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conseillers, dont l'un possédait le château de la veuve, répondit qu’il ne pouvait faire droit à la requête. Virgile se retira en jurant qu’il se vengerait, fe
Le temps des moissons approchait; par son pouvoir magique, il fit enlever et transporter chez lui et chez ses amis tout ce qui pouvait se recueillir sur les terres qu’on lui avait confisquées. Ce prodige causa une vive rumeur. On savait la puissance de Virgile; on le voyait logé en prince dans un vaste et magnifique château , et entouré de tant de serviteurs qu’on eût pu en faire une armée.
— C’est le magicien qui a fait cela, dirent les courtisans.— 11 faut l’aller combattre, dit l’empereur. Et, suivi de bonnes troupes, il marcha droit au château de Virgile, se proposant de le détruire et de jeter son maître dans une dure prison. Dès que Virgile aperçut les bataillons qui venaient l’assiéger, il appela son art à son secours. D’abord il enveloppa son château d’un brouillard si épais et si fétide, que l’empereur et les siens ne purent avancer plus loin. Ensuite, au moyen de certains miroirs merveilleux, il fascina tellement les yeux des soldats , qu’ils se croyaient tout environnés d’eau agitée et près d’être engloutis. L’empereur avait auprès de lui un nécromancien très-habile, et qui passait pour le plus savant homme dans la science des enchantements. On le fit venir. Il prétendit qu’il allait détruire les prestiges de Virgile et l’endormir lui-même. Mais Virgile, qui se cachait à quelques pas dans le brouillard, entendit ces paroles; et à l’instant, par un nouveau charme qui fut trèsprompt, il frappa tout le monde d’une immobilité si parfaite, que l’empereur et son magicien lui-même semblaient changés en statue.
— Comment nous tireras- lu de là ? grommela le prince, sans conserver même la puissance de froncer le sourcil. — 11 n’y a que Virgile qui le puisse, répondit tristement le nécromancien.
O.i proposa donc la paix. Aussitôt le philosophe parut devant l’empereur. 11 exigea qu’on lui rendît l’héritage de son père; que l’étendue en fût doublée aux dépens des conseillers du prince, et qu’il fût admis désormais au conseil. Le César consentit à tout. Les enchantements alors s’évanouirent ; Virgile reçut l’empereur dans son châieau et le traita avec magnificence. L’empereur, devenu l’auii de Virgile, lui d manda, puisqu’il était si savant et qu’il maîtrisait la nature , de lui faire un charme au moyen duquel il pût savoir toujours si 1 une des nations soumises songeait à se révolier. — Par là, dit-il, je préviendrai toutes les guerres, et je régnerai tranquille. Le philosophe fil une grande slaiuede pierre qu’il appela Rome, ei qu’il plaça au Capitole; puis il prit lu principale idole de chacune des nations vaincues, dans le temple ) ù les Romains recevaient tous les dieux; il I s rassembla toutes et les rangea autour de !a giande statue, leur mettant à chacune taie trompette à li main. Dès lors, aussitôt qu’une des nations soumises pensait à se révolter, l’idole qui la représentait s’agitait, se
tournait vers la statue de Rome, et sonnait de sa trompet'e d’une manière terrible. L’empereur, ainsi prévenu, envoyait des troupes qui arrivaient toujours à temps. On appela ce talisman la salvation de Rome.
Virgile avait conçu pour Naples une grande tendresse; il habitait souvent cette ville riante, que même , selon quelqnes-uns des légendaires, il avait fondée et bâtie. Pendant un été très-chaud, de grosses mouches se répandirent dans la ville, et, se jetant sur les boucheries, empoisonnèrent les viandes. Le philosophe, pour arrêter ce fléau, mit sur l’une des portes de Nap es une grosse mouche d’airain qui, durant l’espace de huit ans qu’elle y demeura, empêcha qu’aucune mouche vivante entrât dans la ville.
On trouve dans les vieux récits beaucoup de talismans de celte espèce. Saint Loup n’en eut pas besoin pour préserver de l’invasion des mouches les boucheries publiques de Troyes en Champagne, où en eiîet les dispositions des courants d’air empêchent qu’elles ne puissent pénétrer, tandis qu’on les voit par myriades aux portes.
Fusil assure que, dans la grande boucherie de Tolède, il n’entrait, de son temps, qu’une seule mouche dans toute l’année. Bodin conte, dans sa Démonomanie , qu’il n’y a pas une seule mouche au palais de Venise. Mais s’il en est ainsi, ajoute-t-il, c’est qu’il y a quelque phylactère enfoui sous le seuil, comme il s’est découvert depuis quelques années, en une ville d'Egypte où l’on ne voyail point de crocodiles, qu’il y avait un crocodile de plomb enterré sous le seuil de la mosquée; on l’ôta, et les habitants furent dès lors travaillés des crocodiles, comme ceux des autres cités qui bordent le Nil. On sait aujourd’hui que fis crocodiles n’entrent pas dans les cités. Mais revenons au magicien.
Virgile était occupé à construire, pour l’empereur, des bains si merveilleux , que chaque baignoire guérissait la maladie dont elle portait le nom , lorsqu’un fléau plus hideux que les mouches vint désoler la ville de Rome. C’était une nuée immense de sangsues qui, se répandant la nuit dans les maisons, tuaient en les suçant beaucoup de citoyens. On eut recours à Virgile. Il fit une sangsue d’or et la mit dans un puits profond hors de la ville, où elle allira tous les reptiles suceur-.
Voulant ensuite se faire admirer du peuple, Virgile alluma , sur un pilier de marbre, au milieu du Forum, une lampe qui brûlait toujours, sans que la flamme eût besoin d’aucun aliment. Lite jetait une si belle clarté, que Rome en éiail partout éclairée. A quelques pas il plaça un archer d’airain qui tenait une flèche et un arc bandé, avec celle inscription : Si quelqu'un me touche , je tirerai ma flèche. Trois cents ans après, un fou ayant frappé col archer, il tira sa flèche sur la lampe cl l’éteignit.
rendant qu’il exécutait ces grandes choses, Virgile , ayant eu occasion de voir la fille de l'empereur, qui élait jeune, belle et malicieuse, en devint très-épris, quoiqu’il fût Iui-
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