‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 176 sur 222 · Y IU · texte numérisé non relu

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même laid, bossu et philosophe. La princesse, voulant se divertir, fit semblant d’être sensible, et lui donna rendez-vous le soir au pied de la tour qu’elle habitait. Il y vint. Au moyen d’une corbeille fixée au bout d’une corde, la princesse était convenue de le monter jusqu’à sa chambre avec l’aide de sa servante. 11 se plaça dans la corbeille, et la jeune fille tira la corde; mais, lorsqu’elle vit le phi l .sophe à moitié chemin , elle fit un nœud à sa fenêtre et le laissa suspendu dans 1 s airs.

Gratian du Pont attribue cette méchanceté, dans ses Controverses du sexe féminin et du masculin , non pas à la fille de l’empereur, mais à une courtisane de Rome; il l’apostrophe dans ces vers :

Que dirons nous du bonhomme Virgile,

Que tu pendis, si vrai que l’Evangile,

Au corbillori? A cet homme d'honneur Ne lis-tu p3S un très-grand déshonneur 1 Hélas! si lis; et c’était dedaus Home Que là pendu demeura le pauvre homme,

Par la cautèle et ta déception,

Un jour qu’on lit grosse pi occasion.

Le matin, en effet, tout le peuple qui se rendait, non pas à la procession, mais au marché, se moqua du poëte, lequel ne trouva qu’à la fin du jour une âme compatissante, descendu à terre, il se hâta de rentrer chez lui; et là, pour se venger avant tout du peupie qui l’avait raillé, il éteignit à la fols tous les feux qui brûlaient dans Rome. Le peuple effrayé courut à l’empereur. Virgile fut mandé.

— Les feux éteints ne se rallumeront pas que je ne sois vengé, dit-il.

— Vengé de qui?

— De votre fille.

11 conta sa mésaventure, et il voulut que la princes-c ou la courtisane allât en chemise sur un échafaud dressé au milieu de la grande place, et que là, avec un flambeau , elle distribuât du feu à tout le peuple. Ce châtiment, qu’il fallut subir, dura irois jours.

Virgile, pour se consoler un peu, se retira à Naples, où il se livra à l'élude. Ce fut alors qu’il mit sur une des portes de Naples deux statues de pierre, l’une joyeuse et belle, l’autre triste et hideuse, et qui avaient cette puissance que quiconque entrait du côté de la première réussissait dans toute* ses affaires; mais ceux qui entraitml du côté de l’autre étaient malheureux durant tout le séjour qu’ils faisaient à Naples. Il se fit un jardin où fleurissaient les plantes et les arbres de toutes les contrées de l’univers. On y trouvait tous les animaux qui peuvent être utiles et tous les oiseaux chanteurs. On y voyait les plus beaux poissons du monde, dans de magnifiques bassins. A l’entrée d’une grotte où Virgile renfermait ses trésors immenses, on admirait deux statues d’un métal inconnu qui frappaient sur une enclume avec tant de mélodie, que les oiseaux s’arrêtaient dans les airs pour les entendre. Il fabriqua un miroir dans lequel il lisait l’avenir, et une tête d’airain qui parlait el le lui annonçait. Ne voulant pas de bornes à ses points de vue, il avait

(G Lettre de l'évêque Evode à saint Augustin,

entouré ses jardins d’un air immobile, qui faisait l’office d’une muraille. Pour ses voyages, il construisit en airain une sorte de pont volant, sur lequel il se transportait aussi vite que la pensée partout où il voulait. On ajoute que c’est encore par son art qu’il creusa le chemin souterrain du Pausilippe, et qu’il mourut là

Nous n’avons pas parlé des sentiments de Virgile pour la fille du sultan d’Egypte, parce qu’ils ne sont rapportés que par l’auteur du livre intitulé : les Faits merveilleux de Virgile , fils d’un chevalier des Ardennes , et que ce chroniqueur n’écrivait qu’au xvr siècle. Mais citons l’anecdote d’Osmone sur la mort du philosophe-tnagicien-poële. Dans son Image du inonde, Osmone conte que Virgile, sur ie point de voyager au loin, consulta son androïde, c’est-à-dire sa tète magique qu’il avait faite ; et qu’elle lui dit que, s’il gardait bien sa tête, son voyage serait heureux. Virgile crut qu’il lui fallait seulement veiller sur son œuvre; il ne quitta pas son androïde d’un instant. Mais il avait mal compris; s’étant découvert le front en plein midi, il fut frappé d’un coup de soleil dont il mourut. Son corps, comme il l’avait désiré, fut transporté à Naples, où il est toujours sous le laurier impérissable qui le couvre.

Les Napolitains regardent le tombeau de Virgile comme leur palladium ; aucun conquérant n’a osé le leur enlever. Ils croient aux merveilles que nous avons racontées et à d’autres encore. Le peuple de Naples vous le dira. Mais, à sa louange, il n’oublie pas les prodigieux faits de Virgile : les Géorgi gués et l’Enéide.

VIRGILE, évêque de Salzbourg. Voy. Antipodes

VISIONS! Il y a plusieurs sortes de visions, qui la plupart ont leur siège dans l’imagination ébranlée. Aristote parle d’un fou qui demeurait tout le jour au théâtre, quoiqu’il n’y eût personne , et là il frappait des mains et riait de tout son cœur, comme s’il avait vu jouer la comédie la plus divertissante.

Un jeune homme d’une innocence et d’une pureté de vie extraordinaires , étant venu à mourir à l’âge de vingt-deux ans , une vertueuse veuve vit en songe plusieurs serviteurs de Dieu qui ornaient un palais magnifique. Elle demanda pour qui on le préparait ; on lui dit que c’était pour le jeune homme qui était mort la veille. Elle vit ensuite dans ce palais un vieillard vêtu de blanc , qui ordonna à deux de ses gens de tirer ce jeune homme du tombeau et de l’amener au ciel. Trois jours après la «mort du jeune homme, son père, qui se nommait Armène, s’étant retiré dans un monastère, le fils apparut à l’un des moines et lui dit que Dieu l’avait reçu au nombre des bienheureux, et qu’ii l’envoyait chercher son père. Armène mourut le quatrième jour (1 ).

Voici des traits d’un autre genre, ’îorqucmada conte qu’un grand seigneur espagnol, sorti un jour pour aller à la chasse sur una

de scs (erres, fut fort étonné lorsque, se croyant seul, il s’entendit appeler par son nom. La voix ne lui était pas inconnue ; mais comme il ne paraissait pas empressé , il fut appelé une seconde fois et reconnut distinctement l’organe de son père décédé depuis peu. Malgré sa peur, il ne laissa pas d’avancer. Quel fut son étonnement de voir une grande caverne ou espèce d’abîme, dans laquelle était une longue échelle ! Le spectre de son père se montra sur les premiers échelons et lui dit que Dieu avait permis qu’il lui apparût, afin de l’instruire de ce qu’il devait faire pour son propre salut et pour la délivrance de celui qui lui parlait, aussi bien que pour celle de son grand-père qui était quelques échelons plus bas ; que la justice divine les punissait et les retiendrait jusqu’à ce qu’on eût restitué un héritage usurpé par ses aïeux; qu’il eût à le faire incessamment, qu’autrement sa place était déjà marquée dans ce lieu de souffrance. A peine ce discours eut-il été prononcé, que le spectre et l’échelle disparurent et l’ouverture de la caverne se referma. Alors la frayeur l’emporta sur l’imagination du chasseur ; il retourna chez lui, rendit l’héritage, laissa à son fils ses au res biens et se retira dans un monastère où i! passa le reste de sa vie.

Il y a des visions qui tiennent un peu à < e que les Ecossais appellent la seconde vue. iïoaistuau raconte ce qui suit :

«Une femme enchanteresse, qui vivait à Ravie du temps du règne de Léoniceltus , avait cet avantage qu’il ne se pouvait faire rien de mal à l’avie sans qu’elle le découvrît parson artifice , en sorte que la renommée des merveilles qu’elle faisait par l’art des diables lui attirait tous les seigneurs et philosophes de l’Italie. 11 y avait en ce temps un philosophe à qui l’on ne pouvait persuader d’aller voir celte femme, lorsque, vaincu par les sollicitations de quelques magistrats de la ville, il s’y rendi'. Arrivé devant cet organe de Satan, afin de ne demeurer muet, et pour la sonder au vif, il la pria de lui dire, à son avis, lequel de tous les vers de Virgile était le meilleur. La vieille, sans rêver, lui répondit aussitôt :

Discite juslitiam moniti et non temnere divos.

« Voilà , ajouta-t-elle , le plus digne vers que Virgile ail fait. Va-t’en et ne reviens plus pour me tenter. Ce pauvre philosophe et ceux qui l’accompagnaient s’en retournèrent sans aucune réplique et ne furent en leur vie plus étonnés d’une si docte réponse, attendu qu’ils savaient tous qu’elle n’avait en sa vie appris ni à lire ni à écrire

« Il y a encore, dit le même auteur, quelques visions qui proviennent d’avoir mangé du venin ou poison, comme Pline etEdouardus enseignent de ceux qui mangent la cervelle d’un ours, laquelle dévorée, on se croit transformé en ours. Ce qui est advenu à un gentilhomme espagnol de notre temps, à qui on en fit manger, et il errait dans les montagnes, pensant être changé en ours.

« 11 reste, pour mettre ici toutes espèces de

vis:ons, à traiter des visions artificielles lesquelles, ordonnées et bâties par certains secrets et mystères des hommes, engendrent la terreur eu ceux qui les contemplent. Il s’en est trouvé qui ont mis d< s chandelles dans des têtes de morts pour épouvanter le peuple, et d’autres qui ont attaché des chandelles de cire allumées sur des coques de tortues et limaces, puis les mettaient dans les cimetières la nuit , afin que le vulgaire, voyant ces animaux se mouvoir de loin avec leurs flammes, fût induit à croire que c'étaient les esprits des morts. Il y a encore certaines visions diaboliques qui se sont faites de nos jours avec des chandelles composées de suif humain ; et pendant qu’elles étaient allumées de nuit , les pauvres gens demeuraient si bien charmés , qu’on dérobait leur bien devant eux sans qu’ils sussent se mouvoir de leurs lits: ce qui a été pratiqué en Italie de notre temps. Mais Dieu, qui ne laisse rien impuni, a permis que ces voleurs fussent appréhendés, et, convaincus, ils ont depuis terminé leurs vies misérablement au gibcl. » Voy. Main de gloire.

Les traditions populaires de l’Allemagne sont fécondes en visions; nous en citerons quelques-unes.

Un vieux château de la Saxe était visité par un fantôme qui faisait des tours indignes, tellement que le manoir demeurait inhabité depuis plusieurs années. Un jeune homme intrépide se décida à y passer la nuit; il emporta des provisions, des lumières et des armes. A minuit, pendant qu’il s’apprêtait à dormir, il entendit au loin un bruit de ch aînes. Après avoir longuement circulé dans les corridors, l’être qui faisait ce bruit remua des clefs, ouvi it la porte , et le jeune audacieux vil paraître un grand spectre pâle, décharné, ayant une très-longue barbe et portant une

trousse de barbier Le curieux fit bonne

contenance. Le specire cependant referma soigneusement la porte, puis s’étant approché du lit, il fit signe à son hôte de se lever, lui mit un peignoir sur les épaules et lui indiqua du doigt une chaise sur laquelle i l’invita à s’asseoir. L’Allenjand tremblait un peu; son effroi augmenta quand il vit le fantôme tirer de sa trousse un antique plat à barbe d’un autre siècle, et lui grand rasoir un peu rouillé. Il se rassura pourtant et laissa faire. Le spectre, qui procédait gravement, lui savonna le menton, lui rasa proprement la barbe et les cheveux, puis ôta le peignoir. Jusque-là rien de bien nouveau : on savait que l’esprit rasait ainsi tous ceux qui passaient la nuit dans le château ; mais on contait aussi qu’après les avoir rasés il les assommait de coups avec son gros poing de squelette. Le jeune homme rasé, se leva de la chaise, et, comme il avait gardé quelque présence d’esprit, il se rassura en voyant le fantôme se mettre à sa place et lui indiquer la trousse qu’il avait déposée sur une table. Tous ceux qui étaient venus avant lui dans ce château avaient eu si grand’peur, qu’ils s’étaient sans doute évanouis pendant qu’on les rasait ; çe qui leur avait attiré des coups

t!e poing. Lejeune homme remarqua la longue barbe du spectre et comprit tout de suite qu’il demandait le même service qu’il venait de rendre. Il le savonna hardiment et lui rasa courageusement la harbe et la tête. Sitôt que cela fut fait, le fantôme, muet jusqu’alors , se mit à parler comme une personne naturelle. 11 appela le jeune homme son libérateur; il lui conta qu’autrefois, suzerain du pays , il avait eu l’usage inhospitalier de raser impitoyablement tous les pèlerins qui venaient coucher dans son château que, pour l’en punir, un vieux moine revenant de la terre sainte l’avait condamné à raser après sa mort tous ses hôtes, jusqu’à ce qu’il s’en présentât un assez hardi pour te raser lui-même.

— 11 y a trois cents ans que ma pénitence dure, ajouta le spectre, et après de nouveaux remercîments il s’en alla.

Le jeune homme rassuré acheta le château à bas prix, dit le conte, et y coula des jours heureux , à la grande surprise des bonnes gens qui le regardèrent comme un habile enchanteur (1).

Plaçons ici l’historiette du barbier de Nuremberg, publiée par le Fraser’ s Magazine.

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