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Les enfants du Dar-bushi-Fal.
« S’il existe en Afrique de vrais Giianos, venus originairement d’Espagne ou directement de Môultan, la province de l’Inde septentrionale où les savants ont placé leur berceau primitif, il faut les chercher dans la secle des Dar-bushi-Fal , mot équivalant à prophètes ou diseurs de bonne aventure. Ces Dar-bushi-Fal sont un peuple errant, mais ils habitent aussi des camps ou villages fixes, appelés char-soharra , ou hameaux des sorciers. Comme les Gitanos, ce sont de grands vagabonds, des pillards, des maquignons, des vétérinaires, et l’on croit en Barbarie qu’ils ont des sortilèges pour changer la couleur d'une monture, cheval ou mule, au point de tromper le premier maître qui rachète ses propres animaux sans les reconnaître. Certes c’est là le trait caractéristique des Zincalis de tous les pays. Les Maures attribuent à ces magiciens le pouvoir de métamorphoser même un homme et de faire d’un noir un blanc. Ils parlent une langue qui n’est ni le shilhah ni l’arabe. Je n’en ai jamais rencontré aucun ; aussi je me garde bien de rien assurer : d’autres plus hardis que moi pourront déterminer la chose, et il suffirait pour cela de savoir par quel mot ils désignent l’eau. Si ce sont des Gitanos, ils doivent se servir du mot sanscrit pani, mot importé de l lnde par la race primitive, et estimé si saint, qu’ils n’ont jamais osé le modifier.
« Ce que je sais des Dar-bushi-Fal m’a été raconté par un juif de Fez, qui avait beaucoup voyagé pn Barbarie. Il me dit qu’ils étaient presque noirs de peau, maigres, perchés sur de longues jambes, courant si vite que le diable lui-même ne pourrait les atteindre; au reste, au mieux avec le diable, qui leur révèle tous les secrets quand ils l’invoquent par la farine, par la chaussure et par l 'huile, c’est-à-dire en remplissant un vase de farine ou d’huile, et en mettant leur soulier dans la bouche. Entre autres tours de leur métier, mon juif prétendait les avoir vus changer en dattes des crottes d’âne. Voulaiton goûter ces dattes, on mordait sur des crottes d’âne. Ensuite ils tuaient l’âne et le coupaient en morceaux; puis tout à coup ils lui enfonçaient une épingle dans la queue en criant : Arrhe li dar (partez), et l’âne de se relever, de ruer et de se sauver sans laisser une trace de sang. Enfin ils coupaient des morceaux de papier en forme de pièce de monnaie, et les faisaient danser sur le feu dans un pot de terre, d’où ils retiraient des pièces vraies, aussi brillantes que si elles sortaient de la mine.
« Un de ces Dar-bushi-Fal, me dit le juif, entra un jour chez un marchand et lui acheta un mouchoir de soie blanc, le mit dans sa bouche et le retira vert. « Payez-moi, dit le marchand. — De quelle couieur était votre mouchoir ? répondit le Dar-bushi-Fal. — blanc. — Eh bien ! répliqua l’acheteur, en se tournant vers des témoins, ce n’est pas celui-ci qui est vert; et il s’en alla sans payer. » Tous ces tours ne sont pas des tours
ZIN
de sorcier , mais d’escamoteur. Nous en voyons tous les jours d’aussi extraordinaires, et j’ai rencontré en Allemagne des Zincalis tout aussi adroits que les Dar-bushi-Fal, qui s’en vont chez le marchand de vin , se font remplir un pot, le goûtent, font la grimace, se tournent pour cracher, et faisant les délicats, rendent un autre pot rempli d’eau que le marchand de vin remet dans son tonneau sans s’apercevoir de la supercherie. Je répète que s'il existe des Gitanos en Afrique, ce doit être dans la tribu de Darbushi-Fal. »