TRAITE HISTORIQUE DES DIEUX
des lois aux vainqueurs (Senec., apudAugust. de Civil. Dei, lib. vi, cap. 11). »
Concluons de là, Monsieur, que si les idolâtres ont pu emprunter aux Juifs tant de vérités consignées dans les saints livres, ils n’auront pas été moins scrupuleux pour en tirer en substance leur doctrine sur les bons et les mauvais démons. S’ils se sont approprié plusieurs rites et cérémonies mosaïques extrêmement pénibles et douloureuses, auraient-ils négligé tant d’histoires des anges et des démons, où tout est surnaturel, et où, par conséquent , tout était capable de chatouiller si agréablement des esprits curieux et ignorants qui ne demandaient que signes et que miracles?
En effet ,*il n’y a rien qui ait pu frapper plus fortement des païens qui n’avaient aucun principe certain , que ce qu’ils ont pu apprendre des anges et des démons, soit par la tradition égyptienne qui en avait retenu les idées, soit par la lecture même des livres de l’Ancien Testament , soit par la dispersion des dix tribus qui leur en donnèrent la connaissance. Par ces voies ils apprirent l’histoire de l’apparition des anges à Abraham et à Lot ( Genes . xix), celle de la destruction de Sodome et de Gomorrhe par leur ministère [Ibid ). Ils apprirent que les anges de Dieu vinrent au devant de Jacob, qu’un ange lutta avec Jacob (Genes. xxxn).IIs apprirent qu’un ange frappa les premiers-nés" d’Egypte ( Osee . xii, 5); qu’un ange conduisit le peuple d’Israël par la mer Rouge et par le désert (Ibid.) ; que Dieu publia sa loi sur la montagne de Sinaï par le ministère des anges (Exod. xiv, 19; xxiv, 20); que ce fut entre les dix mille milliers de saints que le f eu de la loi apparut aux Israélites (Deut. xxxin, 2). Ils apprirent qu’un ange étendit sa main sur Jérusalem, et fit mourir de la peste soixante-dix mille hommes en Israël (Il Reg. xxiv, 15, 16) ; qu'un ange de l’Eternel tua en une nuit cent quatre vingt-cinq mille hommes du camp des Assyriens (II Reg. xix, 35). Ils apprirent enfin l'histoire de divers anges tutélaires des peuples, du chef du rogaume de Perse, de Michel, l'un des principaux chefs, du chef de Javan, du chef de l’armée de l' Eternel (Dan. x , Jos. v). Vous savez ces histoires, il serait inutile de vous les rapporter plus au long.
C’a été dans la même source qu’ilsontpuisé en substance leur doctrine des mauvais démons. Ils l’ont formée en partie sur diverses narrations des saints livres, par exemple sur celle de Job persécuté par Satan (Job. i et n) ; sur cel e de Satan qui s’éleva contre Israël, et poussa David à faire le dénombrement des peuples d’Israël (/ Parai, xxi, 1), et peutêtre encore sur celle du Satan qui tourmentait le grand sacrificateur Jésus (Zachar. iii, 1, 2). Car on convient qu’en ce lieu on peut entendre par Satan quelque ennemi puissant qui s’opposait à la reconstruction du temple de Dieu, de même qu’en plusieurs autres passages de l’Ancien Testament , où ce terme doit se prendre en un sens général, pour signifier indifféremment toutes sortes