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rience se mêlerait du moins à la couleur du prisme? Il n’en est rien : la couleur apparente, la seule que l’œil saisisse, remplace la couleur véritable. Il faut que le raisonnement ou le témoignage d’un autresens vienne reclifier notre erreur. Les exemples de cette hallucination sont nombreux. Ainsi la lune, quand elle se lève et se couche, paraît d’un diamètre beaucouppluslargequ’à sonzénith.
Le vent riloquisme nous fait croire que des sons articulés sortentd’un buffet, d’ur.cchaise ou d’une table. Plongez vos deux mains, la droile dans de l’eau glacée, la gauche dans de l’eau bouillante; laissez-les y tremper un peu, puis replaiez-les toutes deux dans un vase d’eau tiède; la main droite éprouvera une sensation de chaleur, et la gauche une sensation de froid. Un pois placé entre nos deux doigts, croisés l’un sur l’autre, et roulant sur la table, nous fera l’effet de deux pois au lieu d’un seul. En mangeant de la cannelle, si nous fermons nos narines, noua perdons toute espèce de saveur, et la cannelle n’exerce pas sur noire goût plus d’influence qu’un morceau de bois ordinaire. Le voyageur Jacob dit que, lorsque l’on s’arrête sur le pont de Honda, on croit voir le torrent sur lequel l’arche est jetée remonter vers la colline, au lieu de la descendre. Le docteur Chandler, en entrant dans la Méditerranée, observa les modifications tes plus étranges subies par le disque du soleil. « D’abord, environné d’une gloire d’or, il lançait à la surface de la mer une longue traînée de rayons éclatants. Bientôt la partie inférieure du disque se perdit sous l’horizon, et la partie supérieure resta éblouissante. Un petit disque séparé vint se dessiner dans l’intérieur do l’hémicycle. Ces deux figures, changeant par degrés, s’unirent et prirent la forme d’un bol de punch renversé qui resta suspendu à l’horizon, puis se transforma lentement en une espèce de parasol ou plutôt de champignon gigantesque, dont la tête était ronde et la tige très-fine. Un grand chaudron enflammé nous apparut ensuite, et son couvercle, s’élevant par degrés , affecta une forme circulaire et finit par s’évanouir tout à fait. Bientôt après , toutes les fractions de l’ancien disque se brisèrent, et leurs fragments , qui paraissaient embrasés, se dispersèrent pour s’éteindre l’un après l’autre. »
« Ajoutons à ces preuves de la mystification que nos sens peuvent nous faire subir, un récit curieux du docîeur Brewster : « J’étais dans mon cabinet d’étude, le soir, avec deux bougies devant moi. Tout à coup, en relevant la tète, j’aperçois à une très-grande distance, presque au-iessus de ma tête et brillant à travers mes cheveux, l’image la plus exacte de l’une des bougies et de son chandelier. Même position, même lumière, l’image était reproduite comme par un miroir; il est évident que la surface du réflecteur était on ne peut plus polie et brillante. Mais où pouvait se trouver ce réflecteur, où était-il logé? Je me livrai, mais en vain, à une longue recherche à ce sujet , et, après avoir tout examiné avec attention , je finis par
croire, ce qui n’était pas gai, qu’une cristallisation s’était formée dans mon œil , et que ce dernier contenait ce miroir que je cherchais. Péniblement affecté par cette prétendue découverte, je soumis le phénomène à une multitude d’expériences. Si j’inclinais le chandelier, l'image répétait mon mouvement; si je remuais la tête ou la prunelle, l’image' changeait de place. En approchant un corps opaque de mon œil, et le plaçant entre moi et la bougie, je parvins à éclipser, totalement ou partiellement, le spectre dont je cherchais la cause. Enfin , à force de jépéter ces mouvements dans toutes les directions, je m’aperçus que l’image disparaissait lorsque l’otnhre de l’objet interposé tombait sur un certain endroit de mon œil gauche. J’én conclus . que le réflecteur se trouvait là, et qu’il avait pris position dans les cils de la paupière. A force de tourmenter cette paupière, je dérangeai la position de ce petit miroir inconnu, de manière à ce qu’il me présentât le chandelier horizontal quand il était perpendiculaire, et perpendiculaire lorsqu’il éiait horizontal. Je m’approchai d’une giace , et j’étudiai cette paupière à la loupe; vains efforts : je ne trouvais rien. Enfin ma femme , qui , comme tous les myopes, est douée de la vue la plus délicatement fine, parvint à découvrir entre deux cils un atome infiniment petit qu’elle eut grand’peine à déloger. C’était une fraction minime de cire à cacheter rouge , ayant à peu près le diamètre de la centième partie d’un pouce, et qui, polie sans doute par la pression du cachet, avait sauté jusqu’à mon œil au moment où j’ouvrais une lettre.
a Le phénomène de la double réfraction , que les philosophes n’ont pas encore pu expliquer, produit une multitude d’apparences trompeuses. Les coquilles d’huîtres, les nacres, etc., semblent colorées, vernies, argentées ou iridescentes : leur éclat chatoyant est dû, non à la couleur interne et réelle de ces matières, mais à la disposition des lamelles , disposition semblable à peu près à celle des tuiles sur un toit, et réfractant d’une façon extraordinaire et complexe les rayons du soleil. C'est à celte disposition qu’est dû le rayonnement* de la perle, amas concentrique de lames de la même substance alternant avec du carbonate de chaux. »
« Compléterons-nous la liste de ces prestiges? La fée Morgane est trop connue pour que nous en parlions de nouveau. Le Cumberland a aussi ses spectres aérions. En 1743, pendant une soirée d’été, un gentilhomme de celte province se trouvait assis à la porte de sa maison avec son domestique, lorsque, sur le penchant d’une colline assez éloignée , nommée Souterfell, l'un et l’autre aperçurent un homme, un chien et des chevaux courant avec une extrême célérité. Le penchant de celte colline était tellement rapide qu’ils s’étonnèrent beaucoup d’une telle apparition , et ne doutèrent pas de retrouver le lendemain les membres en débris des acteurs de cette scène. Rien de tel cependant. On ne découvrit pas même sur le gazon une seule trace de la cavaleutfe fantastique. Ceux qui
racontèrent la chasse aux fantômes dont ils avaient été témoins passèrent pour des visionnaires, et personne ne voulut ajouter foi à leurs paroles. Un an se passa. Le 23 juin 1744, le même domestique, Daniel Strikclt , alors au service de M. Lancastre, aperçoit encore, au moment où il rentre chez lui, une troupe de cavaliers poussant leurs chevaux au galop le long de la même déclivité de Souterfell, qui jamais n’avait été descendue, même au pas, par un homme et un cheval. 11 se souvient qu’on s’esl moqué de son récit, reste longtemps en admiration devant le speclacle bizarre qui s’offre à lui, va chercher son maître, l’amène avec toute sa famille en face de Souterfell , et lui indiqua l’apparition qu’il a découverlc et que dans le même instant plusieurs habitants du même canton admiraient de divers autres points environnants. Les cavaliers, dont les rangs serrés composaient celte étrange escorte, suivaient une loute curviligne et prenaient tantôt le galop, tantôt le trot. On voyait souvent un de ces personnages se détacher de l’arrière-garde , s’avancer au grand galop jusqu’au premier rang, et là se mettre en ligne avec les autres. Trente-six personnes attestèrent et signèrent le procès-verbal qui rendit compte de celle procession magique , galopant le long d’un sentier à pic qui ne pouvait soutenir ni cavalier ni cheval. Le phénomène de la réfraction ne l’explique même pas aisément; car les environs de Souterfell n’offrent pas de grandes routes par lesquelles des troupes aient passé à celte époque. 11 paraît que les évolutions répétées par une illusion d’optique sur une des pentes de Souterfell appartenaient au creux des vallons voisins qui servaient de théâtre à des évolutions réelles. La révolte de 1745 allait éclater, et les troupes qui devaient y prendre part s’exercaient silencieusement à l’ombre des montagnes presque désertes qui environnent ces vallées perdues.
« Le 26 juillet 1708, vers cinq heures du soir, les habitants d’Hastings , viile située , comme on sait, sur la côte de Sussex, s'étonnèrent de découvrir à l’œil nu les collines de la côte de France, séparée de l’Angleterre par un espace de plus de cinquante milles. Cela semblait non-seulement extraordinaire, mais impassible; car la convexité de la terre plaçait la côte de France bien au-dessous de l'horizon, relativement à la côte d’Angleterre. La foule accourait sur la rive pour contempler ce mirage. Les vieux maielols no pouvaient en croire leurs yeux; en effet, des profondeurs de la mer s’élevait progressivement toute la côte française qui se dessinait avec netteté et bordait l’horizon. Tantôt celte illusion d’optique les présentait comme rapprochées et distinctes, tantôt comme éloignées et vagues. Un habitant nommé Latham, gravissant alors un coteau voisin trèsélevé, jeta les yeux sur le panorama singulier qui l’environnait. Voici le récit qu’il en fit : Cette scène de féerie qui rapprochait la France de l’Angleterre lui montrait, dans une juxtaposition merveilleuse, Douvres et
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Calais, Boulogne et Dungeness. Ce dernier endroit, situé sur la pointe d’un cap, est à une distance de seize railles d’Haslings. Malgré cette distance , toutes les embarcations qui naviguaient entre Hastings et Dungeness , prodigieusement grossies, semblaient toutes voisines du spectateur. Barques de pêcheurs amarrées sur la côte de France , habitations, clochers d’église, diverses nuances du terrain , tout apparaissait nettement , clairement. Un nuage venant à voiler le soleil, la scène prit un caractère plus extraordinaire eneore : l’obscurité totale du ciel fit ressortir le fond du tableau avec ses vives couleurs, son mouvement et son éclat.
« Un de ces spectres aériens déplaça, le 6 août 1808, les quatre tourelles du château de Douvres, que les habitants de Ramsgate aperçurent avec surprise du côté de la colline où ce château n’a jamais été construit. Le docteur Brexvster explique ainsi ce phénomène : « Le jour était brumeux et le vent ne soufflait pas. L’air étant plus dense près de la terre et au-dessus de la mer qu’à une certaine élévation, les rayons du château atteignaient l’œil en formant des lignes courbes, ce qui arriva t aussi aux rayons qui partaient de la colline. Si Ramsgate eût été plus éloigné de Douvres, les rayons partant du sommet et de la base du château auraient eu le temps de se croiser, et le spectateur eût aperçu renversée l’image des quatre tourelles. »
« On n’en finirait pas si l’on voulait recueillir tous les exemples de discordance qui existent entre nos perceptions et leurs causes, entre nos sensations et les objets qui nous sont offerts. Ainsi le galvanisme, en agissant sur les nerfs, développe plusieurs sensa'ions chimériques dans les organes du goût, de l’ouïe et de l’odorat : on croit voir jaillir des gerbes de lumière qui n’existent point. La couleur apparente des corps est souvent modifiée par le voisinage d’un objet coloré qui influe sur la sensibilité générale de la réline. Placez un objet gris ou blanc , de petite dimension, sur un fond coloré, vous verrez cet objet emprunter une des nuances complémentaires de la couleur du fond. En Chine, les lettres de cérémonie ne s’écrivent que sur du papier écarlate de la teinte la plus éclatante. Toute l’encre dont on se sert pour tracer des caractères sur ce papier paraît verte, bien qu’elle soit réellement noire ; c’est que la rétine, frappée vivement par la couleur rouge du papier, conserve une impression qui la conduit à la nuance complémentaire du rouge au vert. Celle même loi de continuité dans les sensations fait qu’un charbon ardent, agité en cercle, produit à l’œil une roue lumineuse, et qu’un météore ardent qui traverse le ciel paraît laisser sur son passage une longue queue enflammée qui n existe pas.
« La fantasmagorie et la prestidigitation ont profilé de ces illusions de nos sens, bien plus nombreuses qu’on ne le croit, et qui se reproduisent à tous les moments de notre vie L’idée que nous nous formons de lacon-