CINQUIÈME LETTRE
Sommaire. — Si le sentiment des opérations des démons lireson origine des fables duTargum et des rabbins. Si le terme de Satan a signifié originairement autre chose que ce que l'on entend aujourd'hui. Examen d'un passage de M. Bekker, où il prétend que l'opinion des opérations des démons est descendue par degrés des Babyloniens aux chrétiens. Absurdités et contradictions dans ce passage conféré avec d'autres. Que les philosophes païens n'ont pu avoir inventé les opérations des démons. Observations sur ce principe , que l’Ecriture parle selon l'opinion du vulgaire, si on peut s’exprimer ainsi. Que J .-C. et ses apôtres auraient confirmé l’erreur en s’exprimant avec le vulgaire.
Monsieur ,
Je réponds sans préambule à vos objections. Vous prétendez d’abord que les fables du Targum et des rabbins ont considérablement contribué à produire Terreur des opérations des démons. A quoi vous ajoutez que Ton a pu perdre la vraie signification du terme de Satan, et qu’il a pu signifier originairement autre chose que ce que Ton entend aujourd’hui par celui de Diable.
Là-dessu> vous accumulez je ne sais combien de contes débités par les rabbins pour fortifier votre première objection. Sans parler, dites-vous, des noms qu’ils ont donnés aux d labiés, qu’ils avaient classés en diverses espèces, de leurs rêveries touchant un Sammaël jaloux de la félicité de nos premiers parents, des circonstances de sa conspiration contre eux, de sa chute et de celle de ses complices, qui pourrait lire sans rire la fable qu’ils ont inventée touchant une certaine Lélis, qu’ils prétendent avoir été la femme d’Adam avant que Dieu l’eût uni à Eve ? Que pendant cent trente ans qu’Adam s’abstint du commerce de sa femme, il vint des diablesses vers lui, et qu’il les rendit mères de diables, d’esprits, de spectres nocturnes et de fantômes; que ces diablesses, au nombre de quaire, s’appelaient Lélis, Naomé , Ogaré , Machalos.
Ce sont autant de fables, dit l’auteur (Liv. i, pag. 160) : on en tombe d’accord, mais ce sont des fables qui, loin d’exclure, supposent au contraire la vérité. Les rabbins ont pu ajouter leurs rêveries; mais ces rêveries doivent avoir été fondées sur un principe familier et d’une notoriété publique parmi les Juifs, savoir les opérations des démons.
Il fallait, par exemple, que l’histoire du Sammaël des rabbins qui conspira contre Adam et Eve par le moyen du serpent, auquel Dieu coupa les pieds, que cette circonstance de la malédiction lancée contre Sammaël et ses complices, il fallait bien, dis-je, que celte histoire, qui est prise en substance du chapitre ni de la Genèse, découlât de certaines idées que les Juifs avaient conservées sur les opérations des démons. Ils en parlent comme d’une chose constante et avérée parmi eux. S’il y a de la fable, il faut