s’applaudit encore lui même avec joie, qui ril comme un sot sans savoir pourquoi , ne parviendra jamais à former ou à suivre une idée raisonnable. La crainte d’être distrait se remarque dans la bouche. Dans l’attention elle n’ose respirer. Un homme vide de sens, et qui veut se donner des airs, met la main droite dans son sein et la gauche dans la poche de sa culotte, avec un maintien affecté et théâtral,. Une personne qui est toujours aux écoules ne promet rien de bien distingué. Quiconque sourit sans sujet avec une lèvre de travers , quiconque se lient souvent isolé sans aucune direction, sans aucune tendance déterminée,

(2) Marmier, Souvenirs danois.

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quiconque salue le corps roide, n’inclinant que la tête en avan! , es! un fou. Si la démarche d’une femme c.*t sinistre, non-seuleinont désagréable, mais gauche, impétueuse, s.ans dignité, se précipitant en avant et de côté d un air dédaigneux, soyez sur vos gardes. Ne vous laissez éblouir ni par le charme de la beauté, ni par les grâces de son esprit, ni même par l’attrait de la confiance qu’elle pourra vous témoigner; sa bouche aura les mêmes caractères que sa démarche, et ses procédés seront durs et faux comme sa bouche ; elle sera peu touchée de tout ce que vous ferez pour clic, et se vengera de la moindre chose que vous aurez négligée. Comparez sa démarche avec les lignes de son front et les plis qui se trouvent autour de sa bouche, vous serez étonné du merveilleux accord de tous ces signes caractéristiques. Ayez le plus de réserve pos^ sible en présence de l’homme gras et d’un tempérament colère qui semble toujours mâcher, roule sans cesse les yeux autour de soi, ne parle jamais de sens rassis, s’est donné cependant l'habitude d’une politesse affectée, mais traite tout avec une espèce de désordre et d’improprelé. Dans son nez rond, court, retroussé, dans sa bouche béante, dans les mouvements irréguliers de sa.lèvre inférieure, de son front saillant et plein d’excroissances, dans sa démarche qui se fait entendre de loin, vous reconnaîtrez l’expression du mépris et de la dureté, des demitalents avec la prétention d’un talent accompli, de la méchanceté sous une gauche apparence de bonhomie. Fuyez tout homme dont la voix toujours tendue, toujours montée, toujours haute et sonore, ne cesse de décider; dont les yeux, tandis qu’il décide, s'agrandissent, sortent de leur orbite; dont les sourcils se hérissent , les veines se gonflent, la lèvre inférieure se pousse en avant, dont les mains se tournent en poings, mais qui sc calme tout à coup, qui reprend le ton d une politesse froide, qui fait rentrer dans un calme apparent ses yeux et ses lèvres, s’il est interrompu par la présence imprévue d’un personnage important qui se trouve être votre ami. L’homme dont les traits et la couleur du visage changent subitement, qui cherche avec soin à cacher cette altération soudaine, et sait reprendre aussitôt un air calme; celui qui possède l’art de tendre et détendre les muscles de sa bouche, de les tenir pour ainsi dire en bride, particulièrement lorsque l’œil observateur se diiige sur lui : cet homme a moins de probité que de pFudence ; il est plus courtisan que sage et modéré. Rappelez-vous les gens qui glissent plutôt qu’ils ne marchent, qui reculent en s’avançant, qui disent des grossièretés d’une voix basse et d’un air timide, qui vous fixent hardiment dès que vous ne les voyez plus, et n’osent jamais vous regarder tranquillement en face, qui ne disent du bien de personne, sinon des méchants, qui trouvent des exceptions à tout et paraissent avoir toujours contre l’assertion la plus simple une contradiction toute prâte;

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fuyez l’atmosphère où res gens respirent. Celui qui relève la tête et la porle en arrière (que celle tète soit gros-c ou singulièrement petite) ; celui qui sc mire dans ses piedâ mignons de manière à les faire remarquer; celui qui, voulant montrer de grands yeux encore plus grands qu’ils ne sont, les tourna exprès de côté comme pour regarder tout par-dessus l’épaule; celui qui, après vous avoir prêté longtemps un silence orgueilleux, vous fait ensuite une réponse courte, sèche et tranchante, qu’il accompagne d’un froid sourire; qui, du moment qu’il aperçoit la réplique sur vos lèvres, prend un air sourcilleux et murmure tout bas d'un ton propre à vous ordonner le silence : cet homme a pour le moins trois qualités haïssables, avec tous leurs symptômes, l'entêtement, l'orgueil, la durelé; très-probablement il y joint encore la fausseté, la fourberie et l’avarice. Le corps penché en avant annonce un homme prudent et laborieux. Le corps penché en arrière annonce un homme vain, médiocre et orgueilleux. Les borgnes, les boiteux et surtout les bossus, dit Albert le Grand, sont rusés, spirituels, un peu malins, et passablement méchants. L’homme sage ne rit aux éclats que rarement et peu. 11 se contente ordinairement de sourire. Quelle différence entre le rire affectueux de l’humanité et le rire infernal qui se réjouit du mal d’autrui 1 II est des larmes qui pénètrent les cieux ; il en est d’aulres qui provoquent l'indignation et le mépris. Remarquez aussi la voix (comme les Italiens font dans leurs passe-ports et dans leurs signalements) ; distinguez si elle est haute ou basse, forte ou faible, claire ou sourde, douce ou rude, juste ou fausse. Le son de la voix, son articulation, sa faiblesse et son élendue, ses inflexions dans le haut et dans le bas, la Volubilité et l’embarras de la langue, tout cela est infiniment caractéristique. Le cri des animaux les plus courageux est simple , dit Aristote, et ils le poussent sans effort marqué. Celui des animaux timides est beaucoup plus perçant. Comparez à cet égard le lion, le bœuf, le coq qui chante son triomphe, avec le cerf et le lièvre ; ceci peul s’appliquer aux hommes. La voix grosse et forte annonce un homme robuste ; la voix faible, un homme timide. La voix claire et sonnante dénote quelquefois un menteur; la voix habituellement tremblante indique souvent un naturel soupçonneux. L’effronté et l’insolent ont la voix haute. La voix rude est un signe de grossièreté. La voix douce et pleine, agréable à l’oreille, annonce un heureux naturel. Un homme raisonnable se met tout autrement qu'un lat ; une femme pieuse, autrement qu’une coquette. La propreté et la négligence, la simplicité et la magnificence, Ije bon et le mauvais goût, la présomption et la décence, la modestie et la fausse honte : voilà autant de choses qu’on distingue à l’habillement seul. La couleur, la coupe, la façon, l’assortiment d'un habit, tout cela est expressif encore et nous caractérise. Le sage est simple fet uni dans son

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extérieur ; la simplicité lui est naturelle. On reconnaît bientôt un homme qui s’est paré dans l’intention de plaire, celui qui ne cherche qu’à briller, et celui qui se néglige, soit pour insulter à la décence, soit pour se singulariser.

Il y aurait aussi des remarques à faire sur le choix et l’arrangement des meubles , dit Lavater. Souvent d’après ces bagalelles on peut juger l’esprit et le caractère du propriétaire; mais on ne doit pas tout dire. Voy. Physiognomonie.

MINEURS (Démons). Il y a de malins esprits qui, sous les formes de satyres, de boucs et de chèvres, vont tourmenter les mineurs; on dit qu’ils apparaissent souvent aux mines métalliques et battent ceux qui tirent les métaux. Cependant ces démons ne sont pas tous mauvais, puisqu’on en cite qui, au contraire, aident les ouvriers. Olaüs Magnus dit que ces derniers se .laissent voir sous la forme de nains, grands d’un demimètre; qu’ils aident à scier les pierres, à creuser la terre ; mais que malgré cela ils ont toujours une tendance aux (ours malicieux, et que les malheureux mineurs sont souvent victimes de leurs mauvais traitements. Au reste on a distingué six sortes d’esprits qui fréquentent les mines et sont plus ou moins méchants. Quelques-uns disent qu’ils en ont vu dans les mines d’Allemagne, pays où les démons semblent assez se complaire, et que ces malins esprits ne laissaient aucun repos aux travailleurs, tellement qu’ils étaient contraints d’abandonner le métier. Entre autres exemples qu’ils donnent de la malignité de celle engeance infernale, nous ne signalerons qu’un démon mineur qui tua douze artisans à la fois; ce qui fit délaisser une mine d’argenl trèsproductive (1). Voy. Anneberg , Montagnards, etc.

MiNiiRÉHE. Le christianisme dans ce pays de schisme grec est très-corrompu. On y voit des prêtres baptiser les enfants distingués avec du vin. Lorsqu’un malade demande des secours spirituels, le prêtre ne lui parle pas de confession ; mais il cherche dans un livre la cause de sa maladie et l’attribue à la colère de quelqu'une de leurs images, qu’il faut apaiser par des offrandes.

M1NOSON, démon qui fait gagner à toutes sortes de jeux; il dépend de Haël, l’un des * plus puissants chefs de i’enfer (2).

MINUIT. C’est à celle heure-là que se fait généralement le sabbat des sorciers, et que tes spectres et les démons apparaissent. Cependant le diable n’aime pas uniquement l’heure de minuit, car il peut tenir sabbat à midi, comme l’ont avoué plusieurs sorcières, telles que Jeannette d’Abadie et Catherine de Naguille (3).

M1RABEL (Honoré), fripon qui fut con-

(1) Lenglet-Dufresnoy, Recueil de dissert., loin. Ier.

(2) Clavicules de Salomon, p. 20.

(5) Delancre, Tabl. de l’iuconsunce des démons, etc.. l!v. ii, p. 66.

(4)D. Caltnel, Dissertât, sur les apparitions, p. lis.

damné aux galères perpétuelles, après avoir été appliqué à la question, par arrêt du 18 février 1729. 11 avait promis à un de ses amis, nommé Auguier, de lui faire trouver des trésors par le moyen du diable. 11 fouilla, après maintes conjurations, dans un jardin près de Marseille, et dit qu’il y avait là un sac de pièces portugaises que lui avait indiqué un spectre. 11 lira, eu présence de plusieurs personnes et d’un valet nommé Bernard, un paquet enveloppé d’une serviette; l’ayant emporté chez lu1 2, il le délia et y trouva un peu d’or, qu il donna à Auguier, lui en promettant davantage et le priant do lui prêter quarante francs; ce qui doit sembler assez singulier. L’ami lui prêta celte somme, lui passa un billet par lequel il reconnaissait lui devoir vingt mille livres, et lui remettait les quarante francs. Le billet fut signé le 27 septembre 1726. Quelque temps après, Mirabel demanda le payement du billet ; comme on le refusa, parce que le sorcier n’avait donné que des espérances qui ne s’étaient pas réalisées, il eut la hardiesse d’intenter un procès ; mais en fin de cause il se vit, comme on l’a dit, condamné aux galères, par messieursdu parlement d’Aix (4L

MIRABILIS LIBER. On attribue la plus grande part de ce livre à saint Césaire. C’esl un recueil de prédictions dues à des sainls et à des sibylles. Ce qui peut surprendre les esprits forts, c’est que dans l'édition de 1522 on voit annoncés les événements qui ont clos si tragiquement le dernier siècle, l’expulsion et l’abolition de la noblesse, les persécutions contre le clergé, la suppression des couvents, le mariage des prêtres, le pillage des églises, la mort violente du roi et de la reine, elc. On y lit ensuite que l’aigle venant des pays lointains rétablira l’ordre en France (5)...

MIRACLES. Un certain enchanteur abattit une bosse en y passant la main ; on cria au miracle I... La bosse était une vessie enflée (6). Tels sont les miracles des charlatans. Mais parce que les charlatans font des tours de passe-passe qui singent les faits surnaturels proprement appelés miracles ( et il n’y a de miracles que ceux qui viennent de Dieu), il est absurde de les nier. Nous vivons entourés de miracles qui ne se peuvent expliquer, quoiqu’ils soient constants. Nous ne pouvons parler ici que des faux miracles, œuvre de Satan, ou fourberie des imposteurs qui servent ainsi la cause de l’esprit du mal. Ce qui est affligeant, c’est que les jongleries ont souvent plus de crédit chez les homme* fourvoyés que les faits extraordinaires dont la vérité est établie , comme les superstitions ont plus de racines que les croyances religieuses dans les têtes détraquées (7).

On raconte l’anecdote suivante , pour

(5) Mirabilis liber qui prophetias revelalionesque, necnon res mirandas, præteritas, pressentes et f’uluras aperte. demoQstrat. In-4°; Paris, 1522.

(6) Voyez, dans les légendes des sept péchés capitaux, la légende de Tanchelin.

(7) On contait devant M. de Mayrau, qu’il y avait une

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prouver que les plus grandes absurdités trouvent des partisans. Deux charlatans débutaient dans une petite ville de province, au temps où Cagliostro et d’autres personnages importants venaient de se présenter à Paris à litre de docteurs qui guérissaient toutes les maladies. Ils pensèrent qu’il fallait quelque chose de plus relevé pour accréditer leur savoir-faire. Ils s’annoncèrent donc comme ayant le pouvoir de ressusciter les morts; et, afin qu’on n’en pût douter, ils déclarèrent qu’au bout de trois semaines, jour pour jour, ils rappelleraient à la vie, publiquement, dans le cimetière indiqué, le mort dont on leur montrerait la sépulture, fut-il enterré depuis dix ans. Ils demandent au juge du lieu qu’on les garde à vue pour s’assurer qu’ils ne s'échapperont pas, mais qu’on leur permette en attendant de vendre des drogues et d’exercer leurs talents. La proposition paraît si belle, qu’on n'hésite pas à les consulter. Tout le monde assiège leur maison; tout le monde trouve de l’argent pour payer de tels médecins. Le grand jour approcnait. Le plus jeune des deux charlatans, qui avait moins d’audace, témoigna scs craintes à l’autre, et lui dit :

— Malgré toute votre habileté, je crois que vous nous exposez à être lapidés; car enfin vous n’avez pas le talent de ressusciter les morts.

— Vous ne connaissez pas les hommes, lui répliqua le docteur ; je suis tranquille.

L’événement justifia sa présomption. Il reçut d’abord une lettre 'd’un gentilhomme du lieu ; elle était ainsi conçue :

« Monsieur, j’ai appris que vous deviez Faire une grande opération qui me fait trembler. J’avais une méchante femme ; Dieu m’en a délivré ; et je serais le plus malheureux des hommes si vous la ressuscitiez. Je vous conjure donc de ne point faire usage de votre secret dans notre ville, et d’accepter un petit dedommagement que je vous envoie, etc. »

Une heure après, les charlatans virent arriver chez eux deux jeunes gens qui leur présen èrent une autre gratification, sous la condition de ne point employer leur talent à la résurrection d’un vieux parent dont ils venaient d’hériter. Ceux-ci furent suivis par d’autres, qui apposèrent aussi leur argent pour de pareilles craintes , en faisant la même supplication. Enfin le juge du lieu vint lui- même dire aux deux charlatans qu’il ne doutait nullement de leur pouvoir miraculeux, qu’ils en avaient donné des preuves par une foule de guérisons; mais que l’expérience qu’ils devaient faire le len-r demain dans le cimetière avait mis d’avance toute la ville en combustion ; que l’on craignait de voir ressusciter un mort dent le retour pourrait causer des révolutions dans les fortunes, qu’il les priait de partir, et qu’il allait leur donner une attestation

boucherie à Troyes où jamais la viande 11e se gâtait, quelque chaleur qu’il fil. Il demanda si, daus le pays, on u’attrihuail pas celle conservation â quelque chose de particulier. Un lui dit qu’on l’ attribuait â la puissance d’un saint

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comme quoi ils ressuscitaient réellement les morts. Le certificat fut signé, paraphé, légalisé, dit le conte ; et les deux compagnons parcoururent les provinces, montrant partout la preuve légale de leur talent surnaturel...

MIRAGE. Nous empruntons au Dublin quarterlg Review, en nous aidant de la traduction publiée par la Revue britannique , avril 1838, les notes suivantes sur les déceptions de nos sens, auxquelles on a donné le nom de mirage.

* Un illustre physicien de mes amis s’est amusé à recueillir en un volume toutes les déceptions qui trompent nos sens; il y en a qui ont duré des siècles. Croirait-on qu'une île imaginaire, située à peu de distance des îles Canaries, a trouvé et gardé sa place, non- seulement dans les caries géographiques, mais dans l'imagination des habitants de ces dernières îles? On aperçoit cette île prétendue, l’île de Saint-Brandan, non-seulement sur le globe géographique de Martin Behme, mais sur une carte française publiée en 1701. Peut-être aujourd’hui même le hou peuple des îles Canaries est-il encore persuadé que l’île existe, mais qu’elle se cache. Il s’agit d’une étendue de terrain de cent, do quarante, de vingt lieues, selon les diverses supputations. Facile à découvrir dans les beaux jours, disparaissant sous les brouillards, l’île chimérique, couverte de montagnes, s’étendait vers l’ouest. Toutes les fois qu’on essayait de faire voile vers ses parages, on ne trouvait rien: elle avait disparu. Cependant un si grand nombre de personnes attestaient son existence, qu’on n’osait pas la rayer des cartes. A la même époque où Colomb adressait sa proposition à la cour de Portugal, un habitant des Canaries priait Jean 11 de lui confier un vaisseau pour se mettre à la recherche de Pile fantastique.

« D’où vient le nom deSaint-Brandan donné à celle île? A quelle époque l’île fut-elle baptisée ainsi? On l’ignore. Un abbé écossais nommé Brandan vivait, dit-on, au vi" siècle. Mais pourquoi son nom s’est-il attaché à celle ile? Frère Diégo-Philippo , dans son livre de l’incarnation du Christ , assure que les anciens avaient la même croyance ou les mêmes préjugés; qu’ils regardaient cette île comme très-réelle, mais comme inaccessible; que l’île Aprosite de Ptolémée n’est pas autre chose. Quoi qu’il en soit, du xvt" au xvir siècle, on n’a pas cessé de ia voir, mais toujours de loin, toujours à la même place, toujours sous les mêmes formes. En 1526, l’expédition de Troja et de Ferdinand Alvarès fit voile vers l’île fantôme, revint sans avoir touché aucune terre, mais ne put convaincre la population des Canaries, toujours persuadée que l’île existait. Plus de cent témoins allèrent déposer chez le gouverneur de Pile, Don Alonzo Espinosa , que la certitude la plus complète ne leur permettait pas de douter de

révéré dans l’histoire. —Eh bienl dit M. de Mayran, je me rauge du côté du miracle, pour ue pas compromettre ma physique.

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l’existence de l’ile, aperçue par eux, au nordouest : i's avaient vu, disaient-ils, le soleil se coucher derrière un de ses pics, ils l’avaient contemplé longtemps et patiemment. Aussi, en 1570, d’après des témoignages si valables et si graves, une expédition nouvelle fit-elle voile du côté de Saint-Rrandan. Elle avait pour chef Ferdinand de Villosa, gouverneur de Palma , qui n’eut pas plus de succès que les autres, et qui, comme eux, fut condamné au supplice de Tantale, par cette île toujours prête a se montrer, toujours prête à fuir. Trente-quatre années s'écoulent. Un moine et un pilote , Lorenzo Pincdo et Gaspardo d’Acosta, tentent encore l’aventure, profilent d’un beau temps, font voile dans toutes les directions, recueillent une foule d’observations astronomiques et nautiques , mais ne trouvent point d’île. Sans doute les fées qui l'habitent la dérobent à tous les yeux. D’où viennent les oranges, les fruits, les fleurs , qui, apportés par les Ilots maritimes, jonchent les rivages de Gomarra et de Fcroë? On ne peut en douter, Saint-Brandan leur envoie ces dépouilles des forêts enchantées. L’imagination du peuple s’allume, les cerveaux bouillonnent; une image splendide de celte île imaginaire surgit dans toutes les pensées. Enfin, en 1721, une quatrième expédition part, ayant à sa tête Gaspar Dominique, homme de probité et de talent. Gomme il s’agissait d’une grande affaire, d’une affaire mystérieuse et solennelle, il se fit escorter par deux chapelains. Vers la fin d’octobre, la population de l’Ile de Tenerif, livrée à la plus vive anxiété, les vit partir pour ces régions fantastiques qu’ils ne parvinrent pas à découvrir.

« La curiosité s’était fatiguée; elle reploya ses ailes, et ne permit à Saint-Rrandan de dérouler que par intervalles , aux regards surpris et charmés, ses lointaines déceptions. Dans une lettre écrite en 1759, et datée de File de Gomarra, un moine franciscain raconte à un de ses amis que, le R mai au malin, il a distinctement aperçu Saint-Brandan. 11 se trouVaitalars dans le village d’Anaxerro, cl, au moyen d’un télescope, il a très-distinctement reconnu deux hautes montagnes séparées par une vallée.

« Lasse de chercher l’île de Saint-Brandan, l’imagination populaire se réfugia dans la magie. C’était, selon les uns, les jardins d’Arrnidc; selon d’autres, le paradis terrestre. Quelques Espagnols y voyaient les sept cités habitées par les citoyens de sept villages de l’Andalousie, détruits par les Maures;" d’autres, l’endroit où Enoch et Elisée furent séquestrés par l’ordre de Dieu. Pour les partisans de la dyaas'ie gothique, c’était la retraite de Roderick, dernier roi des Goths; pour les Portugais, celle rie Sébastien, leur roi perdu. Enfin les bons philosophes, et à leur télé le savant Père Feyjoo , expliquaient l’apparition de l’île prétendue par un phénomène semblable à celui du mirage, et spécialement à celui de la célèbre fée Morgane. On sait que les eaux du golfe de Messine, recevant comme un miroir le portrait de Reggio et du

paysage environnant, font rejaillir dans certains jours, sur un fond de nuages qui les reflète et qui les présente ainsi dans l’éloignement, l’image d’une seconde ville de Reggio en face de la véritable ville.

« Nos propres sens nous trompent donc.

Tous les voyageurs qui ont visité l’Arabie et la Perse ont admiré cette illusion d’optique que les Français nomment mirage , et les Orientaux seraieb (eau du désert). « Le soir et le matin, dit Monge, dans la Décade égyptienne, l’aspect du terrain est tel qu’il doit être; entre vous et les derniers villages qui s’offrent à votre vue, vous n’apeicevez que la terre; mais, dès que la surface du sol est suffisamment échauffée par la présence du soleil, et jusqu’à ce que, vers le soir, elle commence à se refroidir, le terrain ne paraît plus avoir la même extension : on le dirait terminé à une lieue environ par une inondation générale. Les villages qui sont placés au delà de celte distance paraissent comme des îles situées au milieu d’un grand lac, et dont on serait sépasé par une étendue d’eau plus ou moins considérable. Sous chacun de ces villages, on voit son image renversée, telle qu’on la verrait effectivement s’il y avait en avant une surface d’eau réfléchissante. »

Ce phénomène ne reflète pas seulement les grandes masses, mais les moindres détails des arbres et des éd fices , un peu tremblant toutefois, comme la surface d’un lac quand le souffle du vent la ride. Ecoutons, à ce sujet, le voyageur Clarke, qui a le mieux expliqué ce phénomène.

« Nous allons à Rosette, et nous traversons le désert. Raschid , Raschid! s’écrient tout à coup nos Arabes. Un immense lac étend ses eaux devant nous, et ré; èle les dômes, les minarets pointus, les bouquets de dattiers et de sycomores de la ville. C'était un magnifique spectacle. « Comment passerons-nous l’eau?» demandâmes-nous à nos guides. Nous ne pouvions douter que ce ne fût de l’eau , tant nous distinguions avec netteté les plus petits détails de l’architecture et du paysage.

— « Ce n’est pas de l’eau, nous répondirent les Arabes, et dans une heure nous serons à Rosette, en suivant en ligne directe la route à travers les sables qui sont devant nous. »

« Un Grec, qui ne pouvait croire que le témoignage de ses sens fût menteur, s’irrita contre la réponse des guides. « Me prenezvous donc pour un idiot, s’écria-t-il, et voulez-vous que je ne croie pas voir ce que mes yeux voient? »

— « Au lieu de vous fâcher, répliquèrent ceux-ci, retournez-vous et regardez l’espace que vous avez parcouru. »

« Cet espace, en effet, présentait le même phénomène que nous avions devant nous, et paraissait une nappe d’eau servant de miroir au paysage.

« Les Arabes eux-mêmes sont quelquefois trompés par cette illusion; combien elle doit être douloureuse pour l’infortuné voyageur mourant de soif, tantalisé sans cesse par la

chimère verdoyante qui rafraîchit son regard et le berce d’une espérance vaine 1 Souvent il péril de soif en face de cette oasis enchantée.

« En Arabie, dit Burckhard, la couleur du mirage est de l'azur le plus pur et le plus doux, tandis qu’en Syrie et en Egypte il consiste en une espèce de vapeur blanchâtre, ondulant et vacillant sur la plaine, et dont la vibration perpétuelle brise les contours des objets reflétés. En Arabie, au contraire, le bleu de cette grande nappe d’eau est si pur, que toutes les découpures des montagnes s’y reproduisentavec une précision etunenetteté merveilleuses. Souvent une douzaine de ces faux lacs apparaissent tout à coup, séparés du voyageur par une distance de deux ou trois cents pas seulement, tandis qu’en Egypte et en Syrie, la distance apparente est toujours d’un demi-mille au moins.

« Cette illusion d’optique, causée par la réfraction extraordinaire des rayons du soleil, traversant des masses d’air en contact avec une surface très-échau'Vée, subit des modifications nombreuses, dont l’île chimérique de Saint - Brandon n’est sans doute qu’un exemple. Tantôt le voyageur s’aperçoit lui-même sur une montagne ou dans un nuage. Tantôt le grand arbre découvert par lui à distance, et dont le vaste feuillage lui a fait espérer le repos et la fraîcheur, se réduit aux dimensions d’un pauvre petit, arbrisseau rabougri, qui n’a pas d’ombre et à peine des feuilles.

« Dans l’Amérique du Sud, dit Humboldt, souvent il m’arrivait, quand l’air était trèssec, d’apercevoir dans les nuages des troupeaux de bœufs suspendus, les uns plus bas, les autres plus haut, suivant les ondulations des courants aéi iens qui composaient ce miroir naturel. Le véritable troupeau ne se montrait que plus tard. J’ai vu aussi l’image d’un animal ou d’un homme, la tête en bas et les pieds en haut, répété dans les nuages.

« Niebuhr parle de tourelles et de fortifications appareutesqui se montrentaux voyageurs dans certains cantons de l’Arabie, cl qui ne sont que les contours mal arrêtés de certaines collines de sable, dont cette réfraction terrestre altère la forme véritable.

« D’après toutes ces preuves, le philosophe n’a-t-il pas raison de se défier des préjugés des sens, comme de ceux de l’esprit? Les premiers, dit Herschell, opposent à la raison et à l’analyse une résistance bien plus acharnée que les autres. G est une tyrannie absurde, à ce qu’il semble au premier abord, de nous empêcher de croire à l’évidence de nos sens ; il faut bien cependant que nous nous rendions à une autre évidence, et que nous confessions, en mille circonstances, l’erreur dont nous sommes dupes. Faisons tomber les rayons du soleil sur un objet de quelque couleur qu’il soit , il prendra successivement toutes les couleurs prismatiques. Un papier réellement jaune , par exemple , nous semblera tour à tour rouge, vert ou bleu, selon la nuance des rayons qui tomberont sur iui. N’était-il pas rationnel de croire que la couleur véritable de l’objet soumis à cette expé-

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