‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 199 sur 222 · T DES DEMONS DU PAGANISME · texte numérisé non relu

T DES DEMONS DU PAGANISME

d’ennemis (Num. xxn, 22; I Reg. xxix, 4; II Reg. xix, 22; I Reg. v, 4).

On pourrait encore ajouter que l’histoire de la séduction de nos premiers parents par le serpent (Gen. ni) n’a pas été inconnue aux païens. En effet, on ne saurait donner aucune raison vraisemblable du culte des serpents, constamment pratiqué par tous les peuples, si on ne l’emprunte de l’histoire que Moïse fait de l’astuce de ce reptile, et des paroles insinuâmes dont il se servit pour allumer la convoitise et souiller l’innocence d’Eve.

A considérer la nature du serpent en ellemême, on n’y trouve rien qui puisse lui attirer la vénération des peuples, même les plus incultes; et si les naturalistes lui ont attribué une infinité de choses surprenantes, si tous les voyageurs en ont observé mille expériences merveilleuses, il faudra ou nier leurs observations, ou avouer que tout ce qu'ils disent des serpents surpasse les forces de la nature. Mais, de quelque côté que l’on se tourne, j’en inférerai, premièrement, que si l’on ajoule foi aux relations de tant de témoins oculaires, il faudra aussi reconnaître que tout ce merveilleux qu’ils ont observé dans l’usage que les idolâtres font des serpents dans leur magie et leurs enchantements doit découler de quelque cause autre que la nature, qui ne peut pas toujours se jouer de la superstition de l’homme contre le cours ordinaire de ses lois. Il faudra aussi avouer que celte cause ne peut être qu’un agent malin et séducl ur, et par conséquent le diable. Si en second lieu l’on s’inscrit en faux contre toutes ces expériences, ce sera sortir d’une difficulté pour rentrer dans une autre. La nature n’a rien donné aux serpents de plus excellent qu’aux autres animaux. Il y en a plusieurs qui ont des qualités beaucoup plus exquises ; le serpent même semble n’avoir été créé que pour détruire les autres animaux; et ce n’est pas sans une Providence particulière qu’il marche sur son ventre, que ses mouvements sont lents et languissants. S’il avaiL autant de légèreté et de vitesse à se mouvoir, qu’il a de fureur et de venin, il aurait bientôt fait un désert de la terre.

On sait bien qu’une superstition aveugle peut aussi produire un culte bizarre. On a vu des peuples entiers encenser les plus viles créatures. Mais on n’ignore pas qu’il y a ici une grande différence. Si une nation a consacré une certaine espèce d’animaux, une autre l’aura rejetée. Il y aura eu en cela autant de diversités que de peuples. Au contraire le culte des serpents a été constant et universel. Il y a eu comme un charme jeté sur tous les peuples, qui les a attachés au culte de ce reptile. Non-seulement les poêles, les philosophes, les naturalistes, les historiens de l’antiquité nous l’apprennent; mais ce qui est bien remarquable, c'est que tous ces peuples des Indes, que l’on a découverts dans ces derniers siècles, étaient aussi adonnés à celte superstition.

Ce serait perdre le temps que de s’arrêter

à rapporter et à examiner tous les lieux des livres saints où il est parlé du diable, et d’où les païens ont tiré leur doctrine des démons. M. Becker ne nie pas que les Juifs aient été instruits de l’existence des anges et de Satan. Il pousse même la générosité jusqu’à reconnaître qu’il en est formellement parlé dans l’Ancien Testament. « Les Juifs, dit-il, se sont répandus dans le paganisme avec la Bible, laquelle fa t aussi mention des anges (Liv. n, pag. 44). » Et ailleurs : « L’Ecriture nous enseigne presque partout ce que nous venons de poser, savoir, qu’il y a de deux sortes d’anges, de bons et de mauvais ; que les bons sont les ministres de Dieu et les protecteurs des fidèles, que le chef des mauvais anges, que Ton appelle Diable et Satan, est la cause de la chute de l’homme ; qu’il a été damné de Dieu éternellement, conjointement avec eux. Le style constant, ajoute-t-il, de la parole de Dieu nous donne assez à entendre qu’il y a des anges et des diables (Liv. u, pag. 125). »

M. Bekker n’a pas pris garde que par cet aveu i! ruine entièrement son système. Car pour peu que l’Ancien Testament nous donne à entendre qu'il y a des anges et des diables , par là même il établit invinciblement les opérations de ces esprits. La conséquence vous paraît d’abord étrange. Les païens, direz-vous, ont pu apprendre l’existence des démons, des Juifs qui se sont répandus dans le paganisme avec la Bible, laquelle fait aussi mention des anges, c’est-à-dire, de leur existence ; mais s’iis en ont inféré leurs opérations , ils l’ont fait contre le sentiment des anciens Juifs, par un pur effet de la superstition, qui se forge mille imaginations grotesques. Vous allez voir, Monsieur, que votre exception est nulle, que mon argument est très-naturel et tout à fait concluant.

J’aurais souhaité que vous m’eussiez noté ces passages de l’Ancien Testament qui établissent clairement l’existence des démons, sans que Ton en puisse intérer leurs opérations. Je les ai examinés avec toute l’application possible, sans en trouver un seul qui ne détruise votre exception. Les idées d’existance et d’opération y sont tellement jointes et comme confondues, qu’elles ne forment, pour ainsi dire, qu’une même notion. On ne peut les séparer sans détruire les règles du bon sens et sans rendre le Saint-Esprit absurde, ce qui est un horrible blasphème.

C’est même une chose remarquable, que les écrivains sacrés ne nous parlent de l’existence des démons que par rapport à leurs operations, et ne nous l’enseignent qu’en la présupposant, par la séduction, la haine, les calomnies, la fureur, les enchantements, etc., dont Dieu leur permet d’affliger les hommes. Si donc les païens ont appris de la Bible , c cst-à-dire des livres de l’Ancien Testament,

1 existence des démons, comme M. Bekker le reconnaît, ils y auront aussi appris leurs operations, puisqu’elle n’enseigne l’un que par rapport à l’autre. Je suis, etc.

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