LE VIEILLARD MYSTÉRIEUX
C’était au plus fort de la révolution française, pendant ces jours de gloire militaire au dehors, de terreur, de sang, de deuil et de larmes au dedans, que quatre jeunes gens se trouvèrent un soir réunis au Caveau des Aveugles.
— Chut ! dit l’un d’eux à voix basse à ses camarades qui commençaient'à s’entretenir des affaires publiques, pour Dieu 1 ne nous occupons pas de politique; par le temps qui court, il ne fait pas bon parler de ces sortes de choses : les têtes tiennent si peu sur les épaules, qu’il suffit du moindre souffle de la dénonciation pour les faire tomber, et vous savez, ajouta-t-il en baissant encore davantage la voix, et en jetant un regard inquiet autour de lui, que les espions ne manquent pas : on dirait que les murailles mêmes oui des oreilles; mes amis, prenons garde à nous !
— Alors, contons des histoires.
Et la conversation s’entama sur le chapitre des apparitions, des spectres, des revenants, etc. ; c’était peut-être le seul sujet qu’on pouvait traiter sans danger dans ces jours néfastes. Après de longs débats, trois des convives avouèrent qu’ils ajoutaient une loi plus ou moins grande aux traditions sur la matière; mais le quatrième, nommé Alk > déclara qu’il était sceptique, con-
vaincu, disait-il, que les choses en apparence les plus extraordinaires finissaient toujours par devenir très-simples lorsqu’on avait le courage de les examiner de près et de les analyser de sang-froid.
11 était une heure très-avancée de la nuit lorsque les quatre amis se séparèrent. Albert, resté après le départ de ses camarades, se disposait à regagner sa demeure; il fut accosté par un petit vieillard qui avait été assis toute la soirée à une table voisine, et auquel les jeunes gens n’avaient fait aucune attention. J’ai entendu votre conversation , lui dit-il (Albert pâlit; il se croyait déjà arrêté, ou du moins sur le point de l’être), et j’ai été frappé du ton tranchant avec lequel vous avez déclaré ne croire à rien; pcrmeltez-moi de vous dire qu’à votre âge on devrait s’abstenir, non-seule" ent de traiter aussi légèrement des questions au^si abstraites, mais surtout de les résoudre d’une manière absolue. Avouez que vous n’avez voulu que contrarier vos amis, ou vous donner la petite satisfaction d’amour-propre de passer à leurs yeux pour un esprit fort, car il peut exister dans la nature, des choses étranges, incompréhensibles, qui échappent à toutes les investigations.
— Ce que j’ai dit, je le pense et je le crois, répondit le jeune homme rassuré, et je ne croirai à rien aussi longtemps que je n’aurai pas été convaincu.
— Et que faut-il pour que vous le soyez ?
— Etre témoin d’une de ces choses étranges, incompréhensibles v dont vous venez de parler, répondit Albert d’un air moqueur.
— Cela ne dépend que de vous.
— Comment 1 que faut-il faire ? expliquezvous.
— Silence! dit le vieillard; revenez ici demain à la même heure ; mais je vous préviens qu’il faudra vous armer de courage.
— J’y consens; je vous préviens à mon tour que je ne suis ni superstitieux ni craintif, et que mon imagination n’est pas facile à émouvoir.
— C’est ce que nous verrons, dit le vieillard ; et ils se séparèrent.
Le lendemain, fidèle à sa promesse, Albert se trouva au rendez-vous à l’heure
fixée
— Etes-vous toujours dans les mêmes dispoûtions, et décidé à tout braver? lui demanda le vieillard.
— Ma présence ici doit vous en convaincre.
— Alors, suivez-moi.
li faisait un temps affreux ; un vent violent s’engouffrait dans les édifices; la pluie tombait par torrents, et une obscurité profonde enveloppait tous les objets. La première partie de leur course fut silencieuse, mais après avoir marché à peu près une demi-heure par des endroits qu’il ne connaissait pas, Albert, s’arrêtant subitement, demanda à son guide ; Où me conduisez-vous ?
— Dans un lieu où vous verrez des choses qui vous convaincront qu’il y a encore plus de présomption à tout nier qu’il n’y a de fui-
Messe à lout croire, répondit le mystérieux vieillard.
— Y arriverons nous bientôt?
— A l’instant.
En effet, le compagnon d’Albert s’arrêta presque immédiatement devant une maison qui paraissait ne pas avoir été habitée depuis longtemps, à en juger par son aspect délabré; elle était située dans une rue écartée et en ce moment totalement déserte, mais qu’Albert reconnut pour y avoir déjà passé. Après en avoir ouvert la porte extérieure, qui criait sur ses gonds rouillés, le vieillard engagea son compagnon à entrer.
Le jeunehomme hésita, caril se rappolailen ce moment jusqu’aux moindres détails des nombreuses et enrayantes histoires d’assassinats qu’il avait lues ou entendu raconter. L’heure, le lieu, l’obscurité de la nuit, l’isolement eomplet où il se trouvait, tout contribuait à ébranler sa résolution déjà chancelante. Etranger à Paris, il se repentait intérieurement d’avoir poussé ks choses aussi loin, il regreltaitsa peàtechambreet son coin du feu solitaire, près duquel il rêvait m sécurité et à l’abri des éléments à sa famille et à son pays.
Le vieillard, s’éiant aperçu de son irrésolution, lui dit d’un ton ironique: Eh bien ! pourquoi n’entrez-vous pas? Avez-vous déjà peur! qu’est devenue celte fermeté dont vous faisiez parade, il n’y a encore qu’un instant? Je me doutais bien que tout cet échafaudage de bravoure et d’incrédulité s’écroulerait à la première épreuve ; retournons sur nos pas, puisque vous n’avez pas le courage d’avancer, mai* à l’avenir ne faites plus le roclornont.
— Je ne crains pas les choses surnaturelles, répondit Albert piqué au vif; mais je jiuis redouter un danger réel: seul avec, vous que je ne connais pas, qui me garantit que vous ne cherchez pas à m’attirer dans un guet-apens?
— Dans un guet-apens! et dans quel but, serait-ce pour vous dépouiller? et que pourrait-on espérer de trouver sur un obscur étudiant ! iljaudrait autre chose pour tenter la cupidité ; on ne tue pas pour le seul plaisir de tuer. D’ailleurs n’êles-vous pas jeune et robuste, tandis que je suis vieux et faible; allons donc, vous me faites pitié.
— Marchez devant, dit Albert, honteux de sa faiblesse, mais je vous préviens que je suis armé, et qu’au moindre mouvement suspect je vous lais sauter la cervelle.
— Soit ! dit le vieillard; et après avoir allumé une lanterne sourde, il monta le premier un escalier sombre , tortueux et dégradé, suivi de son compagnon prêt à faire feu au moindre soupçon de trahison.
Arrivé au quatrième étage , le vieillard poussa une porte, et ils entrèrent dans une chambre humide et d’où s’exhalait une forte odeur de vétusté; les murs étaient tapissés de toiles d’araignées , et le plancher était couvert d’une épaisse couche de poussière ; on n’y voyait pwur tous meubles que deux vieilles chaises et une table vermoulue, sur
laquelle se trouvait placé un grand vase rempli d’eau.
Ils s’assirent en face l’un de l’autre. — Ne vous ai-je pas déjà assuré que vous n’aviez rien à craindre, dit le vieillard, après avoir jeté un regard de dédain sur les pistolets qu’Albert avait placés près de lui; aucun être vivant, excepté vous et moi, n’habite cette demeure. Le passé et l’avenir me sont également connus, ajouta-t-il après un instant de silence ; que désirez-vous savoir de ce qui vous concerne ?
— Quand et comment je mourrai, répondit Albert.
— Pourquoi vouloir connaître votre destinée ? ne savez-vous pas que le don le plus fatal que pourrait posséder l’homme, serait celui de la prescience! Croyez-moi, jouissez du présent et ne vous occupez pas de l’avenir. Demandez-moi toute antre chose.
— Non, c’est mon avenir que je veux connaître.
— Puisque vous le voulez absolument, je vais vous satisfaire ; Vous mourrez jeune, ei
— A quelle époque ?
— Endéans les soixante jours
— De quelle manière ?
— D’une maladie de langueur.
— il cherche à m’effrayer, pensa Albert, mais il n’y réussira pas; ne suis-je pas fort et bien portant? — Cela n’i si pas impossible, mais permettez-moi de ne pas croire à voire fâcheux pronostic, dit-il en souriant; je sens qu’il me reste bien des années à vivre.
— Croyez-le, si cela peut contribuer à votre bonheur, répondit le vieLlard , mais n’oubliez pas l’époque fatale; vous me reverrez encore une fois, et ce sera à voire dernière heure. Maintenant, reprit-il après une courte pause, qui désirez-vous voir? Prononcez le nom d’une personne morte ou vivante, et elle apparaîtra devant vous.
— Je veux voir mon grand-père décédé il y a plus de cinq ans, répondit le jeune homme avec un accent d’incrédulité.
— Regardez dans ce vase, dit le vieillard. Et à peine Albert y eut-il jeté un rapide coup-d'œil, qu’il vit son aïeul couché sur son lit de mort, tel qu’il l’avait vu la dernière fois. Un rapide Irisson parcourut lout son corps ; tandis que la sueur vint mouiller son front brûlant. Cela est étrange, se dit-il en lui-même, mais n’est cependant pas impossible à expliquer au moyen de la physique et de la fantasmagorie.
11 y eut un nouveau moment de silence.
— Vous pensez à votre ami Adolphe de B voulez-vous le voir? demanda le vieil-
lard.
Albert resta stupéfait d’étonnement ; son mystérieux compagnon venait de lire dans sa pensée. Il regarda de nouveau et vil une place publique d’une ville qui lui était inconnue ; beaucoup de monde y était asscm blc et l’on dansait autour de feux de joie.
— N’apercevez-vous personne de votre connaissance parmi la foule ? demanda le vieillard.
DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES. 87i
—Ah ! mon Dieu ! s’écria Albert, c’est bien lui 1 c’est mon ami 1 c’est Adolphe 1
— Suivez ses mouvements : que fait-il ?
— il s'éloigne de la place, il entre seul dans une sombre allée de peupliers; il a l’air triste et pensif.
— Maintenant, dit le vieillard en lui présentant un poignard, plongez cette arme dans le vase.
Albert hésita.
— Quoil encore de la pusillanimité 1 s'écria son compagnon, tandis qu’un étrange sourire passa rapidement sur ses lèvres pâles et crispées,, et qu’une expression indéfinissable brillait dans ses petits yeux gris : frappez donc si vous avez du cœur, ou bien n’êtesvous qu’un énfant ou.... un lâche?
En cet instdnt le timbre d’une horloge voisine sonna minuit ; c’était la dernière heure du 30 novembre 1793.
A peine Alb> rt, poussé par un pouvoir invisible, mais auquel il ne pouvait se soustraire, eut- 1 plongé le poignard dans le vase, qu’un cri affreux re enlil; il fut suivi d’un sourd gémissement, puis d’un bruit plus faible, semblable à celui produit par le dernier râle d’un mourant, puis tout retomba dans un lugubre et profond silence ; et la lumière, qui un instant auparavant avait jeté un vif éclat, s’éteignit.
Alberi, saisi d’horreur, laissa tomber son arme, se précipita vers la porte, et, ma'gré les ténèbres dont il était environné, il descendit les escaliers des quatre étages avec plus de rapidité qu’il n’eût pu le faire en plein jour, tandis qu’un éclat de rire semblable à celui d’un démon parvenait jusqu’à lui. Arrivé dans la rue, il continua sa course précipitée, et après avoir erré an hasard dans des quartiers que son trouble ne lui permit pas de reconnaître, il rentra enfin chez lui au point du jour, brisé de fatigue et d’émotions.
Trois jours après cet étrange événement, qui avait laissé dans l’esprit d’Albert une inquiétude vague et un indéfinissable sentiment de mélancolie, sa portière lui remit une lettre bordée de noir; il en brisa le cachet d’une main tremblante et lut la fatale nouvelle « que son ami Adolphe de‘B.... arrivé à Marseille seulement depuis la veille, ayant quitté la place publique de.... où l’on célébrait une victoire, avait été frappé d’un coup de poignard au-dessous du sein gauche, dans une allée de peupliers, le 30 novembre dernier à minuit; qu’on ne lui connaissait pas d’ennemis; que rien ne lui avait été enlevé, et, enfin, que toutes les recher- «hes pour découvrir l'assassin étaient restées infructueuses. »
Pénétré de douleur, Albert se rendit surle-champ à la mairie de son arrondissement, y fit sa déposition, et quoiqu’il n’eût qu’un btible espoir de pouvoir retrouver l’endroit fatal où il avait passé une partie de la nuit du 30 novembre, il se mil à la télé des agents de la police , et après plusieurs jours de
(1)Cc fragment, publié dans les journaux, était signé J.
courses fatigantes et inutiles, il crut enfin reconnaître Ta maison inhabitée; on enfonça la porte, ou monta les quatre étages, et l’on retrouva la chambre sale, froide et humide, où il s’était trouvé avec le vieillard, dans le même état qu’il l’avait laissée lors de sa fuite ; rien n’y avait élé changé : seulement le vase dans lequel il avait plongé le poignard contenait un liquide d’une couleur rougeâtre et d’une odeur fétide et nauséabonde, et la lame de cette arme, qu’on ramassa sur le parquet, était couverte de taches de la même couleur : l’analyse chimique qui en fut faite plus tarJ démontra que l’un et l’autre étaient du sang.
Depuis cet instant, le malheureux Albert, frappé au cœur, ne fit plus que languir; son imagination malade le représentait sans cesse comme le meurtrier d'Adolphe* et malgré tout ce qu’on put faire pour le distraire et le guérir de sa monomanie, il fut bientôt réduit à la dernière extrémité.
Un soir que l’infortuné jeune homme, soutenu dans les bras de sa mère éplorée, semblait éprouver un instant de calme et paraissait reposer, il se redressa soudainement en s’écriant d’une voix tremblante et saccadée, tandis que ses yeux hagards et qui semblaient sortir de leurs orbites, se dirigeaient vers la fenêtre : le voilà 1 le voilà 1 et après une légère convulsion, il expira. C’était juste deux mois, jour pour jour, après la mort de son ami. Le? spectateurs de celte scène effrayante, s’étant élancés vers l’endroit qu’avaient fixé les regards mourants du malheureux Albert, crurent voir au loin une ombre qui glissait rapidement sur la neige.
L’histoire qui précède m’a élé racontée, il y a quelques années, par le lieutenant colonel D. P... qui m’assur.» avoir lu sur les registres de la mairie d.u onzième arrondissement toutes les circonstances de cet étrange événement, dans lequel certains voulurent voir la main du pouvoir sanglant qui gouvernait alors la France, et d’autres.... le doigt de Dieu (1).
Voici autre chose.
Blendau , partant pour l’Il^Jie, s’arrêta dans une ville du nord de l’Allemagne, chez ilebmari, son ami, régisseur d’un domaine royal, qu’il avait visité souvent.
— Mon cher Blendau , lui dit Rebman, nous n’avons de disponible pour l’instant que la chambre grise ; mais tu ne voudras pas y coucher.
— Pourquoi donc ?
— As-tu oublié la dame châtelaine?
— Bah 1 je n’y pense plus. J'ai vécu cinq ans dans la capitale ; actuellement les esprits ne me font plus peur*; laissez-moi coucher dans cette fameuse chambre.
Brigitte conduisit Blendau dans la chambre grise.
Un instant après, la femme et les enfants de Rebman arrivèrent de la foire ; il ne leur dit rien de Blendau, voulant le lendemain, au déjeuner, les surprendre de celte visita
Vis
agréable. La chamb c grise était au second étage, ci l'extrémité d’une des ailes du château. Brigiile posa ses deux flambeaux sur une table, au-dessous du vieux miroir, et se bâta de se retirer.
Le jeune voyageur se mit à considérer cet appartement antique : l’énorme poêle de fer portait la date 1616: une porte vitrée, à pelis carreaux arrondis, enchâssés dans du plomb, donnait sur un long passage sombre qui conduisait à la tour des cachots ; le lit était orné d’un grand baldaquin et de rideaux de soie épaisse brochés en or ; les meubles n’avaient pas changé de place depuis plus de cent ans. Mais la dame châtelaine remontait bien plus loin. Gertrude, c’était son nom, avait fait vœu de virginité en son vivant; ne l’ayant pas tenu, elle s’était empoisonnée de désespoir, à dix neuf ans, dans cette même chambre grise; et, disait-on, elle avait élécondamnce à souffrir trois cents ans les tourments du purgatoire. Celte pénitence rigoureuse ne sera terminée qu’en 1850 ; jusque-là elle doit apparaître toutes les nuits dans la chambre grise. Biendau avait cent fois entendu les récits de ces apparitions: la dame châtelaine, disaiton, se montrait avec un poignard. Il n’était pas si rassuré qu’il le disait; il ferma les portes aux verrous, souffla ses bougies et la fatigue l’endormit. Deux heures après, le son de minuit l’eveille, il voit la chambre éclairée; il se soulève avec eiïroi, jette les yeux sur le vieux miroir, et aperçoit le spectre de Gertrude, vêtu d’un linceul, tenant un poignard dans ia main droite. Une couronne de romarin et de clinquant est entrelacée dans ses cheveux. 11 voit dans le miroir, à la clarté des deux bougies, l’éclat fixe des yeux de Gertrude, la pâleur de ses lèvres. Elle parle à voix basse. Le jeune home e épouvanté veut sortir du lit ; l’effroi l’a paralysé. Cependant la châtelaine s’avance vers lui, le poignard lève, avec un regard terrible. Elle lui applique le poignaid sur la poitrine ; sa main laisse tomber des gouttes de poison. 11 saute hors du lit et court à la fenêtre pour appeler du secours ; mais le spectre le prévient; il pose une main sur la fenêtre, de l’autre il saisit Biendau , qui sent sur son dos l’impression glaciale de la mort. Les lumières s’éteignent; Biendau se réfugie dans son lit, s’enfonce sous la couverture, et tout rentre dans le silence.
L’éxlrcme fatigue finit par lui taire retrouver encore un peu de sommeil.
Il s’éveille au point du jour, tout en nage, ses draps étaient trempés. — H ne sut que penser de son horrible aventure : les bougies consumées, le dérangement de certains meubles, tout lui prouvait que sa vision n’était pas un rêve ; mais, n’osant en parier à Rebrnan, il remonta à cheval et partit surle-champ.
Quand celte aventure fut publiée, en 1810, dans le journal ie Sincère , avec une apostille où iVJ . Biendau attestait au nom de l’honneur et au péri! de sa vie, la vérité de celte histoire, elle üt sensation et occupa toutes
les conversations de Berlin. Un médecin publia alors une aventure du même genre, qui lui était arrivée, non dans une chamb? e grise, mais dans une chambre noire. J’allai un jour, dit-il, dans le château du lieutenant colonel Silberstein, dont la fille était gravement malade ; on me fil rester pour la soigner, et on me prépara une chambre où je me retirai de bonne heure. Elle avait une apparence assez lugubre : des peintures noires en couvraient les porles antiques, le plafond et le lambris. Un domestique vint me demander si je ne me trouvais pas trop seul dans celle chambre, et si je voulais qu’il restât avec moi. Je me moquai de lui et de toutes les histoires de revenants qu’il me conta sur cette chambre noire, qui jouissait d’un mauvais renom. Je m’endormis , après avoir tout visité et tout bien termé.
J’étais dans mon premier sommeil, lorsque j’entendis prononcer mon nom tout bas. J’ouvre les yeux à d mi : ma chambre est éclairée d’une lumière extrao dinaire ; une main froide vient me loucher; et je vois à côté de moi une figure pâle comme la mort, revêtue d’un drap mortuaire, qui étend vers moi ses bras glacés. Dans le premier mouvement de ten eur, je poussai un cri, et je fis uu saut en arrière. A l’instant j’entendis frapper un coup violent. L’image disparut , et je me retrouvai dans l’obscurité. L’horloge
sonna, c'était minuit le me levai sur-le-
champ, j’allumai deux bougies ; je visitai de nouveau, tout éta t bien fermé. J’allais attribuer tout ce qui s’éla.t passé à un songe, lo:sque, m’étant approché de mon lit avec unelumière, j’y découvris une boucle de cheveux bruns, posée sur mon oreiller. Elle ne pouvait pas y être venue par un rêve ni par une illusion. Je la pris, et je l’ai conservée. Mais au moment où j’étais interdit de celte circonstance, j’entends marcher à pas précipiiés ; on frappe à ma porte : — Levezvous, me crie-l-on, mademoiselle se meurt.
Je voie à ia chambre de la malade, que je trouve sans vie: on me dit qu’un peu avant minuit elle s était réveillée, etqu’après avoir respiré fortement, elle avait rendu le dernier soupir. Sa mère, inconsolable, voulut au moins, avant de quitter le corps inanimé de la jeune fille, emporter une boucle de ses cheveux. Qu’on juge démon effroi, quand je m’aperçus qu’il manquait une boucle a ses longs cheveux bruns, celle précisément que j’avais reçue dans la chambre noire. Le. lendemain je fus atteint d’une maladie dangereuse, qui fut la même que celle dont lu jeune personne était morte.
Au moment où le médecin rendit celle aventure publique, un avocai a^ani couché dans la même chambre noire et vu à peu près les mêmes choses, ta justice visita les lieux. On découvrit un ressort .secret qui ouvrait un lambris dans ie lit de la chambre fatale ; elle communiquait à un cabinet qu'habitait ia femme de chambre ; c’élatl cette femme qui, pour ses intrigues personnelles, jouait ie personnage de fantôme, afin
D1CTI0NNV1RE DES SCIENCES OCCULTES.
de posséder seule la chambre infestée.
Le docteur et l’avocat l’avaient prise successivement pour un spectre.
Après que celte histoire fut débrouillée, le journal le Sincère publia l’éclaircissement des aventures de la chambre grise. Tout était l’ouvrage des enfants du châtelain , auxquels Brigitte avait conté l’arrivée de Blendau ; la jeune Charlotte faisait le rôle de Gertrude ; ses deux frères avaient ouvert le verrou de la petite porte, en passant une main par un carreau cassé. Quand tout ceci fut dépouillé du merveilleux, on dit que le médecin de la chambre noire s’écria : « Nous vivons dans un siècle pervers et détestable ; tout ce qui est ancien s’anéantit, et un pauvre revenant ne peut même plus loyalement se maintenir.... »
Ne quittons pas encore les Allemands, qui ne se refusent pas les hallucinations.
Trois jeunes filles de Berlin, s’étant réunies un jour, demandaient à l’une d’entre elles, Florentine, d’où lui venait la tristesse qu’elles lui remarquaient. Elle en avoua la raison en ces termes :
— J’avais une sœur nommée Séraphine, que vous avez connue ; elle s’entêta des rêveries de l’astrologie et des sciences de la divination, au grand chagrin de mon père. Ma mère mourut, et mon père pensa qu’avec i’âge ce penchant bizarre se perdrait; mais Séraphine poursuivit son étude : elle disait avoir été ravie, avoir joué avec les esprits; et je ne suis pas éloignée de le croire, puisque moi et d autres l’avons vue dans le jardin , tandis qu’elle se trouvait à la maison.... Un soir qu’elle était allée chercher ses parures pour aller en soirée, elle rentra sans lumière; je jetai un cri d’effroi; son visage avait subi une altération complète, sa pâleur habituelle avait pris la teinte affreuse de la mort ; ses lèvres couleur de rose étaient devenues bleues. — J’ai été saisie d’une indisposition subite , nous dit-elle enfin tout bas. Après des instances répétées de ma part, elle finit par me dire que l’esprit de notre mère, morte depuis quelque temps, lui avait apparu, qu’elle avait entendu marcher derrière elle, qu’elle s’était sentie retenue par la robe, et qu effrayée, elle s’était évanouie; qu'après avoir repris ses forces et au moment d’ouvrir son armoire, les deux battants s’étaient déployés d’eux-mêmes ; que sa lumière s’était éteinte ; qu’elle avait vu son image fidèle sortir d’un miroir, répandre une grande clarté dans l’appartement, et qu’elle avait entendu une voix lui dire : — Pourquoi trembler eu voyant ton être propre s’avancer vers toi pour te donner la connaissance de ta mort prochaine, et pour te révéler la destinée de la maison? Que le fantôme l’avait instruite de ce qui devait arriver; qu’au moment où elle l’interrogeait sur moi , la chambre s’était obscurcie, et que tout le surnaturel avait disparu. Mais elle ajouta qu’elle ne pouvait me confier l’avenir qu’elle venait de connaître , et que notre père seul le saurait. J’en dis quelque cim e à mon père le soir même, mais il n’en crut rien. 11 pensait que tout ce
qui était arrivé à Séraphine pouvait être produit par une imagination exaltée. Cependant trois jours après, ma sœur étant tombée malade, je remarquai, à l’affectation avec laquelle; elle nous embrassait mon père et moi, que l’instant de la séparation n’était pas éloigné. — La pendule sonnera-t-elle bientôt neuf heures? disait-elle dans la soirée; songez à moi! nous nous reverrons! Elle nous serra la main, et lorsque l’heure sonna, elle tomba sur son lit et ne se releva plus.
Mon père désira que cetle prétendue vision fût tenue secrète. Je partageai son opinion; mais je le pressai de me dévoiler le secret qu’on m’avait fait. Il ne voulut pas y consentir , et je remarquai que son regard inquiet était fixé sur la porte; elle s’ouvrit tout à coup d’elle-même. Je frissonnai d'effroi , et demandai à mon père s’il ne voyait pas une lueur pénétrer dans l’appartement. 11 se rejeta encore sur l’imagination ; il en parut cependant frappé. Le temps n’efïaça pas le souvenir de Séraphine, mais il nous fit oub ier cetle dernière apparition.
Un soir, je rentrais à la maison après une belle promenade, lorsque les gens de mon père m’avertirent de la résolution où il était d’aller vivre dans une de ses terres. A minuit nous partîmes ; il arriva à sa terre calme et serein ; mais il fui bientôt frappé d’une indisposition que les médecins regardèrent comme très-sérieuse. Un soir il me dit:
— Séraphine a dit deux fois la vérité; elle la dira une troisième fois. Je compris alors que mon père croyait mourir bientôt. En effet il dépérit visiblement et fut forcé de garder le lit.
Un autre soir, il me dit d’une voix faible : — L’expérience m’a guéri de mon incrédulité; quand neuf heures sonneront, mon dernier moment, suivant la prédiction de Séraphine, sera arrivé. Ne te marie pas, s’il est possible; et si jamais tu songeais sérieusement à le faire, n’oublie pas de lire le papier que je te donne.
Le son de l’heure fatale où mon père , appuyé sur mon épaule, rendit le dernier soupir, me priva de l’usage de mes sens.
Le jour de son enterrement fat aussi marqué par la lueur éclatante dont j’ai déjà parlé. Vous savez, continua Florentine, que le comte Ernest me recherche en mariage; dès que cette union fut convenue, je n’hésitai pas, selon l’ordre de mon père, de lire le billet cacheté qu’il m’avait remis. Le voici : — Séraphine t’a sûrement déjà dit que, lorsqu’elle voulut questionner le fantôme sur ton sort, soudain il avait disparu. L’étre incompréhensible vu par la sœur lui a déclaré que , trois jours avant celui qui serait fixé pour ton mariage, tu mourrais à celte même heure qui nous est si funeste. Voilà pourquoi je t’engage à ne pas te marier.
Florentine s’arrêta et dit : — Vous voyez, mes chères amies, la cause du changement dont vous m’avez quelquefois lait ues reproches. Demain le comte revient de son voyage ; il avait, fixé l’époque de notre mariage an troisième jour .après son retour •
ainsi c’est aujourd’hui! et je renonce à un mariage qui, certes, m’eût charmée, plutôt que de renoncer à la vie.
Ce qui suit n’a pas un intérêt aussi grave. Au milieu du xvn' siècle il y avait à Bruxelles, dans une espèce de cul-de-sac de la rue Notre-Dame-du-Sommeil qu’on appelle encore le Coin du Diable , une petite maison de simple apparence, dont le propriétaire était un architecte estimé ; son histoire nous a été conservée comme une grande leçon.
Cet architecte s’appelait Olivier. 11 avait gagné par d’heureuses affaires une fortune modeste, lorsqu’il se chargea de construire le pont et la grande écluse qui croisent la Senne à son entrée à Bruxelles, entre les portes de Hal et d’Anderlecht. Il avait cru trouver là un terrain solide; mais il lui fallut faire des dépenses imprévues pour affermir les fondations sur un sol marécageux et mouvant. — Toutefois la première pierre fut posée le 28 avril 1658, comme le constate une inscription que les réparations faites il y a peu de temps ont découverte, et qui porte les noms de J. -J. Van Hecke , H. I). Bruyne et J. Bassery, officiers de la ville présents à celte cérémonie
Olivier suivit ses travaux avec courage. Bientôt tout ce qu’il possédait y fut dévoré; il reconnut qu’il s’était trompé grandement; son entreprise était à peine élevée d’un tiers qu’il se vit obligé de la suspendre , n’ayant plus même de quoi faire la paye de ses ouvriers. Cette pensée l’accabla, il allait être déshonoré; la ville pouvait le poursuivre; ceux qu’il avait employés attendaient leur pain : il alla frappe*r à la porte de ses amis et leur demanda secours pour quelques mois. Mais ceux qui lui avaient offert leur bourse lorsqu’ils savaient bien qu’il ne l’accepterait pas, la fermèrent sous d’honnêtes prétextes, et il s’eu revint désench nié de l’amitié, il s’enferma seul pour réfléchir au parti qu’il avait à prendre : aucun moyen satisfaisant ne se présenta à sa pensée. Tous ceux sur qui il avait cru pouvoir compti r l’abandonnaient. 11 ne trouva d’affection réelle que dans une jeune veuve qu’il devait épouser, et qui se hâta de lui offrir tout ce qu’elle possédait. Mais ces ressources n’étaient pas suffisantes; la détresse reparut bientôt .
Il regagnait un soir son logis, désespéré, ne sachant s’il ne devait pas fuir pour éviter sa honte du lendemain. La nuit commençail , elle s’annonçait sombre et trisle; le vent hurlait et la pluie tombait par torrents. En entrant chez lui , on lui annonça qu’un homme l’attendait. Il monta surpris et empressé; il vit assis dans sa chambre , auprès du leu, un imonnu habillé de vert.
- Vous êtes dans l’embarras ? lui dit brusquement cet homme.
— Qui vous l’a dit? s’écria Olivier.
— Vos amis. Vous n’avez pas lieu de vous louer des hommes. Si personne ne vient à votre secours, demain vous ôtes perdu.
— Je le sais ;.... et je n’ose vous demander le motif qui vous amène.
Il se fil un sil nce. La lumière que la
MS
servante de l'entrepreneur avait allumée jetait une lueur pâle; mais les yeux de linconnu flamboyaient; sa figure était rude; un sourire dont il s’efforcait de dissimuler l’amertume, dilatait par instants ses lèvres minces. Après qu’il eut fixé quelques minutes l’architecte palpitant :
— Je m’intéresse à vous, lui dit-il.
Olivier tressaillit ; il voulait prendre la main de celui qu’il appelait déjà son salut; le gros homme l’évita et retira promptement celte main que recouvrait un gant noir.
— Point de démonstrations, lui dit-il. Je prête à intérêts.
— N’importe ! mon sang , ma vie , tout est à vous.
Un éclair plus vif jaillit des yeux de l’étranger.
— De quelle somme avez-vous besoin? Je crois que nous nous entendrons, dit-il.
— Oh 1 pour le moment, de peu de chose , dit l’architecte. Mais si vous voulez me sauver l’honneur, il faut que j’achève mon entreprise; et cent mille florins....
— Vous les aurez si mes conditions vous conviennent.
— J’y souscris sans les connaître. C’est le ciel qui vous envoie.
— Non, pas le ciel, dit l’homme vert en fronçant le sourcil. Mais vous ne pouvez vous engager sans savoir ce que vous faites. Je suis venu de loin pour vous voir. J’apprécie vos talents; il faut que vous soyez à moi.
— A la vie et à la mort !
— Entendons-nous bien, dit l’inconnu. Je vous donne dix ans. Au bout de ce terme , vous me suivrez; je vous emmènerai où je voudrai ; je serai le maître ; vous serez à moi.
L'entrepreneur, surpris, sans pouvoir se rendre compte du sentiment qu’il éprouvait, et redoutant de comprendre ce qu’il commençait à soupçonner, regardât son hôte avec inquiétude. Son cœur battit avec violence, lorsqu’il vit l’étranger tirer de son portefeuille cent mille florins en mandais à vue sur les premières maisons de Bruxelles.
— Songez que sans moi vous alliez mourir, dit-il. Signez donc cet engagement. 11 présentait en même temps une feuille de parchemin , et de sa main droite il tenait une plume d’or.
— Excusez-moi, dit enfin l’architecle interdit: celte scène me confond; que du moins je sache à qui je me dois!
— Que vous importe! dit l’inconnu. Je vous laisse dix ans dans votre pays. Je vous le répète, je tiens à vous, je ne veux pas me nommer encore. Mais vous allez reprendre demain voire crédit; une jeune épouse vous attend. Vous hésitez? Les cent mille florins ne suffisent-ils pas? Voici un demi-million.
Olivier, dans le délire, ne se posséda plus à la vue de tant d’argent, qui le rendait riche et glorieux. Il saisit les deux mains de l’inconnu, les baisa sans que celui-ci ôtât scs gants , prit brusquement la plume d’or et signa l'engagement de suivre dans dix ans celui qui l’avait aeh té. Quand il eut fiui ,
l’homme vert plia le parchemin, le mit dans sou portefeuille et sortit en disant :
— Aiîieu I dans dix ans, à pareil jour, vous serez prêt?
— Je le serai.
On pense bien qu’après ce qui venait de se passer, Olivier ne put dormir. 11 passa la nuit à méditer devant son demi-million. Le lendemain il fit sa paye et satisfit à tous ses engagements; il publia qu’il n 'avait voulu qu’éprouver ses amis ; il doubla ses ouvriers. On le combla d’honnêtetés et de politesse, il n’oublia pas sa jeune veuve; la fortune ne le rendit pas inconstant; il épousa celle qui lui avait prouvé qu’elle l’aimait. Mais il ne confia jamais sa bonne fortune à personne.
Il écartait d’abord autant qu’il le pouvait les pensées sinistres qui venaient t’inquiéter, li eut des enfants; ses entreprises prospérèrent; la fortune lui rendit des amis , et il semblait vivre joyeusement à Bruxelles.
Seulement on était surpris de le voir toujours pâle et préoccupé. Il s’était bâti, entre la porte de Flandre ei la porte du Rivage , une pelile maison de plaisance où il cherchait à s’étourdir dans les parties de plaisir. On se rend encore, par la rue du Chant-des- Grenouilles , à celte maison, qu’on appelle la Maison du Diable.
Pendant neuf ans Olivier vécut ainsi. Mais lorsqu’il vit approcher l’instant où il devait tout quitter pour suivre l’inconnu, son cœur commença à se troubler. Des frayeurs cruelles s’emparèrent de lui ; il maigrissait et ne dormait plus. En vain sa femme , qu’il aimait , cherchait-elle à pénétrer dans les replis de son cœur, le secret qu’il y tenait renfermé était inaccessible; les caresses de ses enfants lui faisaient mal; on le voyait pleurer, et deux fois sa femme avait remarqué qu’il ne passait jamais qu’en tremblant sur le pont de la Grande-Ecluse qu’il avait couslruit, quand parfois leurs promenades se dirigeaient de la porte de Hal à la porte d’Anderlecht.
Enfin le jour fatal approcha où l’étranger devait venir exiger l’accomplissement du marché qu’il avait fait. Olivier invita à souper ses amis, ses parents, ceux de sa femme. Celte dame , ne sachant comment relever le cœur de son mari, s’avisa, sans rien dire, d’engager à ce festin le bon vieillard Jean Van-Nuffel, chanoine de Sainte-Gudule , son conlesseur, en qui Olivier avait confiance , quoique depuis dix ans il ne fît plus ses devoirs de catholique; ce qui était causé par une circonstance singulière : il ne pouva t entrer dans une église sans y étouffer et s’y trouver mal. Le digne prêtre, ayant longuement réfléchi à la conduite de l’architecte, en lirait des inductions qu’il ne manifestait pas, mais qui l’engagèrent aune précaution dont il reconnut bientôt la sagesse.
Il y avait une heure qu’on était à table. Olivier, dont la pâleur était effrayante, s’efforçait vainement de reprendre courage dans quelques verres d’excellent vin. 11 avait bu énormément , et ses idées ne se troublaient pas. il entendit sonner neuf heures. C'était
le moment où l’inconnu l’avait quitté il y avait dix ans. Avec un mouvement convulsif et dans une sorte d’angoisse il voulut boire encore, et, trouvant I s bouteilles vides, il envoya sa servante à la cave en lui recommandant d’apporter de son meilleur vin. La servante prit une chandelle et se bâta d’obéir. Mais lorsqu’elle fut descendue, elle aperçut, assis sur la dernière marche, un gros homme à figure sombre, vêtu de velours vert. Elle recula effrayée et lui demanda ce qu’il cherchait.
— Allez dire à votre maître que je l’attends, répondit-il, il saura bien qui je suis.
La servante remonta au plus vite et fit sa commission d’une voix troublée. L’architecte acheva de perdre contenance. Voyant qu’il n’y avait plus à différer, il céda enfin aux instances de sa femme, il conta son aventure et se leva au désespoir. Sa femme, ses enfants, ses amis frémissaient bouleversés.
— Ne désespérons pas encore de la bonté de Dieu, dit le vieux prêtre. Qu’on aille dire à l’étranger de monter.
La femme d’Olivier était aux genoux du bon chanoine, et les enfants, qui comprenaient qu’ils allaient perdre leur père, lui baisaient les mains. Olivier, qu’un rayon d’espérance rattachait déjà à la vie, s’était un peu ranimé. La servante fil un effort de courage cl alla crier à l’inconnu qu’on l’attendait dans la salle. 11 y parut à l’instant, marchant d’un air ferme et digne, et tenant à la main l’engagement signé par Olivier. Un sourire indéfinissable épanouissait sa bouche et ses yeux.
Le chanoine l’interpella:
— Vous ne pensiez peut-être pas me trouver ici, dit-il à l’homme vert. Vous savez que j’ai sur vous quelque pouvoir...
L’inconnu baissa les yeux et parut mal à son aise. Mais le vieux prêtre, élevant une mesure pleine de grains de millet, reprit :
— Je ne vous demande qu’une faveur; accordez-nous quelques instants ; jurez que vous laisserez Olivier eu paix jusqu’à ce que vous ayez ramassé grain à grain tout le millet qu’il y a dans cette mesure.
— J’y consens, répondit l’homme vert après un moment de silence.
— Jurez-le moi par le Dieu vivant, dit le chanoine, en commençant à verser les grains sur le plancher. L’inconnu les recueillait avec une agilité effrayante. 11 frissonna et dit d’une voix sourde :
— Je le jure.
Alors Jean Van-Nuffel ayant fait un signe, un enfant de chœur s’approcha tenant un bénitier ; il versa ce qui restait de la mesure dans l’eau bénite; l’homme Ÿert n'y eut pas plutôt mis le doigt qu’il poussa un hurlement et disparut.
Ainsi l’architecte fut sauvé. Mais depuis, le pont de la Grande-Ecluse, entre les portes de Hal et d’Anderlecht, s’est toujours appelé le Pont du Diable.
Nous reproduirons maintenant quelques pièces curieuses et rares.
Discours écouvaniable d’une étrange appari -
vis
tion de démons en la maison d'un gentilhomme de Silésie, en 1609, tiré de l’imprimé à Paris, 1609.
Un gentilhomme de Silésie, ayant convié quelques amis, et, l'heure du festin venue, se voyant frustré par l’excuse des conviés , entre en grande colère, et commence à dire que, puisque nul homme ne daignait être chez lui, tous les diables y vinssent 1 Cela dit, il sort de sa maison et entre à l’église , où le curé prêchait , lequel il écoute attentivement. Comme il était là, voici entrer en la ccur du logis des hommes à cheval, de haute stat re et tout noirs, qui commandèrent aux valets du gentilhomme d’aller dire à leur maître que les conviés étaient venus. Un des valets court à l’église avertir son maître, qui, bien étonné, demande avis au curé. Icelui, finissant son sermon, conseille qu’on fasse sortir toute la famille hors du logis. Aussitôt dit, aussitôt fait ; mais de hâte que les gens eurent de déloger, ils laissèrent dans la maison un petit enfant dormant au berceau. Ces hôtes, ou, pour mieux dire, ces diables (c’est le sentiment du narrateur ) commencèrent bientôt à remuer les tables, à hurler, à regarder par les fenêtres, en forme d’ours, de loups, de chats, d’hommes terribles, tenant à la main ou dans leurs pattes des verres pleins de vin, des poissons, de la chair bouillie et rôtie. Comme les voisins, le gentilhomme, le curé et autres contemplaient avec frayeur un tel spectacle; le pauvre père se mit à crier :
— Hélas 1 où est mon pauvre enfant ?
11 avait encore le dernier mot à la bouche, quand un de ces hommes noirs apporta l’enfant aux fenêtres, et le montra à lous ceux qui étaient dans la rue. Le gentilhomme demanda à un de ses serviteurs auquel il se liait le mieux : — Mon ami, que lerai-je?
— Monsieur, répond le serviteur, je recommanderai ma vie à Dieu; après quoi j’entrerai dans la maison, d’où, moyennant son secoua, je vous rapporterai l’enfant.
— A la bonne heure 1 dit le maître; Dieu t’accompagne, t’assiste et te foriiûe 1 Le serviieur, ayant reçu la bénédiction de son maître, du curé et des autres gens de bien, entra au logis, et, approchant du poêle où étaient ces hôtes ténébreux, se prosterne à genoux, se recommande à Dieu et ouvre la porte. Voilà les diables en horribles formes, les uns assis, les autres debout, aucuns se promenant, autres rampant sur le plancher, qui tous accourent contre lui, criant ensemble :
— Hui 1 hui ! que viens-tu faire céans?
Le serviteur, suant de détresse et néanmoins fortifié de Dieu, s’adresse au malin qui tenait l’enfant et lui dit :
— Çà, baille-moi cet enfant.
— Non, répond l’autre, il est mien; va dire à ton maître qu’il vienne le recevoir.
Le serviteur insiste, et dit :
— Je fais la charge que Dieu m’a commandée, et sais que tout ce que je fais seion icelle lui est agréable; partant, à l’égard de mon office, en vertu de Jésus-Christ, je t’ar- DlCTIONN, DKS SCIENCES OCCULTES. IL
rache et saisis cet enfant, lequel je rapporte à son père.
Ce disant, il empoigne l’enfant, puis le serre entre ses bras. Les hôtes noirs ne répondent que par des cris effroyables et par ces mots :
— Huit hui! méchant; hui 1 garnement!
laisse, laisse cet enfant ; autrement nous te dépiécerons.
Mais lui, méprisant ces menaces, sortit sain et sauf, et rendit l’enfant au gentilhomme, son père; et quelques jours après, tous ces hommes s’évanouirent, elle gentilhomme, devenu sage et bon chrétien, retourna en sa maison.
Le grand feu, tonnerre et foudre du ciel, advenu sur l'église cathédrale de Quimper- Corentin , avec la vision publique d'un très-épouvantable démon dans le feu , sur ladite éqlise. Jouxte l’imprimé à Rennes,
« Samedi, premier jour de février 1620, il arriva un grand malheur et désastre en la ville de Quimper-Corenlin. Une belle et haute pyramide, couverte de plomb, étant sur la nef de la grande ég.ise, fut brûlée par la foudre et feu du ciel, depuis le haut jusqu’à ladite nef, sans que l’on pût y apporler aucun remède. Le même jour, sur les sept heures et demie, tendant à huit du malin, se fit un coup de tonnerre et d’éclair terrible. A l’instant fut visiblement vu un démon horrible, au milieu d’une grande onde de grêle, se saisir de ladite pyramide par le haut et au-dessous de la croix, étant ce démon de couleur verte, avec une longue queue. Aucun feu ni fumée n’apparut sur la pyramide que vers une heure après midi, que la fumée commença à sortir du haut d’icelle, et dura un quart d’heure; et du même endroit commença le feu à paraître peu à peu, en augmentant toujours ainsi qu’il dévalait du haut en bas; tellement qu’il se fit si grand et si épouvantable, que l’on craignait que toule l’église ne fût brûlée, et non-seulement l’église, mais toute la ville. Les trésors de ladite église furent tirés hors; les processions allèrent à l’entour, et finalement on fit mettre des reliques saintes sur la nef de l’église, au-devant du feu. Messieurs du chapitre commencèrent à conjurer ce méchant démon, que chacun voyait dans le feu, tanlôt bîeu, vert ou jaune, lis jetèrent des agnus Bei dans icelui et près de cent cinquante barriques d’eau, quarante ou cinquante ch rretées de fumier, et néanmoins le feu continuait. Pour dernière ressource, on fit jeter un pain de seigle de quatre sous, puis on prit de l’eau bénite, avec du lait d’une femme nourrice de bonne vie, et tout cela jeté dedans le feu, tout aussitôt le démon fut contraint de quitter la flamme, et avant de sortir il fit un si grand remueménage, que l’on semblait être tous brûlés, et qu’il devait emporter l’église et tout avec lui; il ne s’en alla qu’à six heures et demie du soir, sans avoir fait autre mal , Dieu merci, que la totale ruine de ladite pvra-
mide, qui est de douze mille écus au moins. Ce méchant étant hors, on eut raison du feu, et peu de temps après on trouva encore ledit pain de seigle en essence, sans être endommagé, hors que la croûte était un peu noire; et sur les huit ou neuf heures et demie, après que tout le feu fut éteint, la cloche sonna pour amasser le peuple afin de rendre grâces à Dieu. Messieurs du chapitre, avec les choristes et musiciens, chantèrent un Te Beum et un Stabat Mater, dans la chapelle de la Trinité, à neuf heures du soir. Grâces à Dieu, il n’est mort personne; mais il n’est pas possible de voir chose plus horrible et épouvantable qu’était ce dit feu. » Effroyable rencontre, apparue proche le château de Lusignan , en Poitou, aux soldats de la garnison du lieu et d quelques habitants de ladite ville, la nuit du mercredi 22 juillet 1620. A Paris, chez Nicolas Robert, rue Saint-Jacques, 1620.
« La nuit du mercredi 22 juillet, apparut entre le château de Lusignan et le Fare, sur la rivière, deux hommes de feu, extrêmement puissants, armés de toutes pièces, dont le harnais était enflammé, avec un glaive en feu dans une main et une lance flambante dans l’autre, de laquelle dégouttait du sang. Ils se rencontrèrent et se combattirent longtemps, tellement qu’un des deux fut blesse, et en tombant fit un si horrible cri qu’il réveilla plusieurs habitants de la haute et basse ville, el étonna la garnison. Après ce combat, parut comme une souche de feu qui passa la rivière et s’en alla dans le parc, suivie de plusieurs monstres de feu semblant des singes. Des gens qui étaient allés chercher du bois dans la forêt rencontrèrent ce prodige, dont ils pensèrent mourir, entre autres un pauvre ouvrier du bois de Galoche, qui fut si effrayé qu’il eut une fièvre qui ne le quitta point. Comme les soldats de la garnison s’en allaient sur les murs de la ville, il passa sur eux une troupe innombrable d’oiseaux, les uns noirs, les autres blancs, tous criant d’une voix épouvantable. Il y avait des flambeaux qui les précédaient, et une figure d’homme qui les suivait, faisant le hibou; ils furent elTrayés d’une telle vision, et il leur tardait fort qu’il fût jour pour la raconter aux habitants.
« Voici (ajoute le narrateur) l’histoire que j’avais à vous présenter, et vous me remercierez et serez contents de ce que je vous donne, pour vous avertir de ce que vous pouvez voir quand vous allez la nuit dans les champs. »
Description d'un signe qui a été vu au ciel le b* jour de décembre dernier, en la vile d'Altorff, au pays ae Wurtemberg, en Allemagne; impriméeà Paris, rue Saint-Jacques, à l’Eléphant, devant les Mathurins , 1678, avec privilège du roi.
« Guicciardin écrit en son Histoire italique que, sur la venue du petit roi Charles VII ï à Naples, outre les prédictions de frère Hiérôme Savonarole, tant préchées au peuple que révélées au roi même, apparurent en ta
Pouille, de nuit, trois soleils au milieu du ciel, offusqués de nuages à l’entour, avec force tonnerres et éclairs ; et vers Arezzo furent vues en l’air de grandes troupes de gens armés à cheval, passant par là avec grand bruit et son de tambours et trompettes ; et en plusieurs parties de l’Italie, maintes images et statues suèrent, et divers monstres d’hommes et d’animaux naquirent, de quoi le pays fut épouvanté. On vit depuis la guerre qui advint au royaume de Naples, que les Français conquirent et puis perdirent.
«En la ville d’Altorff, au pays de Wurtemberg, en Allemagne, à une lieue de la ville de Tubingue, et aux environs , on a vu, le cinquième jour de décembre 1577, environ sept heures du matin, que le soleil, commençant à se lever, n’apparaissait pas en sa clarté et splendeur naturelle, mais montrait une couleur jaune, ainsi qu’on voit la lune quand elle est pleine, et ressemblait au rond d’un gros tonneau, et reluisait si peu, qu’on le pouvait regarder sans s’éblouir les yeux, bientôt après, il s’est montré à l’entour autant d’obscurité que s’il s’en fût suivi une éclipse, et le soleil s’est couvert d’une couleur plus rouge que du sang, tellement qu’on ne savait pas si c’était le soleil ou non. Incontinent après, on a vu deux soleils, l’un rouge, l’autre jaune, qui se sont heurtés et battus : cela a duré quelque peu de temps, où l’un des soleils s’est évanoui, et on n’a plus vu que le soleil jaune. Peu après s’est apparue une nuée noire, de la forme d’une boule, laquelle a tiré tout droit contre le soleil, et l’a couvert au milieu, de sorte qu’on n’a vu qu’un grand cercle jaune à l’entour. Le soleil ainsi couvert, est apparue une autre nuée noire, laquelle a combattu avec lui, et l’un a couvert l’autre plusieurs fois, tant que le soleil est retourné à ladite première couleur jaunâtre. Un peu après, est apparue derechef une nuée longue comme un bras, venant du côté du soleil couchant, laquelle s’est arrêtée près dudit soleil. De celte nuée est sorti un grand nombre de gens habillés de noir et armés comme gens de guerre, à pied et à cheval, marchant en rang, lesquels ont passé tout bellement par dedans ce soleil vers l’orient, et celte troupe a été suivie derrière d’un grand et puissant homme qui a été beaucoup plus haut que les autres. Après que cette troupe a été passée, le soleil s’est un peu obscurci, mais a gardé sa clarté naturelle el a été couvert de sang, en sorte que le ciel et la terre se sont montrés tout rouges, parce que sont sorties du ciel plusieurs nuées sanglantes et s’en sont retournées pardessus, et ont tiré du côté de l’orient, tout ainsi qu’avait fait avant la gendarmerie. Beaucoup de nuées noires se sont montrées autour du soleil, comme c’est coutume quand il y a grande tempête, el bientôt après sont sorties du soleil d’autres nuées sanglantes et ardentes, ou jaunes comme du safran. De ces nuées sont parties des réverbérations semblables à de grands chapeaux hauts el larges, et s’est montrée toute la terre jaune
8ïO
et sanglante, couverte de grands chapeaux, lesquels avaient diverses couleurs, rougn, bleu, vert, et la plupart noirs; ensuite il a fait un brouillard , et comme une pluie de sang, dont non-seulement le ciel, mais encore la terre et tous les habillements d’hommes se sont montrés sanglants et jaunâtres. Cela a duré jusqu'à ce que le soleil ait repris sa clarté naturelle, ce qui n’est arrivé qu’à dix heures du malin.
« Il est aisé de penser ce que signifie ce prodige ; ceci n’est autre chose que menaces, » dit l’auteur.
Quant à nous, comme il n’y a dans le pays d’Altorff aucun témoignage qui appuie ce merveilleux récit, nous n’y verrons qu’un puff du xvii' siècle.
Signe merveilleux upparu en forme de procession , arrivé près la ville de Btliac, en
Limousin. Imprimé à Paris en 1621.
« Il n’y a personne qui ait été vers la ville de Bellac, en Limousin, qui n’ait passé par une grande et très-spacieuse plaine nullement habitée. Or en icelle, quantité de gens dignes de foi et croyance, même le sieur Jacques Rondeau, marchand tanneur delà ville de Monlmorillon, le curé d’isgre, Pierre Ribonneau, Malhtirin Cognac, marchand de bois, demeurant en la ville de Chanvigné, étant tous de même compagnie, m’ont assuré avoir vu ce que je vous écris : 1° trois hommes vêtus de noir, inconnus de tous les regardants, tenant chacun une croix à la main ; 2° après eux marchait une troupe de jeunes filles, vêtues de longs manteaux de toile blanche, ayant les pieds et les jambes nus, portant des chapeaux de fleurs desquels pendaient jusques aux talons de grandes bandes de toile d’argent, tenant en leur main gauche quelques rameaux, et de la droite un vase de faïence d’où sortait de la fumée ; 3'marchait après celle-ci une dame accoutrée en deuil, vêtue d’une longue robe noire qui traînait fort longue sur la terre, laquelle robe était semée de cœurs percés de flèches, de larmes et de flammes de satin blanc, et ses cheveux épars sur ses vêlements ; elle tenait en sa main comme une branche de cèdre, et ainsi vêtue cheminait toute triste ; 4° ensuite marchaient six petits enfants couverts de longues robes de taffetas vert, tout semé de flammes de satin rouge et de gros flambeaux allumés, et leurs têtes couvertes de chapeaux de fleurs. Ceci n’est rien , car il marchait après une foule de peuples vêtus de blancetdenoir,qui cheminaient deux àdeux, ayant des bâtons blancs à la main. Au milieu de la troupe était comme une déesse, vêtue richement, portant une grande couronne de fleurs sur la tète, les bras retroussés, tenant en sa main une belle branche de cyprès, remplie de petits cristaux qui pendaient de tous côtés. A l’entour d’elle il y avait comme des joueurs d’instruments, lesquels toutefois ne formaient aucune mélodie. A la suite de cette procession étaient huit grands hommes nus jusqu’à la ceinture, ayant le corps fort garni de poil, la barbe jusqu’à mi-corps, et
le reste couvert de peaux de chèvre, tenant en leurs mains de grosses masses ; et comme tous furieux suivaient la troupe de loin. La course de celte procession s’étendait tout le long de i’île, jusqu’à une autre lie voisine, où tous ensemble s’évanouissaient lorsqu’on voulait en approcher pour les contempler. Je vous prie, à quoi tend cette vision merveilleuse, vous autres qui savez ce que valent les choses?... »
Nous transcrivons le naïf écrivain. Nous ajouterons que la mascarade qu’il raconte eut lieu à l’époque du roman de l’Aslrée, et que c’était une société qui se divertissait à la manière des héros de Don Quichotte.
Grandes et merveilleuses choses advenues dans la ville de Besançon , par un tremblement de terre ; imprimé à Château-Salius, par maître Jacques Colombiers, 1564.
« Le troisième jour de décembre, environ neuf heures du matin, faisant un temps doux et un beau soleil, l’on vit en l’air une figure d’un homme de la hauteur d’environ neuf lances, qui dit trois fois : « Peuples, peuples, « peuples, amendez-vous, ou vous êtes à la « fin de vos jours. » Et ce advint un jour de marché, devant plus de dix mille personnes, et après ces paroles, la dite figure s’eu alla en une nue, comme se retirant droit au ciel. Une heure après, le temps s’obscurcit tellement, qu’à vingt lieues autour de la ville on ne voyait plus ni ciel ni terre. Il y eut beaucoup de personnes qui moururent; le pauvre monde se mit à prier Dieu et à faire des processions. Enfin, au bout de trois jours, vint un beau temps comme auparavant, et un vent le plus cruel que l’on ne saurait voir, qui dura environ une heure et demie, et une telle abondance d’eau, qu’il semblait qu’on la jetait à pipes, avec un merveilleux tremblement de terre, tellement que la ville fondit, comprenant quatorze lieues de long et six de large, et n’est demeuré qu’un château, un clocher et trois maisons tout au milieu. On les voit en un rondeau de terre assises comme par devant ; on voit quelques portions des murs de la ville, et dans le clocher et le château, du côté d’un village appelé des Guelz, on voit comme des enseignes et étendards qui pavolent ; et n’y saurait-on aller. Pareillement on ne sait ce que cela signifie, et n’y a homme qui regarde cela à qui les cheveux ne dressent sur la tête ; car c’est une chose merveilleuse et épouvantable. »
Dissertation sur les visions et les apparitions , oit l'on prouve que les morts peuvent re venir , avec quelques règles pour connaître si ce sont des âmes heureuses ou malheureuses, par un professeur en théologie.
Lyon, 1675.
Sans être très-crédule, l’auteur de ce petit ouvrage admet les apparitions, et reconnaît que les unes viennent du démon, les autres de Dieu. Mais il en attribue beaucoup à l’imagination. 11 raconte l’histoire d’un malade qui vit longtemps dans sa chambre un
DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES. jug
spectre habillé en ermite avec une longue barbe, deux cornes sur la tête et une figure horrible. Celte vision, qui épouvantait le malade sans qu’on pût le rassurer, n’était, dit le professeur, que l’effet du cerveau dérangé. Voy. Hallucinations.
IÎ croit que les moris peuvent revenir, à cause de l’apparition de Samuel; et il dit que les âmes du purgatoire ont une figure intéressante et se contentent en se montrant de gémir et de prier, landis que les mauvais esprits laissent toujours entrevoir quelque supercherie et quelque malice. Voyez Apparitions.
Terminons les visions par le fait suivant, qu'on lit dans divers recueils d’anecdotes.
Un capitaine anglais, ruiné par des folies de jeunesse, n’avait plus d’autre asile que la maison d’un ancien ami. Celui-ci, obligé d’aller passer quelques mois à la campagne, et ne pouvant y conduire le capitaine, parce qu’il était malade, le confia aux soins d’une vieille domestique, qu’il chargeait de la garde de sa maison quand il s'absentait. La bonne femme vint un matin voir de très-bonne heure son malade, parce qu’elle avait rêvé qu’il était mort dans la nuit; rassurée en le trouvant dans le même état que la veille, elle le quitta pour aller soigner ses affaires, et oublia de fermer la porte après elle.
Les ramoneurs, àLondres, ont coutume de se glisser dans les maisons qui ne sont point habitées, pour s’emparer de la suie, dont ils font un petit commerce. Deux d’entre eux avaient su l’absence du maître de la maison ; ils épiaient le moment de s’introduire chez lui. 11 virent sortir la vieille, entrèrent dès qu’elle fut éloignée, trouvèrent la chambre du capitaine ouverte, et, sans prendre garde à lui, grimpèrent tous les deux dans la cheminée. Le capitaine était en ce moment assis sur son séant. Le jour était sombre ; la vue de deux créatures aussi noires lui causa une frayeur inexprimable; il retomba dans ses draps, n’osant faire aucun mouvement. Le docteur arriva uninstant après ; il entra avec sa gravité ordinaire et appela le capitaine en s’approchant du lit. Le malade reconnut la voix, souleva ses couvertures et regarua d’un œil égaré, sans avoir la force de parler. Le docteur lui prit la main et lui demanda comment il se trouvait.
— Mal, répondit-il;jesuisperdu:les diables se préparent à m’emporter, ils sont dans ma cheminée... Le docteur, qui était un espr.l fort, secoua la tête, tâta le pouls et dit gravement :
— Vos idées sont coagulées ; vous avez un lucidum c.aput , capitaine...
— Cessez votre galimatias, doc eur : il n’est plus temps de plaisanter, il y a deux diables ici...
— Vos idées sont incohérentes; je vais vous lo démontrer. Le diable n’est pas ici; votre effroi est donc...
Dans ce moment, les ramoneurs, ayant rempli leur sac, le laissèrent tomber au bas
de la cheminée et le suivirent bientôt. Leur apparition rendit le docteur muet; le capitaine se renfonça dans sa couverture, et, se coulant aux pieds de son lit, se glissa dessous sans bruit, priant les diables de se contenter d’emporter son ami. Le docteur, immobile d’effroi, cherchait à se ressouvenir des prières qu’il avait apprises dans sa jeunesse. Se tournant vers son ami pour lui demander son aide, il fut épouvanté de ne plus le voir dans son lit. Il aperçut dans ce moment un des ramoneurs qui se chargeait du sac de suie ; il ne douta pas que le capitaine ne fût dans ce sac. Tremblant de remplir l’autre, il ne fit qu’un saut jusqu’à la porte de la chambre, et de là au bas de l’escalier. Arrivé dans la rue, il se mit à crier de toutes ses forces : — Au secours lie diable emporte mon ami 1 La populace accourt à ses cris ; il montre du doigt la maison , on se précipite en foule vers la porte, mais personne ne veut entrer le premier... Le docteur, un peu rassuré par le nombre, excite à un exemple tout le monde en particulier, exemple qu’il ne donnerait pas pour tout l’or des Indes. Les ramoneurs, en entendant le bruit qu’on faisait dans la rue, posent leur sac dans l’escalier, et, de crainte d’être surpris, remontent quelques étages. Le capitaine, mal à son aise sous son lit, ne voyant plus les diables, se hâte de sortir de la maison. Sa peur et sa précipitation ne lui permettent pas de voir le sac, il le heurte, tombe dessus, se couvre de suie, se relève et descend avec rapidité; l’effroi de la populace augmente à sa vue : elle recule et lui ouvre un passage; le docteur reconnaît son ami, et se cache dans la foule pour l’éviter. Enfin un ministre, qu’on était allé chercher pour conjurer l’esprit malin, parcourt la maison, trouve les ramoneurs, les force à descendre, et montre les prétendus diables au peuple assemblé. Le docteur et le capitaine se rendirent enfin à l’évidence; mais le docteur, honteux d’avoir, par sa sotte frayeur, démenti le caractère d’intrépidité qu’il avait toujours affecté, voûtait rosser ces coquins, qui, disait-il, avaient fait une si grande peur à son ami.
VGCERATRICËS. Lorsqu’un homme est mort, en Corse, particulièrement lorsqu’il a été assassiné, on place son corps sur une table ; et les femmes de sa famille, à leur défaut des amies ou même des femmes étrangères connues par leur talent poétique, improvisent devant un auditoire nombreux des complaintes en vers, dans le dialecte du pays, ün nomme ces femmes voceratrici, ou, suivant la prononciation corse, buceratrici, et la complainte s’appelle vocero, buceru, bucercitu, sur la côte orientale ; ballata sur la côte opposée. Le mot vocero, ainsi que ses dérivés vocerar, voceratrice, vient du latin vociferare. Quelquefois plusieurs femmes improvisent tour à tour, et fréquemment la femme ou la fille du mort chante elle-même la complainte funèbre (1).
fl) Prosper Mérimée, Colomba.
voi
'Si)]
VOILE. Chez les Juifs modernes, c’est une tradition qu’un voile qu’on se met sur le visage empêche que le fantôme ne reconnaisse celui qui a peur. Mais si Dieu juge qu’il l’ait mérité par ses péchés, il lui fait tomber le masque, afln que l’ombre puisse le voir et le mordre..
VOISIN (la) , devineresse qui tirait les caries, faisait voir tout ce qu’on voulait dans un bocal plein d’eau, et forçait le diable à paraître à sa volonté. Il y avait un grand concours de monde chez elle. Un jeune époux, remarquant que sa femme sortait aussitôt qu’il quittait la maison, résolut de savoir qui pouvait ainsi la déranger. 11 la suit donc un jour et la voit entrer dans une sombre allée ; il s’y glisse, l’entend frapper à une porte qui s’ouvre, et, content de savoir où il peut la surprendre, il regarde par le trou de la serrure et entend ces mots : — Allons, il faut vous déshabiller; ne faites pas l’enfant,
ma chère amie, hâtons-nous La femme
se déshabillait; le mari frappe à la porte à coups redoublés. La Voisin ouvre, et le curieux voit sa femme, une baguette magique
à la main, prête à évoquer le diable Une
autre fois, une dame très-riche était venue la trouver pour qu’elle lui tirât les cartes. La Voisin, qui à sa qualité de sorcière joignait les talents de voleuse, lui persuade qu’elle fera bien de voir le diable, qui ne lui fera d’ailleurs aucun mal ; la dame y consent. La bohémienne lui ditd’ôter ses vê ements et ses bijoux. La dame obéit et se trouve bientôt seule, n’ayant qu'une vieille paillasse, un bocal et un jeu de caries. Celle dame était venue dans son équipage ; le cocher, après avoir attendu très-longtemps sa maîtresse, sè décide enfin à monter, monte et la trouve au désespoir. La Voisin avait disparu avec ses hardes; on l’avait dépouillée. Il lui met son manteau sur les épaules et la reconduit chez elle.
On cite beaucoup d’anecdotes pareilles.
Voici quelques détails sur son procès, tirés des relations contemporaines.
Vers l’an 1077, la fameuse Voisin s’unit à la femme Vigoureux et à un ecclésiastique apostat nommé Lesage, pour trafiquer des poisons d’un Italien nommé Exili, qui avait fait en ce genre d’horribles découvertes. Plusieurs morts subites firent soupçonner des crimes secrets. On établit à l’Arsenal, en 1080, la chambre des poisons, qu’on appela la Chambre ardente. Plusieurs personnes de distinction furent citées à celte chambre, entre autres deux nièces du cardinal Mazarin, la duchesse de Bouillon, la comtesse de Soissons, mère du prince Eugène, et enfin le célèbre maréchal de Luxembourg.
(1) Les grands personnages, dans ce procès où ils se trouvaient mêlés à une canaille infâme, y allaient toutefois d’un ton fort dégagé. Madame de Bouillon, assignée pour répondre par-d vaut les commissaires de la chambre des poisons (en 16S0), s’y rendit accompagnée de neuf carrosses de princes ou ducs; M. de Vendôme la menait. M. de liezons lui demanda d’abord si elle n’était pas venue pour répondre aux interrogations qu’on lui ferait. Elle dit que oui ; mais qu’avant d’entrer en matière elle lui déclarait que tout ce qu’elle allait dire ne pourrait préjudicier au rang qu’elle teuait. ni à tous ses privilèges. Elle ue voulut
La Voisin, la Vigoureux et Lesage s'étaient fait un revenu de la curiosité des ignorants, qui étaient en très grand nombre; ils prédisaient l’avenir; ils faisaient voir le diable. S’ils s’en étaient tenus là, il n’y aurait eu que du ridicule et de la friponnerie chez eux, et la Chambre ardente n’était pas nécessaire.
La lteynie, l’un des présidents de cette chambre, demanda à la duchesse de Bouillon si elle avait vu le diable. Elle répondit : — Je le vois dans ce moment ; il est déguisé en conseiller d’Etat, fort laid et fort vilain.
Ce procès dura quatorze mois, pendant lesquels la comtesse deSoissons se sauva en Flandre. Le maréchal de Luxembourg fut acquitté, comme tous les personnages de condition impliqués dans cette affaire (1). La Voisin et ses deux complices furent condamnés par jugement de la Chambre ardente à être brûlés en place de Grève.
On lit ailleurs que la Voisin, par ses relations avec le diable, sut son arrêt, chose assez extraordinaire, quatre jours avant son supplice. Cela ne l’empêcha pas de boire, de manger et de faire débauché. Le lundi, ci minuit, elle demanda du vin et se mit à chanter des chansons indécentes. Le mardi elle eut la question ordinaire et extraordinaire ; elle avait bien dîné et dormi huit heures. Elle loupa le soir et recommença, toute brisée qu’elle était, à faire débauche de table. On lui en fit honte ; on lui dit qu’elle ferait bien mieux de penser à Dieu et de chanter un Ave maris Stella ou un Salve. Elle chanta l’un el l’autre en plaisantant, et dormit ensuite. Le mercredi se passa de même en débauche et en chansons; elle refusa de voir un conresseur. Enfin le jeudi on ne voulut lui donner qu’un bouillon ; elle en gronda , disant qu’elle n’aurait pas la force de parler à ces messieurs
Elle vint en carrosse de Vincennes à Paris. On ia voulut faire confesser; il n’y eut pas moyen d’y parvenir. A cinq heures ou la lia, et avec une torche à la main elle parut dans le tombereau, habillée de blanc; on voyait qu’elle repoussait le confesseur et le crucifix avec violence.
A Notre-Dame, elle ne voulut jamais prononcer l’amende honorable; à la Grève, elle se défendit autant qu’elle put de sortir du tombereau. On l’en tira de force ; on la mit sur le bûcher, assise et liée avec des chaînes ; on la couvrit de paille. Là elle jura beaucoup , repoussa la paille cinq ou six fo s; mais enfin le feu monta et on la perdit de vue.
VOITURE DU DIABLE. On vit pendant plusieurs nuits, dans un faubourg de Paris,
rien dire ni écouter davantage que le greffier n’eût écrit cette déclaration préliminaire. M. de Bezons la questionna sur ce qu’elle avait demandé à la Voisin. Elle répondit «qu’elie l’avait priée de lui faire voir les sibylles; et après huit ou dix autres questions d’aussi peu d’importance, sur lesquelles elle répondit toujours en se moquant, M. do Bezons lui dit qu’elle pouvait s’en aller. M. de Vendôme lui donnant ta main, sur ie seuil de la porte de cette chambre, elle s’écria » qu’elle n’avait jamais oui dire tant d<s aoilises d’un ton si grave. »
au commencement du xvii* siècle, une voiture noire, traînée par des chevaux noirs, conduite par un cocher également noir, qui passait au galop des chevaux, sans faire le moindre bruit. La voiture paraissait sortir tous les soirs de la maison d’un seigneur mort depuis peu. Le peuple se persuada que ce ne pouvait être que la voiture du diable qui emportait le corps. On reconnut par la suite que cette jonglerie était l’ouvrage d’un fripon, qui voulait avoir à bon compte la maison du gentilhomme. 11 avait attaché des feutres autour des roues de la voiture et sous les pieds des chevaux, pour donner à sa promenade nocturne l’apparence d’une œuvre magique.
VOIX. Boguet assure qu’on reconnaît un possédé à la qualité de sa voix. Si elle est sourde et enrouée, nul doute, dit-il, quM ne faille aussitôt procéder aux exorcismes.
Sous le règne de Tibère, vers le temps de la mort de Notre-Seigneur, le pilote Thamus, côtoyant les îles de la mer Egée, entendit un soir, aussi bien que tous ceux qui se trouvaient sur son vaisseau, une grande voix qui l’appela plusieurs fois par son nom. Lorsqu’il eut répondu, la voix lui commanda de crier, en un certain lieu, que le grand Pan était mort. A peine eut-i^prononcé ces paroles dans le lieu désigné, qu’on entendit de tous côtés des plaintes et des gémissements, comme d’une multitude de personnes affligées par celte nouvelle (1). L’empereur Tibère assembla des savants pour interpréter ces paroles. On les appliqua à P.in, fils de Pénélope, qui vivait plus de mille ans auparavant; mais, selon les versions les plus accréditées, il faut entendre par le grand Pan le maître des démons, dont l’empire était détruit par la mort de Jésus-Christ.
Les douteurs attribuent aux échos les gémissements qui se firent entendre au pilote Thamus ; mais on n’explique pas la voix.
Cette grande voix, dit le comte de Gabalis, était produite par les peuples de l’air, qui donnaient avis aux peuples des eaux que le premier et le plus âgé des sylphes venait de mourir. Et comme il s’ensuivrait de là que les esprits élémentaires étaient lesfaux dieux des païens, il confirme cette conséquence en ajoutant que les démons sont trop malheureux et trop faibles pour avoir jamais eu le pouvoir de se faire adorer; mais qu’ils ont pu persuader aux hôtes des éléments de se montrer aux hommes et de se faire dresser des temples ; et que, par la domination naturelle que chacun d’eux a sur l’élément qu’il habile, ils troublaient l’air et la mer, ébranlaient la terre et dispensaient les feux du ciel à leur fantaisie : de sorte qu’ils n’avaient pas grand’peine à être pris pour des divinités.
Le comte Arigo bel Missere (Henri le bel Missere) mourut vers l’an 1000. Il avait combattu les Maures qui envahissaient la
tt) Eusèbe, après Plutarque.
(2) l“ro<per Mérimée, Colomba.
Cambry, Voyage dans le Finistère.
8fî
Corse. Une tradition prétend qu’à sa mort une voix s’entendit dans l’air, qui chantait ces paroles prophétiques :
F, morto il conte Arigo bel Missere,
E Corsica sarà di male in peggio (2).
Saint Clément d’Alexandrie raconte qu’en Perse, vers la région des mages, on voyait trois montagnes, plantées au milieu d’une large campagne, distantes également l’une de l’autre. En approchant de la première, on entendait comme des voix confuses de plusieurs personnes qui se battaient; près de la seconde, le bruit était plus grand ; et à la troisième, c’étaient des fracas d’allégresse, comme d’un grand nombre de gens qui se réjouissaient. Le même auteur dit avoir apprisd’anciens historiens que, dans laGrande- Bietagne, on entend au pied d’une montagne des sons de cymbales et de cloches qui carillonnent en mesure. 11 y a en Afrique, dans certaines familles, des sorcières qui ensorcellent parla voix et la langue, et font périr les blés, les animaux et les hommes dont elles parlent, même pour en dire du bien. En Brelagne, le mugissement lointain de la mer, le sifflement des vents, entendu dans la nuit, sont la voix d’un noyé qui demande un tombeau (3).
VOLAG, grand président aux enfers; il apparaît sous la forme d’un enfant avec des ailes d’ange, monté sur un dragon à deux têtes. 11 connaît la demeure des planètes et la retraite des serpents. Trente légions lui obéissent (4).
VOLET (Marie). Vers l’année 1691, une jeune fille, de la paroisse de Pouillat en, Bresse, auprès de Bourg, se prétendit possédée. Elle poussait des cris que l’on prit pour de l’hébreu. L’aspect des reliques, l’eau bénite, la vue d’un prêtre, la faisaient tomber en convulsions, tin chanoine de Lyon consulta un médecin sur ce qu’il y avait à faire. Le médecin visita la possédée ; il prétendit qu’elle avait un levain corrompu dans l’estomac, que les humeurs cacochymes de la masse du sang et l’exaltation d’un acide violent sur les autres parties qui le composent étaient l’explication naturelle de l’état de maladie de cette fille. Marie Volet fut envoyée aux eaux minérales ; le grand air, la défense de lui parler du diable et de l'enfer, et sans doute le retour de quelque paix dans sa conscience troublée, calmèrent ses agitations ; bientôt elle fut en état de reprendre ses travaux ordinaires (5).
VOLS ou VOUST, de vultus , figure, effigie. Ou appelait ainsi autrefois une image de cire, au moyen de laquelle on se proposait de faire périr ceux qu’on haïssait; ce qui s’appelait envoûter. La principale formalité de l’envoûtement consistait à modeler, soit en cire, soit en argile, l’effigie de ceux à qui on voulait mal. Si l’on perçait la figurine, l’envoûté qu’elle représentait était lésé dans la partie correspondante de sa personne. Si on la faisait dessécher ou fon-
(-!) VVierus, in Psendom. dæm.
(3) M. Gariuet, Hisi. de la magie en France, p. 235.