‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 166 sur 222 · LE VAISSEAU ENSORCELÉ · texte numérisé non relu

LE VAISSEAU ENSORCELÉ

Mon père faisait un petit commerce à Balsora. N’ayant qu’une fortune médiocre, il était de ces gens qui n’aiment pas à courir des risques de peur de compromettre le peu qu’ils possèdent. Il me donna une éducation simple, mais solide, et me mit en étal de me suffire de bonne heure à moi-même. J’avais à peine atteint ma dix-huitième anuée, et il commençait à faire de plus grandes spéculations, lorsqu’il mourut, sans doute frappé par l’inquiétude qu’il éprouvait en songeant qu’il avait risqué mille pièces d’or sur les hasards de la mer. Peu après sa mort , je le félicitai d’être entré au tcmheau, car la nouvelle nous arriva de la perte du navire auquel mon père avait confié la partie la plus importante de sa fortune. Ce malheur n’abattit point mon courage. Je vendis le peu qui me restait, rt résolus d’aller tenter le sort ailleurs et de partir, accompagné d’un vieux serviteur de mon père qui m’était attaché par une longue habitude , et qui ne voulait point séparer sa destinée de là mienne. Nous nous embarquâmes dans le port de Balsora par un vent favorable. Le navire que nous montions partait pour l’Inde. Nous étions en mer depuis quinze jours, lorsque le capitaine nous annonça une tempête. 11 élait soucieux en nous disant cela, et il semblait ne pas connaître bien les parages où nous voguions. Il fit carguer toutes les voiles ; nous marchions avec une lenteur extrême. La nuit était venue , froide et claire; le capitaine croyait déjà s’étre trompé sur le pronostic qu’il avait donné. Tout à coup un vaisseau que nous n'avions pas apeiçu jusqu’alors passe à côté du nôtre. Des cris et des acclamations s’élevèrent du tillac, tandis qu’il passait ainsi, ce qui ne m’étonna pas médiocrement dans ce moment d’attente fatale. Mais je vis le visage du capitaine pâlir comme celui d’un mort.

— Mon navire est perdu, dit-il. Voilà la mort qui cingle là-bas.

Avant que je l’eusse interrogé sur ce qu’il voulait dire par ces mots, tout l’équipage était devant lui , et lui demandait avec des larmes et des cris de désespoir :

— L'avez-vous vu? Maintenant c’est fait de nous !

Mais le capitaine ordonna à un vieillard qui se trouvait là de lire des versets de consolation dans le coran, et se plaça lui-meme au gouvernail. Mais, héiasl cela ne servil de rien. La tempête éclata tout à coup, et, avant qu’une heure fût passée, le navire craqua de la proue à la poupe et menaça de couler. Les chaloupes furent mises en mer; à peine les derniers hommes de l’équipage y furent entrés, que le bâtiment disparut à dos yeux et que j’étais plus nu, plus pauvre qu’un mendiant qui tend la main dans les carrefours. Mais nous n’étions pas au bout de nos misères. La mer devint de plus en plus mauvaise; les vagues roulaient avec une fuieur

(Il Nous croyons ce récil de M. \an llasselt, auteur de la traduction précédente.

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